‹ Lettres. PubliéesChapitre 14 sur 309 · CONSEILLER DU BOY EN SES COXSEILS , À PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU BOY EN SES COXSEILS , À PORT-ROYAL

Je reçois tout ce qui me vient de vous avec joye et respect parce que de quelque nature que soient vos prësens, ils sont tousjours agréables et utiles. Mais bien que ce dernier du Choix des e'pigrammes latines ' ait éminemment Tune et l'autre qualité , je vous avoue néantmoins que j'ay esté trompé en ouvrant le paquet oii vous Taviez renfermé et que j'ay creu en le recevant que c'estoit cet Office du Saint-Sacrement dont j'entens dire tant de merveilles et qui édifie si fort tous ceux qui font profession de la vraye piété ^ Vous m'avés je ne sçay conjment accoustumé à de semblables grâces , et celle que je receus de vous il y a longtemps de L'office des dimanches , d» la Vierge, etc.. où vous n'tiviés pas plus de part quen celuy-

cy, ne m'est pas sortie de la mémoire pour y avoir six ans que vous me l'avez faitte ^ non plus que pas une des autres dont je vous suis également obligé. Vous me pardonnerés donc cette tromperie que je me suis faitte à moy-mesme et vous ne l'attribuerés qu'à la haute estime que je fais de tout ce qui sort de vos mains ou de celles de nos excellens ahiis. Ce n'est pas, comme je vous ay dit, que ce choix d'épigrammes qu'a fait M' Lancelot ne m'ait extrêmement pieu et que je ne l'aye placé dans mon cabinet entre ceux qui me sont les plus considérables. Je l'avois desja veu, j'en avois leu la préface et la dissertalion, et j'en avois tesmoigné à l'autheur le cas particulier que j'en faisois. Mais afin qu'il ne croye pas que je l'aye fait par simple compliment, je vous repeteray icy et je vous supplie de le luy dire à la première rencontre , que je ne voy rien de mieux escrit dans le stile didactique, rien de plus judicieux, de plus cave', de plus sensément

ressenti cette grâce. Mais dans le doute qu'il ail eu l'occasion de le faire, je n'ay peu m'empescher de lu'aquiter par moy raesme de ce devoir, et de vous dire sans flalerie que par les divers ouvrages que j'ay veus de vous si sensés , si méthodiques, si profitables, je suis demeuré persuadé qu'il n'y avoit personne dans rEuro[)e qui vous fust comparable dans ce genre de travail et c[ue j'ay souhaitté qu'un si beau talent que le vostre ne fust jamais laissé sans employ, pour le soulagement des habiles et pour l'instruclion des ignorans. J'ay fait surtout une particulière estime de vos préfaces et de vos dissertations qui ne prouvent pas plus vostre érudition que vostre cervelle [c'est-à-dire : qui prouvent autant votre cervelle que votre érudilion] et qui conduisent vos lecteurs par des chemins si seurs et si agréables aux connoissances que vous leur vouiés domier. Je n'ay pourtant pu voir sans grande confusion dans celle que vous avez mise à la leste de vostre Grammaire italienne, les trop avantageux tesmoignages que vous rendez à mes foiblesses on relevant comme vous failles ce qui ne sçauroit guère

estre plus bas. C'est la seule chose que l'on vous pourra objecter avec raison. n Claude Lancelot, le grammairien de Port-Royal, naquit à Paris vers 161 5 et mourut à Quimperlé en 1695. Disciple de l'abbé de Saint-Cyran, il fut le professeur de Le Nain de Tillemont et de Racine.

' Epigrammatum delecltis, ex omnibus (uni veter. , tum recenlioribus poetis decerptus , cum dissertatione [Pétri Nicole] de verapulchntndine , etc., Paris, Savreux, 1659, in-12. Ce recueil eut un succès prolongé, car le Manuel du libraire cite (t. II, col. 1017) une 7' édition (Loiîdres, 1711, in-12). Voir sur ce choix d'épigrammes le Port- Royal de M. Sainte-Beuve (t. III, p. 629 et 5.3o).

'^ VOffice du Saint- Sacrement , qui parut en 1669, avait été augmenté de leçons des Pères par M. Le Maisire, dont ce fut le dernier travail, et traduit en français par le duc de Luynes. ( Port- Rotjal, t. IV, p. /lis et liliL)

^ M. Sainte-Beuve n'a rien dit de ces publications faites en i653 par MM. de Port-Royal.

^ M. Sainte-Beuve, quia reproduit ce passage {Port-Royal, t. III, p. 53i), met sous le mot

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

denieslé dans la nature de repigramine , enfin de plus instructif non seulement pour les enfaus, mais encore pour les maislres que ces deux pièces qu'il a mises à la teste de son Recueil, dans lequel il n'a pas monstre' moins de bon goust et de discernement que de solide et pieuse morale, à la grande honte de tant dautres qui sont prt> posés à la conduitte des estudes de la jeunesse et qui s'y prennent si mise'rablenient. Sachez de luy, je vous conjure, s'il n"a point veu le Terentius Clirislianus d'un certain principal du collège de Harlem nomme' Cornélius Schouaus de Goude\ Cet homme a fait douze comédies ou représentations, pour mieux dire, dont les sujets sont tirés du \ieil ou du Nouveau Testament, tellement latines et du vray stile de Térence qu'il est estonnaut qu'un moderne l'ait peu si parfaittement imiler'. Je serois bien aise d'apprendre ce qu'en juge M' L[ancelot], si ce

livre est tombé entre ses mains, et s'il n'en a pas eu connoissance, j'en ay les six dernières pièces que je luy communiqueray volontiers. Au reste je me resjouis avec vous que le projet de la Vie des Saints ne soit pas abandonné' et que nostre cher défunt^ ait laissé son esprit à nos chers amis pour faccomplissement d'un si précieux ouvrage. Je les asseureray icy de ma constante passion pour leur vertu et pour leur sçavoir incomparable et vous que je suis fout à vous. De Paris, ce ix septembre 1659 '.

À M" LE DUC DE l.ONGUEVILLE.

Page 1