‹ Lettres. PubliéesChapitre 130 sur 309 · À CAEN · texte numérisé non relu

À CAEN

Monsieur, je n'ay pas leu sans rougir dans vostre lettre du xx de ce mois les termes plus que civils dont vous y avés voulu exprimer vostre gratitude pour ce que l'on vous a rapporté du tesmoignage que je vous ay rendu et à vostre ouvrage dans une conférence oîi il s'agissoit de Tinterest des gens de lettres éminens à la différence des médiocres , car le moyen , Monsieur, de ne vous pas faire justice en toute rencontre sans sol-

' On trouve, après la lettre à Colbert, des lettres à Heveiius (f° 266 v°), à Bœclerus (P 357), à Gronoviiis (P* 358), à Conringius (f 358 v°), à Vossius (f° 259 v°), à Graziani (f 260 v°), à Reinesius (f 361), à Waghenseii (f* 361 v") et à Ferrari (f° 363 v°). Toutes ces lettres sont datées du 11 janvier 1667, excepté la première, qui, par suite d'un lapsus, poite la date du i5 de ce mois. Ce sont des circulaires qui accompagnent des lettres de change. Seulement Chapelain redemande à Graziani des détails sur la mort du comte Fulvio Testi, wce grand et malheureux poêle,'' ajoutant: trLe monde a parlé diversement de sa mort aussi bien que de la cause de sa disgrâce et de sa prison,

CHAPELAIN. — u.

licitation et sans vous le faire ni sçavoir ni valoir! Vous sravés ce que vous estes et sçavés ce que je suis et de plus ce que je vous suis. Pouvois-je moins faire sur vostre chapitre et sur celuy de mon ami, moy qui pour ne rien jamais oster à personne ay dans le mesme examen parlé en faveur de mes propres ennemis? Il n'y a de vraye satisfaction dans la vie que celle de satisfaire sa conscience et de ne trahir point ses sentimens pour contenter ses passions, fussent elles mesme justes. J'ay fait pour vous en cette occasion le mesme qu'aux précédentes et afin que vous ne m'en soyés pas plus obligé que de raison, je vous déclare que mon action m'a payé toute seule et que j'ay eu plus de plaisir en la faisant que vous en apprenant que je Pavois failte.

Mon plaisir a redoublé lorsque j'ay veu l'elfct de mes offices, et qu'en suite de la consultation je vous ay veu employé dans la liste de ceux que le Roy gratifie encore % de sorte que si vous estiés à Paris vous toucheriés la somme qui vous est ordonnée. Si donc ou la saison ou vos affaires vous retiennent dans la province, vous n'aurés qu'à escrire une honnestelé à M. de la Planche, trésoi-ier général des bastimens du Roy, et le prier de remettre celte somme entre les

ce qui me donne curiosité d'apprendre de vous le vray de ce qui s'en peut sçavoir, à condition loulesfois de le tenir secret, s'il vous importoit que la connoissance en demeurast supprimée. 55 A Ferrari Chapelain adresse ce compliment : «On a depuis peu publié en Flandres un livre posthume de Rubens De re vcsliaria et quelques autres ouvrages de iuy. Il fera beaucoup s'il approche du vostre qui est un chef-d'œuvre, n La lettre à Gronovius a été publiée par M. Matter (Lettres et pièces rares ou inédiles, p. 269 et 270J , d'après l'original de la bibliothèque de l'université de Munich.

^ On lit dans la liste des gratifiés de l'année 1667 : ffAu sieur Huet, deCaen, i,5oo hvres.71

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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

mains de M"" de Segrais , vostre correspondant, que vous rendrës porteur de vostre quitance passée par devant notaires pour servir de tlescharge à M' le trésorier de la gratification que le Roy vous fait cette année. Ce correspondant fera cela sans peine estant logé assés proche du trésorier, et je l'en soulagerois si mon infirmité ne me rendoit pas un voyage au bout du fauxbourg Saint Germain aussi impossible que seroil celuy de la Chine. Vous en userés selon vostre prudence.

Je suis bien aise au reste, Monsieiu", que vous alliés recommencer vos exercices philosophiques, et que vostre bon courage vous fera résoudre à prendre sm* vous la des-

pense nécessaire à la descouverte des mystères de la nature. Que s'il vous arrive de trouver quelque chose de solide et de considérable . j aura y une grande joye d'en avoir communication pour la donner ou au Journal des sçavaiis ou à l'Académie royale qui est en train de faire des merveilles et qui honnorera le règne de Sa Majesté, si la fortune ne traverse point ses magnanimes projets.

Faites moy la grâce d'assurer tous nos vertueux amis qui composent vostre assemblée de la continuation de mon estime et de mes respects et de me croire tousjours en particulier, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxv janvier 1667 '.

* Deux jours après. Chapelain écrivait au professeur Ottavio Ferrari (f 96 'i) : «Quant au présent que vous luy destinés [à Colbert], des lampes sépulcrales et de ces anneaux d'airain anticpies, je ne luy en ay pu parler encore à cause qu'il est à Saint-Germain auprès du Roy et que mon iufiimité m'empesclie d"y aller. . . M' Bernier estoit le vray homme à iuy confier ce depost [de ces objets antiques]; il vous en eust rendu aussi bon conte qu'il me l'a rendu exact de l'entretien qu'il eut avec vous sur cela mesme et sur mon sujet. Je ne manqueray pas à la première veùe de luy monslrer vostre souvenir dans vostre lettre et de célebrei- avec luy vostre singulière vei tu. J'ay veu combien sordidement elle avoit esté traitée par vos décurions à qui il iinporloit tant de vous conserver après vous avoir aquis. C'est dommage que vous soyés demeuré en si beau chemin d'une histoiie qui eust fait honneur à vostre pairie, mais ces M" sua buna non norunt. . . Netno in patria propheta. L'importance est que vous vous en estes fait une nouvelle qui vous connoist mieux et qui se sçait mieux prévaloir du bonheur qu'elle a de vous posséder. . . Ex ungue leonetn. Si vos autres conjectures sur les origines italiennes respondent à l'essay que vous m'en avôs indiqué impi imé dans la 2° partie de vos Epistres, le travail en sera curieux d exquis. On m'a dit que le sieur Carlo Dali avoit

envoyé à nostie François qui s'y applique [ Ménage] tout ce qu'il avoit fait en ce genre pour leur illuslation. Si cela est, voilà une grande moisson à nostre plagiaire et qui ne luy auia guères cousté. Je ne laisse pas d'en douter, parce que le mesme Dati a imprimé dans ses notes sur ses vies des peintres anciens que et luy et force autres académiciens de la Crusca amassoienl grand nombre de ces origines toscanes pour les publiei-. . . Pour vostre dissertation sur les lampes sepulcbralles, je vous avoue que j'eusse esté bien aise qu'elle eust veu le jour pour avoir moyen de l'avoir, et que M' Woghel m'ayant trouvé sur la lecture du volume qu'en a imprimé Forlunius Licetus fut celuy qui m'en donna l'envie, en m'en disant mille biens. Il y auroit plaisir pour moy de voir en quoy vous et luy convenés ."t disconvenés, et cette nouvelle lampe inextinguible descouverle à Tivoli m'en aiguise encore la curio-sité. . . La Pucelle n'attend qu'un bon vent pour faire voile vers vous, c'est-à-dire une occasion bien seuie, car on ne met pas les tilles bonnestes et encore moins les saintes en toutes sortes de mains.i Le 1" février, Chapelain parlait ainsi (Patië) de l'abbé Fléchier à l'abbé de Montigni : rrll n'y a rien de si juste que l'intention que vous avés eue de seivir M' de Ville à Cerfs en luy proposant M' Fléchier pour l'employ de l'institution de son fils, ni rien de si obligeant

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