À SAINT-GKRMAIN-EN-LAYE
Monseigneur, les quatre lettres de change pour MM"Cirono\ius, Reinesius, Ferrari et Dati sont parties accompagnées des vostres, auxquelles j'ay joint mes billets comme d'otlice , afin qu'ils leur servent de direction dans la manière qu'ils doivent tenir pour tesmoigner leur reconnoissance , sans que j'aye engagé le nom du Roy ni le vostre, de peur
ployés qu'en vous. Je devois cet office à un mérite aussi éclatant que le vostre... Je ne vous dis rien du ressentiment que vous en ferés paroistre séparément au Roy et à son ministre. . . •' Chapelain continue en demandant à Reinesius un remei-ciment plein de respect et d'éloquence; il lui insinue de dédier quelques-uns de ses ouvrages an Roi; il lui conseille encore d'enrichir de ses compositions diverses ia bibliothèque de Colbert, «qui après colle du Roy est peut-estre ia plus belle et la plus nombreuse qui soit en France, n
A Ferrari: r Monsieur, si je ne sçay quelle bizarre destinée ne se fust point opposée au dessein que j'ay eu depuis trois ans de vous servir auprès de M' Colbert, surintendant des finances et ministre confident de Sa Majesté, pour vous faire comprendre entre les personnes éminentes en sçavoir qu'Elie a honnorés de ses largesses, il y a long temps que vous en eussiés ressenti les effets et moy la joye d'avoir contribué à l'honneur et à l'utilité d'un homme de vostre mérite. Mais enfin l'heureux moment est arrivé où le Roy et M' son Ministre ont fait reflexion sur les tesmoignages sincères et désintéressés que je leur ay rendus du rang que
qu'ils ne vinssent à soupçonner que Sa Majesté ni vous exigiez d'eux autre chose que de continuer leurs travaux à l'utilité du public.
Cette conduite m'a semblé nécessaire pour conserver la dignité aux gratifications, (|ui paroistrout d'autant plus nobles qu'elles paroistront plus désintéressées, et pour ne laisser pas aussi ignorer à ces Messieurs à quoy les faveurs royales les obligent, et de quelle manière ils s'y doivent prendre, s'ils s"en veulent ressentir dignement.
Quant au s^' Carlo Dati, comme il m'a sollicité plus d'une fois de luy fournir des Mémoires particuliers des actions et des paroles mémorables de Sa Majesté, afin de les pouvoir semer comme autant de lumières dans le panégyrique qu'il a commencé pour Elle , j'en ay tracé un petit estât de celles qui
vous tenés parmi les éloquens du siècle. . .» Chapelain demande à Ferrari, comme à Reinesius, un remerciment éloquent et respectueux , njoutant : tfVous pourrés ne travailler pas moins à son éloge que vous fistes autrefois à celuy de la reyne de Suède par un ouvrage d'éclat dont M"^ Heinsius me donna communication et qui me laissa dès lors de vous une impression 1res avantageuse.» La lettre (qui est presque une circulaire) se termine, comme les précédentes, par une recommandation en faveur de la bibliothèque de Colbert, «une des plus curieuse.^ de France."
Je dois faire observer, au sujet de la lettre de Chapelain à Gronovius, qu'elle a été publiée in extenso par M. Maltor ( Lettres et pièces rares ou inédites; Paris, Amyot, in-8°, 1866, p. a6-i- 2 65), d'après l'autographe de la bibliothèque de l'Université de Munich, mais avec la date mal lue du 3o mars 1660. L'erreur de M. Matter, quant à la date de la lettre à Gronovius, a été répétée par M. Clément (t. V, p. 692, note 2).
1 M. Clément n'a pas reproduit cette dernière hgne.
2 Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p.6ii).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sont venues à ma connoissance. lequel jay escrit en sa langue , de mesme que cet autre plus ample qui a eu Ihonneur destre approuvé de vous et que vous avez consenty que je luy envoyasse'. Mais je n'ay pas creu devoir luy envoyer celuy cy qu'auparavant vous n'ayés passé la veûe dessus, afin de n"y rien laisser qui vous puisse desplaire et qu'il ne fust pas à propos de luy communiquer.
Gomme la chose ne sçauroit estre de petite importance, puisqu'elle regarde le Roy, j'espère que vous en ferés une de vos affaires , et qu'après avoir pris le temps de parcourir cet escrit, vous me ferés sçavoir si j'en puis charger le courier. ou si, avant que de le
faire, il y aura quelque chose à retrancher ou à adjouster.
Il y a , au reste , Monseigneur, assez long temps que M' de Cailli *, duquel je vous ay desja fait voir certaines épigrammes zélées pour le bien de l'Estat , m'a consulté sur les deux que vous trouvères dans ce paquet , et que jay creu dignes de vous estre présentées, comme d'un homme affectiomié à vostre vertu et qui luy fait hautement et noblement justice. Vous y estimerés au moins sa passion . qui est la seule chose qu'il m"a semblé prétendre.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis tousjours également, Monseigneur, vostre, etc. De Paris, ce v avril i666 '.
^ Voir plus haut la lettre à Colbert du au août i665.
- Jacques de Cailly, plus connu sous l'anagramme Aceilly, naquit à Orléans en i6o4 et moui'ut en 1678. Il fit paraître, en 1667, un charmant recueil intitulé : Diverses petites poésies du chevalier d' Aceilly (in-ia).
3 Le surlendemain Chapelain écrivait à Heiusius (P 176) : «Tout le bien que vous me dites de M"" de Pomponne Andilly [sic) n'a garde de me surprendre; il ne fait que me plaire extrêmement et que me confirmer le bon p,oust que vous avés pour les personnes de grand mérite. Plus vous le praliquerés, plus sa candeur, sa douceur, sa civilité, sa grâce vous charmeront, et si vous avez eu du chagrin durant vostre séjour en Suède dans les diverses occasions qui ont jette de l'amertume en vostre employ, vous aurés eu au moins la consolation d'y avoir enfin trouvé un homme qui vous l'aura adoucie, par son commerce tout à fait humain. Je resjouiray ses proches et ses amis de l'avantageuse impression qui vous est d£meurée de luy et de rafTeclion que sa vertu vous a fait naistre pour elle. Nous attendons impatiemment l'effet de sa négotiation pour les interests de vostre répubhque, et comme il a la main bonne nous ne désespérons pas que cette négotiation n'ait un heureux succès. Mais nous le desirons encore plus que nous ne l'espérons,
veu ce que nous y voyons d'embarras et d'obstacles. La gloire, d'un autre costé, en sera plus grande s'il les surmonte. . . Cela est encore caché entre les genoux des Dieux. . . Pour le traitté de Stilo et le fragment de Pétrone qui ont esté si longtemps en chemin, ils esloient enfin venus à Paris dans une balle que le scindic du libraire ayant ouverte selon l'ordre rigoureux de la Cour pour empescher que l'on n'apporte dans le royaume des livres défendus et de contrebande, ces Irailtés se sont en partie égarés, dont M' Bigot s'est justement émeu et a fait d'ameres plaintes. C'est proprement estre venu faire naufrage dans le port... Peut-estrc que les Tactiques d'Arian et de Maurice auront une meilleure destinée. Je finis, * Monsieur, par des nouvelles qui vous plairont sans doute. Sur vostre recommandation et vos instances pour faire gratifier M' Gronovius par le Roy, quoyque je n'eusse pas grand sujet de me louer de sa civilité, je n'ay point cessé de l'appuyer de mes tesmoignages auprès de M' Colbert, et tant qu'à la fin je les ay rendus eflicacos, l'ayant l'ait honnorer de la mesme grâce que vous...') Chapelain prie Heinsius d'insister auprès de Gronovius, de Reinesius et de Ferrari pour qu'ils fassent éclater leur reconnaissance. Le 20 avril. Chapelain répond ainsi à une question de Gronovuis (P 1 77 ) : «Quant au conseil que vous me demandés sur la manière dont vous envoyerés vos