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CCLXXXVII

À M. YERJUS.

9ECBETAIBE DES COMMiNDEMENTS DE LA RETNE DE PORTUGAL, À L1SB0>Në'.

Monsieur, je n ay pu mieux payer l'éloquence (le vostre compliment qui m'a esté mis entre les mains par M' l'abbé de Bourzeys qu'en le faisant lire en sa présence et en celle de plusieurs autres personnes d'esprit et de mérite. Car il a esté trouvé si digne de luy qu'il kiy a attiré de nouvelles louanges outre celles dont vous l'aviés couronné, et à vous celle d'un des plus polis et

des plus adroits escrivains de ce siècle, ce qui m'auroit fait 5 moy mesme un très grand bonneur, si vous n'eussiés point tout gasté en m'altribuant des qualités si fort au dessus de moy et contredittes dans le cœur par ceux là mesmes qui faisoient semblant de les croire. Au reste, si vous avés senti de la peine à vous voir si tost privé de la conversation d'mi si excellent personnage duquel vous auriés pu recevoir de bonnes leçons pour vostre conduite en ce pais là, il ne m'en a pas moins lesmoigné d'avoir esté obligé de quiter si tost une compagnie telle que la vostre, où il avoit d'abord trouvé

l'ardeur que vos compatriotes devroient avoir pour leur conservation. Mais après le passage si hardi de W de Beau fort dans la Manclio depuis son emboucheure jusqu'auprès de Calais sans attendre à Brest la veniie de voslrc flotte, ni craindre l'angloise plus forte du double, ceux qui juroient que nous ne viendrions jamais et que nous vous laisserions deslruire les uns les autres pour en profiler, devront avoir grande iionle d'avoir si mal jugé de nous. Par une si haute et si déterminée action nostre foy et nostre franchise ne sont que trop justifiées, et je ne doute point que lesPnissances qui reculoient à prendredes liaisons avec vous et qui penchoient du costé de vos adversaires, voyant que c'est tout de bon que nous agissons pour vous, se disposeront à nous imiter ou du moins à demeurer neutres cl vous délivreront de l'appréhension de leurs armes, à quoy ne servira pas peu ce grand désordre qui est arrivé par le feu à la ville de Londres, lequel atfoiblissant extrêmement vos parties, les fera regarder par leurs amis comme trop foibles pour continuer la guerre et plustost capables de les eniraisner dans le précipice qu'à les en lirer, s'ils y esloient tombés. De nostre coslé, je vous puis assurer que nos forces maritimes augmentent de jour en jour, et qu'au printemps nous serons en estât, pai' le nombre et la qualité de nos vaisseaux, de soustenir tous seuls la querelle que nous avons prise avec l'Angleterre pour l'amour de vous. Nostre flotte, toute médiocre qu'elle est, après avoir, dans les grandes marées de septembre,

passé la Manche à la barbe des Anglois, l'a repassée de la mesme sorte et s'est retirée à Brest d'un air triomphant, toute preste d'y rentrer pour se joindie à la vostre lorsqu'elle se voudra remettre à la msr, quoyque, l'ayant quitée, elle nous ait jette dans un péril extrême si nostre intrépidité ne nous en avoit dégagés. Reprenés donc courage et agisses pour le salut commun avec la mesme attention que vous avés fait jusqu'icy. .. La Reyne de Suède acceptera- t-elle de si dures conditions que sont celles qu'on luy impose? Je la trouve en fort mauvaise posture et n'augure rien de bon pour elle de ce voyage là. Dieu la vueille bien conseiller! Sa vie sera plus belle à escrire qu'elle n'aura esté heureuse à passer.» — Le 8 octobre, Chapelain annonce à Boeclerus (f 288 v°) que Colbert a parcouru quelques pages du manuscrit de l'histoire de la guerre de la Suède contre le Danemark tret qu'il a jugé du reste aussi bien que vous le pouviés souhaiter.»

1 Louis Verjus, comte de Crécy, né à Paris en 1699, d'abord secrétaire de cabinet de Louis XIV, devint secrétaire des commandements de la reine de Portugal (Isabelle de Savoie). Rappelé en France en 1669, il fut envoyé en Allemagne. En 1679 il remplaça l'abbé Cassagnes à l'Académie française et en cette même année il fut nommé plénipotentiaire à la diète de Ratisbonne. Il concourut, en 1697, au traité de Ryswyck et mourut en décembre 1709, laissant la réputation d'un habile négociateur et d'un habile écrivain.

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tout à souhait et qui luy estoit devenue si chère. C'est ainsi, Monsieur, qu'il s'en est expliqué àmoy devant tout ce monde choisi, adjoustont à ces bonnes paroles tout ce que j'aurois moy mesme pu dire de vous de plus avantageux, en sorte que vous fusles l'objet de l'entretien de toute une après disnée, et que cet entretien vous aijuit de nouveaux admirateurs.

Pour vous consoler un peu de celte perte, vous aurés fait l'acquisitiun de M' l'abbé de Saint-Piomain ', qui vous est demeuré à Lisbonne, et de qui vous n'aurés pas moins de lumières sur les choses de cotte cour là qui vous sont nécessaires à sçavoir, le cultivant comme vous ne manquerés pas de faire. 11 n'y a point dhomme en lEurope dune prudence plus consonnuée ni par les mains de qui de plus délicats interesls ayent passé, et vous vous apercevrés du premier cotip de la solidité de son sens , de sa pénétration d'esprit , de sa connoissance des affaires publiques, de sa richesse en expediens, de sa facilité à s'exprimer, de son parler juste, et surtout de son attention à ne dire que ce qu'il faut dire, et à supprimer ce qu'il faut supprimer. Je vous aurois pu informer de luy en moins do paroles, vous apprenant que c'est la nourriture de M'de Sainl-Chamont^ et le second

de M" d'Avaux ■ dans leurs grandes négotiations d'Allemagne. Peut-estre qu'en vous renommant de moy dans vos premières conférences, cela ne nuira pas à luy faire prendre d'abord la confiance en vous qu'il y aura lorsqu'il vous aura connu par luy mesme, n'estant pas possible qu'il ait oublié l'estime que j'ay tousjonrs faille de sa vertu el de son habileté, ni renoncé à l'amitié qu'il m'a autresfois promise. En tout cas je vous pi'ie de l'en faire souvenir et qu'en mesme temps que vous luy demanderés la sienne, vous l'assuriés qu'il peut autant faire fondement sur mon service que jamais.

Je me remets des nouvelles du dedans et du dehors du royaume à nostre vertueux M' Régnier " el vous sçavés s'il s'en aquilera capablcmenl. Le R. P. VWjus ^ nous communiquera celles de delà que vous luy escrirés. Celles que j'attens directement de vous sont des gens de lettres de Portugal en tout genre, surtout des humaines, mais seulement des éminens. Quels sont leurs bons historiens? leurs bons relateurs de voyages? leurs bons poêles? leurs bons orateurs?

Si vous rencontriés î» bon conte les quatre tomes de Juan de Rarros " et le quatriesme

' IMelchior de Harod, de Senevas, marquis de Saiul-Romuin, abbé de Préaux et de Corbigni, mourut à Paris, le l 'i juillet idji ,àgc de qualrevingls ans. 11 fut conseiller d'Élat , embassadeur en Portugal, en Suisse, à Francfort, etc., et, comme s'exprime le Moréri, se rendit rrecomniandablc dans le xvn° siècle par ses négociations.»

- Melcbior Mille de Miolans, marquis de Saint-Chamont, seigneur de Cbevrières, mort à Paris en septembre iGig, avait été ambassadeur extraordinaire à Rome et avait acquis dans celte ambassade une grande renommée.

^ Voir sur Claude de Mesmes, comte d'Avaux, mort en novembre i65o, la note i de la page 170 du lome V de ce recueil.

* Probablement Français -Séraphin Regnier- Desmarais, né en i63a à Paris, mort en celle ville en 171.3, membre do l'Académie française en 1 O70 , secrétaire perpétuel de celte compagnie en 168 4. Régnier- Desmarais avait louché à la diplomatie, ayant été secrétaire d'ambassade du duc de Créqui, à Rome, en 166a.

' Voir sur la vie el les œuvres de ce frère du comte de Crécy, Antoine \erjus, né en janvier 1683, mort en mai 1706, im article 1res détaillé du Moréri, et la Bibliothèque des écrivains (le la Cotiipaifnie de Jésus {in-M. tome 111. col. i3^3i3i5).

^ Voir en ce présent volume la lettre CLI tant sur Jean de Barros que sur ses décades.

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fait par Lavanna' sur ses Mémoù-es avec les cartes géographiques , parce que l'autre IV' est de Coulo", vous m'obligeriés de les acheter pour moy et de me les envoyer bien empaquetés par le retour de quelque ami soigneux, à quoy vous pourries joindre un dictionnaire portugais, les terntes portugais devant et le latin ensuite et non celuy que j'ay desja où le latin précède le portugais, et une grammaire de la mesme langue, s'il s'en ti-ouve de bons et à prix raisonnable.

N'admirés vous point ma liberté de vous embarasser de commissions semblables, mais je suis assës persuad^^ de l'aflection dont vous m'honnorés pour croire que vous ne les considéreras pas comme importunes d'une personne qui est, autant que je le suis, Moiis-ieiu', vostre, el<c.

De Paris, cei\' octohrc i66C.

ccLxxxvin.

À M. ISAACUS GRCTERUS,

A noTEnoni

Monsieur, si j'estois capable d'entrer en presumption de moy ntesme, la lettre latine que je receus ces jours passés de vous ne m'en auroit donné que trop de sujet, tant la manière dont vous m'y fraittés est avantageuse et dangereuse pour un homme qui ne se connoislroit pas comme je fais. Mais moins je suis digne de la bonne opinion que vous tesmoignés avoir de moy sur le bruit commun et sur les tesmoignages de M' de Balzac et M' Heinsius, plus vous suis -je

redevable de la part que vous m'offres en vostre aniilié, qui ne me scauroit estre que fort glorieuse veu le mérite que vous m'avés fait paroistre dans ce peu de lignes dont vous m'avés voulu bonnorer, sans que je vous y eusse obligé par aucun service. Vostre nom d'ailleurs porte une si grande recommandation avec soy, et on a veu de si utiles choses du sçavant collecteur des inscriptions anciennes qui se nonnnoit comme vous ', que non seulement l'on pouvoit accepter le bien d' estre aimé de vous, niaisqu'on devroit mosme le rechercher ambitieusement, si l'on avoit pu espérer de rol)tenir en le sollicitant. Si vous ne souhaités donc autre chose de moy que mon affection et que mon estime, comme vous me le déclarés, faites vostre conte de l'avoir toute aquise aussi bien que tout ce qui seroit en ma puissance, s'il y avoit autre chose en ma puissance que mon cœur et ma volonté.

Par mes prenn'ères je feray sçavoir à nostre excellent ami M' Heinsius le bonheur qui m'est arrivé par luy de m'estre trouvé à vostre goust et d'avoir esté prévenu de vos qualités sur sa parole. Quand vous aurés descouvert mon foible, vous rabbatrés bien de l'idée sublime que vous vous estes formée de moy, mais vous en garderés quelques vestiges, comme j'espère, à cause de luy qui est d'une valeur si grande qu'il en a de reste pour ceux qu'il chérit, et que l'on peut sembler du moins de quelque prix à son ombre.

Pour ce qui regarde mes cscrits, ils sont

' Jean-Baptiste Lavanha publia la quatrième décade en iGio (Madrid, in-fol.).

- Diego de Couto publia cinq nouvelles décades (Lisbonne, 1609, ifiia, 1616).

^ Dans aucun des recueils biographiques que j'ai pu consulter il n'est fait H>ention du personnage auquel celte lettre est adressée. Rien n'indique qu'il ait été parent du célèbre érudit

Jean Grutor, dont ii va être question un peu plus loin.

'' Jean Griiter naquit à Anvers en décembre i56o et mourut en septembre 16^7. Voir sur cet infatigable travailleur le Dictionnaire critique de Bayle et le tome IX des Mémoires de Niceron. Le Corpus inscriptionum de Groter parut à Heidelberg en 1601 (infol.).

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presque tous compris dans le volume que j'ay publié de h Pticelle, en attendant le second qui tire à la fin. De dix ou douze odes panégyriques que les occurrences diverses ont arrachées à ma plume, il y en a cinq d'imprimées, et si je ne craignois de vous accabler de leur port je vous ferois juger par vous-mesme si ce sont des vaisseau! d'honneur ou d'ignominie. Je remettray ce petit présent à celuy de ma connoissance qui vovagera le pluslost en vos quartiers pour descharger vostre bourse d'autant.

Au surplus, si vous avés jamais à m'ordonner quelque chose, ne bazardés point vos lettres à la poste à moins que de vous résoudre qu'elles périssent, ou addressés les à quelqu'un qui soit bien aise de vous rendre

Toûice de me les envoyer seureraent, car ça esté par la plus grande merveille du monde que celle que vous m'avés escritte sans marquer ma demeure est veniie en mes mains, après avoir traisné longtemps dans les balieures du bureau et s'estre fort sallie dans la poche des porteurs. Il est malaisé qu'il n'y ait pas tousjours icy quelqu'un de vos compatriotes, quelque secrétaire d'ambassadeur, quelque academiste qui ne soit bien aise de vous servir en cela et de se venir entretenir avec moy de vos beaux talens et des marques que le pubhc en a eiies. J'en suis desja très persuadé, et vous prie de l'estre que vous m'aurés tousjours, Monsieur, pour très, etc.

De Paris, ce xv oclobre 1666 '.

' Le 3 novembre suivant, Chapelain adresse à Louis Verjus (f° aia v°) une nouvelle lettre d'où je tire ce passage : «Ce que vous m'avés escrit et à IM" Bourzeys et Cassagne des merveilles de la Reyne de Portugal, des admirables etFels de sa conduite et du bonheur qu'elle a eu de commencer à desployer sa puissance et son addresse par la réconciliation du Roy et du Prince, nous a tous ravis aussi bien que ce que sa beauté et sa vertu ont produit dans ce royaume là pour y gaigner l'affection de tout le monde. Plus elle s'y estabiira sur ce pied là, plus elle sera considérée de deçà dans les occurrences. Il y a peu de nouvelles publi- (jues. Depuis l'embrasement de Londres, les Anglois sont bien plus disposés à la paix, et l'byvcr ne passera pas qu'elle ne soit conclue. Les flottes de tous coslés sont dans les ports. Les seuls Suédois continuent à vouloir la guerre ayant assiégé Brème régulièrement. Il y a danger qu'ils n'y eschouent, loulc l'Allemagne se soulevant pour la secounr. L'impératrice est encore à Milan et quelques-uns disent arrestée par une recheute. La grossesse de la Reyne continue heureuse et la Cour quilera bienlost le dueil.i Le 5 du même mois, Chapelain écrit (f° ai3v°) à l'abbé Marucelli: tr J'aime mieux m'en remettre à ce que vous en jugerés vous raesme par la connoissance qu'une estroille habitude de cinq années vous a

fait avoir de mon cœur, et je vous prie d'establir bien cecy dans vostre esprit, que je vous honnore et chéris autant lout seul que toute Florence ensemble, et que mon esprit que vous sçavés qui aime l'Itahe ne prendra jamais son vol vers elle qu'il ne s'ariesle principalement sur vous, pour l'y reposer comme sur un objet qui luy sera tousjours le plus agréable." Chapelain dit de Viviani et de Dali : «Comme j'ay été le proxénète de leurs excellentes qualités en cette Cour, vous jugés bien que j'en suis le garant envers elle [Sa Majesté],-^ et il accuse réception de la piemière feuille du volume des Vies des printres anciens par le second de ces écrivains. H entretient ensuite l'abbé Marucelli d'un des meilleurs orientalistes du xvii° siècle : «M' d'Her- Iwlol, dont vous me parlés, est en son genre un des ornemcns de ce royaume et presque l'unique pour les langues orientales. S'il eust eu le corps aussi bon que le cœur, il eust accompagne M' Thevenot en son voyage de l'Orient le plus reculé par la grande passion qu'il a pour les choses étrangères et éloignées de nostre connoissance , afin d'en faire part à l'Europe. Je n'ay pas d'habitude avec luy, mais ses amis qui sont les miens ont obligé il y a plus de trois mois .\r son frère à m'apporter voir ce qu'il luy avoit escrit de vostre ville et des honneurs et régales

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