MINISTRE D'ESTAT', À SAIM-GERMAIN-EN-LAYE
Monseigneur, vous aurés veu, dans la lettre de M' Perraut, le détail de ce qui s'est fait de la commission qu'il vous a plu nous donner, sans qu'il soit besoin que je vous le répèle en celle-cy. Je vous dii-ay seulement que l'on n'y pou voit apporter plus de secret, de zèle, d'attention, de diligence, d'assiduité, ni d'exactitude. Gela a emporté du temps, mais on n'y a pas perdu une minute, et toutes autres affaires ont cessé pour s'aj)pliquer à celle-là.
Quant à celle de M' Conringius, le bruit qui avoit couru de sa mort m'avoit enibarassé; mais enfin sa lettre du 8 octobre et celle du lo décembre, escrites de sa main, m'ont tiré de peine, et me l'ont fait tousjours voir dans la disposition d'exécuter ses promesses, lorsqu'on l'aura aydé des pièces essentielles au sujet. Il s'y engage de nouveau , avec cette condition pourtant que l'on garde un profond silence à l'égard de sa personne, y allant pour luy de la vie si les intéressés dans l'affaire venoient à en avoir le moindre soupçon.
' Nous avons vu un peu plus haut (lettre CCLXXVIII, note i) qu'Auguste, duc de Brunswick, mourut le 37 septembre 1666.
^ Le successeur du duc Auguste fut Rodolfe- Auguste, né le 16 mai 1627, mort le 26 janvier 1704 , sans laisser de postérité mâle de ses
deux femmes, et qui semble avoir beaucoup moins favorisé les belles-lettres que son père et que son frère et successeur, le duc Antoine- Ulric.
^ Imprimée dans le recued de M. Clément (t. V, p. 618).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Il a desja receu sans péril la despesclie dans laquelle je luy tonchois en gros ce qu'on désiroit de luy, afin qu'il y pensast par avance. Dans la mesme, je luy expliquois ce que le Roy a estably pour l'avanceraent des arts et des sciences , dont il me demandoit des éclaircissements, aussy bien que des rares qualités que Dieu a mises en vous, et des emplois qui occupent vostre vertu et vostre industrie. Il avoit besoin d'en eslre informé pour eu faire la matière de la dédicace de l'ouvrage qu'il destine à Sa Majesté et de celuy dont il veut vous faire offrande. Il n'est plus question , Monseigneur, que de me faire faire les copies des pièces qu'il luy faudra communiquer, et que de les luy envoyer par la plus seure occasion qu'il se pourra, à quoy, de mon coslé, je donnera y tous mes soins pour empescher qu'il n'en mésarrive.
En attendant ce que vous comraanderés la-dessus , j'ay ébaucbé une douzaine de billets en vostre nom , comme les années précédentes, pour accompagner les lettres de change des gratifications que vostre bonté a encore procurées aux docles estrangers, afin que , si vous les voulés honnorer de cette nouvelle civilité, vous le puissiés sans autre peine que d'y réformer ce qui y sera de mal, et de les signer, après les avoir fait escrire par vos secrétaires.
Lorsque ces lettres m'auront esté renvoyées cacbettées de vostre sceau , j'y joindi*ay les miennes, où je leur parleray plus au long et entreray avec eux dans des explications particulières, auxquelles il ne seroit pas de vostre dignité de vous abbaisser.
Au reste. Monseigneur, jereceus bier au soir du très savant M. Reinesius les actions de grâces qu'il avoit rendiies au Roy dès le commencement du mois de may. imprimées pour publier la munificence de Sa Majesté plus dignement par toute l'Allemagne, comme il le fit dès ce temps-là; et ayant
appris de moy la perte de son remerciment et de ses notes siu" le prétendu fragment de Pétrone , qu'il vous dédioit , il en a fait un nouveau paquet qu'il a envoyé exprès par terre, et qui me fut remis hier entre les mains, dans lequel sont plusieurs exemplaires de son remerciment et deux exemplaires de ce Ii^Te qu'il vous addresse, l'un pour vous et l'autre pour la Ribliotèque du Roy. Je m'en vais les porter à M' Carcavi . afin qu'il vous les présente au premier tour que vous ferés à Pans.
De tout cela, Monseigneur, vousnaurés.
pour celte fois, qu'un exemplaire de son action de grâces, que peut-être trouverésvous à propos de faire voir à Sa Majesté. En ce petit escrit , vous verres qu'il luy donne et consacre son important ouvrage des Xouvelks inscripitons romaines, dont il souhaitleroit passionnément qu'Elle voulust faire faire l'édition en son Imprimerie Royale, comme il y a soixante ans que l'empereur Rodolfe fil faire celle de l'édition des Inscriptions de Grulerus qui luy fut dédiée; ce très docte personnage-cy regardant ce travail des sciences comme son trésor et son cbefd'œuvre , et comme ne cédant en rien pour l'utilité publique et pour la gravité du sujet à celuy de Grulerus, qui a tant de réputation.
Que si vous en jugiés aussi avantageusement que luy. et que vous eussiés agréable d'bonnorer des presses royales cet ouvrage, qui feroit deux volumes in-folio et où il en- Ireroil grand nombre de graveures, il y a maintenant à Paris un sçavant homme allemand, nourri de sa main et dans sa dernière confidence, à qui il envoyeroit son original el qui vaqueroit à la conduite de cette édition.
Je me suis un peueslendu. Monseigneur, sur cette proposition, afin que vous y puissiés faire une réflexion sérieuse, et juger si l'exécution n'en seroit point honnorable au
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Roy el au royaume, et j'ose dire à vousniesme, si ia chose se faisoit sous vostre autorité.
Je ne puis mieux finir cette longue lettre que par un succinct, mais très humble remerciment des nouvelles grâces dont Sa Majesté m'a comblé par vostre recommandation. Je n'oserois l'eslendre de peur de vous ennuyer el peut-estre vous déplaire; mais il sera tout compris dans le vœu que j'ay fait depuis tant d'années de vivre et mourir, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce vi janvier 1667'.
A M. IlLET,
CENTILUOMllE NORUAND.