‹ Lettres. PubliéesChapitre 120 sur 309 · CCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXVIII

À M. BERMER,

MÉDECIN Dr GBiXD MOGOL , À DELLi'.

Monsieur, l'espérance que M' de la Croix , interprète de la langue turque en cette Cour ", m'a donnée que, par sa recommandation, je vous pourrois seurement faire sçavoir de mes nouvelles, m'a fait i-ésoudre à vous escrire pour la quatriesrae fois et de joindre à ma lettre une copie de celle que jenvoyay à i\r de Merveilles, avec une qui se trouva pour luy dans le paquet de M' de Monmor, et dont je m'estois chargé pour la luy faire tenir à Marseille. Cette diligence l'ayant obligé à m'en remercier, il se lia sur vostre sujet une espèce de commerce , dans lequel il me communiqua une seconde lettre que vous luy aviés escrilte par la voye d'Alep , et me demanda avis sur certains articles dont vous souliaitiés d'estre éclairci, touchant les affaires du Parnasse; à quoy je satisfis punc-

tuellement, comme aussi à la prière que vous faisiés à M' de Monmor de vous procurer un exemplaire de la Piicelle, lequel je luy fis aussi tost remettre pour le faire entrer dans le ballot avec les autres livres que vous luy deraandiés. A quelque temps de là, sur ce qu'il me fit savoir qu'il vous escriroit encore, je rechargeay et accompagnay ma seconde d'une copie de ma première et d'un mémoire curieux de M' Thévenot qui le renvioit ^ sur mes conseils, et dont les responses bien précises ne seroient pas d'une petite instruction pour le public. Il peut y avoir dix-huit mois que je hazarday encore une despesche garnie des mesmes })ièces à toutes fins, au cas que les précédentes ne fussent pas arrivées jusqu'à vous. J'en fais autant cette fois cy, et ce sera un grand malheur si, de tant de lettres, quelqu'une au moins ne se rencontre bien. Je me suis opiniastré à ces offices-là , Monsieur, principalement pour vous faire connoistre que je suis ferme dans mes amitiés, et que c'est assés d'avoir de la

ferés sçavoir comment son voyage luy aura réussi et in raison qu'elle vous aura faille de ses vieilles debles. ?i A Vossius Chapelain dit ( 1* a i a v") : « Vostre dernière du xxix. juillet est une lettre précieuse et qui met si bien à couvert vos deux traillés de motu marium et de oi-igine Nili des réprehensions du commun des critiques, que je la croirois digne d'estre insérée dans la préface de l'un ou de l'autre la première fois qu'ils se réimprimeront. Tout ce que vous m'y apportés pour vostre défense est si raisonnable qu'il n'y aura jamais personne de raison qui ne s'en contente. En effet ce qu'ils disent du soin que Pline a pris d'attester son Histoire naturelle par la liste des autheure dont il l'avoit extraite ne fait rien du tout contre vous, puisqu'il n'a pas justifié en particulier chacune de ses remarques par ie nom et i'ouvrage de ceux dont il les avoit eues, et qu'il a cru faire assez de nommer ses originaux à la teste de chaque livre... Je consentirois qu'à la seconde édition vous fissiés un catalogue par articles de

ces noms quelque obscurs qu'ils soient, du temps de leurs voyages et des choses précisément dont ils auroient esté les tesmoins. Cela fixeroit davantage l'esprit du lecteur et porleroit je ne sçay quelle authorité plus grande aux remarques que ne fait leur simple exposition...-^

' Imprimée dans la brochure de M. de Lens déjà plusieurs fois citée : Les coirespotxdanls de François Bettiier (p. 36 et 87).

- François Pétis du la Croix, né en 1632, raorten iGgô, fut pourvu, en lôôa, de la charge de secrélaire-interprèle du roi pour les langues turquesque et arabesque, qu'il exerça avec honneur pendant quarante-quatre ans, selon fabbc Goujet {Mémoire sur le Collège royal de France, t. III, p. agG), pendant quarante ans, selon la Biographie universelle. Voir, sur les travaux de cet orientaliste, ce dernier recueil. François Pélis de la Croix eut pour fils et pour petit-fils des orientalistes dignes de lui.

^ M. de Lens a lu et imprimé renvoyait.

LETTRES DE JEAN GHAPELALN

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vertu et du sçavoir pour ne nie jamais perdre \

Depuis mes dernières le Roy d'Espagne est mort' après avoir perdu trois batailles en quatre années ^ contre le Roy de Portugal " et n'a pas laisse' son fils ^ ni ses affaires en estât de se relever aisément de ses pertes. L'Empereur '^, a eu guerre avec le Turc en Hongrie, et après y avoir perdu Nieuhauzel', il couroit fortune de perdre Vienne, si le secours françois, ayant arresté ce torrent tout court, ne luy eust donné moyen d'obtenir la paix de la Porte pour se préparer en récompense à rompre avec nous au premier jour. Les Anglois et les Holandois se sont brouillés ensemble et nous nous sommes déclarés pour les derniers. Dans ces deux seules campagnes il s'est fait quatre combats généraux à gain et à perte égale, tantosl vainqueurs, tantost vaincus. Le Roy d'Angleterre s'est marié à une Portugaise * et celuy de Portugal à une Françoise ^ L'Espagne souffre tout sans se

plaindre, tant est grand son abbatteraenl. Les Vénitiens disputent tousjours la Candie et la mer aux Infidelles, sans qu'on y voytapparence de fin. Voilà en gros Testât de l'Europe.

Quand vous vous serés enrichy au service de vostre grand monarque, il vous permettra de faire un lour en France pour révérer le nostre qui ne luy cède en nulle des grandeurs, et il est malaysé que sa réputation n'ayl volé jusqu'à vostre Inde et à vostre Gange.

Si vous me respondés, le meilleur sera d'addresser le paquet à iVP de Monmor, près l'Eschelle du Temple; mais en le faisant, il faut luy escrire avec le plus de civilité que vous pourrés, sans vous souvenir que vous n'avés point eu de responses de luy. Il est maintenant doyen des maistres des Requestes, par la mort de lAP Gaumin.

Je suis avec beaucoup de passion. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvi aousl i66G'°.

' Tout le paragraplie que l'on va lire, qui commence à : depuis mes dernières, el qui finit à : voilà en gros V estai de l'Europe, a été omis par M. de Leos, lequel s'est contente de dire : Suit un bulletin politique. . . ~>

- Philippe IV, mort à l'âge de soixante ans, le 17 septembre i665.

^ La plus célèbre de ces batailles est celle de Villa-Viciosa (17 juin i665).

* Alfonse VI, né le ai avril iGi3, avait, en i656, succédé à son père Jean IV.

' Charles II, né le 6 novembre 1661, n'avait pas encore quatre ans quand il monta sur le trône d'Espagne.

* Léopold, né le 9 juin lOAo, fut élu empereur le 18 juillet i658, à Francfort.

' Neuhausel, en Hongrie, à l'est de Presbonrg.

* Charles II avait épousé, le 3i mai 1G62, l'infante Catherine, fille de Jean IV, roi de Portugal.

^ Alfonse VI avait épousé la princesse Marie de Savoie, duchesse de iVemours.

'" Le 3o août, Chapelain (P 21 G) donne à Spanheim des nouvelles de sa santé qui '.m'est pas meilleure que vous ne la Irouvasles à vostre voyage en cette Cour, et je vous fais mesme cette response au milieu d'un de ces fascheux accès de mal périodique qui m'afflige depuis sept ou huit ans et qui ne me quittera qu'avec la vie..." Il ajoute: «Dans les intervalles de celte infirmité je ne laisse pas de remuer mes papiers et d'avancer tousjours dans la carrière que j'ay entreprise, en sorte que si je ne meurs de deux ou trois ans , je pourray l'avoir fournie et m'eslre tellement quellement acquitté de la debte que j'ay contractée envers mes Princes et envers le pubhc. Cette inquiétude de M' de Lorraine qui trouble le repos de vostre serenissime maistre et les hostihtés dont vous vous plaignez ne plairont aucunement au Roy, qui y verra avec ressentiment son intervention négUgée et ses offices mal cor-

LETTRES DE JEAN GHAPELAIK

À M" COLBERT

mXISTBE D'ESTAT.

Ai; BOIS DE VnCE.NNES'.

Monseigneur, roinrage manuscrit de M' Rœklerus. dont je me suis donne' l'honneur de vous parler dans ma précédente -, ni"a enlin este rendu pour le mettre dans vostre biblioleque, en attendant que la disposition des choses permette qu il vous en fasse une ofli-ande publique et qu'il vous tesmoigne avec plus d'éclat le ressentiment des grâces que vous lu y avés procurées auprès du Roy. Quand les affaires souffriront que vous preniés un peu de relasche parmi vos livres. M' Carcavi vous présentera celuy cy, où je ne doute point que vous ne ti'ouviés de quov vous esclaircir du fonds de la politique suédoise, qu'il seroit malaisé de tirer d'aillem-s ; ce sçavant homme l'ayant pénétrée et insérée dans celle histoire, lorsqu'il estoit sur les lieux et appointé par celte couronne.

Il est après à disposer les libraires de son pais à une nouvelle édition grecque et latine de Polybe, illustrée de ses notes" et plus ample que celle que Casaubon dédia à Henri 1V% laquelle il destine, par mon conseil, à nostre grand monarque, avec une manière de dédicace qui soit moins une lettre qu'un panégyrique , et où les merveilles

de Sa Majesté soyent gravées si fortement qu'elles puissent tousjours durer.

Depuis cela , Monseigneur, j'ay receu des nouvelles de M' Conringius,cet illustre professeur de Helmstad, toutes pleines de zèle pour les interests du Roy. Mayanl fait sçavoir, par ses précédentes, qu'encore qu'il y eust du péril pour luy s'il escrivoit pour les droits de Sa Majesté sur les Pais Bas. il l'entreprendroit volontiers, pourveu qu'on luy fournist les Mémoires particuliers sur quoy ils se fondent, se tenant assés fort sur la thèse générale pour s'en bien acquitter; comme en ce genre c'est une plume que l'on tient la plus forte d'Allemagne et que les Impériaux craignent le plus, je receus sa proposition civilement, en luy faisant toutesfois entendre que ce ne seroit pas sans grande difficulté que les Mémoires qu'il désiroit pour cela luy pussent estre seuro-ment et secreltemenl portés et que d'ailleurs cette affaire ne pressoit possible pas encore, que cependant je ne vous laisserois pas ignorer sa bonne volonté.

Par ses dernières, il continue à s'offrir, mais sans empressement, en ces termes : Interea a periculoso opère abstinebo manvs, nisi jiibear a Reg^e Chrislianissimo , cujus commodis, sah'o eo quod rectum est et justum, obstrictum me ognosco, quamvis idconjunctum fuerit cum aliquo met discrimine. Et il suit à vostre égard. Monseigneur : «Igitur, mu-

respondus. Sa Majesté aime ses alliés, mais il les aime justes et n'espou.se jamais de parti que celuy de l'équité. La guerre qu'il a avec, les Anglois est présentement son application principale, et quoiqu'elle soit grande il luy restera tousjours assés de temps pour agir et prendre les expédiens nécessaires à calmer cette bourrasque survenue si fort à contre temps. Ce qui m'en fasche autant, c'est qu'elle suspend le cours de vos estudes et qu'elle nous retarde la satisfaction que nous avions attendue de la nouvelle édition du Traitté des médailles, de laquelle

nous avons d'autant plus de curiosité que nous n'aurions pas cron qu'il se pust rien adjouster à la première. Ces deux autres que vous nous promettes ont des litres qui donnent grande envie de les voir, surtout estant maniés par une plume aussi 6ne et aussi judicieuse que la vostre. .,51

' Imprimée dans le recueil de M. (lémenl (t. V, p. 6i5).

* VHistoria belli Sueco-Dnnia.

^ Le travail de Bœcler sur Polybe parut à Utrecht, en 1G66 (in-i°).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

tatis velis, quod jam tnslttm, pergam agere circa rein nummariam, ut illustrissimo Colberto etiam gratus erga tantum patronum affectus 7neus saltem aliquo testimonio approbettir, donec meliora et plura darc licuerit. Par là, Monseigneur, vous avés une main estrangere preste, quand vous le jugerés à propos, pour servir à défendre les droits du Roy, et si vous me lordonne's, j'entretiendray cet bonneste homme dans la disposition oti il s'est rais de luy mesme.

M' Vaghenseil, ce gentilhomme allemand, traducteur des pièces du commerce , me tesmoigne l'impatience qu'il a d'estre arrivé à Nuremberg, pour mettre ses papiers en ordre et préparer la publication de quelqu'un de ses ouvrages cpii soit digne du Roy et de vous.

M' Gronovius, professeur à Leyde, me mande la mesme chose, aussy bien que M' Vossius, qui ne croit pas eslre quite envers Sa Majesté pour l'ouvrage de Y Origine du Nil, qu'il a consacré à sa gloire et que son neveu a eu Ihonneur de vous présenter.

Je prie Dieu qu'il vous conserve pour le

bien du public et demeure, Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce u" septembre i66(3 '.

' Le lendemain. Chapelain écrit (f 218 v°) à M. Graindorge au sujet d'une diatribe que ce médecin devait luy envoyer et qu'il voulait lui dédier. Graindorge y attaquait la dissertation de Vossius sur la lumière. Chapelain déclare qu'il croit que les deux adversaires ne combattent que pour Vamour de la vérité : -rVous ne cherchés dans la question de la lumière et du feu qu'à éclaircir les choses obscures qui s'y rencontrent, sans que ni l'un ni l'autre pensiés à la victoire plustost qu'à la descouverte de ce qui y est caché afin que le public en profite. 1 Chapelain n'adresse qu'une seule objection à son correspondant : «Ce qu'il y a seulement à considérer est si vostre précèdent discours estant latin et vostre adversaire y ayant respondu en latin , cette rephque peut paroistre françoise. A vous en parler sincèrement, j'aurois peur que ce procédé ne fut pas plus approuvé que celuy de

À M. GRyEVIUS,

PBOFBSSBCR D'ELOQUENCE , À l/TRECHT^.

iMonsieur, j'ay esté surpris de la bonté que vous avés voulu exercer envers un homme comme moy qui vous est incomiu, en m' envoyant im exemplaire de l'ouvrage posthume de feu M' Rubens\ Mais plus la surprise a esté grande , plus l'est aussi l'obligation que je vous en ay. Je ne m'engage pourtant pas à vous expliquer combien grande en est ma reconnoissance , car ce que je sens en cette rencontre est au dessus de toute expression. Je vous diray seulement. Monsieur, que quand le livre seroit d'un moindre prix, et d'mi autheur moins célèbre, la seule considération du mérite de celuy qui en a procuré l'édition et de qui le nom porte avec soy son éloge suffii'oit à me le rendre très précieux.

CHAPELAIN

Hr Petit, médecin, qui a attaqué en latin l'ouvrage françois de M"' de la Chambre du Système de l'âme. . . ^5 Le Système de l'âme , de l'académicien Marin Cureau de la Chambre, avait paru en iG64 (Paris, in-/i°). L'ouvrage de Pierre Petit est intitulé : De cxlemione animce et rerum incorporearum nalura, libri duo (Paris, i66.5, in-8').

- Jean-Georges Grœvius naquit à Naumhourg en janvier 1682 et mourut en janvier 170.3. 11 fut justement célèbre comme professeur et comme critique.

^ Il s'agit là d'Albert Rubens, le savant archéologue, l'un des fils du grand peintre. 11 était mort, âgé de quarante-trois ans, le i" octobre 1657. Grit'vius fut l'éditeur du recueil des dissersertalions d'Albert Rubens : De re vesliaria veterum , prœcipue de lato clavo, libri duo (Anvers, i665, in-^°).

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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je suis ravi que cette occasion m'ait donné lieu de vous assurer de ma parfailte estime en attendant que par quelques offices dignes de vous je puisse vous assurer que je ne suis pas plus' vostre estimateur, Monsieur, que vostre , etc.

De Paris, ce x' septembre 1666.

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