‹ Lettres. PubliéesChapitre 122 sur 309 · À M. VATTIER · texte numérisé non relu

À M. VATTIER

MÉDECIN BT PROFESSELB DU ROI ES ARABE , À MONSTREllL, EN NORMANDIE.

Monsieur, je ne vous dis point que j'aime vostre vertu et que je désire vos avantages. Vous n'en estes que trop persuadé et vous ne me tesmoignés que trop tous les jours de le croire sur les offices que Dieu a permis que je vous pusse rendre. Je vous dis seulement que quand je vous recommande de ne rien faire présentement avec plus de soin que de travailler à restablir et conserver vostre santé, ce n'est qu'une suite de l'affection que j'ay pour vous et du désir de voir accroistre vostre réputation et vostre fortune par vos travaux. Vous m'avés donc fait plaisir de me mander que vous y aviés vaqué avec attention et qu'il s'en faut peu que vous ne soyés remis de celte fascbcuse fluxion et do cet abbaltement où je vous vis le dernier voyage que vous fistes icy.

Selon que vous passionnés l'arrivée de l'Abulfeda pour vous y appliquer fortement et pour en faire une version latine \ je ne pense pas vous donner une petite joye de vous apprendre qu'enfin il m'est venu et que je l'ay mis entre les mains de M" Tbevenot pour le remettre entre les vostres quand vous viendrés à Paris, ce qui ne doit plus

guères tarder puisque le temps de vos leçons approche. Cependant, comme cet ouvrage est tout géographique et qu'apparemment il est formé sur le modelle de celuy de Ptolomée , pour réussir dans cette traduction je suis d'avis que vous repassiés avec soin tout ce que ce dernier a fait touchant la géographie, afin d'en prendre Tair et de vous faciliter l'intelligence de celle du prince arabe, en sorte qu'en la traduisant vous la rendiés sans rien perdre de son sens dans les termes receus chés les Grecs et chés les Latins, et dans le tour qu'elle doit avoir pour estre clairement entendiie, marquant au reste dans une ample préface ce qu'elle aura de conforme avec l'ancienne et ce en quoy elle en diffère. Pour cet effet il faudra fort méditer sur la matière à mesure ({ue vous lires le texte grec et le texte arabe, et noter sur un })apier à part les clioses que vous y trouvères dignes de considération pour en composer les articles d'un avant-propos qui serve h diriger le lecteur dans cette lecture et qui face voir en mesme temps vostre érudition et vostre jugement. Je vous donne ce conseil pour ce que de son exécution dépend vostre honneur et que c'est le seul moyen que j'auray de vous maintenir dans les gratifications que je vous ay procurées auprès du Roy par M' Colbert^. Disposés vous y donc sérieusement et me faites sçavoir quand vous

avec celle qui s'en fera icy, vous meriteriés encore beaucoup de iuy et M' Golius aussi, qui seroit peul-estre bien aise de couronner son premier bienfait par un second, et il se pourroit assurer qu'en mettant l'ouvrage au jour, on n'oublieroit pas à marquer la moindre partie de tout ce que sa bonté et son travail ont contribué à cette publication. ..n Chapelain engage Vossius à persévérer dans le dessein de dédier son traité du Niger à Colbert. Il annonce que la réplique de Graindorge est dédiée à lui (Chapelain), ajoutant pour adoucir le coup : <tce que je n'ai pu honnestement refuser.

mais je ne l'ay pourtant accepté qu'en stipulant que dans ce procès la civilité seroit conservée."

' Cette version latine, Vattier n'eut probablement pas le temps de la préparer, car il mourut en 1670, comme on l'a déjà vu plus haut. L'abbé Goujet n'a rien dit du travail sur Abuiféda dans le Mémoire historique et littéraire sur le Collège Royal de France (p. agi-agi).

"■ Vattier est inscrit pour la somme de 600 livres dans la liste de 166/1-1666 des gratifications de Louis XIV. Son nom ne se retrouve pas sur les listes de 1667 à 1670.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pensés venir commencer à mettre la main à l'œuvre.

Je suis avec mon affection ordinaire, iMonsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xviii septembre 1666.

ccLxxxiir.

À M. COXRART,

CONSEILLEE ET SECBETAIBE OE BOT, À ATYS.

il n "y a rien de plus vray que ce qui est si bien marqué dans vostre billet que toutes les ridicules diligences de ces personnes là n'aboutissent qu'à nous faire faire quelque pas qu'ils puissent tourner à leur avantage et par une cotle mautaillée. comme dit le peuple, faire un raccommodement de pair à pair ', sans faire discussion de rien, afin cpie si nous y consentions ils pussent donner auprès de ceux qui n'examinent point les choses des explications qui nous mettroient dans le tort, faisant croire à un besoin que nous serions les offenseurs et les repentants, trop heureux qu'on nous voulust bien pardonner, et que nos crimes fussent aboHs par une générale amnistie. Ces plans sont dignes de leur cervelle démontée el il n'y a plus heu de craindre que ni vous ni moy donnions dans ce panneau, n'estant pas, grâces h Dieu, aussi écervelés qu'ils le sont. Nostre honneur sur cet article dépend de nostre fermeté dans nos résolutions sans nous en laisser tirer par aucune instance ni aucune aulhorilé des Grands que nous honnorons. Qui nous peut en effet obliger à nous en departir?Est-ce que nostre justice soit douteuse? Est-ce que leur injustice le soit? Et qu'en nous maintenant dans nos jjrincipes nous ayons autant à appréhender do blasme queux en devroient appréhender

en s'opmiastrant dans les leurs? Est-ce qu'ils nous puissent jamais rendre de service utile ou d'office honnorable? Est-ce qu'ils sont dans une telle postiu-e qu'ils nous puissent nuire et nous si misérables cpie nous ne puissions repousser leurs injures, s'ils estoient assés fous pour nous en faire de nouveau? Nous nous trouvons si bien de n'avoh- plus de commerce avec eux, que nous ne pourrions qu'empirer nostre condition en les souffrantrenoiier qu'aux conditions que nous leur avons déclarées. Il leur importe et non pas à nous de se bien remettre avec nous , et c'est à eux à faire tout pour cela et à nous de ne rien faire que de recevoir leurs satisfactions et leurs excuses. Nous devons à la vérité sçavoir gré à nos amis qui désirent ce rapprochement là , mais nous ne devons pas nous abandonner à leur arbitrage, ayant le droit aussi clair que nous l'avons. Il est bon qu'il demeure im exemple dans la vie civile de gens de bien qui s'affermissent dans la conservation de leurs interests, et qui mons- Irenl bien connoistre en quoy ils consistent, qui, sans se rapporter à une vengeance quoyque juste, se sçavent défendre [des démarches?] de leurs familiers, lesquelles, pour innocentes qu'elles soient, ne laisseroient pas d'en trahir la justice et de favoriser l'iniquité d'autruy.

Je ne prétends point vous exhorter par tout cecy à en soustenir courageusement les attaques ; je ne fay que vous monstrer de quelle sorte je les ay soustenues et les soustiendray, si l'on y revient, à l'avenir. Celle que me fit là dessus M' de la Bast[ide?j n'en fut pas proprement une, ce ne fut qu'une escarmouche pour descouvrir de quelle manière vous aviés receu la visite hétéroclite qui vous fut faitte en face de vostre église et si peu reveremment pour l'assem-

' 11 s'agit là d'un ractommodement que l'on aurait voulu faire entre Chapelain et Conrart, d'une part, et Ménage et ses partisans, d'autre part.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

blée et pour le lieu. Gomme je ne trouvay pas à propos de luy dire tout ce que j'en sçavois, de peur qu'en le rapportant il ne donnast matière aux rebelles de le tourner à leur conte, il nie suffit de luy dire que je ne le sçavois qu'en gros et de lui expliquer encore une fois quelles esloient nos résolutions là dessus, ce qui luy fit changer d'entretien.

Si vous faites le voyage de Malnoiie', vous ne m'en laisserés pas , s'il vous plaist , ignorer les particularités, ni en quels termes vous en serés demeuré avec les éloquentes oratrices '.

De Pi>ris, ce xxvm septembre 1666.

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