‹ Lettres. PubliéesChapitre 125 sur 309 · A M. GIROLAMO GRAZIA.M · texte numérisé non relu

A M. GIROLAMO GRAZIA.M

SECr.ETAir.£ DES C0]iB11>tE\IE<tS .

À HODÈNE.

Monsieur, je sçay mettre le juste priï à la grâce que vous ine faites de vous souvenir (le moy sans en eslre sollicité que par vousmesme et je la ressens jusques dans le fond de mon cœur. Il est vray qu'elle est accompagnée d'un certain excès de louanges el de graliludequi, en me confondant, m'en diminue un peu la satisfaction par le soupçon qu'elles me laissent qu'estant si dispropor-

' M. Lillré, pour i'époque moderne, ne cite, sous le mot duplique, qu« Saint-Simon. Sons le mol ti-ipliqne il n'a cité qu'im texte du xit' siècle.

- La lettre n'est pas dale'e, mais comme elle est placée entre uno lettre du 26 septembre el une du 2 G, il est permis de supposer qu'elle est ou du a'j, ou du s5, ou du 26 septembre. Le :î6, Chapelain conseille à la marquise de Flaniarens (f a3i) de chercher à ramener à elle sa belle-mère et de faire en so:-te d'arrêter la légèreté naturelle de celle dame, ajoutant : tII en arrivera im grand avantage pour vos affaires. Du moins suspendrés-vous pour un temps le trouble que son gendre vous cause sous son nom par tant de chicanes et de procès. -î Chapelain, parlant ensuite de l'évèque d'Agen [Claude Joly], continue ainsi r^Pour le prélat dont la

tionnées à ce peu que j'ay fait pour vostre service, les expressions par lesquelles vous les relevés ne tiennent bien autant du compliment que des vrais sentiiuens de vostre ame. De quelque manière que ce soit, je vous en demeure. Monsieur, extrêmement obligé, et j'en gouste le plaisir et la gloire à régal ' des plus grandes consolations de nia vie.

A ce bien, Monsiear, vous en avés adjousté plusieurs autres; vous ra'avés fait part des divertissemens de vos Muses, et des fleurs que vous cueilles dans leurs parteri'es lorsque vous y allés quelquesfois respirer de ces immenses travaux politiques sous lesquels tout autre que vous succomberoit. Il faudroil vous en marquer toutes les beautés si je voulois leur faire justice et ne me mons- Irer pas indigne de la comnumication que vous m'en donnés. Mais une lettre deviendroil un volume, et ce soin n'e.st nécessaire ni pour vous ni pour raoy, puisque vous connoissés bien ce que vous faites, et que vous n'ignorés pas que j'ay assés de lumière poiu* ne m'en laisser rien escbapper. Je me contenleray de les exposer icy aux yeux des

sévérité soulève toute la moinerie contre luy, [il] n'a pas hesoignc faille de s'eslre attire de si puissans ennemis .snr les bras cl il faut qu'il soil Li«n courageux ou bien imprudent D'autres, plus huppés qu'il n'est, l'ayant tenté aulresfois, y sont suocombés sans ressources. Il s'est préparé de l'exercice pour toute sa vie et il n'aura qu'à se bien tenir. C'est une terrible chose de lutter continuellement contre des corps qui ne vieillissent ni ne meurent jamais. Gardes vous bien de prendre parti dans celle querelle. Retranchés vous dans vostre ignorance et respectés les combalans à la rencontre sans monslrer plus d'inclination pour l'un ni pour l'autre, vous contentant de prier Dieu pour la paix. -^

^ C'est ainsi qu'il faut évidemment corriger In faute : à l'égard.

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éclairés et de leur faire rendre les respects qu elles méritent.

Vous y avës encore joint la dernière édition des poésies du fameux Tesli', qui m'a esté principalement chère par la tragédie, quovqu'imparfaitte, de son Avmida qui manquoit au\ précédentes impressions et dont les longs fragments ne cèdent en rien aux merveilles de ses autres œuvres. C'est dommage (|u"ii ne l'ail peu achever, mais cei) est un bien plus grand qu'il soit eschoiié luy mesme et que le ciel d'Italie ait si malheureusement veu esteindre un astre comme celuy là de la première grandeur \

M' l'evesque d' Angeles, lorsqu'il n'esloit quabbé de Saint-Nicolas, allant tenir l'intérim de l'ambassade de France à Rome, eut ordre de passer par .Modène et de Iraittor avec Son Altesse. Par celte occasion il eut d'importantes conférences arec cet habile ministre ■ et, à son retour, en m'appronant sa mort, m'apprit ce qu'il valoit hors de

la poésie mesme. Il m'apporta aussi l'édition de ses vers faille sous sa direction et qu'il avoiioit toute seule, et je [la] garde encore fort soigneusement comme un original accompli '. Il m'apporta encore plusieurs pièces de vous failles sur le mariage de vostre Sérenissime Prince par lesquelles je commençay à connoistre ce que vous valés et à souhaiter de voir les autres grands ouvrages qui m'ont depuis charmé et qui vous ont fait mie réputation si belle.

Celle ville. Monsieur, est une source d'hommes extraoï'dinaires , et il y en a peu delà les monts qui en ayent produit autant d'éminens. Je ne pense jamais à Sadolct^ au Molza", au Cortesi', à Castelvelro% au Tassone^ au Tesli, à vous. Monsieur, qu'avec admiration et révérence, et je ne puis croire qu'encore que vous soyés le premier des vivans qui l'illustre par sa vertu, vous soyés néanl(noins le seul à qui elle doive présentement tout son mérite.

' Fulvio Tesli, né à Ferrare en aotU lôgS, mourut le 28 aoùl i6'iG. On a prétendu (et on le répète encore dans la Biographie univerxelle) (ju'il rendit le dernier soupir dans ia prison où le duc de Modène avait fait jeter, pour avoir entretenu une correspondance secrète avec le cardinal Mazarin, cet ancien secrétaire d'Etat, cet ancien ambassadeur, que l'on regarde comme un des meilleurs poètes italiens de son temps. Mais d'après les renseignements fournis à Chapelain par Graziani (voir plus loin la lettre CCCXXI, du i3 octobre 1667), ce serait une pure légende.

- M. L. Etienne dit, dans son Histoire de la litté'ature italienne (p. ^73) : «Nous n'hésitons pas, avec Leopardi, à le mettre à la tète des lyriques du XV u' siècle.»

'' On a raconté que ce fut une lettre du futur évèque d'Angers, Henri Arnauld, alors agent de la Cour de France en Italie, qui, tombant entre les mains du duc de Modène, lui apprit que le comte Tesli n'était qu'un traître.

' On cite surtout deux éditions des poésies de

Testi : Rime, Venise, i6i3, in-12, et Venise^ i653, in-12, cette dernière plus complète que toutes les autres.

^ Le cardinal Jacques Sadolel naquit à Modène en 1^177 et mourut à Rome le 18 octobre 15^7. On sait qu'il fut un des écrivains les plus distingués du xvi° siècle, et qu'il occupa le siège épiscopal de Carpentrns depuis i5i7 jusqu'à sa niort.

° François-Marie Molza naquit à Modène en juin 1^89 et y mouiuten février l'ôlik. Voir sur ce poète un article du Dictionnaire critique de Bayle. Voir encore l'ouvrage plus haut cité de M. L. Etienne (p. 237-239).

' Grégoire Cortesi vit le jour à Modène en 1^83, devint cardinal en i5/i2, et mourut à .Rome en septembre i5/i8. On a de lui d'aimables lettres et de savantes dissertations.

* Sur Louis Castelvetro, voir une note des Mélanges de 1 8 7 3 . Lettres de J.-L. Guez de Balzac , p. lioG.

' Voir sur Tassoni, dans le tome I" du présent recueil, la note 1 de la page 228.

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N'y a-t-il point chës vous sous le nom ilAcadéniie de ces pépinières d'esprit qui tiennent les exercices des lettres en vigueur et qui cultivent utilement les arts et les sciences? Je ne puis estre mieux informé de cela que par vous, et ce sera quand vous am'és quelques instants de loysir qui vous permettent de satisfaire à une curiosité si louable.

Je donneray peu de satisfaction à la vostre en vous envoyant quelques sonnets que les occasions forcées ont arraché à ma plume, et que je ne vous envoyé que pour ne vous refuser pas si peu de chose, n'ayant garde de les croire dignes de vostre veiie. Il y «i a

l>eu pour ce que ma grande tasche m'occupe tout entier, et comme je touche du pied à la sépulture, je ménage les momens nécessaires dans la passion et l'obligation que j'ay de l'accomplir, c'est à dire de la finir, car de luy donner l'accomplissement quand Dieu me prolongeroit la vie, ce n'est pas une chose que je doive ni présumer ni espérer. Je ne puis rien faire parfaitteraent que vous estimer et honnorer, et que conserver une constante volonté de vous bien tesmoigner par mes soins et par mes offices que je suis véritablement. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxi septembre 166G'.

' Le même jour, Cliapelain, après avoir vanté (^r 333 v°) les «productions si exquises et si brillantes-î de Ferrari, dit à ce professeur: rSi j'osois me plaindre J'une personne que j'iionnore autant que vous, l'excès des louanges dont vous comblés mes bagatelles françoises et italiennes ne m'en fourniroit pas un médiocre sujet... Je serois bien estonné si Ton remarquoit dans mon ialin , dans mon ilalien ou dans mon espagnol quelque chose de louable et qui passast la clarté. . . Pour le fi-agment prétendu de Pétrone, j'eusse juré que vous estiés de l'opinion que vous m'avés lait la grâce de m'escrire, et c'est selon moy une grande supinilé d'esprit à ceux des noslres qui ont avalé celte pillule sans la rejeller. Ne croyés pas que le nombre en soil fort grand, qnovque celui qui l'a publié ait trouvé ou payé un apologiste contre les dissertations de MM. Waglienseil et Valois. Je ne conte mon suffrage en celle matière pour aucune chose. Je suis pourtant flali' de m'estre trouvé du bon parti. M" Sclielterus et Heinesius ont miprimé le jugement qu'ils en faisoient. Il faudra voir de quel costé ils auront tourné ou si, comme on me l'a dit, ils sont demeurés suspendus entre l'affirmative et la .négative. Vostre véhémence sur cet article m'a fort plu.» Le II octobre. Chapelain adresse à Gréevius (r 235 v°) compHments et prolesla^ions. ajoutant: «Je verray le traité De re vesttaria de feu M' Rubens et vous en rendray conte.

comme aussy celuy de fou M' Radbod Shelius De Ubei-lute puhlica, duquel je ne puis que bien juger après ce que M' Heinsius m'envoya de luy il y a quebjues années sur Polybe, Polienus et autres pour le Tactique et que je trouvay très exquis.n Suit un éloge de Van Benning: •- Vous ne scauriés croire avec quel succès il gouverne icy les inlerests de sa patrie et l'agrément qu'il y trouve de la part du Roy, des ministres et de toute la Cour.r; Le 6 du même mois. Chapelain entretient Heinsius (f a.3<i v°) de reliures (... en HoUande où vos omrier^ s'en nquitmt si bien avec vos velin.i que plusieurs de nos curiettx qui n'ont peu avoir les livres reliés en vos quarliers les font relier icy (i la mode de Hollande prêferahlement « la noslre pour un plus exquis ornemetit), du comte de Briennc {qui est présentement en de toutes autres pensées que celles des lettres humaines et qui ne son^e plus qu'aux divines), et il continue ainsi : «Je viens aux affaires publiques et au cliagi-in que vous donne le pmi de succès de vos prudentes négociations. Le mal que je trouve en vos interesis. c'est la division qui est dans vostre Estai, laquelle seule est capable de vous perdre. 11 n'a tenu qu'à Tromp que vous n'ayés remporté une seconde victoire et réduit i'.\ngleterre à entendre à une bonne paix. Ce trouble interne affoiblit les bonnes délibérations et rend toutes les entreprises douteuses et les faux bruits que l'ennemi commun a respandii de la tiédeur de la France attiédissent

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