À LA HAYE, EN HOLLANDE
Monsieur, j'ay relardé ma response à vostre dernière lettre beaucoup plus longtemps que je n'eusse fait parce que j'attendois de jour en jour celle que M' le marquis de Montauzier vouloit vous faire, se sentant fort oblige des derniers tesraoignages d'affection que vous luy aviés donne's par moy et par vous mesme, et ne voulant pas s'en retourner en son gouvernement sans s'estre aquitté d'une si juste deble. Mais comme les affaires de cette Cour ne luy en ont jjas encore laisse' la liberté et que je crains que cela ne finisse pas silost, je nay pas creu devoir remettre davantage à me satisfaire en vous satisfaisant et à vous rendre grâces de vostre longue despesche du 1 7 avril.
Ce que vous me mandés sur la rupture de M"^ Ménage avec moy est digne de vostre sagesse et de vostre équité, et je n'en esperois pas moins d'une arae aussi bien faitte et aussi confirmée dans la vertu que la vostre. Croyés moy, Monsieur, et croyés que je vous en parle sans passion, c'est bien l'homme le plus emporté et le plus violent dans les siennes que vous ayés jamais connu. Ce n'est pas que ce soit un meschant, au contraire il y a en luy assés de semences de bonté, mais elles sont estouffées par la vanité qui est insupportable, et pour se contenter en ce point il s'abandonne, de sorte que, sans estre meschant, il fait les mesmes choses que les meschans et dans les moindres obstacles qu'il trouve à ses fantaisies il perd toute connoissance et tout respect: il
escrit, il parle, il court le monde avec une véhémence qui n'a pas sa pareille et pousse son ressentiment jusqu'à l'excès. Cela est public et son malheur veut que tous ceux de sa connoissance en sont persuadés sans que néantuioins on le luy face paroistre, chacun aymant mieux soulfrir ces defaux que de se faire des affaires et de divertir le monde par l'éclat d'une querelle inévitable. C'est cette souffrance qui luy fait imaginer qu'il a autant d'amis que d'habitudes, en quoy il s'abuse tout à fait n'y ayant personne qui layme moins que ceux qui l'ont le plus conversé.
J'estois le seul qui le connoissois et qui l'aymois avec ses imperfections et le seul qui par amitié luy représentois en toutes les occasions importantes les fausses mesures ' qu"il prenoil dans sa conduitte. Les obligations qu'il m'a depuis tant d'années, de son propre aveu, me donnoient ce droit d'un consentement si gênerai que c'estoit tousjours à moy qu'on avoit recours lorsqu'on luy vouloit faire entendre raison dans ses escapades, ce que je faisois cordiallement et paternellement pour son avantage; et encore qu'il ne suyvist pas souvent mes conseils, il les recevoit au moins sans chagrin, et j'avois sujet de croire qu'il m'en sçavoit gré mesme, continuant à bien vivre avec moy. Enfin , après l'avoir gouverné plus de vingt ans de cette manière, quand je croyois que l'âge et le nombre des offices qu'il avoit receus de moy dévoient le rendre sage et l'affermir dans la reconnoissance de ce que j'avois mérité de luy, son orgueil et sa présomption sont montés à tel point quoubliant toutes choses , il m'est eschappé et non seu-
bientôt faire rentrer en France le prince de Conde'. Ce fut en janvier 1660 que le frère de la duchesse de Longuevilie alla rejoindre la cour à Aix en Provence et trouva auprès de Louis XIV ie plus gracieux accueil, selon les Mémoires de
Mademoiselle, et, au contraire, l'accueil le plus Iroid, s'il faut en croire les Mémoires de Mongiat. ' Au mol mesmes écrit par disfraclion j'ai cru devoir substituer lo mot mesures, exigé par le sens.
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lement n'a plus eu de considération pour moy, mais encore a pre'tendu que j'en devois avoir une aveugle pour luy, faisant ma règle de son caprice et le mettant sur ma teste comme mon maislre et mon tiran; ce que je m'assure que vous ne trouvés pas moins ridicule qu'injurieux. De là est venu cet extravagant éclat, et cette scandaleuse rupture, dont vous avés ouy parler et que j'ay expliquée à M' Huggens à sa prière dans ma précédente.
Pour le raccommodement que vostre bonté vous fait souhaitter. je n'aurois garde de men esloigner, si cet esprit estoit capable d'un bon repentir et qu'il y eust seureté que jamais rien de semblable ne luy arrivast. Mais après la funeste expérience que tant d'années de soins obligeans et utiles n'ont peu apprivoiser sa naturelle férocité ', je vous confesse que je me mettra y malaisément en péril d'essuyer une pareille bourrasque . ne me pouvant résoudre à m'exposer à la risée publique en le bazardant.
Du reste, quelque sujet qu'il m'en ait donné, je ne me sens aucune haine pour luy et si j'avois lieu de le servir, je le ferois sans aucune répugnance, et vous ne doutés pas que je ne vous parle du cœur. \ oilà ce que vous desiriés sçavoir de cette brouillerie. Je vous supplie que ce soit pour vous seul ou tout au plus pour M' fambassadeur et pour .VP Huggens avec vous. Car encore que je vous doive cet éclaircissement puisque vous le demandés , je suis si accoustumé à bien faire à celte personne là , que je me fais vio-
lence quand la justice raesme me force à luy causer du mal et je seray bien aise que mon tesmoignagene luy nuise pas envers le public, ne se nuisant desja que trop d'elle mesme ".
Je suis infiniment obligé à S. Ex" ^ de la part qu'elle a prise au desplaisir qui m'est venu de ce costé là d'où il me devoit le moins arriver et je vous conjure de luy en faire de très humbles remercimens en mon nom aussi bien que de tant d'autres marques de sa bienveillance, entre autres de la communication qu'il a bien voulu que j'eusse de sa déclaration à M" vos patrons au nom du Roy sm- cette marche de l'armée impériale, et je vous puis dire pour sa gloire que c'est une pièce d'Estat la mieux entendue, la plus gravement escritte et qui comprend plus de choses essentielles en peu de paroles qui se soit veue de ce siècle. C'est l'éloge que tous les hommes de qualité et de sens à qui je l'ay fait voir luy ont donné et surtout M^' le duc de Longueville que vous connoissés pour juge compelant en ces matières '.
M' le M[arquis] de Montauzier a leu avec un très grand plaisir ce que vous me mandiés de luy, quoyque sa modestie vous trouvas! excessif dans ses louanges. Ne doutés jamais de sa cordialité et de sa tendresse pour vous, je ne dis pas de son estime parce que cela s'en va sans dire. S'il vous respond comme je l'espère , il vous parlera de vostre Ovide avec chaleur.
Ce que vous me dittes de M" Huggens et Arsens^ est un lambeau de stile historique
' Il ne faut pas trop reprocher à Chapelain la dureté de cette expression. Férocité est ici employé dans ie sens du mot lalin fevocitas, naturel farouche, fougueux, indompté, véhément.
^ Il me semble que cette tirade nous fait bien connaître ie caractère de Ménage, et aussi celui de Chapelain.
^ C'esl-à-dire l'ambassadeur J.-A. de Tliou.
* Chapelain reparle avec admiration de la déclaration de J.-A. de Thon dans une des lettres suivantes, n° XXIV.
^ Corneille Aarsens, fils de l'ambassadeur de Hollande auprès des rois Henri IV et Louis XIII , François Aarsens, naquit en iCda et mourut en
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qui nous fait voir combien vous estes né pour l'exercer beui"eusemei\t , et me redouble la passion que j'ay qu'après l'Ovide vous vous y appliquiés pour vosli'e bonneur et pour celuy de vostre pais. M Bigot est tout tel que vous dittes, bon, discret, ayniabie, outre les qualités d'esprit et de doctrine qui reluisent en luy. Il me visita , ces jours passés, et ne me parla aucunement de nostre bagarre ni moy à luy, ne voulant point embarrasser mes amis dans mes affaires. J'ay fait voir à M' le Prieur l'endroit où vous me dittes tant de bien de luy et où vous augurés si bien de son entreprise des glossaires, dont il a eu beaucoup de ressentiment. Ça esté un coup d'esperon pour le haster dans sa course et pour la luy faire faire plus agréablement.
C'est assés que M"^ Vossius ait veu ma gratitude. Mon remerciment ne deinandoit que d'estre sceu et nattendoit point de repartie. Je suis marry de cet orage de théologiens qui luy tombe sur la teste \ Il est dangereux de altum sapere parmi les scholastiques ijui sont les tirans de cette sorte de scavoir. Je verray volontiers sa dissertalion et la response qu'il fera à ses censeurs. Son Mêla a eu un grand succès parmy nous. \P Thevenot- en est le paranyrapbe \ Je me resjouis fort de la publication prochaine du
' Parmi les théolofjiens qui se déchaînèrent contre le De vera œtale mundi de Vossius, on remarqua Georges Horn, conire lequel le défenseur du calcul des Septante écrivit un traité spécial : Cashgaliones ad scriptum Hornii (la Haye, 1 609 , in-i"). Bientôt Vossius compléta sa riposte par un traité intitulé : Auctanum Castigationum (la Haye, 1659 , in-ti").
^ Mclchisedech Thevenot, né vers 1620, à Paris, mouiut à Issy en octobre 1692. Ce fut un des plus savants gardes de la Bibliothèque du roi (168/.-1692).
' M. Litlré, en son Diclionnaire de la langue française, n'a cité, au sujet de l'emploi du mot
Système de Saturne de nostre aray. Priés le de me mander à la première occasion ce qu'il a trouvé du dessein d'horloge de M' de Roberval. Le pauvre (^oiletet a plus fait de bruit par sa mort que par sa vie, ayant donné lieu en mourant aux troubles du Parnasse françois \
De Paris, ce xui may lOSg.
Post scritla. J'avois fait response à vostre précédente et je l'allois envoyer à M' Boulliau quand j'ay receu le paquet où vous aviés mis la lettre pour M' Bigot. Je ne vous diray point par combien de raisons il m'a esté cher. Je vous diray seulement que la recommandation que M' nostre ambassadeur a daigné en faire de sa main à M' sa fenmie m'a bien confirmé ce que vous m'y escrivés de la continuation de ses bontés pour moy, qui me tiennent lieu d'un trésor et dont je tire la plus grande consolation du monde. Assurés l'en bien, je vous supplie, et que si le ressentiment d'un cœur bien placé peut en quelque sorte payer les grâces qu'il m'a faittes, il se doit tenir satisfait au dernier point du mien qui sçait peser le mérite de ses faveurs et qui n'oublie rien pour les reconnoistre. Elles sont assez grandes pour m'obliger à l'en remercier par moy mesrae, mais les tesmoignages de ma gratitude luy
paranymphe, pris comme synonyme de panégyriste, de louangeur, aucun écrivain postérieur à Etienne Pasquier. Paranymphe se trouve dans les Historiettes de Taliemant des Beaux ( tome IV, page go; conf. une note de M. P. Paris, page 1 1/1). •
— Thevenot devait d'autant plus apprécie;- le Pomponius Mêla de Vossius, qu'il s'était, toute sa vie, plus occupé d'ouvrages de géographie et de récits de voyages. Nous retrouverons souvent son nom dans la suite de cette correspondance.
* Les troubles causés par l'élection de Gilles Boiieau comme successeur de Gollelet à l'Académie française.
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seront sans doute plus agréables dans vostre bouche que dans mes escrits, et d'ailleurs je doy respecter ses occupations illustres et ne les pas interrompre par des civilite's à contre-temps. Enfin faittes luy sçavoir, s\\ vous plaist, qu'il n'a point de serviteur sans exception non pas vous mesuie qui luy soit plus aquis que raoy, qui soutienne davantage sa gloire et qui luy souhailte plus de prospérité dans ses honnorables emplois.
J'ay fait voir à M^' le duc de Longueville la déclaration dont il trouva bon que vous me communicassiés il y a un mois. 11 Ta infiniment estimée et s" en est resjouy pour lamour qu'il a pour l'Estat et pour leslime particulière qu'il fait de Son Excellence. Ç'auroit este une chose fort satisfaisante pour luy si vous m'eussiés informé de ce que
M" vos patrons ont trouvé à propos d'y respondre. J'ay suy vi vostre conseil avant que de l'avoir receu touchant le mespris que je dois faire de ces cabales scandaleuses de nostre Académie et je n'en paide jamais que provoqué. Encore est-ce avec toute la modération et toute l'équité que l'on sçauroit souhaitter d'un homme traitté avec ingratitude. Outre le compliment que vous m'avés fait au nom de M' Huggens, j'ay eu par la mesme voye de .M' Boulliau une response de luy à mes dernières. Vous me ferés la grâce de luy rendre celle que je luy fais , comme j'ay rendu à M' Bigot celle que j'ay trouvée sous vostre enveloppe.
Je suis sans aucune réserve entièrement à vous.
De Paris, ce xv' iiiay 1659'. •
' Le même jour, Chapelain écrivit (f 3i) n Chnstiauus Huggeiis, gentilhomme hoUandois , à la Haye. Sa lettre est presque entièrement remplie de détails sur l'horloge de Roberval. Après avoir en deux pages épuisé ce sujet, Chapelain dit à son nouvel ami : «tJe voy avec consolation que vous entrés si équitablement en la justice de ma cause, qui parle à la vérité toute seule et qui couvre de confusion celte mesconnoissante personne auprès de tous les gens de sens non seulement de mes amis, mais encore des indifférens que la passion ou l'intéresl n'a point prévenus à mon désavantage. Aussi me contenté-je du jugement public et du tesmoignage de ma conscience, et ne me mets point autrement en peine de me justilfier pour ne me pas commettre avec un ingrat. Vous jugés aisément par là que la perte ne m'en est pas fort sensible, et qu'elle est compensée au centuple par l'acquisition précieuse que j'ay faille dun cœur aussi noble et aussi bon que le vostre. lequel je vous supplie de me conserver aussi soigneusement que je vous conserveray le mien. J'apprens avec une extrême joyc par vous et par M' Heinsius que vostre Saturne est sous la presse. Quelque contradiction qu'il puisse rencontrer, il ne faut pas se rebutter. Les grandes choses sont sujettes à l'envie et à l'injustice. C'est
leur destin et une marque de leur véritable grandeur. Celle-cy au moins m'aura pour partisan bien ferme et bien fidelle , je ne dis point bien fort, à cause de la foiblesse de mes lumières cl du peu de connoissances que j'ay de ces admirables spéculations. M' Gassendi vous manque bien dans la publication de cet ouvrage exquis. Il en eust esté le juge le plus parfait et le plus sincère, et sa sentence eust porté grand poids pour en favoriser la naissance et le progrès. Et je ne luy eusse pas esté inutille auprès de ce giand personnage par restroitte liaison que nous avions ensemble et la pleine confiance qu'il a voit en moy. Mais Dieu ne l'a pas permis, et en le retirant à luy, il a voulu réparer cette grande perte en faisant éclore un génie aussi philosophique et aussi candide que le vostre. C'est la créance de celuy qui sera éternellement. Monsieur, vostre, elc.i — Le 28 mai i65(). Chapelain (P 33 v") entretient, en sa qualité de possesseur du prieuré d'Hiers, 3/"" Avice, commis général dti sel à Brouage, d'un fermage échu à la Saint-Michel et des /rais des réfections de ses marais, «lesquels-, ajoule-t-il avec inquiétude rà ce conte doivent être excessifs.' Chapelain réclame l'état des réfections qui lui paraissent si suspectes.
A M. DE SCUDÉRY '
Monsieur, je serois presque aussi en peine de vostre indisposition que je le suis du succès de raccommodement de M. le Prince", si vous ne m'en rassuriés un peu en ne m'en disant rien du tout dans vos dernières. Car il y a apparence que si elle eust continué vous n'auriës pas esté en estât de m'escrire une si longue lettre, et vous m'auriés marqué ce qui vous eust empesché de vous esteudre en m'escrivant. Je me resjouis donc avec vous de l'araendenient de vostre mal, et souhaitte que nous vous puissions bientost voir icy en parfaitte santé auprès du héros dont vous avés suyvi la fortune pour jouir de son bonheur après avoir soufl'ert de son malheur, quand mesme vostre Pieyne More ' ne devroit pas venir avec vous en l'équipage qu'elle mérite et revestue de tous les orneraens que vous luy destinés. Au reste, Monsieur, vous me donnés une grande vanité en m'apprenant que c'est raoy qui vous ai inspiré celte belle entreprise. Je croyois n'y avoir contribué que par l'original espagnol que je vous en envoyay il y a quelque temps*, et je m'en ayme un peu plus à cette heure d'y avoir une part si notable,
le choix des sujets et des temps m'ayant lousjours semblé une des plus importantes choses en ce genre de travaux. Que si je vous ay dit aulresfois que les mœurs et les gahmleries anciennes avoient bien moins de rapports avec celles de nostre siècle que celles du siècle oii le royaume de Gi'enade fut conquis par Ferdinand et par Isabelle et que cette matière, Irailtée par une personne qui ne manquast ni d'instruction ni de disposition et qui d'ailleurs eust le fin usage de nostre Cour, ne céderoit à aucun ouvrage de ceux qui ont fait le plus de bruit jusqu'icy, je vous ay dit ce que je pensois et je vous le dis encore, voyant que c'est vous qui vous estes chargé de l'exécuter, vous, dis-je, dont la plume acci'édilée ' et les grandes choses qui en sont sorties ne trouvent pohit qui leur puisse estre raisonnablemenl comparé*. En attendant qu'il paroisse, vous voulés bien que j'en sois le précurseur et le trompette qui l'annonce aux peuples et qui le leur face désirer.
Je reçois avec respect les civilités de M" de Scudery' et vous assure bien l'un et l'au- . tre de mon obéissance comme, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xii juin 1659.
' On a par erreur inséré dans le rejjislre des lettres de lôSg-iGGS deux pièces qui devaient être placées dans le registre des lettres de 16C9- 167a. Ces deux pièces (lettre à la eomlesse de Grignan et lettre à l'abbé Le Roy) sont plus loin remises à leur rang, la première sous la date du 29 mai iCtJg et la seconde sous la date dn 3 juin de la même année.
^ Le raccommodement du prince de Condé avec la cour ne tarda pas à se faire, comme nous l'avons rappelé dans la noie 5 de la lettre XX. Scudéry, pendant la Fronde, s'était attaché au parti de ce prince.
* C'est l'héroïne du roman intitulé : Almahide, ou l' esclave reyne, roman qui parut à Paris,
de 1661 à i663, en 8 volumes petit in-8°. Voir, sur ce roman, la lettre LVIll, du 8 novembre
^ Soit La Conquista que hicieron los Reyes Catolicos en Grenada, poème de Duaite Diaz publié en 1 590, in-8°, à Madrid, soit plutôt le beau livre d'histoire de Diego Hurtado de Mendoza, La Guerra de los Moriscos (1610, in-i").
^ M. Liltré ne signale , au sujet de l'emploi du mot accrédité, aucun écrivain antérieur à Boiieau { Epiires) , Bossuet ( Histoire universelle) et Bourdaloue (Pensées).
^ Voilà des comphments comme les aimait la prodigieuse vanité de Scudéry.
' Marie-Madeleine du Montcel de Martinvast,
CHAPELAIN
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M«^ LA DUCHESSE DE LO^GUEVILLi:,
À trie'.
Madame, je prens l'occasion de la lettre que M' de Vence escrit à V. A. et que je luy envoyé' pour luy renouveller mes respects et i'empescher d'oublier que comme Elle n'a jamais eu personne qui révérast davantage sa vertu et qui eust plus daltache à ses inlerests que moy, elle n'en aura aussi jamais qui prenne plus de part aux consolations
qui luy sont destinées et dont elle est si digne. La plus grande de toutes, Madame, est arrivée .ou est sur le point d'arriver par la paix qui vous doit rendre M^' le Prince , et j'estime que nous .sommes plus en estât d'en rendre grâces à Dieu que de l'en supplier. Je l'en supplie néantmoins de tout mon cœur et qu'il luy plaise de terminer par là toutes vos peines. C'est le plus ardent souhait de celuy qui est sans réserve, Madame, de Voslre Altesse, etc.
De Paris, ce xii juin 1 669 '.
née vers 1697, devint ia fomme de Sciidéry en i654 et mourut à Paris en septembre 1711. Ce fut une des plus spirituelles correspondantes de Bussy-llaltutin. On a dit, avec raison, que tt.sa pi ose vaut mieux que les vers de son mari. 75
' Aujourd'liui Trye-Cliùteou, commune du département de l'Oise, arrondissement de Beauvais, canton de Chaumont.
^ Godcau était depuis longtemps un ami de M"" de Lonçueville. Balzac écrivait bien malicieusement à Chapelain, le 19 décembre i6.'i'i (Mélanges historiques de 1878, p. 611): «Je vous envoyé la lettre de M' de Grasse, et vous demande pour luy un compliment aussy passionné que celuy qu'il vous demande pour .Madame do Longueville, encore qu'il ne soit pas si beau qu'elle est belle." Parmi les lettres adres.sées par Godeau à la sœur du pri;ice de Condé, j'en citerai une fort intéressante {Lettres de M. Godeau, evesque de Vence, sur divers sujets; Paris, 1713, in -8°, p. 2^3) où il lui recommande le mépris de la beauté, où il déclare que l'on doit peu se soucier qu'elle soit flétrie par la maladie et (]u'il faut n'èlre qu'à Dieu seul. Le prélat y dit très délicatement, au sujet de la petite vérole qui avait respecté l'éclatante beauté de sa correspondante: «Pour voslre visage, un autre que moi se réjouira avec plus de bienséance de ce qu'il ne sera point gâté. . . r>
' Le lendemain, Chapelain (f° 36) écrivit à M. de Brieux; «Le poème des Lys que j'ay envoyé à M' le marquis de Monlauzier en vostre nom a esté receu de luy avec beaucoup de joye et après l'avoir leu plus d'une fois, il m'en est
vetui tesmoigner sa salisfaclion d'une manière qui vous doit satisfaire, car il ne me l'a pas moins estimé que vostre Gallus [Adrien Bailiet nous apprend que le poème de .Moisant de Brieux sur le Coq a été iorl eslimé des connaisseurs], qui est tout dire. Je suis très obligé à toute vostre sçavanle compagnie de ce que mon souvenir et mes hommages luy ont esté agréables. C'est un corps que je ne regarde jamais qu'avec respect et dont la bienveillance est un des principaux orneinens de ma vie. Failtes moy la grâce de le luy bien confirmer et ayés la bonté de dire à M' Bochard [Samuel Bocliart, né à Rouen le 3o mai 1699, mort à Caen le 1(1 mai 1667, un des plus grands orientalistes du xvii" siècle] qu'il me tient lieu de maistre et que je n'espère devenir sçavant que par luy. Vous m'avés bien donné de la joye en m'apprenant qu'il s'est relire à la campagne pour mettre au net son grand ouvrage des animaux et de la résolution où il est de l'exposer enfin à la lumière [ Hierozoicon, sive de animahbus Sanctœ Scriplurw, i6(33 , 9 vol. in-fol.]. Je l'annonceray à nos habiles qui souspirent il y a si long temps après pour plus habiles et plus sages se rendre. Vous ne m'avés pas fait moins de plaisir de m'avertir que M' Savary avoit commencé une nouvelle édition de ses Chasses, avec de notables additions. Cela ne peut réussir qu'à sa grande ;;loire à laquelle je suis obhgé de prendre un particulier inlerest. Quelques-uns de nos amis communs m'ont appris qu'il avoit un grand nombre de pièces latines d'autre genre faittes en un âge moins avancé qui ne gasieroient rien à sa belle réputation, s'il les laissoit pa-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. HEINSIUS
8ECBÉTAIRE DB UESSIEl'BS LES ESTITS , À LA HAYE.
Monsieui*, je conlinue à nie bien porter, c'est à dire à ne nie porter pas mal , car de celte sauté parfaille dont jouissent ceux qui sont nés iieureuseraenl, la Nature m'a condamné presque dès !e berceau à ne la pas connoistre et à ne la posséder que du désir. J'ay en raoy de certaines semences de foiblesse de corps que le régime et la modération de l'esprit tiennent quelquesfois assoupies, niais qui se resveillerit de temps en temps et qui par l'exercice qu'elles me donnent me font souvenir que je suis mortel. Et cela n'est pas mal d'avoir un tel advertisseur domestique qui par ces tiremens d'oi^eille erapesche les gens de s'évaporer et de s'oublier. Entre les choses qui nie seront les plus amères lorsque la trompette sonnera et qu'il faudra partir, vous ne doutés point que ce ne soit nostre séparation puisque vous considérant comme un autre moy-mesme'je ne puis rien laisser qui me touche de plus près. Je suis du moins assuré que cette divisioxi ne se fera pas avant nostre dernière heure et que le scandale produit par celle qu'a voulu faire si inhumainement et si extravagamment l'homme que vous sçavés - entre luy et moy n'arrivera jamais entre moy et vous, parce que nous ne sommes fous ni
roistre. Exhortés l'y, Monsieur, vous qui estes si bon juge et à qui sans doute il ne les aura pas
cachées -n Puis vient une petite dissertation
sur ou plutôt contre la locution parler le Roy au lieu de parler au Boy, et sur premier que pour avant que qui «a été du bon usager, mais ttne l'est plusn. Chapelain ajoute: «M. de Vaugelas a raison au jugement de TAcadémie, à qui je l'ai proposé, w Chapelain dit, en finissant : tfMais c'est trop de bagatelles grammaticales.?)
Ml y a ici dans le manuscrit : et que. . .
l'un ni l'autre, et que l'ombre mesme de la tiraunie et de l'injustice est bannie de nostre société.
Au reste. Monsieur, dans ce que vous avés souhaitté que je vous en escrivisse, je vous conjure de ci'oire qu'il n'y a pas un mot faux , et que parce que je n'ay pas l'âme plaintive, et que mon cœur est trop élevé pour ne pas regarder au-dessous de soy beaucoup de choses qu'un autre relèveroit et dont il se feroit matière de vengeance. J'ay mesme obmis dans le récit que je vous ay fait plusieurs particularités qui auroient aggravé le crime de cette personne. Quant au remors que son cœur en a eu, il est impossible de le mettre en question; il est possible mesme qu'il ait eu animum redeundi et de rentrer dans son devoir encore que son naturel orgueil puisse bien en avoir estouffé la pensée dès l'instant qu'elle sera née en son esprit. Mais en fust-il aussi repentant qu'il le devroit estre etfist-il toutes les diligences nécessaires pour se raccommoder avec moy, il y auroit tousjours beaucoup d'imprudence de me fier encore à une légèreté comme la sienne, et à me laisser porter pour la seconde fois contre un si dangereux écueil. C'est bien assés que je commande ma juste indignation, et que je me sois mis au dessus de tout ressentiment pour luy. C'est assés que je n'aye point de disposition à le haïr et que je ne parle jamais de luy que forcé et que quand il m'y con-
^ Ménage. Dans une lettre de quelques jours postérieure, adressée à M. du Loir, gouverneur du prince de Monaco, à Blois, le 21 juin, Chapelain parle de k l'extravagante et inhumaine rupture de M' Ménage, n qu'il appelle un peu plus loin mon révolté. Il est question dans cette lettre du poète Bouillon, dont les Œtivres parurent à Paris (i6G3, in- 12). M. de Bouillon, qui était mort dès l'année 166a, et dont nous retrouverons ici plusieurs fois le nom, était l'ami des deux adversaires.
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Iraindra par ses emporlemens. Vous voyés par là qu'il me sera facile de n'entrer point désormais dans un pareil discours avec vous et que je dois eslre bien aise que vous n'y soyés non plus porte' que moy.
M' le Marquis de Montauzier a veu dans ma lettre la satisfaction que vous avoit donné la sienne et les termes pleins d'amour et de reconnoissance avec lesquels vous payés son affection de laquelle s'il avoit besoin d'un autre garant que luy mesme, je molTrirois à vous pour caution, et vous scavés combien peu d'hommes au monde je voudrois cautionner après tant d'espreuves que j'ay failtes d'infidélité et d'inconstance. Il part aujourdhuy pour aller passer Iq reste de l'esté en ses gouvernemens. Si vous luy escrivés durant ce temps la , j'auray soin de luy faire tenir seurement vos lettres et [si] vous me les envoyés à cachet volant comme faisiés autresfois, il me sera doux d'en avoir les prémices. V'^ous m'avés fait une grâce particulière de lire à M' de Thon ce que je vous escrivois sur son sujet. Je vous le répète encore, c'est un de ces cœurs nobles qui font toute la félicité de ma vie et dans l'affection (lesquels je triomphe et me tiens heureux au milieu de la générale corruption. Il ne me peut rien avenir de plus agréable ni de plus honnoiable que les bontés (ju'il continue à me tesmoigner, et je m'en fais ime fortune que je ne changerois pas pouitous les trésors et toutes les dignités de la terre. C'est de quoy je vous supplie de l'assurer encore aussi bien que de ma parfnitto gratitude , laquelle je souhaitterois passionnément de luy faire connoistre par autre voye que par mes paroles. Il m'a sensiblement
' Georges Horn naquit à Greussen en 1690 et mourut à Leyde en 1G70. Le Monri nous apprend que «son esprit s'égaroil de temps en Vomps jusqu'à i'exlravagancen , et que (fcel accidcnfn, croyoit-on, (rvenoit d'une porte de cinq
obligé de souffrir que vous m'envoyassiés les suittes de l'instance qu'il avoit faitte à M" vos patrons de la part du Roy, moins pour la curiosité que j'en avois, et qui a esté pleinement satisfaitto, que pour ce que cette affaire , comme toutes les autres de sa gestion, a réussi tout à fait à sa gloire, et a confirmé à tout le monde combien l'élection qui a esté faitte de luy pour cet employ fut judicieuse, et le grand avantage qu'en tirent les interests de Sa Majesté. Dans cette veue j'ay communiqué toutes ces pièces à M^' le duc de Longueville qui les a leues avec beaucoup d'estime pour Son Excellence et le jugement favorable d'un prince de cette élévation et de ce poids ne sçauroit que plaire beaucoup à sa vertu.
Je ne m'eslonne pas que M' Bigot ne vous die rien de cet odieux éclat de son amy. Il est sage et discret. Il ne le veut pas condamner et ne voit pas lieu de l'absoudre. Il s'en taist jusqu'à môy, qui n'entre point aussi sur cet article avec luy, et nous occupons à de meilleurs entretiens le temps que nous sommes ensemble, car nous ne parlons guère que de vous. Ce fut lui qui m'apporta vostre dernier paquet lequel il prit des mains de M"^ Boulliau et il fut payé de sa peine ayant trouvé à l'ouverture que j'en fis une longue lettre pour luy. Il est présentement en Normandie où il est allé mettre en estât ce qui luy fera besoin pour son voyage d'Italie.
La dissertation de M' Vossius et sa response à Hornius ' seront de charmantes lectures pour moy et je vous demeureray bien redevable si vous me donnés moyen de les voir. C'est un bel esprit et un sçavant homme.
mille florins qu'il fit avec un alchymiste de la Hayen. Eyriès {Biographie universelle) rapporte un singulier Irait de folie du contradicteur de Vossius : il s'agit d'une promonade faite à travers les rues de Leyde dans le plus primitif de
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Si vous croyës qu'il prenne plaisir à estre approuvé de moy, vous l'en pourre's assurer et de mon très humble service.
Je n'ay receu aucune lettre de M*^ Huggens ni devant ni après vos dernières. Il est fort à craindre que celle dont vous parles ne soit périe par les chemins, je ne vous diray point avec quelle douleur pour moy, non seulement pour ce que je perds cette nouvelle marque de son affection , mais encore pour ce que je perds les lumières qu'il m'y donneroit de son Saturne et l'éclaircissement de ce que c'est que cette horloge de M' de Roberval. Il m'en escrivit bien quelque chose par celle qui accom[)agnoit vostre préce'dente et c'est peut-estre celle-là dont vous entendes parler.
Tous nos amis sont en santé et vous rendent mille grâces de vostre souvenir. Pour moy je vous ayme et honnore plus tout seul que le font tous les autres ensemble.
De Paris, ce xiii juin idôg.
À M. DE CAILLTÈRE,
GOUTEBNEDB DE CHERBOIRG , À CHERBOURG.
Monsieur ', nos excellons amis de Caen ont eu grande raison de vous obliger à rendre publique la vie de M' le Mareschal de Matignon et M' de Lizieux - a un trop bon gousl et un interest trop notable à cette publication pour souffrir que vous la retardiés davantage. Mais l'honneur que vous m'avés voulu
tous les costumes, promenade pendant laquelle le critique allemand s'écriait : An tu unqunm vidisti hominem paradisiacum 1
' Cette lettre a été reproduite tout entière, moins les quatre dernières lignes, par Camusat {Mélanges de littérature, p. 67-75).
^ C'était Léoaor I Goyon de Matignon, qui siégea du mois de décembre 16/18 jusqu'au mois
faire de me la communiquer avant que de la publier, comme si mon jugement luy estoit nécessaire, n'a garde d'estre si juste que l'instance que ces M" vous en ont faitte. Je suis moins propre à juger qu'à estre jugé et mon suffrage est de cette nature de choses sur quoy les gens de vostre mérite n'ont pas sujet de faire fondement. Néantmoins puisque vous l'ordonnés, il ne m'appartient pas de résister à vos ordres et je vous dois obéir quand ce devroit estre à mes despens.
Vous aurés donc icy, Monsieur, ce qu'il me semble de ce beau travail à condition que vous ne considererés mon senliment qu'autant que vous le trouvères conforme à vostre opinion. J'ay leu cette illustre vie avec attention et d'une haleine. Je l'ay fait pour vous en pouvoir parler avec connoissance de cause. Je l'ay fait aussy parce que l'ayant une fois commencée, il ne m'a pas esté possible de ne la pas achever. La matière m'en a paru noble, éclatante, et la forme que vous luy avés donnée toute pleine d'art. Vous y avés suyvi l'ordre du temps et ne l'avés pas accablée de réflexions ambitieuses à la manière de Malvezzi', quoyque par endroits il [y] en ail de si fines et de si sensées qu'elles font regretter que vous n'y en ayés pas plus fait. Le stile en est net, facile, coulant et de ce genre médiocre ni trop euflé ni trop familier, en un mot tel que le [de]mande l'histoire. Ce qu'on y pourroit trouver à redire, c'est qu'on la prendroit presque aussi tost pour un abrégé de la vie des cinq Roys que vostre Héros a
de mars 1 677, où il eut pour successeur son neveu Léonor II Goyon de Matignon. ( Gallia Christiana , t. XI, col. 807 et 808.)
^ Le ma^quLs de Malvezzi (Virgiiio), né à Bologne en 1699, mourut en i656, laissant d'assez nombreux ouvrages historiques dont on peut voir la liste dans le tome XL! des Mémoires de Niceron.
servis , que pour la sienne propre , tant vous avés suyvi exactement ce qui leur est arrivé dans leurs règnes , mesnies en des. choses où il n'a point eu de pari. Ce n'est pas que je blasme un tissu ' de celte manière qui instruit des interests généraux en informant des particulières avanlures d'un homme. Je vous diray avec ma candeur ordinaire que j'aurois souhaitté que voslre principal eust esté pins eslendu que voslre accessoire et que la dilTerence en eust esté plus remarquable dans ce bel escril. Pour le faire il n'y avoit qu'à estaler partout comme vousl'avés fait heureusement en plus d'un lieu, les conseils, les instructions , les raisonnemens pour et contre des résolutions du Cabinet et des entreprises militaires avec le détail des négociations. Les essays que vous en avés donnés font voir combien vous estiés capable de vous en acquiter excellemment. Vous l'auiiés pu fortifier des originaux des lettres du Roy, de la Reyne, du Mareschal, des Secrétaires d'Ëstat. Outre que la lecture en eust esté agréable, ils auroient aulhorisé l'ouvrage et fait voir que vous auriés eu de bons mémoires. C'eust esté monstrer que vous adjoustiés ces particulières * aux relations générales de ceux qui sont chargés des évenemens qui regardent le gros de rEstat\ J'ay trouvé de plus que vous aviés passé sous silence dans vostre narration du règne de Henri h" le fameux combat d'Arqués et
le mémorable passage de Seine par le Duc de Parme quand le Roy l'avoit acculé au pais de Caux , que vous auiiés pu toucher en trois mots. Vous n'avés pas aussi esté exact à coller les années de toutes les actions dans le cours de la narration, et j'ay surtout observé que celle de la naissance de vostre Mareschal ny celle de sa mort n'y sont pas marquées, ce que j'eslime d'une indispensable nécessité \
Supposé que vous jugiés ces petites observations raisonnables , il n'y a rien de si aisé que d'y satisfaire. Mais quand vous laisseriés la pièce en Testât qu'elle est, ce sera tousjours une forl rare pièce et qui ne sçauroit manquer désire fort bien receue, comme fort utile au public aussi bien que fort glorieuse à l'illustre Maison pour laquelle vous l'avés entreprise. Je me resjouis avec vous d'avance pour l'cclat qu'elle adjoustera à vostre belle réputation , et en attendant que les curieux en puissent jouir, je veux l'annoncer à tous mes amis et leur en exciter l'envie. Je n'en eus jamais tant d'estre homme d'authorité et de créance qu'en celle occasion pour vous pouvoir avec succès rendre un office utile et préparer vos lecteurs à vous couronner. J'y feray ce qui dépendra de nioy et, en cela comme en toute autre chose, vous m'esprouverés, Monsieur, voslre, etc.
De Paris, ce xxvri juin 1659 '.
' On a imprimé dans lés Mélanges de Camusat titre pour iissu, ce qui formé un non-sens.
- On lit dans le petit livre de Camusat purticularitez pour particulières.
^ Phrase supprimée par Camusat à partir ilu mot : générales.
'' L'auteur liut compte de la plupart des observations de Chapelain, notamment en ce qui regarde les lettres royales à insérer dans son livre et les dates de la naissance et de la mort de son héros à y ajouter.
' Je ne ferai qu'indiquer diverses lettres où
revient Tinévilable question de la rupture avec Ménage, comme (f° lio v°) la lettre du i3 juillet 1669, à M" Bouillon, sea'élaire des jinamvt de S. A. R. à Blois, et (f ii v°) la lettre à Ar Heinsius, secrétaire latin de Messieurs let Estais, à la Haye en Hollande. Dans celte dernière lettre. Chapelain ajoute à ses plaintes et récriminations bien connues des nouvelles du marquis de Montauzier : «11 est présentement à Angouléme oîi il doit avoir receu Son Kminence et où il se prépare à recevoir le Roy.n Chapelain , après avoir parlé do ralTeclion de Montauzier
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
hl
A M. CHRIST. HUGGENS DE ZULICIIEM,
À LA HAYE
Monsieur, comme vous ne me devés rien que de l'amitié, vous serés tousjours quite envers moy tant que vous m'aymerés, encore que je ne receusse jamais de vos lettres. Je tiens donc pour une grâce toutes les fois que vous m'escrirés, et quoyque vostre civilité vous en face parler comme d'un devoir je m'en liens à la vérité de la chose, et la considère comme une faveur. C'est aussi. Monsieur, ce qui me la fait recevoir avec un plaisir extrême, et d'autant plus agréablement que j'ay moins de droit de la demander. C'est aussi ce qui m'empesche de m'irapatienter lorsque vos responses lardent
pour Heinsius, parle de Tinipalience qu'éprouve le gouverneur de TAngoumois f'de voir publier son favory, ce délicieux Ovide que vos soins vont rendre bien plus délicieux 'i. Le correspondant de Heinsius dit en6n loule la joie qu'il a lui-même de voir s'avancer l'édiiion du Système de Saturne, déclarant que «toute l'Europe est dans l'expectation de cette nouveauté merveilleuse». — Une lettre à M. de Caillière, du 28 juillet (jP 43), n'est guère qu'une répétition de celle que l'on vient de lire. Le biographe du maréchal de Matignon a promis à Chapelain de déférer à ses conseils et de se les proposer pour règle dans la revision qu'il allait faire de son histoire avant de la publier. Le judicieux critique ie remercie de sa confiance et lui donne l'assurance que voici : «En marcbant par le chemin que je vous ay traoé vous ne sauriés arriver qu'à bon port..» Chapelain doute que l'auteur puisse profiter des manuscrits de M. de Béthune [Hippolyte de Béihune, neveu du grand Sully], «qui ne laisse rien sortir de son cabinet, surtout lorsqu'il s'agit de le transporter d'une province à l'autre. Vous pouvés neantmoins avoir une telle liaison avec Iny qu'il vous accommodera de ce qu'il refnseroit à tout autre, comme il fit il y a quelque temps à l'abbate Siri [ Vilf orio Siri , né à Paris en 1 608 ,
à paroistre, et ce qui me donne moyen de faire entendre raison à mon désir, lol-sqii'il me les fait souhailter le plus ardemment. Vous voyés par là que je vous laisse dans la liberté de ne m'escrire qu'à voslre commodité, et que, quand vous m'escrirés, vos lettres ne me seront pas moins cbères que si je les avois attendues avec la plus grande inquiétude du monde.
Je suis bien aise d'avoir excité vostre reconnoissance pour M' de Monmor, en vous faisant savoir la vigueur et la diligence qu'il a voit apportée à vous conserver la gloire de rinvenlion du pendule à la confusion de cet horlogeur' qui s'efforçoit de vous la ravir. Il a veu les termes avec lesquels vous me marqués voslre gratitude et m'a prié de vous en bien tesmoi^ner son ressentiment. L'as-
mort en i685, auteur d'// Mercurio et des Memorie recondite] auquel il ne voulut pas mesmo ouvrir son cabinet et laisser voir ses manuscrits». Citons encore une lettre à Monlau?ier, du 3 août (f° hfi v°), où Chapelain s'excuse de ne lui avoir pas écrit, pendant qu'il était si occupé à recevoir Son Eminence à Angoulême. «Ça donc esté par discrétion et non par oubly que je me suis abstenu de vous faire savoir de mes nouvelles et de vous demander des vostres.15 Suivent d'assez longs détails sur Conrart qui a été malade : «J'envoyai la lettre que vous luy escriviés [Chapelain veut parler là de d'Ablancourt] à Athys où est M' Conrart depuis trois semaines et où il reprend un peu de vigueur après un mois et demy de martyre. . . Nous avons cru long temps qu'il n'en esrhapperoit pas... Ce qui contribuoil beaucoup à ce mal, estoit le double procès qu'ii avoil sur les bras...»
> On trouve orlogeur au xiv^ siècle, et horologeur dans Ambroise Paré, au xvi' siècle. Ménage, cité par Trévoux, recommandait de ne pas dire horlogeur, ajoutant que ce mot n'est en usage que parmi ceux du métier. Trévoux donne à ta fois les deux mots : fx Horloger ou horlogeur» , avec celte remarque : «Le premier est le plus en usage."
as
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
semblée de chés luy, qui avoit assés languy depuis l'éclat arrivé entre lu^' et M' de Robervai , de la semaine a repris courage et a résolu de travailler à la recherche de la nature avec plus d'affection que jamais et les personnes les plus qualifiées sont celles qui s'y eschauffent le plus. Nous verrons ce que cela produira.
Ce M' Guisoni dont vous voulés estre informé n'est connu de moy que de là '. Il lit, un jour, un discours de la végétation, après quelques autres, qui pleusl fort et qui parut fort sensé à la Compagnie, et comme il a cessé d'y vet)ir, on l'y a trouvé fort à redire*. L'expérience que vous me marquez, et qu'il a faitte en vostre présence, fust examinée dans l'assemblée et il me souvient qu'en disant mon avis , j'aliribuay celte ascension de l'eau dans le petit tube plus haut que dans le grand à la plus grande impression de la colonne d'air sur le tube large que surl'estroit. Cette pensée eut beaucoup de partisans, encore que d'ailleurs elle fust contreditte. Je tiens, conmie vouï, le balancier de M' de Roberval et ses détentes mal expliquées une machine peu soustenable pour l'effet qu'il s'esloit proposé. Ce que j'admire est qu'il en donna à l'assemblée le plan que je vous ay envoyé dans la crainte que son invention ne fust la vostre et dans l'imagination que c'estoit de luy que vous
la teniés. Mais vostre imprimé que je luy ay fait voir et l'estampe qui sert à le rendre intelligible luy ont bien monstre et à tout le monde que vous n'aviés pas besoin ni de luy ni de personne pour imaginer d'excellentes choses dans la mechanique et que vostre fonds estoit beaucoup plus riche, plus abondant et plus net que le sien.
Je ne sçay si estant en France vous n'aurez point veu entre ses mains une machine aritméthique de l'invention du jeune Paschai \ laquelle servoil avec une justesse admirable à faire promptement les quati'e premières règles , addition , etc. C'est ce jeune Paschal qui est véritablement né pour de grandes descouvertes. C'est luy qui le premier en France a fait l'expérience du vuide avec le mercure \ C'est luy qui a imaginé le premier sur ce problème le poiils de l'air et sa colonne depuis l'atmosphère jusqu'en terre. Il a encore force d'autres pensées sublimes sur de semblables matières qu'une retraitlo de dévotion luy a fait supprimer jusqu'icy.
Je vous supplie d'assurci- M' Heiusius de ma passion accouslumée et de luy dire que jay recouvré la dissertation de M' Vossius De vera œtate mundi et la response de Hornius que je trouve foible , mais que pour les répliques de l'un et de l'autre, elles n'ont point encore paru icy '.
' Je ne vois aucune notice sur Guisoni dans nos divers recueils biographiques.
* De nos jours, on se sert eiicore en Gascogne de l'expression (roMiwàrfirequeiqu'unou quelque chose, pour : regretter quelqu'un ou quelque chose. Joseph Scaligcr, dans une lettre du ag juin 1578, emploie il n'y a rien à dire comme synonyme de : il n'y a rien à regretter, il ne manque rien. Voir Lettres inédiles de Joseph Scaliger ( Agen , 1880, in-8").
^ Biaise Pascal avait alors trente-six ans. Ce fut à l'âge de dix-huit ans qu'il conçut et fil exécuter à Rouen, où son père était iiilondanl, sa
machine arithmétique qui simplilidit merveilleusement les calculs.
* Ce fut de 16/16 à i6.'i8 que Pascal fit sur le Puy-de-Dôme et répéta à Rouen, puis à Paris, sur la tour Saint -Jacques -la -Boucherie, les expériences barométriques qui démontrèrent la fausseté du principe de la vieille physique, que la nature a horreur du vide.
* Dans une lettre à Heiusius (P ia v°), datée du 17 du mois précédent, et dont j'ai donné quelques extraits, Chapelain parlait ainsi des deux adversaires : «La querelle de M' Vossius avec le professeur Hornius se rendra aussi ce-
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Je sçfiurois volontiers s'il y a eu response de M. l'ambassadeur de Tliou au libelle du de'serleur portugais si injuste et si ridicule.
Je sçaurois encore plus volontiers à quoy vous vous appliquerés après la publication de vostre Saturne dont les exemplaires nont point encore este' receus de M' Boulliau. Vous ne pouvés ni ne devés demeurer oysif avec les merveilleux talens que vous avës pour ouvrir de nouveaux chemins dans les
disciplines mathe'matiques spéculatives et pratiques. C'est la créance sincère, Monsieur, de vostre, etc.
De Paris, ce xviii aousl i65t)'.
. À M. D'ABLAi> COURT,
À ATÏS 2.
Monsieur, puisque vous avës sceu la visite de l'émissaire de M' Ménage chez M' Thé-
lèbre que celle des Prcadamites par la curiosité de sa matière et par la réputation du tenant et des assaillans. C'est une de ces disputes qu'il faut plustost nourrir qu'estouCfer. Il n'en peut arriver que du bien à la chronologie dont les ténèbres ont bon besoin d'estre dissipées et qui ne peuvent s'esclaircir que par la chaleur et l'agitation. Je souhaitte la victoire à vostre amy. . . n
' Les deux lettres suivantes (f" Z17 v° et US y"), au comte Bardi et à M^"^ Barducci , évêque de Saint-Miniato (en Toscane), sont, l'une, une lettre de pure civilité, l'autre une lettre de recommandation en faveur d'Emery Bigot, qui allait en Italie. Je trouve dans celte dernière le passage que voici: «Vous me ferés aussi faveur si vous me mandés ce que fait l'Académie de la Crusca sur les touches assés rudes que luy a données un certain Padre Bartoli, jésuite, en matière de langue, et s'il est vray que ce Père là médite un dictionnaire italien pour opposer au vocabulaire de cette célèbre Compagnie et pour en monstrer les prétendus defaux.?' — Dans une lettre du 29 août iOi)9 (f'IiCj), Chapelain console en ces termes Heinsius , auquel avaient manqué des manuscrits sur lesquels il comptait pour son Ovide : «Ne contésvous pour rien le champ que cela a laissé à vos conjectures qui se sentiront tousjours de vostre profonde érudition et de la beauté de vos divinations au grand bien de la république des lettres ?n Il revient ensuite sur l'affaire Ménage: «Nous ne parlerons donc plus de cet amy révolté... Sua sibi habeat pour jamais et qu'il nous laisse jouir de l'innocence de nostre vie avec des gens de nostre trempe et de nostre candeur. »
CHAPELAIN. — II
Chapelain donne ensuite à son ami des nouvelles diverses : rM'' le Marquis de Monlauzier a essuyé le passage de M' le Cardinal et celuy de Leurs Majestés avec un éclat de magnificence et d'applaudissement qui n'a point eu d'égal en toutes les autres provinces. Il est maintenant à leur suitte pour faire partie de l'honneur de la feste et ne les quittera plus. . . M"^ Vossius me semble par ce que j'en ay veu de beaucoup supérieur en tout à son antagoniste, duquel d'ailleurs le traitté De origine gentium americanarum m'avoit donné assés bonne opinion. . . Le pauvre M' de Viquefort a esté mis à la Bastille je ne sçay pourquoy [c'était pour avoir été un diplomate indiscret et aussi pour avoir commis quelques voleries. Voir les Archives de la Bastille, de F. Bavaisson, t. 1,1866, p. 178-180]. Maison dit que M' l'Electeur de Brandebourg [Frédéric-Guillaume, né en 1620, mort en 1688] le réclame, et qu'il en doist bientost sortir. Il nous a donné depuis peu une augmentation du Voyage d'Olearius et s'est fait honneur raesme de nostre langue. Quand on le prit je travailiois pour l'ajuster avec un libraire touchant l'impression de son Histoire allemande.:-
^ Nicolas Perrot d'Ablancourt, qui est déjà mentionné dans notre tome I" (voir surtout la lettre CCCLXXX ) , était alors âgé de cinquantetrois ans. Il se trouvait chez son coreligionnaire et ami Conrart, à Athis (maison de campagne «dont M"' de Scudéry parle tant dans la Clélie, •• comme le rappelle Tallemant des Beaux, Historiettes, t. III, p. 29^). On sait que d'Ablancourt dédia son Mimttius Félix et son ÏAicien à Conrart.
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venot ', et que vous avez eu la bonté de m'en vouloir escrire, je vous diray qu'il n'y a sorte d'artifices ni de mauvais moyens que cet ingrat n'ait mis en œuvre pour couvrir son ingratitude , sachant bien que s'il ne faisoit bien du bruit et qu'il n'estourdist pas tout le monde de ses plaintes , il auroit tout le monde contre luy, veu la notoriété ^ de son humeur bizarre et audacieuse, et des obligations qu'il ni'a. Avant la tentative qu'il a faitte auprès de vous pour me décrier, il l'a faitte auprès de mille autres et il y a eu peu de gens, si ce n'est des insensés comme luy, qu'il ait laissé persuadés à mon désavantage. La pluspart mesmes sont venus à révélation et m'en ont parlé comme d'une cervelle demontée ^ qu'il n'y avoit point d'espérance de jamais raccommoder. On m'a aussi offert de s'en déclarer publiquement si je levoulois, et cette fascheuse rencontre a servy à me faire discerner ceux qui estoient mes vrays amis d'avec ceux qui n'en avoient que l'apparence. Elle ne m'estoit pas nécessaire, Monsieur, pour estre esclairci de voslre affection généreuse, et je n'ay pas esté un moment en doute du party que vous prendriés aussilost que vous auriés connoissance de cette extravagante affaire. Mais je n'ay non plus souhaitté de vous que des autres des déclarations là-dessus. Il m'a sufli destre certain par mes propres lumières et par ce que M' Con-
rart m'en vient de mander que vous me rendiés justice en vostre cœur et que le mespris que je fais des hâbleries* de l'homme, m'abstenanl de parler de luy, sinon quand on m'y force, ne me fait point de tort auprès de vous. Cette avantm-e, qui ne luy a pas esté heureuse, le rendra peut estre plus retenu à l'avenu", dans les dégousls qu'il prend si facilement pour ceux à qui il a de plus grandes obligations, et dans les marques d'ingratitude qu'il fait si peu de scrupule de leur en donner. Si cela arrive, jeu seray bien aise particulièrement pour vous qui , en ce cas , pourrés faire justice à qui vous croirés la devoir, sans encourir une indignation si furieuse. Mais je vous avoue que je le desii-e plus que je ne l'espère d'une présomption aussi confirmée que la sienne et qui n"a df' règle qu'elle mesme pour agir.
Quant à moy, dans le malheur de navoir pu apprivoiser sa férocité naturelle en vingtdeux années d'offices ardens et continués , je tire consolation de ce que je suis deschargé d'une habitude si onéreuse et délivré d'une conversation où il y avoit tant à souffrir. Le temps qui m'en reviendra sera bien mieux employé à honnorer ceux qui vous ressemblent et qui ont le cœur aussi bien placé que vous, de qui je suis cordialement et avec un plaisir indicible, Monsieur, etc.
De Paris, ce v septembre lOûg ^
' Le voyageur et érudit Melciiisedcch Tliévenol dont il est question dans la lettre XXL
- M. Littré n'a cité que Palru an sujet de l'emploi du mol noloriélé. Le Dictionnaire de Rir/ie/et, auquel il a emprunté cet exemple, avait cité, sous ce mot, à côté du 16' plaidoyer de Patru , le j 0° plaidoyer de Le Maître.
^ Ce)-veau démonté est dans le Pouvceautrnac de Jlolière et léle démontée dans les Dialogues dex morts de Fénelon.
* M. Littré n'a trouvé hâblerie dans aucun ouvrage antérieur au Boman bourgeois de Furelière (i66()). Chapelain, qui savait si bien l'es-
pagnol, a peut-être été le premier à introduire dans notre langue ce mot de nos voisins, liàblcr, qui a été employé par Scarron et par Thomas Corneille, est déjà dans Ambroise Paré ot dans Brantôme.
^ Le 8 du même mois, Chapelain écrit (f 5i) tfà M' Lancelot, précepteur de M" de Luynes," les lignes que voici, dont les lettres XXVIU et XXX fourniront le commentaire : « Si j'avois creu que le sieur Savreux vous eust fait sçnvoir de quelle sorte je receus le recueil d'épigrammes latines dont vous l'aviés chargé pour moy, je vous aurois espargné la peine de lire icy combien j'ay
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À 31. D'ANDILLY