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CONSEILLER D-ESTAT, À POMPONNE, PRÈS LAGNY

Comme je ne doute point de la douleur que vous aurés ressentie à la mort de cette admirable dame qui a honnoré le siècle sous le nom de M"" de Rambouillet et qui vous mettoit à la teste de ses fidelles amis, je nay peu la voir partir de ce monde sans vouloir essayer de me fortifier l'esprit dans un si grand choq par un grand exemple de constance que je ne puis trouver en moy mesme et que je ne puis quasi prendre que de vous. Il y a si long temps que vous avés Dieu seul pour objet, et vostre arae s'est affermie par de si rudes espreuves dans la vertu chrestienne, qu'il vous sera bien plus aisé qu'à moy de soustenir cette nouvelle attaque et , selon que je vous verray agir là dedans, je m'esforceray de vous suyvre et, me plai-

(Paris, 1G6.5, in-4°). M. R. Kerviler( intoùie Godeau, 1 8G9 , in-S") n'a pas signalé celle particularité , qui n'a pas été signalée non plus par M. Li vet dans son récit de la mort de M""' de Rambouillet {Précieux et Précieuses, p. 1 1 1 , 1 1 2). M. Kervilei parle ainsi (p. 8G) de l'affaire da préceptoriat du Daufin: «\]nc lettre de Chapelain, datée du 7 janvier 1 GG5, nous apprend que des amis communs songèrenlà lui faire confier l'éducation duDaupliin, mais le zèle qu'il avait montré contre les casuisles fit rayer son nom de la liste des candidatures. i

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gnant de celle insigne perte, je m'empescheray d'en murmurer.

Sans cette triste occasion de vous escrire, j'en avois une autre de joye qui ne m'eust pas permis de demeurer miiet, prenant en tout ce qui vous touche linlerest que vous sçavës et à quoy vous ni'avës oblige'. Vous entende'sbien que c'est l'employ de M' vostre fils vers la couronne de Suède pour des affaires urgentes et importontissiraes ^ à TEsfat. Celte confiance que l'on prend en l'une des principales testes de vostre maison pourroit cslre un signe assës raisonnable que linfluence qui luy esloit contraire commence à s'adoucir, et que ce qui reste encore à faire pour luy rendre sa tranquillité première ne devroit plus guères tarder à arriver. Je le souhaite de tout mon cœur, afin que vous puissie's continuer vos saints travaux avec plus de liberté d'esprit à la gloire de Dieu et de son Éghse.

Cependant je vous diray qu'aussitosl que j'appris le choix de M' vosire fils pour cette ambassade, je luy respondis d'un parfait ami que j'ay dans cette Cour là ^ et qui la connoist parfaittement pour y avoir este quatre ans résident des Estais de Hollande et y estre encore en cette qualité, duquel ami il pourra apprendre en peu de jours mille choses que sans un tel secours il n'auroit sçeiies qu'après un long temps et possible trop lard. Depuis je luy en ay escrit de la meilleure encre \ afin de le préparer à rendre à M' vosire fils tous les ofiiccs qui dépendront de luy, et je ne doute aucunement quil ne le face, surtout la France et la Hollande estant aussi unies qu'elles sont à présent.

Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis tout à vous.

De Paris, ce vu janvier 1666.

' Nous avons déjà eu souvent l'occasion de constater que Chapelain se sert facilement de .superlatifs inconnus des grammairiens. Importantissime est à joindre à tons les néologismes dont Chapelain a été le père ou du moins le parrain.

À M. HEINSILS,

BÉSIDEM DE SIM. LES ESTATS DE HOLLAltDE E!l SDÈDB , À STOKBOLM.

.Monsieur, les lettres que vous m'avésfait la grâce de m' escrire durant l'année passée ont donc eu un sort plus heureux que celles que vous avés escrittes à dautres, car je les ay toutes receïies par la courtoisie de M' Van Beuning , mesmes celles que vous adressiés au Roy et à M' Colbert par njon conseil pour les remercier de leurs faveurs nouvelles , comme vous l'aurés veu par mes dernières. Suyvant les dattes des miennes que vous avés marquées dans la vostre du u décembre , je vous puis assurer qu'il ne vous en a manqué aucune et que les Monaslerïens (sic) * ne vous en ont rien surpris ni dérobé.

J'apprens avec bien de la joye que .M" les Estais se soient résolus à contenter la Suéde, d'où il ne peut résulter que du bien à la bonne cause qui eust pâli, sans cela, de l'aliénation de ces M", à ce printemps, au lieu qu'une bonne convention avec eux fera penser à l'Angleterre à ne tenir plus siroide et à entendre à un raisonnable accommodement. La France, de son costé, suyvra son procédé généreux et, en se mettant en estât d'employer la force, ne négligera rien de ce qui pourra faire terminer les choses par la douceur.

.M' d'Andilly Pomponne, parti depuis

' Nicolas Heinsius.

' Le 10 décembre 1660, — M. Littré n'a cité aucune autorité, quand il a mentionné l'expression : éa'ire de la bonne encre.

* l'our Munstériens, mot que nous avons trouvé dans une précédente lellre.

quinze jours ambassadeur extraordinaire du Roy à Stokholm , ne sera pas un des moins utiles instruuiens de celte réunion. Je vous manday par la mienne du x décembre les rares qualités de cette personne et vous exhortay de prendre toute confiance en luy et à rinstruire cordialement de la disposition des esprits et des humeurs de cette Cour là. De sa part vous devés attendre une correspondance très sincère et utile à voslre gestion. Vous pouvés penser que ses ordres seront conformes aux vostres et il y a apparence que vous aurés intei- mandata de communiquer estroittement avec luy pour finterest connnun. Outre cela, je vous respons de sa discrétion, de sa prudence, de sa probité et de sa capacité, et je suis bien aise qu'estant mon intime comme il est, cette occasion se soit offerte de vous unir d'amitié ensemble. Je ne doute point qu'estant bien servi auprès de M" vos gouverneurs par l'ambassadeur qui s'en retourne, ils ne mettent en considération l'excessive despense que vous estes contraint de faire pour leur service, et qu'ils ne vous donnent moyen de la soustenir au moins à l'avenir s'ils ne l'ont pas fait par le passé.

' Sic pour Labbé. Voir sur Charles Labbé et sur ses Glossaires ia première lettre de ce volume.

"^ Frédéric Léonard fut un des plus célèbres libraires-imprimeurs de Paris au xvn' siècle. Il prenait le titre d'imprimeur ordinaire du roi. Il fut féditeur de la collection des auteurs latins ad usum Delphini. Son portrait par Rigaud a été gravé par Edelink, par Vermeulen. Voir Bibliothèque hisloriquedc la France, t. IV, p. 2 1 8. Nous retrouverons son nom dans la suite de cette correspondance.

3 Voir dans le tome II des Œuvres de Monsieur de Balzac (i665, in-folio), à la suite du livre III des poésies latines, et en tête du liber adoptivus , ia petite pièce de vers intitulée : Bus et lusus rustici. Ad loannem Capelanum.

'' C'est Jean Scbeffer, mentionné dans plusieurs lettres de ce volume.

Pour l'impression des Glossaires de M' L'abbé', vous m'estonnés de me dire que Leonnard^ s'en soit chargé et qu'il l'a négligé, Jusqu'icy j'avois creu que Bilaine, qui l'avoit commencée, l'achèveroit. Il faut que Bilaine s'en soit accommodé avec Léonard. Je sçauray cela au premier jour.

J'ay fait lire à i\P le duc de Monlauzier tout ce que vous m'escrivés de la beauté de son épigramme. Il consent à sa publication , puisque vous le désirés, et n'a pas esté marri que l'addresse de vostre Adoptivus se list à moy aussi bien que celle de Y Adoptivus de M' de Balzac'. Vous vous engagés à une chose qui m'est fort agréable de vous appliquer, après ce travail , à la narration des choses qui se sont passées de ce temps en Europe et je m'en resjoiiis avec vous. Il faudra bien informer ce M' Isbrand qui vous en doit servir tous les matériaux.

Que diriés-vous que IVP Bigot n'est pas encore à Paris? Gela m'a obligé de mettre la lettre que luy escrit M' Sceffer " entre les mains de M' Bulteau ', son cousin , qui la luy a aussitost envoyée. G'est beaucoup que les Tactiques de ce sçavant personnage' soient arrivées à Lubek et h couvert des fu-

'■> Deux frères de ce nom, nés à Rouen, se firent distinguer an xvii° siècle par leur érudition , Louis et Charles Bulteau. Tous les deux furent des bibliophiles du plus beau zèle et formèrent une bibliothèque magniflque, où presque toutes les branches des connaissances humaines étaient représentées et dont le catalogue, rédigé par G. Martin (Paris, 1711, in-i3 de plus de 1,000 pages), comprend près de 10,000 articles. Charles Bulteau mourut le 28 mai 1710, à quatre-vingt-quatre ans, et Louis, le i3 avril i6c)û, à soixante-huit ans. Les deux frères ont une notice dans tous les recueils biographiques. Voir notamment sur eux le Moréri.

« Jean Schetfer traduisit en latin la Tactique d'Arrien et YArt militaire de l'empereur Maurice.

im

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

reurs de la mer Balliqiie et qu'ils n'ont plus à craindre que celles des Monasteriens. Quand ils viendront, ils seront aussi bien venus que bien attendus.

M' de Ghassan est encore icy et je ne croy pas qu'il parte sitost puisque M' de Pomponne est parti. Cela me fait juger que le Prudence de M' Bigot pourra vous estre pluslost porté par M' de Cbassan que par aucun autre. Que ce soit donc le dernier poëte latin qui se voye illustre' par vos veilles ' !

Je suis très fascbé du rabais des monnoyes à cause de l'argent que vous avés en ce pais cy.

Aimes tousjours, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce vii janvier 1666.

À M" COLBERT

MIMSTRE D'ESTiT, X PABIS-.

Monseigneur, j'avois à vous envoyer le remerciment que vous fait M' Hevelius pour la nouvelle gratitîcalion qu'il a receiie par vos soins et par vos ordres, lorsque M' de Sainte-Marthe ' est venu moiïrir pour l'accroissement des mémoires d'Estat de vostre biblioleque, plusieurs liasses de lettres du feu Roy et de ses ministres, toutes originales, qui regardent l'ambassade d'Angle-

ten^e du feu mareschal Desfiat* et ses services pour faire réussir le mariage de ^Madame, sœur du feu roy \ avec le défunt roy de la Grande-Bretagne, le tout accompagné de plusieurs escritures curieuses qui ont relation à ces négociations.

Je nosav, Monseigneur, accepter cette oflre, quoyque faite noblement et sans apparence d'interest, que je n'en eusse auparavant vostre aveu. La matière en estant solide et de celles qui touchent vostre goust. je n'ay pas osé aussy la refuser, et je lay remis à ce que vous m'en fériés sçavoir. J'ay seulement pris de luy l'inventaire de ces papiers, aGn que d'un coup dœil vous jugiés s'ils sont dignes de vous ou non, et que je puisse apprendre ce que je luy respondray sur son offrande. Vous le trouvères sous celle enveloppe avec la lettre de M' Hevelius, qui ne tarit point, en m'escrivant, sur le sujet de sa reconnoissance et sur la passion qu'il a de faire bientost paroistre des ouvrages qui méritent l'approbation de Sa Majesté et vostre protection.

J'en attends autant de Florence, 011 j'ay appris que la dernière grâce que vous avés procurée à M' Viviani a produit une plus grande gloire encore au Roy que celle de l'année précédente, n'estant pas jusqu'aux princes et princesses de cette maison , et au grand-duc mesme, qui ne se réputé obligé

' Le Prudence de Nicolas Heinsius, dont le texte, soigneusement revu et accompagné d'abondantes notes, parut à Amsterdam, chez Daniel Elzevier, en 1667, in-12.

- Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V,p. 606).

^ Pierre Gaucher, dit Scévole de Sainte-Marthe, né à Paris en 1618, mourut en 1690. 11 fut maître d'hôlel du roi, conseiller d'État, historiographe de France. H fut le collaborateur de son père, Scévole II, dans Y Histoire généalogique de la mai$on de France et le Gallia chvisiiaiio. Voir la liste de ses propres ouvrages dans

les Mémoires de Niceron et dans la Bibliothèque historique de la France.

* Antoine CoilTier-Ruzé , marquis d'EtTial, né en i58i, mourut en juillet iGSa. 11 lut surintendant des finances (1626), maréchal de France (i63i), sénéchal de Bourbonnais et d'Auvergne, etc. Ce fut le père du fameux Cinq-Mars.

5 Henriette-Marie de Franco , fille de Henri IV, épousa, le i mai 16a 5, Charles I", et mourut à soixante ans, le 10 septembre 1669. Le maixjuis d'Efliat , qui avait négocié le mariage de la sœur de Louis XIII avec Charles I", revint en Angleterre (i63i) en qualité d'ambassadeur extraordinaire.

en la personne du vertueux de ses sujets quil a pieu au Roy de considérer sur vostre tesmoignage.

Cest la continuation du fruit de la munificence de nostre grand prince et des bontés que vous avés pour les personnes de mérite.

.Je suis, Monseigneiu-, vostre, etc.

De Paris, ce ix janvier 1666.

LA DUCHESSE DE MOiMAUZIER,

AU LOCVRE.

Madame, j'ay ressenti comme j'ay deu ilionneur de vostre souvenir sur la nouvelle attaque de ce mal qui me met à la mort toutes les fois qu'il me reprend, et ce qui m'en a redoublé l'obligation, cest le douloureux estât oia vous lient nostre commune perte, la mort de la plus parfaitte des dames, feu M"" la marquise de Rambouillet, dont j'apprens que vostre tendre naturel ne se peut non plus consoler que la passion ardente et respectueuse qu'elle m'avoit il y a si long temps inspirée pour son incomparable vertu. Je n'ay point de paroles. Madame, pour vous exprimer de quelle sorte ce coup de foudre ' m'a toucbé ni combien je me trouve appauvri des seuls biens que je puisse estimer au monde par la retraitte

' Je ne puis m'empècber d'observer que la métaphore du coup de foudre est inacceptable ici , car riea n'était moins inattendu que la mort d'une femme de soixante-dix-sept ans, déjà malade depuis longtemps.

- Voici le sonnet dont Chapelain parie si modestement. Je le tire du recueil manuscrit de-ses poésies (bibliothèque Nationale, fonds français, nouvelles acquisitions, vol. 1890):

SCB Là MOBT DB CITHKRINB DB VITONRE ,

marquise de Rambouillet.

L'immortelle Artenice , 0 tragique avanture ! Vient de faire naufrage à l'escueil de la mort ,

qu'elle en a faitte pour aller jouir dans l'autre du prix qu'elle a si bien mérité. Mais , sans que pour cela j'aye besoin de parler, vous en estes toute persuadée, Madame, vous, dis-je, qui sçavés les bontés qu'elle a eu tant d'années pour moy et la pleine confiance qu'elle a voit en mon zèle pour tout ce qu'elle eust pu attendre d'un serviteur aussi dévoilé que je luy estois. Ce peu qui me reste de vie se passera à en révérer la mémoire et à en pleurer l'éloignement, en quoy seul j'espère rencontrer quelque adoucissement à ma peine. Dans cette pensée qui ne m'abandonne point, mesme au plus fort de mes souffrances, je ne rae suis pu défendre de jetter quelques flem-s sur son tombeîïu, quoycpie j'eusse renoncé depuis longtemps pour toute autre qu'elle à cette manière d'oflices. Je ne luy ay rendu celuy cy que pour vous. Madame, et pour M' le duc de Montauzier, et comme il est malaisé au trouble oij je suis qu'il ait esté rendu de bonne grâce pour l'inlerest de l'illustre morte, j'attens de vostre charité que vous le teniés secret^ et vous contentiés d'y avoir aussi bien reconnu ma vénération pour de si précieuses cendres que l'attachement cpi'aura éternellement pouivous qui la représentés si bien. Madame, vostre, etc.

De Paris, ce xi janvier 1666'.

Et ce qu'eut de divin son adorable sort

Ne la put dispenser des lois de la Nature.

Un cœur si magnanime, une vertu si pure.

Cet air, celte douceur, cette grâce, ce port,

Ce chef-d'œuvre admiré du Midi jusqu'au Noit

N'estoit pas toutesfois né pour la sépulture.

Mais l'implacable Mort, pour monstrer aux humains

Que rien n'est sur la terre à couvert de ses mains ,

D'une immortelle mesme a fait une mortelle.

Les justes cieux pourtant de son triste débris

Ont sauvé sa belle âme , et pour se parer d'elle ,

L'ont mise au premier rang des bienheureux esprits.

3 Le 16 janvier. Chapelain (P lôa) écrit s Bœclerus : «J'approuve fort que vous ayés com-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À W^ COLBERT

MIXISTBE D'ESTiT, À SAINT-GERMAIN-EN-LAYE '.

Monseigneur, les actions de grâces des gens de lettres estrangers pour celles que vous leur avés procurées viennent les unes après les autres, plus tost ou plus tard, selon la distance des lieux et la difficulté des chemins, dans une saison la plus incommode de l'anne'e. Je me suis desja donné l'honneur de vous avoir envoyé celles de MM" Vossius, Huggens, Bœclerus, Heinsius, Hevelius, Conringius, Vaghenseil, Graziani, et il ne restoit plus que le signor Viviani à s'aquitter d'un si juste devoir, lorsque j'ay receu sa despesche dans laquelle j'ay trouvé un nouveau remerciment pour Sa Majesté joint à celuy qu'il vous fait pour la continuation de vos faveurs. Il m'apprend que

le propre grand-duc fut celuy qui luy mist vos lettres entre les mains, avec des tesmoignages d'admiration de la munificence royale et des soins que vous prenés de la respandre ainsi par toute l'Europe; et toute celte cour en fut remplie de joye, chacun prenant pari à l'honneur qui en revenoit à la nation. J'ay laissé ses deux lettres à cachet volant, comme il me les a envoyées, afin que vous pussiés juger si celle du Roy vous semblera digne de luy eslre présentée.

J'ay sceu aussy, Monseigneur, que l'Empereur, ayant appris la libéralité du Roy envers M' Bœclerus , s'est piqué par émulation de luy en faire une pareille.

M' Vaghenseil , qui fit il y a deux mois son remerciment par escrit, en arrivant d'Espagne, s'estant remis du voyage, s'est présenté chés vous , pour vous le faire de vive voix ; mais , n'ayant pas eu le bonheur de vous y rencontrer, il ira à Saint-Germain

mencé à faire escrire voslre histoire de Suède pour W Colbert. Je le préparcray à la recevoir agréablement. Je ne sçay au reste si je l'ay resvé ou si vous m'avés mandé queTautheur du livre de Ralione Status, elc. , qui s'est déguisé sous le nom lïHippolitus a Lapide esloit W Salvius, l'un des plénipotentiaires de Suède. Mais M' Conringius m'a assure que c'estoit Cheninlius le fils. Si vous estes pourtant de l'autre opinion, je n'hcsiteray point à la suyvre. Obligés nioy de m'en éclaircir à la première occasion. M' Vaghenseil s'en va publier son jugement sur le fragment prétendu de Pétrone... Je luy souhaitte un establisscment digne de luy, ou un loysir bonnesle pour pouvoir enrichir le monde des lumières qu'il a acquises et des descouverles qu'il a failles dans les antiquités hébraïques par un travail qui n'a point de pareil.» Le aS janvier. Chapelain (f iSa v°) traite les mêmes sujets dans une lettre à Conringius : «Vous m'avés bien nettement oclairci du véritable aulheur de cette dissertation de Ratione Status qu'on vous avoit imputé... Vaghenseil, qui est un lettré d'un sçavoir fort exquis, mois dont les mœurs valent encore mieux que le

sçavoir, etc.n — Camusat {Mélanines, p. ;V4-56) parle ainsi du livre en question : «M" Chapelain avait d'abord attribué à Hermannus Conringius le livre qui a fait tant de bruit en Allemagne, intitulé : De Ratione Status imperii Romano-Germanici et qui parut en i6io sous le faux nom de IhjppoUte a Lapide. Il le donne au plénipotentiaire Flavius dans sa lettre du 2a octobre i(J65, mais il en fut détrompé par M. Conringius même, qui, dans sa lettre du 16 janvier 16GG, lui manda que ce livre était de Chemnice le fils; enfin M' Boeder, que M. Chapelain consulta sur cette affaire, l'assura que cet ouvrage' venait de Jean Joachim de RusdorfT, résident de Suède, et que Chemnice était incapable de mettre trois lignes de suite en latin.» Camusat ajoute que bien des savants croient que Boeder s'est trompé sur l'auteur et allribucnl le livre, les uns à Salvius, plénipotentiaire de Suède à Munster, d'autres à Oxeustiern, son collègue, de troisièmes enfin à Dranse. On a imprimé une traduction avec le nom de ce dernier.

1 Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (t- V, p. 609).

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pour satisfaire à cette obligation et pour prendre congé de vous avant que de partir pour l'Allemagne, où il a impatience d'estre pour y publier les grandeui-s de Sa Majesté et vos bontés extraordinaires. C'est un excellent homme et le premier pour la langue hébraïque, dont il doit compiler les antiquités et les dédier au Roy par mon induction. J'auray soin de le maintenir aussi bien que tous les autres dans la passion pour les interests de cette Couronne, en sorte qu'il se monstre digne des avantages qu'il en a receus et en mérite la continuation.

J'avois inséré, Monseigneur, dans mon dernier paquet, un inventaire de pièces originales des négociations du mareschal d'Effiat, dont M. de Sainte-Marthe vous vouloit

' Le même jour, Chapelain (P i5i v°) écrivait à Huygens : trJe n'ay garde de trouver cs- Irange vostre inquiétude pour ce qui regarde voslre vocation, n c'est-à-dire i'appcl qui lui avait été adressé pour qu'il vînt s'établir à Paris. 11 paraît par cette lettre que les choses n'avaient pas bien marché, qu'il y avait eu des maladresses qui avaient froissé Huygens. Chapelain le reconnaît et le regrette. Il dit que s'il avait eu à s'en occuper, il eût pris « des mesures plus justes n et eût conduit l'affaire de façon à épargner à son ami tout désagrément. Il ajoute : ff Je suis tousjours persuadé que le ministre est dans sa disposition première et que ce qu'il ne se presse pas de vous évoquer, c'est qu'il attend d'avoir choisi une maison propre pour vous loger avec tout l'attirail nécessaire aux travaux à quoy l'on vous destine. -5 Chapelain lui conseille do prendre patience, lui disant que le projet est «différé, nullement rompu n. Le 5 février. Chapelain s'exprime ainsi dans une lettre à Heinsius (P i55 v°) : tfJe ne vous fais point d'excuses de la liberté philosophique avec laquelle je vous ay conseillé de traitter moins familièrement à l'avenir avec M"^ Colbert dans vos lettres, car c'est à force de vous aimer que je m'en explique ainsi ouvertement à vous, afin que ce que j'ay establi auprès de luy à voslre avantage ne souffre point de di-

faire une offrande, s'il apprenoit qu'elle ne vous fust pas désagréable. J'en attends encore la résolution, pour luy laisser exécuter s:i pensée ou l'en destourner, selon vos ordres, et demeure, Monseigneur, voslre, etc. Do Paris, ce xxvir janvier iG66'.

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