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CCLXXVII

À M«" COLBERT

MIKISTnB D'BSTAT, À FO.MAINEBLEAU^

Monseigneur, le sonnet italien du s^' Carlo Dati,sur le sujet de la navigation et du commerce, ne vous dérobera guères de temps et vous plaira beaucoup , comme je l'espère, ne se pouvant, à mon avis, rien faire de plus noble pour le dessein de Sa Majesté que cette petite composition qu'il m'a envoyée afin que je vous la présente et qu'elle divertisse Sa Majesté, pendant qu'il travaille à une plus grande qui embrassera toute la matière des louanges qu'elle a si

' On sait que ces quatre prélats claient, avec Henri Arnauld, M. de Buzenval, évèque de Beanvais, M. de Caulet, évè(|iie de Pnmiers, et M. Nicolas Pavillon , évèque d'Alelli. Voir sur leur longue résistance le Porl-Rmjal de M. Saiule-Beuve (t. IV, p. 35a et suiv.).

^ Le 3i juillet. Chapelain console la marquise de Flamarens qui était alors très souffrante et qui venait de se rendre aux bains d'Encausse (f° 207): «Je m'estonnois de n'avoir point de vos lettres depuis les dernières que je vous avois escrittes. . . Enfin j'ay appris. . . que vous estes attaquée d'une fluxion dangereuse qui vous oblige de faire le voyage d'Encausse pour y cliercber vostre guérison. Je ne vous puis dire ie fascheux effet que cette nouvelle a fait en moy... Enfin, Madame, il ne resfoit plus que cette espreuve à vostre vertu à essuyer pour estre pleinement assurée de vostre prédestination et d'avoir une lieureuse place dans le Ciel, après en avoir eu une si malheureuse sur la terre. C'est le seul motif que vous pouvés avoir

de consolation au milieu de tant de différentes peines. . . Prenésplaisirdans vos traverses à donner au siècle un grand exemple de résignation aux volontés de Dieu...n Le surlendemain, Chapelain adressait à Heinsius (f 207 v") une lettre où je ne trouve à prendre que ces lignes : kM' Bigot me mande {[ue M"^ Scelferus m'a mis sur la hste de ceux qu'il honnore de son histoire d'Upsale, mais que les exemplaires n'en peuvent arriver ici que cet hyver. Si vous luy escrivés pour autre cliose , faites luy en un remerciment de ma part... Je suis surpris que vous ne m'ayés rien dit du succès de vos armes triomphantes et de la disposition plus favorable de la Suède pour vous après ce grand événement. Je ne doute point que vous et M' de Pomponne n'en ayés profité auprès d'elle et que vos offices n'ayent fort aidé à luy donner la pente où nous la voyons maintenant.n

^ Imprimée dans le recueil de M. Clément (t.V, p.6i5).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

bien niëritées et qui se feront lire à i'éternité, lorsqu'une si excellente plume y aura fait son dernier effort et y aura employé tout l'art dont elle est capable.

Il vous peut souvenir, Monseigneur, des Mémoires que je luy ay fournis en sa langue pour cela , <j[ue vous me listes Thonneur de me mander qui n'avoient pas desplu au Roy ni à vous. Selon qu'il m'enescrit, il voudroit un plus grand détail encore, ce qui me fait d'autant plus connoistre la passion qu'il a pour en faire un chef d'oeuvre accompli.

J'altens de jour en jour le manuscrit de ces trois années de la guerre entre Suède et Dannemark, dont M' Bœclerus a composé l'histoire, laquelle n'osant rendre publique par la voye de l'impression \ [il] la veut au moins consacrer h vostre nom et luy obtenir une place en vostre belle biblioteque. Ce volume sera curieux et utile en tout, mais principalement pour les secrets motifs de la

couronne de Suède qui y sont desco;iverts , et qu'il a eu en confidence d'elle lorsqu'il estoit à son service. Cependant j'ay receu de luy un volume in-folio du différent qui s'est meu entre l'Electeur Palatin et celuy de Mayence, de la main du mesme M' Bœclerus", engagé à ce travail par ce dernier, où est discutée à fond, en termes de droit, la question importante dont depuis le Roy a esté éleu pour arbitre. Je le fais relier pour le remettre entre les mains de M' Garcavi , qui vous le présentera à vostre premier voyage.

Nous repassons dans l'assemblée la description que M' Perraut a faite fort heureusement du Carrosel, et où les devises des cavaliers n'auront pas une petite obligation à sa plume.

Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure avec mon zèle accoustumé, Monseigneur, vostre , etc.

De Paris, ce m aoust 1666'.

' Cet ouvrage parut qiiclcjues années plus tard sous ce titre : Hisloria belli Sueco-Danici , annis i6fi3, 16U et i6!io (in-6% 1679).

"^ Ni dans le Dictionnaire de Moréri ni dans nos récents recueils biographiques on ne trouve mention du volume in-folio signalé par Chapelain. Peut-être le nom de Bœcler ne figuie-t-il pas sur le titre, et les bibliographes ont-ils ignoré qu'il en fut l'auteur.

^ Le 19 août, Chapelain s'adresse à ses bons amis Heinsius et Vossius. Il dit au premier (Tau v°) : rNostre peuple a souvent un proverbe à la bouche que l'expérience luy a fait passer eu maxime et qui ne seroit pas indigne d'estre adjousté aux Chiiiades de vostre compatriote [Erasme], tant il est moral et sensé. Ce proverbe est : Tout vient à point qui peut attendre, et je l'empioyerai ici familièrement pour calmer l'impatience que vous m'avés lesmoignée par vos précédentes, de n'avoir point de mes lettres depuis trois ou quatre mois... Pour M" Bigot, il n'est pas seulement en Normandie , mais encore à une maison de campagne éloignée de 8 ou 9 lieues de Rouen , ce qui rend nostre commerce

tout autrement incommode que quand nous l'avions à Paris. . . Vous ne me dites rien de M' de Pomponne [Chapelain, le même jour, écrivant à Pomponne, lui parle beaucoup de Heinsius] qu'il ne me die de vous mesme en le renviant, et je suis ravi d'avoir uni d'abord deux aussi belles âmes que les vostres pour vostre commune consolation. Je vous ay parlé de vostre victoire dans mes précédentes. Que si les Anglois ont prétendu l'avoir eue de leur costé fort ridiculement, ils se la pourroient attribuer avec plus de vraysemlilance dans la seconde bataille qui se vient de donner et où ils ont suyvi M"' Ruiter dans sa retraitte jusques à la rade de Zélande. On n'en a point encore le détail... M' Huggens est ici évoqué par le Roy et logé dans sa biblioteque avec un notable et glorieux enlretenement, ce qui ne luy est point envié, chacun tombant d'accord qu'on ne sçauroit trop faire pour un si excellent homme. La Reyne Christine n'a pas esté évoquée de mesme par la Suède et la visite qu'elle y va faire à leurs Majestés est jugée plus volontaire de sa part que de la leur. Je luy souhaite tous les contentemens qu'elle mérite. Vous nous

UIO

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