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JESUITE

Mon Révérend Père, il y a long temps que je n'ay eu une si douce joye que celle que m'a apportée le tesmoignage de vostre souvenir et de la continuation de vostre amitié et je n'auray pas de peine à vous le persuader quand vous ferés reflexion sur vostre vertu et sur vostre doctrine, deux choses qui règlent seules toutes mes élections et toutes mes affections. Je ne me mettray pas aussi en peine de vous assurer tousjours de la mienne que vous avés attirée toute entière par deux motifs si puissans et si bien fondés.

Ma santé, qui n"a jamais esté bien vigoureuse, s'aflbiblit de jour en jour par des attaques périodiques d'un mal qui n'est pas la pierre, mais qui porte avec soy les mesmes accidens', et mon âge avancé luy donne d'autant plus de force qu'il en a moins pour y résister. C'est pour respondre au premier article de vostre lettre.

Quoyque ce mal ne moste pas toute action, il me la retarde néantmoins par les mauvais intervalles que je suis obligé de luy donner, et c'est ce qui fait que je n'ay pu encore finir rnon entreprise dont vous avés la bonté de vous enquérir. Des douze livres qui restent pour l'achever, je n'en ay que dix de faits , et je suis assés avant dans le onziesme. Ce travail, outre cela , a esté interrompu par une ode panégyrique du Roy qui est entre les seules mains de Sa Majesté et qui ne paroistra que dans le recueil qu'on doit bientost voir de beaucoup d'ouvrages grecs , latins , italiens , françois , prose et vers , qui ont esté faits à sa louange.

Pour les lettres qui ont donné lieu à celles de feu M' de Ralzac, je les ay retirées de ses héritiers de peur qu'ils ne prissent le parti de les publier à ma honte, car elles ne pourroient que servir de lustre aux siennes, estant escriltes avec beaucoup de négligence et d'une négligence affectée, afin qu'il ne s'imaginast pas que je voulusse tirer au baston avec luy ' dans un genre où il réguoit en souverain. Sa vie avoit esté escritte par

'■ Chapelain veut parler de Jean -Baptiste du Hamel , qui en cette même année 1 666 fut nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Voir sur les travaux de J.-B. du Hamel VEssai de bibliographie oratonentie , par le P. Ingold, bibliothécaire de l'Oratoire (Paris, 1880, in-8°, p. ii-ii).

^ Guy Patin n'était donc pas complètement bien informé quand il écrivait à Falconel, le 8 décembre 166/1 (édition Reveilié-Parise , t. III,

p. il 96) : r J'apprends que M. Chapelain, poète françois , très savant et très honnête homme, qui a donné au public la Pucelle d'Orléans , a une pierre dans la vessie ; il s'apprête à se faire tailler le printemps piochain.Ti M. R. Kerviler {La Bretagne à l'Académie française, 1879, p. a63) a trop accordé de conûance au témoignage de Guy Patin.

^ C'est-à-dire contester avec lui d'égal à

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

/jr)7

iaichidiacre d'Angoulesme Girard , son élevé el son ami dès le berceau', mais la mort l'avant aussi surpris, elle s'esl perdi'ie parmi ses papiers^.

Je sçavois, mon Re'verend l*ère, que vous aviés esté chargé de la traduction dont vous me pariés' et je vous en avois plaint, cet exercice n'estant pas digne de vous. Je vous plains encore plus de l'autre commission non pas comme indigne, mais comme accablante. Souvenés vous du précepte de Vida : Nec jtissa canas. C'est en quoy je plains fort les esprits nobles tels que le vostre auxquels on ne laisse pa» le choix de leurs occupations. Il faut que le mérite de l'obéissance soit grand que l'on acheté si cher et par une renonciation entière à soy mesme. Nous

' Claude Girard. Voir suc lui notre lorne I", p. «3.

- Perle bien regrettable, car personne n'avait mieux connu Balzac que Claude Girard et n'en iiurait mieux parlé.

^ Probablement la traduction d'italien en latin des discours du P. Jean-Paul Oiiva : Joannis Pauh Olivœ generalis societatis Jesu conciones hahilœ in palatio aposlolico, etc. Los deux premiers volumes (in-6°) de cette traduction avaient paru en i6G5, le troisième vit le jou;* en 1668.

'' Le 19 mai, Chapelain parle encore à Vagenseil du docte Cbifllet (f i85) : «J'ay esté fort aise d'apprendre voslre dernier entretien avec M' Cbifllet toucbant celte disculion [au sujet dudiscouis des droits du Roi sur le Brabant]. Il ne faut pas qu'il en soit l'aulheur puisqu'il le désavoue, car il n'y auroil que de l'honneur pour luy. Je le tesmoigneray en temps el lieu sur la foy d'un aussi bon garant que vous.t? Chapelain ajoute : «Quant à ce qui regarde la circulation du sang, quelque habile médecin qu'il soit il aura bien de la peine à l'impugner encore qu'il n'y eusl point d'autres raisons pour la maintenir que celles que vous luy avés alléguées.» Chapelain aborde enfin la politique: w C'est une action prudente aux Espagnols d'avoir excité les Flamands à demander de faire ce nouvel hommage au Roy d'Espagne en Testât

CHAPELAIN. II

autres gens du monde ne sommes pas capables d'y aspirer. Dieu vous fournira les forces nécessaires pour cela et j'auray un nouveau sujet de vous estimer et de me glorifier d'estre, mon Révérend Père, vostre, etc. De Paris, ce xvi inay iGGG'.

À M" CULBERT,

MIXISTBE D'ESTAT, À §AIM-GERMAIiX-EN-I.Aïe\

Monseigneur, immédiatement après avoir escrit au s^' Carlo Dati qu'il vous feroit chose agréable de s'appliquer fortement à célébrer la gloire du Roy, suivant le dessein qu'il en avoit pris de son propre mouve-

où sont les affaires et dans le proche éclat de nos prétentions. Vous pouvés croire néantmoins que si nous les voulons faire valoir, cela ne nous empescliera pas d'y reiissir. Les espions de M. de (Jastel-Rodrigo virent une reveùe fort grande et fort magnifique, mais s'il croyoil que ce bissent toutes nos forces, il se Iromperoit de plus des Irois quarts. ..75 Le 1 2 du même mois. Chapelain remercie M. Berruyer (Pi 86) de l'envoi des ouvrages du P. Barloli et de l'enlrelien qu'il a en avec ce religieux toucbant la vie du général de la compagnie , Vincenzo Carafifa : «Je ne puis qu'en avoir une haute opinion puisqu'il l'a entreprise de son mouvement el non pas par l'ordre de ses supérieurs. Le P. Bartoh ayant en une connoissance particulière de la personne et des actions de ce général, on n'y verra point parce moyen une narration froide et languissante et ce sera une représentation après nature accompagnée de tout ce que l'art historique y requiert. . . Si j'eusse preveu que ma lettre deust eslre veùe d'autre que de vous, ajoute Chapelain, el . . . qu'elle eust due estre entendiie du R. P. (Darloli), j'auiois pris soin mesme qu'elle parusl avec quelques oinemens, n'estant pas raisonnable d'aller aux nopces avec sa robbe de tous les jours. . . ^^

^ Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. \ , p. 612).

LETTRES DE JEAN GHAPELAl.N.

ment et pour lequel je luy avois envoyé de si amples Mémoires, j'ay receu un paquet de luy où estoient les lettres pour Sa Majesté et pour vous que je me donne l'honneur de vous envoyer.

Elles doivent contenir l'extrême ressentiment qu'il a de la gratification que vous luy avés ]irocurée, avec d'autant plus de surprise pour luy que je luy en avois laissé concevoir moins d'espérance; car celle qu'il m'a adressée en est si remplie, et il me conjure si instamment de vous les tesmoigner. que je n'y sçaurois rien souhaiter davan-

H ma assuré de plus. Monseigneur, qu'il va faire une particulière recherche de loul ce que les anciens Grecs et Romains ont fait de mieux en ce genre, afin de s'exciter par ces grands exemples à ne demeurer pas au dessous d'eux dans le panégyrique , et , s'il est possihie mesrae , de les y surpasser d'autant que son sujet surpasse en grandeur les sujets de ceux que Ton a veus jusquicy. Comme il est animé, je ne doute point qu'il ne se signale dans l'exécution de son projet et que sa prose n'égale les vers du conte Graziani et n'obtienne de vous une approbation pareille.

Mais, Monseigneur, parce que, pour reiissir dans une si haute entreprise, il faut plus de temps qu'il n'en faudroit pour une

' M. Clément a ainsi traduit ces qnalre lignes (note 2 de la page 612) : «Et pour pouvoir prendre le temps que mon projet exige sans que le délai fasse douter de ma très humble cl prompte gralilude, je me délermine plulôl à expédier quelque petite œuvre de ma façon, en In dédiant à l'Excellenlissime seigneur Colbert, afin qu'elle précède comme fourrière et déclare me? très respectueux sentiments à l'égard de la libérable du Roi.n

- Ferrari, Gronovius et Reinesius.

^ Le 2 5 mai , Chapelain repousse ainsi ( f° 1 8 8 ) une requèle de Reinosius : «Quant à Pcnvoy de

moindre et qu'il est pressé par sa gratitude d'en donner dès cette heure quelque marque, voicy les propres termes dont il s'en explique a raoy : E per poter pigliare il tempo che si richiede e che l'indugio non faccia sospettare délia mia umilissima epronta gratittidine, più tosto penso di mandar fuori qualche mia operetta, dedicandola ali Excellentissimo signer Colbert, laquule précéda come furiera e dichiari i miei ossequiosissimi scntimenti verso lu benefcenza reale\

Une pensée si équitable et si honneste trouvera, je m'assure, d'autant moins de résistance en voslre modestie que cette dédicace aura pour principal objet la munificence du Roy et que ce qu'il y aura de louange pour vous n'en sera bien que l'accessoire. Je tiendray la main d'ailleurs quil aille retenu sur vostre article et qu'il tempère son style de sorte qu'il se contente de vous rendre justice, sans pousser l'éloge jusqu'où il pourroit raisonnablement aller.

J'attends à tout moment de semblables leconnoissances de ces trois autres habiles cslrangers* qui vous doivent depuis peu de semblables grâces, et qui n'ont apparemment tardé à venir que par la distance des lieux ou par la difliculté des chemins.

Je suis, avec ma passion ordinaire, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce xxiii may 1OG6 *.

voslre manuscrit d'inscriptions iionveiles afin de le faire imprimer en France, je desirerois plus que vous que nos presses eussent l'honneur qui leur en reviendroil. Mais nos libraires ne sont ni assés riches ni assés hardis pour une .si helle entreprise. L'imprimerie du Louvre cesse mesme quelquesfois, et loi-squ'elle roule, c'est pour continuer les grands desseins dont elle est chargée il y a si long temps. n Chapelain conseille à son correspondant de faire l'édition «à Lipsic ou en Hoilanden. — Le 27 du même mois, il remercie Vossius (fiSg v") de l'envoi du Irailé du Nil •^duquel je vous suis d'autant plus obligé que je

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. HEINSILS,

BÉSIDEST DES PB0V1NC8S-IMES ES SUÈDE, À STOKHOLM.

Monsieur, si M' de Pomponne ne réussit j)as dans son ambassade selon noslre désir, ce luy est tousjours un notable avantage que vous, qui estes du mestier et présent à sa gestion , jugie's qu'il ne tiendra ni à son zèle ni à son habileté que les choses ne succèdent comme il faudroit, et que le manquement n'en viendra que par la seule i-ésistancc de la matière. Consolés vous cependant l'un et l'autre et vous fortifiés par vostre mutuelle communicalion.

Laffaire est conclue avec Munster et M" les Estais auront cet embarras de moins du costé de la terre. A la iner ils seront puissamment assistés par nous, car M' de Beau- Fort ' a passé le deslroit avec plus de soixante voiles qui se doivent rendre à la Rochelle au premier jour avec tous les autres vaisseaux (jue le Roy a dans ses ports tous presls pour composer son armée navale et Sa Majesté pourra s'y rendre et en faire la reveiie elle-mesrae. Cela et les grandes forces de M" les Estais donneront assés de balance à celles d'Angleterre pour ne les appréhender point et pour laisser celles de la Suède , quand

elle nous seroit contraire , se consumer contre celles de Dannemark. Des deux partis, si la paix ne se fait point, celuy qui aura le dernier quart d'escu sera le victorieux , et la France et la Hollande ont la mine d'eslre les plus pécunieuses.

Mais, pour changer de discours, il est lorl vilain au sieur Elzevir " de vous faire languir des années entières pour une si courte impression ^ Je vous croyois plus respecté par luy. Je corrigeray les fautes d'impression de la préface qui m'est addressée et que vous me dites qui s'y sont coulées. J'ay peur que M' Scefierus'' ne se tienne importuné de la presse que vous luy avés faitte de remplacer les exemplaires perdus. Il eust suflli de l'avertir qu'ils s'estoient perdus afin qu'il ne trouvast pas à redire à nostre silence pour les actions de grâces. Le secrétaire de M' de Conigsmark ^ a dit icy qu'il avoit laissé les Tactiques à Hambourg. Mais son ministre a porté des exemplaires de cet examen du fragment Pétronien à M' Bigot, Mén[oge] et autres sans m'avoir compris dans la distribution , quoyqu'il en eust plusieurs de reste et je n'ay eu aucune nouvelle de luy. Je vous le dis afin que si ces personnes en remercient l'aulheur pour leur vade, il sache que son commissionnaire ne m'a pas donné lieu de l'en remercier comme eux.

m'y trouve en quelque sorle accouplé à noslre glorieux monarque par l'adresse que vous m'avés voulu faire de vostre response à ceux de nos gens qui vous ont chicané sur la nature de la lumière. Cet honneur ne se peut payer (|ue par mon amitié. . . Ce que j'ay ieu de vostre traitté et i'épislre liminaire m'ont satisfait également, aussi bien que la touche que vous avés donnée à celuy qui vous avoit voulu régenter si magistrallement. Les deux chartes sont 1res élégantes, et serviront d'une grande illustration à la géographie. Je suis bien marri que ce que vous aviés de plus à mettre dans cet ouvrage touchant les habilans des bords du Nil, et ce qui est venu

du Nègre à vostre connoissance n'y soit point entré. ..n

' François de Vendôme, duc de Beaufort, né en janvier 1616, tué à Candie en juin 1669.

^ Daniel Eiznvier. Voir sur lui l'importante élude de M.Alphonse Wiliems, dans le beau livre intitulé : Les Elzeviers, histoires et annales typographiques (Bruxelles, 1880, grand in-8°,

p. CCXXU-CCLU).

^ Nicolai Heinsii Dan. Fil. Poematumnova editio, priorihus longe auclior ( Amsterdam ,1666, in-S").

* Sur SchefFer, voir plus haut la lettre CLXII.

^ Sur ce personnage, voir plus haut la lettre CLXVII.

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Vr Hevelius m'a escrit la mesine chose qu'à vous touchant M"^ Auzoust ' et ses objections. Les Anglois se sont précipités dans le jugement qu'ils ont rendu contre luy sur cette matière et ils s'en seroient pu passer jusqu'à ce qu'ils eussent veu ses défenses. Ce sont des docteurs décisifs et Iranchans.

J'ay veu avec plaisir la part que vous avés prise dans les grâces que j'ay procurées à M" Gronovius, Reinesius et Ferrari, et si vous leur en avés escrit selon ce que vous me mandés, cela ne servira quà les faire aquiter envers leurs bienfacteurs nvoc plus de soin et de bienséance.

Je n'ay plus de santé assurée et mon incommodité renouvelle si souvent et si rudement ses attaques , que je m'en sens peu à peu affoiblir. Il faut aller jusqu'au bout, et. s'il se peut, d'une manière égale.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvii mav 1666.

A M" COLBERT

m^lISTRE O'ESTàT, ï FONTAINEBLEAU ^

Monseigneur, je me disposois à vous aller presenter le livre de Y Origine du ^il\ que M' Vossius a dédié au Roy, et l'exemplaire de ce mesnie livre qu'il vous a destiné comme au protecteur de ses cstudes auprès de Sa Majesté, mais M' Van Beuning a trouvé à propos de vous le faire présenter par le neveu de l'autheur mesme, qui m'en a donné avis et de l'accueil favorable que vous avés fait au présent et au présentateur.

Je vous feray icy souvenir, Monseigneur, que ce M' Vossius est l'une des premières lumières de la Hollande, en sçavoir très cu-

rieux et très exquis, et que ce fust luy qui tint à grâce que vous souffrissiez qu'il mist dans vostre Iribiioteque cet Alcoran arabe qui, au jugement des connoisseurs, n'a pas son pareil au monde en beauté. Son dessein est de vous addresser l'un des ouvrages qu'il achevé de polir et qui est de matières semblables; et sur ce que je luy ay [re]présenté que ce n'estoit pas sans peine que vous roceviés ces sortes d'offrandes , lesquelles vous n'aimés bien que pour le Roy, il m'a respondu qu'il ne pouvoit pas s'abstenir de vous la faire, quelque répugnance qu'cust vostre vertu , et que, quand il en seroit dispensé à vostre égard par vostre modération , il ne le seroit pas à l'égard du public, qui auroit lieu de l'accuser d'ingratitude s'il ne iuy donnoit quelques marques que, s'il ne se pouvoit pas aquitter envers vous des faveurs que vous luy avez faites, il pouvoit bien au moins n'en estre pas mesconnoissanf .

M' Reinesius, du conseil de l'électeur de Saxe et l'un des derniers gratifiés, est dans la mesme pensée , et vous trouvères , Monseigneur, avec ce mol, le frontispice d'un traitté qui s'imprime et qu'il a résolu de vous dédier.

Il ne seroit pas plus aisé que raisonnable de lier les mains à ces sçavans hommes et de les contraindre dans une intention aussi juste que la leur, d'autant plus (pie, s'il leur eschappc quelques louanges qui lacent peine à vostre modestie, elles luy seront du moins supportables en cela qu'elles n'iront jamais qu'en compagnie de celles du Roy, comme l'ombre en celle de la lumière.

Je me donnay l'honneur, il y a quinze jours, de vous envoyer les actions de grâces de M' Carlo Dati pour Sa Majesté et pouivous, et j'ose m'assurer que, selon qu'elles

' Il a été déjà question en ce même volume du mathématicien Adrien Auzoul, do l'Académie dos sciences.

* Voir le recueil de M. élément , t. V, f" 6 1 3. ^ De Nili el nlloniin jliniiinum origino (lu Haye, in-'4°).

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sont escnltes, elles ne vous auront pas dépieu.

M' Gronovius me doit rendre porteur, au premier jour, des siennes et de quelquesunes de ses compositions imprimées, pour avoir place en voslre biblioleque, et pour luy rendre par là l'hommage que luy doivent tout ce qu'il y a d'habiles gens.

Je prie Dieu qu'il vous conserve pour le; bien du Uoy et du royaume et demeure avec mon zèle et mon respect ordinaù-e, Monseigneur, vostre, etc.

De l'aris, ce lu juin 1G6G'.

À M. GRO^OVILS,

FIOFESSEDR U'ÉLOQDEilCE , À LEYDE, EN UOLLANDE.

Monsieur, j'altendois tousjours l'arrivée de vos livres pour vous en donner avis et pour vous dire que rien n'empeschera plus désormais que le Roy et M' Golbert ne reçoivent les actions do grâces que vous leur

avés rendiies et de la manière éloquente desipielles je vous ay desja rendu conte. Mais comme durant la lenteur de la voiture, la Cour s'est éloignée de Paris, et qu'elle est maintenant à Fontainebleau, il faudra se contenter d'envoyer les deux lettres à Sa Majesté et à son sage ministre et de faire porter dans la biblioteque du dernier les volumes que vous y avés destinés, après luy en avoir fait sçavoir la qualité, la quantité et la richesse, afin qu'au premier tour qu'il fera icy, il ait la curiosité de les voir, et vous en sache le gré qu'ils méritent. C'est à quoy je ne manqueray pas et dès aujourd'huy, pour récompenser par ma diligence le retardement de leur venue.

Je n'ay pas cru à propos d'exposer à ses yeux, ni à ceux de son bibliotequaire, les deux petits qui Irailtent de l'ancienne mounoye tles Romains', à cause qu'ils sont dédiés à une personne qui n'est pas de ses amis et qui [sic pour qu'il] n'est que bon qu'il ignore que vous fussiés des siens. Vous me ferés sçavoir à qui vous voulés que je

' Le () juin, Chapelain s'ailresse ea ces tei-mes à Ferrari (T 193) : tQuoyque je sois bien confus d(i remercimenl excessif que vous avés voulu me faire pour roCfice qu'enfin je vous ay heureusement rendu en cette Cour cy, je ne laisse pas d'estre bien aise d'avoir semé ce petit service dans une terre si reconnoissante et qui rend an centuple le grain qu'on lui a confié. Il m'est doux d'avoir trouvé ce que j'avois desjà jugé par avance, vous n'estiés pas seulement im iiabile homme, mais encore un homme d'honneur et que vos vertus morales ne cédoiont en rien à vos vertus intellectuelles. ..n Chapolain lui recommande de faire Thisloire du règne miraculeux de Louis Xl\ . H lui parle du style exquis de ce prince, àesajiiie polititjue. 11 ajoute : «Vous scavés si l'adminislration du l'eu cardinal Mazarin vous donneroit lien de vous exercer sur les plus grands et plus magnifiques sujets du monde. . . Vos notes sur Pline de THistoire naturelle seront sans doute d'unegi ande

instruction estant d'un homme aussi plein de beau sçavoir que vous et d'une estimative [le mot, qui est donné dans le Dictionnaire de M. Littré comme peu usité, n'a pas élé admis dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française] aussi juste que la vostre. Quelques-uns vous font partisan du prétendu fragment de Pétrone depuis peu déterré, d'autres disent que vous ne le croyés pas de luy. J'en sçaurois volontiers vostre sentiment en trois lignes. On se débat fort icy là dessus. . . n

- Chapelain reparle ainsi de ces traités dans une lettre à Gronovius, du ao juillet 1666 (f" 9o5) : «Les deux petits de moneta antiquorum ne furent pas de ce nombre et je les relins dans la peur que la dédicace que vous en avés faitte à M' Fouquet, son ennemi déclaré, ne fist un mauvais effet pour vous dans son esprit et ne meslasl quelque amertume à la douceur de l'offrande. 71

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

les remette. Dans le gi'and nombre d'autres dont vous Tavés régalé, ceux cy ne parois- Iront point manquer et, comme il n'en désiroit aucun et que ce fut de moy mesme que je vous en fis l'ouverture, pour vous le mieux concilier, s'il y a quelque chose à craindre, c'est qu'il trouve que vous luy en ave's trop donné.

Pour moy, Monsieur, j'ay mille remercimens à vous faire du Tite-Live dont vous niavés honnoré'. C'est un cbef-d œuvre

en ce qui vous regarde et que je suis fort véritablement, Monsieur, vosire, etc.

De Paris, ce xjuin 1666.

lus

de notes, il-

(i'inipression, mais plus encore lustrations, émendations, et la république des lettres vous est bien redevable de prendre un si grand soin de ses principaux citoyens et de les produire en public si purgés et si parés que vous faites.

Je ne doute pas que les deux Séneques ne se soient sentis de la mesme charité ^ mais puisque vous en médités une édition nouvelle \ si vous avés à les envoyer de deçà, il vaudra mieux attendre qu'elle soit failte , et ce sera une occasion de faire souvenir nostre monde de vous et de luy marquer la continuation de vostre zèle. Si la dédicace n'en estoit point mesme desja occupée, ce seroit là un autbeur à en faire une offrande à Sa Majesté avec un épistre panégyrique comme celle que Casaubon fit autresfois à Henri IV en luy consacrant le Polybe de sa revision *. Je vous dis mes visions toutes criies sans qu'elles vous engagent à rien , et je vous les dis ainsi librement afin que vous connoissiés que je m'intéresse fort

' Titus Livius , ex recensiom et cum notts J. Fr. Gronovii (Amsterdam, i665, in-S°).

= Gronovius avait publié les Tragédies de 5enèque, avec des notes (Leyde, i66j, in-S"). Il s'élait occupé de Sénèque le philosophe dès 1669 {Notœ in Senecam philosopbum et rhelorem , Leyde, 16^9, in-ia).

^ L'édition nouvelle des Tragédies de Sénèque ne fut donnée qu'en 1682 (Amsterdam. in-S"),

CCLXXIU.

À M" COLBERT

UIMSTRS D<E9T1T,

À fomai.vebleal'.

Vous verres par les deux lettres de \P Gronovius, premier professeur d'éloquence en l'académie de Leyde , l'une au Roy et fautre à vous, combien il a ressenti la grâce que vous luy avés procurée auprès de Sa Majesté . et à quel point cet honneur l'a attaché à son service et au vostre. Le billet que j'ay receu de luy n'est pas moins remply de protestations de son inviolable fidélité pour la gloire de nostre grand monarque. J'auray lieu de nourrir ces bonnes dispositions par ma re?ponse, pour luy en faire donner des marques publiques aux premiers ouvrages qu'il imprimera.

Il vous en a voulu. Monseigneur, donner de particulières de sa reconnoissance, en me faisant apporter plusieurs livres 1res bien traittés de ceux qu'il a ou composés ou commentés, pour avoir place dans vosire biblioteque, lesquels je mettray, dès ce soir, entre les mains de M' Carcavi, afin qu'il la leur y fasse trouver. Le Tite-Live, en trois volumes, en est le principal , à l'impression et à la relieure duquel il ne se peut rien adjouster. Dans quelques mois, il fait estât d'y joindre

avec additions de Jacques Gronovius, fils de Jean- Frédéric.

'' Paris, Drouard, 1609, in-l'oho. Voir, sur la belle épîlre dédicatoire d'Isaac Casaubon à Henri IV, Le triumvirat littéi'nire au xvi' siècle de M. Charles Nisard (Paris, i859, in-8°, p. 87/1-

* Imprimée dans le recueil de M. Clément

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les deux Séneques, père et fils, de sa dernière revision , qui sont maintenant sous la presse '.

J'attens au premier jour cet autre livre de yV Reinesius qu'il vous addresse et dont je me suis donné l'honneur de vous faire voir le frontispice. Ces deux sçavans hommes sont en leur genre chacun éniinens, et la faveur que vous leur avës faitte est d'autant mieux employée qu'elle tombe sur des sujets plus estimés et en qui plus de personnes de considération prennent interest.

Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce x juin 166G.

À M. CONRl.NGIUS,

CONSEILLER DES DUCS DE BnCNSWIC ET LCNEBOIIBG . À HELMSTADT.

Monsieur, j'avois bien creu que la voye de Francford ne réussiroit pas pour faire venir à droitture les livres que vous aviés résolu de nous envoyer, puisque nos libraires n'alloient plus comme autresfois à cette célèbre foire, mais la volonté seule que vous aviés de nous en régaler nous tenoit lieu de regale mesrae, pour vous en sçavoirtout le gré que méritoit cette marque de vostre amitié. 11 pourra néantmoins arriver que celle de Genève qu'a prise ie libraire que vous en aviés chargé sera plus heureuse et que les sieurs de Tournes - s'aquiteront en gens de foy de la promesse qu'ils luy ont faitte de les joindre au paquet addresse à M" Daillé\ quand ils luy feront prendre le chemin de Paris. Il est fascheux que ces troubles d'Al-

lemagne empeschent celuy de la mer, qui auroit esté tout autrement commode pour vos intentions, mais les dilTicultés augmentent le prix des choses et ne servent qu'à les rendre plus agréables, quand on vient enfin à les posséder. Vous serés averti du succès d'une façon ou d'autre , et quoyqu'il en arrive, on vous en aura la mesme obligation. Pour l'honneur que vous me faites en mon particulier de vouloir estre informé de mon origine, du cours de ma vie et de ma profession , je ne vous y feray point de façon et vous en parleray ingénument sans circuit et en philosophe. Ma naissance est honneste . et il n'y a dans ma famille rien de bas, de pauvre, ni de honteux; il n'y a aussi rien d'éclatant qui la tire de la médiocrité nécessah-e pour y maintenir la vertu ni qui luy donne la tentation de la vanité qui accompagne les extractions illustres. Mes proches aussi ont creu, en m'élevant, qu'ils me dévoient faire chercher la gloire plus par les lettres que par les litres , par ce qui me seroit propre que par ce qui me seroit estranger. Dans cette institution j'ay esté nourri parmi les sçavans et si je ne le suis pas devenu, je suis au moins devenu amateur de la sagesse et grand admirateur de ceux qui tiennent les premiers rangs dans le beau sçavoir. Mais comme la politique estoit l'une de mes fortes inclinations, il me fut aisé dans ma jeunesse de m'engager dans la cour, où ayant passé plusieurs années je vins à estre connu et aimé du cardinal de Richelieu qui jugea assés favorablement de ma foiblesse pour me destiner au secrétariat de l'ambassade de Rome, et j'eus assés de part à l'affection du cardinal Mazarin pour estre nommé par luy au

' M. Clément n'a pas reproduit le reste de ia leitre.

* C'étaient les descendants de Jean de Tournes, second du nom, imprimeur du roi à Lyon, qui, obligé en novembre i585 de s'expatrier pour

cause de religion, était allé s'établir à Genève et y était mort en 161 5.

^ Il a été déjà question de Jean Dailié dans notre premier volume (lettre CXLIX) et dans le présent volume (lettre GXXXVII).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

secrelarifit de nostre ambassade pour la paix génornie à Munster. Ma plus violente inclination ne'antmoins qui alloit à la poésie he'roique prévalant dans mon esprit sur l'autre . jo me dégageay sans peine et sans regret de ces honnorables emplois pour me donner tout entier aux Muses, et dans le choix je fus assés heureux pour rencontrer un he'ros si connu en Allemagne sous le nom de duc de Longueville qui s'intéressa de son mouvement dans le dessein que j'avois pris de les cultiver, d'où est sorti le poëme de la Pucelle dont la première partie fut reiidi'ie pu» l)!ique il y a dix ans et la seconde le sera dans deux ou trois, si Dieu prolonge les miens jusques là.

Sur l'occasion de l'employ de Munster je fus fait conseiller d" Estai afin d'y servir avec dignité', et la qualité m'en est demeurée, sinon la fonction. J'ay eu le bonheur d'estre gratifié de pensions considérables par défunts les cardinaux de Richelieu et Mazarin, par feu M' le duc de Longueville , par feu M' le prince de Conti et depuis par le Roy mesme au delà de mes besoins et de mes désirs jusques à m'altirer des jaloux par la prospérité de ma fortune. Mais ce qui m'est plus cher et plus précieux, et dont je fais mon ornement principal, c'est le jugement avantageux que Sa Majesté et ^P Colbert, son sage ministre, firent de ma sincérité et de mes lumières pour s'y confier lorsqu'ils me

firent l'honneur de me consulter sur le noble dessein d'encourager par des grâces les esprits à l'amour des lettres et à leur avancement et pour me croire incapable de leur rendre des tesmoignages trompeurs de ceiix qu'ils vouloient honnorer des libéralités royales.

Voilà . Monsieur, ce que je vous puis dire naïfvement de moy et de mes affaires. Si la tentation vous continuoit d'en dire quelque chose , je vous conjure que ce soif avec grande modération et sobriété et de contenir pour ce regard vostre zèle dans des bornes fort estroittes, vous souvenant qu'à un homme de bien il est plus souhaitable de mériter une haute louange que de l'obtenir.

Par la première seure commodité je vous envoyray le volume imprimé de la Pucelle qui a esté assés heureux pour toucher un de nos meilleurs poètes latins' et pour l'obliger à le traduire. Il n'a encore paru que manuscrit à cause de l'aversion qu'ont nos libraires d'imprimer des ouvrages latins, dont le débit ne leiu' est pas si utile que ceux de noslre langue.

Quand vostre fraitlé de Re niimmaria viendra*, il sera le très bien venu et j'en appuyeray le mérite de lout mon petit pouvoir auprès delà personne à qui vous faites estât do le dédier.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Do Paris, ce ivi juin 166G'.

' Chapelain veut parler de Tabbé Paiilet, auquel il accorde trop généreusement un si beau rang parmi les poètes latins.

- Je ne trouve pas le De re nmnmnria nienlionné parmi les iimombrables ouvrages du savant polvgrnphe : j'y vois seulement un ouvrage sur les monnaies des Hébreux ( De nummis Ebrœornm paradoxa, Helmstnedt, 1676, in-^i").

^ La lettre que l'on vient de lire avait dcjà paru dans un recueil du siècle dernier intitulé : (jomnxrcii epistoHci Leihnitiani , ad omne gemis (Tiidilionis . prwserlim vero ad illustrandam inlegri

propemodum neculi historiam lilerarinm etc. Tomus prodromus qui Mus est Boineburpcus. Becensuil In. Daniel Gruier, Huiiovrœ et GoUingœ , 1760, in-8". C'est dans fa seconde partie de ce recueil [lomi prodromi pars altéra, quœ ibidem Boineburfjica est. Accedit appendi.r Conringiana. . .) qu'a été insérée (p. 1 1 1 3- 1 1 1 7) la Lettre de M' Chapelain à M' Conrivgln t , où il raconte les principales circonstances de sa vie. Paris, le 17 juin 1666. — Le io du même mois. Chapelain adresse à l'ambassadeur hollandais Van Reuning (f° «ofi v°) unlettre de féiicilation dont je ne tirerai que quel-

A M" COLBERT

A FO.NTAINKBLEAC'.

Monseigneur, je n'ay pas créa que la crainte de vous destourner dans vos importantes occupations nie deust retenir de vous communiquer ce que M' Ottavio Ferrari, ce sçavant professeur de Padoûe, gratifié par le Roy, m'a respondu à la lettre dont j'acconipagnay celle que vous luy escrivistes en luy envoyant le présent de Sa Majesté et dans laquelle je luy insinuois doucement ce qu'on pou voit attendre de son ressentiment, où le Roy trouvast sa gloire aussi noblement desployée qu'il luy en avoit donné sujet par la noblesse de ses bienfaits.

Les termes de sa response sont trop considérables pour vous les laisser ignorer, et je me persuade que vous prendrés plaisir à y voir l'effet du bon office que vous luy avés rendu en le faisant comprendre au nombre des personnes que Sa Majesté a jugées dignes de ses libéralités.

Voicy donc, Monseigneur, ce qu'il m'en escrit :

Postquam igilur dtu fronlem perfricni, ad

novuni hoc et beneftciiin sidus oculos vcrtens, cunclanter et trépide regias laudes pvofano ore concipere et si non puhlicœ eœpectationi saltem pietali satisfacere in animuni induxi. Qiiainvis eniin moniimenta, quibiis res Inijus œviposteris trado, Rev incomparabilis ingenlium meritoruin majestate sit impletitrus , atque ah Henrici magni extremis labor noster auspicatus , exacto per longas moras divi parentis regno, principis omnium scriptonnn ingénia defatignluri imperii rudimentis hœsurus sit, ibique desituriis unde ille incipit, quia tamen spissum opus est et lenti moliminis , statui pauca carptim delihare enque in antecessum dare et attonitœ venerationis cultui prohidere. Tu, Délia, mentent inspira; tu ad sacrarium digitum intende, prœcipua quœque decerpens in quibus olim historia desudabit ne summa regiœ laudationisfastigia Iransmitte. Erant quidem alia in manibus

ut LIBRI ELECTORVM^, ORIGINES LINGVO ITALI-

CE^ ^0T^ item in plinivm"; sed posthabitis omnibus huic negotio prœvertendum video, etc. Ce sont, Monseigneur, les paroles de cet excellent homme qui m'ont paru de consecpience pour l'honnem- du Roy, que vous passionnés si fort, et nous avec vous, en suyvant vostre exemple; car elles portent un formel engagement à faire le panégyrique

ques lignes : tr Monsieur, à la grande nouvelle de la bataille gagnée par vostre armée sur les Angiois, la première chose qui m'est venue en l'esprit a esté de vous en lesmoigner ma joye et la part que je prens à vos prospérités. Quoyqu'il eust esté à souhaiter que nos forces eussent peu joindre les vostres avant le combat pour nostre gloire et pour une victoire plus entière, nous nous en consolons néanlmoins par la raison que les Angiois n'auront pas à dire qu'ils vous eussent desfails s'ils n'eussent eu afTaire qu'à vous, et que cet événement leur aura appris à leur honte que sans aucun secours vous leur ferés lousjours la moitié de la peur. C'est désormais, Monsieur, que la paix ou leur ruine sont certaines. Car M"^ de Beaufort , qui sera au pre-

CHAPELin. II.

mier jour dans la Manche, quand vous ne sériés pas sitost en estât de les aller revisiter, leur donnera assés d'exercice pour les empescher de respirer et pour accomplir heureusement ce que vous avés si glorieusement commencé. .. ^5 La lettre se termine par ces mots si aimables : «Vous n'aurés jamais tant d'avantages que vous en mérités et que vous en désire. Monsieur, vostre, etc."

' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 61 i).

* Electorum libri duo {Padoue, 1G79, in-/i°). ^ Padoue, 1676, in-folio.

* Les biographes d'Octave Ferrari mentionnent ses notes sur Apulée, Juvénal, Tacite, Virgile, mais non pas ses notes sur Pline.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de Sa Majesté que je nrestois laisse' entendre qu'on se pouvoit promettre de sa reconnoissance. Mais comme je ne vous indiquay ce sçavant homme que sur le pied du premier orateur latin de toute lltalie, j'ay esté agréablement surpris de rencontrer de plus en luy un historien , et un historien qui traittoit des évenemens de ce siècle et qui desjà. esloit disposé à rendre, dans son travail, justice aux grandeurs de nostre monarque. Cela, Monseigneur, m'a engagé, de mon coste', à luy faire une copie des Mémoires ilahens que j'avois faits pour le s^' Carlo Dati. et à luy escrire une seconde fois pour le fortifier dans ses bonnes dispositions el pour l'exhorter à ne se contenter pas d'employer dans son ouvrage les commencemens du règne de Sa ^L^jesté, mais de le poursuyvre jusqu'à ces temps cy, la matière estant si illustre et y allant mesme de l'interest de l'Italie , qu'une administration aussi sage et heureuse que celle de feu M^' le cardinal Mazarin y soit relevée et en face le principal ornement, j'attens sa resolution sur cet article, résolu de nourrir, avec tout le soin dont je suis capable, ses louables intention.':, afin que vous ayés ce nouvel instrument pour éterniser les vertus héroïques du Tioy et l'admirable conduite de Sou Eminence.

Entre tous les écrivains que Sa Majesté honnore de ses faveurs, ceux qui me semblent le plus dignes d'estre mesnagés sont les historiens, el entre les historiens ceitx qui trai tient des affaires présentes ou qui ont relation aux nostres. Vous le croyés ainsy sans doute, Monseigeur, el c'estoit Topinion des deux derniers fameux cardinaux qui ont fait le bonheur de la France. C'est aussi ce qui me fait vous proposer un autre sçavant professeur déloquence à Dantzik, et historiographe en titre du roy et du royaume de Pologne, duquel j'ay veu la guerre contre les Cosaques rebelles et leur chef Kminie.ski '. laquelle est fort bien escrille\ et qu'on ma assuré cpi'il (sic) fait le Florus Polonicus encore plus beau. Vous jugerés si vous le devés aquerir au Roy, en luy procurant ses grâces, à quoy il y auroit d'autant plus de facilité qu'il a fait voir, par les épigrammes que vous trouvères dans mon paquet, son inclination à révérer Sa Majesté el ce qui la louche.

Vous en userés selon voslre prudence accoustumée et ne prendrés, s'il vous plaist, cet avis que conmie un effet du zèle qua pour le service du Roy et poiu- vostre salisfaction, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce ii juillet i666''.

» Sic pour Kmielniski.

- La Relation des Cosaques, avec la vie de Kmielniski a paru dans le premier volume du recueil de Melchisédech Thévenot : Belalions de divers voyages curieiut qui n'ont point été publiés, etc. (Paris, iC63, in-fol.). Cette relation, comme le rappelle Eyriés {Biographie univeiselle), est de Pierre Chevalier, conseiller en' la Cour des aides, qui l'inséra dans son Histoire de la guerre des Cosaques contre la Pologne.

^ Le 5 du même mois, Chapelain écrit à Wagenseil (f° 199): -Ces M" les Anglois sans doute ont fort vaillamment combatu, mais les Hollandois les ont aussi balus sans doute, et ont pris une glorieuse revanche de leurs malheurs de ian

passé. Ce désavantage néantmoins de leurs ennemis n'est pas le plus grand niai qui leur pouvoit arriver. Ils avoient besoin d'estre tousjours vainqueurs pour esire en seureté des mauvaises humeurs qui se couvrent cliés eux , et pour en tirer de nouveaux secours , s'ils vouloient achever de destruire ceux qui leur disputent l'empire de la mer, on du moins qui refusent de les en rcconnoistre lesmaislres. Si les vaincus relaschoient un peu do leur fierté el ne desdaignoient encore de traitter d'égal avec les vainqueurs, on en pourroit venir à un accommodement qui seroit le bien de tout le monde. Mais le génie de la nation ne le comporte pas; elle n'est capable de se ranger à la raison que par la force. . . Je suis bien aise que

À M. ARXAULD,

ÉTESQUE D'AN'CBES .

Monseigneur, je veux un grand bien à vostre chapitre et à vostre clergé d'avoir tesmoignë un si beau et si vif ressentiment de l'injuie que vostre dignité et vostre personne avoient receûe à i'audience de la Flèche par i'advocat du Roy sur le sujet du

vous ayt.'S poussé jusqu'à Oxford , et sinon entendu, du moins veu les gens de sçavoir qui font fleurir cette académie là. Je n\iy veu de M' Pokokius [le savant théologien Edouard Pocock, né à Oxford en iGo-'i, mort dans cette ville en 1691] que son histoire arahe des dinasties, qui m'a fort diverti et qui m'a laissé une grande opinion de son mérite. J'apprens aussi volontiers que ces MM" préparent une édition de tous les ouvrages de Seldenus. Elle fera honneur au royaume angloisetàla république des lettres. ..n Le 10 juillet, Chapelain, après avoir félicité Heinsius (f' aoi) de la victoire remportée par la flotte hollandaise sur.celle des Anglais, «laquelle a changé la face des choses, n lui parle ainsi de Gevartius : tr J'avois sceu la mort de M' Ge\artius par son gendre et l'avois fort regrettée. Je ne doute point que le mauvais Iraittemenl que luy fit ce AP de Castel Rodrigo pour avoir receu des marques d'estime du Roy n'ait contribué à avancer ses jours; et en vérité la grâce de Sa Majesté devant eslre si peu suspecte, ce ne fut pas une petite inhumanité d'en faire un crime à ce vénérable vieillard au lieu de s'en faire un honneur à soy-mesme. ..71 Chapelain déplore ensuite la mort d'un autre travailleur : trPour M' Usiit, vous m'avés appris la perte que la République des lettres en a faille. C'est dommage certes et elle a de moins en luy un citoyen des plus propres à en accroistre le domaine et pousser les limites plus loin. Ce que j'ay veu de ses observations sur les livres anciens delà chasse gratieuse, etc., m'en fait parler ainsi. Il est malaisé qu'il soit demeuré depuis les bras croisés et sans rien faire. ..^ Le i U juillet. Chapelain {f 202) reproche à Conringius de l'avoir

formulaire, et je n'ay guères eu depuis longtemps de lecture qui m'ait autant plu ni autant satisfait que celle de la publique amande honnorable qu'il vous en a faitle, où il m'a semblé qu'il n'y a rien davantage à désirer de la part du criminel ni de la part de Toffensé dont la gravité épiscopalc et l'indulgence paternelle paroissent également en cet escrit à l'édification des gens de bien. Je le feray voir à nos amis et surtout à M' Conrarl lorsqu'il sera de retour d'un petit

trop loué dans son épître dédicatoire, et d'avoir sui tout trop insisté sur son titre de conseiller d'État, «dignité qui dans vostre pensée m'attribue un grand employ dans l'Estal, puisqu'encore que j'en sois reveslu dans les formes et qu'elle ne me soit ni contestée ni enviée, il est cependant vray que je ne l'exerce point et qu'elle m'est bien plus agréable pour l'ornement que pour l'action. Ce n'est pas aussi de quoy je me pique et je me trouve bien plus dans mon élément en l'ombre de mon cabinet avec mes livres qu'en la lumière du Conseil avec des sacs de papiers. Au reste, entre les matières de science celle qui regarde la physique est si fort de mon gousl, que si l'on en excepte la politique, il n'y en a point que je luy compare et où mon esprit trouve plus son contentement, de sorte que puisque vous aviés résolu de me faire un présent de cette nature, vous ne pouviés pour me satisfaire guère mieux choisir que celuy là ou quelque autre de ce genre, jj — Le lendemain , Chapelain adresse à Vossius, au sujet de son traité du Nil, les observations suivantes (f° 2o3) : «Ce qu'on eust icy désiré sur celuy du Nil est que vous eussiés allégué les autheurs de qui vous tenés ces particulières notices avec les temps et les occasions des descouverles afin de rendre vos assertions et vos raisonnemens plus authentiques. Pour ce qui regarde Kirker et Schot, les leurs sont si puériles que je ne m'estonne pas si vous avés mesprisé de destruire ce qui se deslruisoit tout seul. . .■'■: Chapelain ajoute: «Je suis bien aise que la proposition que je vous ay faitte touchant le Niger et ce nouveau passage de vos gens pour les dédier au Alusagète M'' Colbert ne vous ait pas esté désagréable...»

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

voyage qui nous l'a dérobé depuis quatre jours. Ce ne sera pas sans luy monslrer dans vostre billet l'obligeante marque de vostre souvenir et de vostre amitié.

On parle tousjours de pousser l'affaire des quatre prélats ', ce qui sera , s'il arrive, un des mémorables spectacles et des plus sujets à divers jugemens qui ait paru dans l'Église il y a longtemps. Ce que je vous en puis dire est que l'appréhension qu'on en a serre le cœur à beaucoup d'anies pieuses, et que vous estes peut estre le seul qui attende ce terrible choq avec une plus grande indifférence et intrépidité. Et certes dans la disposition d'esprit où Dieu vous a mis , vous ne sçauriés rien faire de plus digne ni qui preuve mieux la pureté de vos intentions et vostre zèle pour l'intégrité de vostre Sainte Mère. Cependant il ne faut pas désespérer que le Ciel n'intervienne dans ce différent pour l'inlerest si notable qu'il y a et que sa bonté ne dissipe le nuage qui a jusqu'icy offusqué la lumière de ceux qui, ne voulant

que le bien, ne souffrent le mal et n'y contribuent que pour ce qu'ils sont circonvenus et préoccupés. Je l'en prie de tout mon cœur et demeure avec ma passion ordinaire entièrement à vous.

De Paris, ce XXVIII juillet 1666°.

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