‹ Lettres. PubliéesChapitre 128 sur 309 · À M. HERMAN^US CONRINGIUS · texte numérisé non relu

À M. HERMAN^US CONRINGIUS

PBOFESSEUI! EN MEDECINE, À HELSHSTiD.

Monsieur, vous m'avés tiré de la plus grande peine du monde par vostre billet du i" décembre. Dieu soit loiié que le funeste bruit qui avoit couru de vostre mort se soit trouve' faux et que vous joiiissiés tousjours de la lumière'! Ce qui m'avoitfait craindre im si grand malheur, estoit vostre silence depuis le mois d'aoust et que je n'avois aucune nouvelle que vous eussiés receu ma response du mois de septembre dans laquelle je vous rendois un conte exact de ce que vous desiriës sçavoir touchant le dessein du Roy pour l'avancement des sciences, de l'entretien particulier que j'avois eu avec M' C[olbert] touchant la matière de la R[erionciation], et de l'approbation qu'il avoit

invenlce pour rendre les semailles plus utiles et à moins de coust. Je l'ay d'autant plus aimée qu'ayant esté convié par Tiliuslre M' Colherl à manger avec luy le mesme matin, que j'en avois receu la nouvelle, j'eus celte occasion de le faire souvenir de vous, et de vous continuer mes offices auprès de luy. Je me suis engagé à luy faire venir une désignation exacte et une description claire de cette niacliine que vous me ferés, s'il vous plaist, de vostre stilc qui est si net et qui met si bien les choses devant les yeux.?? Le 29 du même mois, Ciiapelain s'adresse en ces termes à l'ahbé Maruceili (f 2.52 v") : «Je serois ennemi de moy mesme si je ne cullivois par mes soins et ne nourrissois par mon amitié celle dont vous m'aviés lionnoré durant vostre séjour en France, et que vous me conservés encore en Italie par une vertu qui n'est guère ordinaire en ce siècle, où nostre ancien proverbe se vérifie tous les jours que qui est loin des yeux est loin du cœur. . . Je suis bien marri de la fluxion survenue à M' Dali qui a arreslé l'édition commencée de la vie des peintres anciens. Sans cet accident il l'eust achevée. . . Je me doulois bien que M' Se-

donnée à la proposition de la traitter à fonds, suyvant le droit naturel et celuy des gens, sans entrer dans la réfutation des objections et des défenses des parties , ra'exbortant à vous porter à ce travail , et à vous assurer qu'il [luy] seroit fort agréable. Il me fascboit que cette lettre eust esté veiie d'autre que de vous pour toutes considérations et j'en bazarday une autre, il y peut avoir un mois, par la "voye encore de M' Beek pour en estre éclairci.

Celle du i" décembre m'a mis en repos du costé de vostre vie et m'a semblé aussy tesmoigner que cette autre dont je vous ay parlé vous estoit aussi tombée entre les mains. Ce que je vous puis dire sur son sujet, c'est ({ue M' Colbert persévère dans le désir que vous le Iraittiés et on attend de vous un effort d'érudition , de jurisprudence et d'éloquence. Pour cela je vous envoyeray. de sa part , au premier jour, les pièces fonda- ,

guin, doyen de Saint- Germain, trouveroit beaucoup d'approbation dans vostre Cour, veu le mérite dont il est rempli, la grande connoissance qu'il a des antiquités et des médailles anciennes, aussi bien que des bons livres de l'une et de l'autre langue, et surtout la douceur de ses mœurs et l'honnesteté de sa conversation. Il reviendra rempli de l'admiration que le trésor médalliquo [de médailles, le mol n'est dans aucun dictionnaire] de S. A. S. de Toscane excite en tous ceux qui l'ont veu, et d'autant plus qu'il est plus expert dans ces sortes de richesses. Je croy bien qu'il n'aura pas manqué d'oflrir à leurs A. A. S. le livre qu'il en a publié, el qui est une pièce exquise. M' Dali me dit du bien de ce vertueux personnage à fenvi de vous. Il me parle dignement aussi de M' d'Herbelol. . . 1

' Chapelain annonçait à Bœclerus, dans la lettre du 7 décembre citée dans la dernière noie du document qui précède celui-ci, qu'il avait appris de la propre main de Conringius «que le bruit de sa moit a esté un équivoque, et que, quoyque très aflligé de la mort de son bon piince , il ne s'est jamais mieux porté."

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mentales sur lesquelles vous pourre's élever l'ëflifice, et nous en envoyer les morceaux, (l'ordinaire en ordinaire, à mesure qu'il s'avancera, par les voyes que vous estimerds les plusseures, sans les accompagner de vos lettres pour plus de précaution , comme i'envoy que je vous feray de ces pièces ne sera accompagné d'aucune des miennes pour la mesme raison.

J'espère de vous envoyer par une autre voye de nouvelles marques de la bienveillance et de l'estime du M[aistre] et de son M[inistre] , lesquels pour ces sortes de grâces ne s'obligent à personne et veulent estre tousjours libres de les départir ou non, selon que le procédé des gratifiés les y conviera, sans qu'on ait droit de l'exiger d'eux, ni de se plaindre quand ils ne le feroient pas, comme d'une chose à laquelle ils ne se sont point engagés ni sousinis par leurs promesses. C'est pourquoy personne n'en a de brevets ni de patentes. J'ay esté bien aise de vous expliquer cela, afin que vous vissiés combien judicieusement ils se comportent en cela comme en toutes autres choses et que c'estoit le meilleur expédient qu'ils pussent prendre pour tenir les esprits en haleine et empescher qu'on ne prist leurs libéralités pour des revenus réglés et que sur cette assurance on s'endormist et demem'ast les bras croisés contre la principale intention.

Préparés vous au Iraitté de la R[enonciation] en attendant les pièces. Escrivés raoy Testât oij la mort de vostre macarite Auguste a laissé votre fortune \ et si les lettres fleuriront en vos quartiers sous son successeur comme sous luy ^ Mandés moy

aussi ce que l'on fera de sa bibliotèque. Si elle estoit à vendre, je pourrois fournir un marchand qui la prendroit toute entièi-e et la payeroit sur les lieux noblement , après en avoir veu l'inventaire.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce dernier de l'an iGijfj.

À -M«" COLBERT

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