À M. PAULI
HISTORIOCniPHE DU BOI DE DANBMAKK , AU MAIRIEU '.
Monsieur, le froid, les maladies et les affaires qui m'ont fort exercé le corps et l'esprit depuis la réception de voslre obligeante lettre sont les fascheuses causes du retardement de ma response jusqu'icy, et non pas le manquement de gratitude pour vostre souvenir et pour tout le bien que vous pensés de moy et que vous m'en voulés bien dire. Je m'en aquite maintenant quoyque tard et vous rens mille grâces de la bonne opinion que vous avés de moy avec plus de faveur que de justice, mais beaucoup plus encore de tout ce que vous tesmoignés d'eslime pour M' du Maurier et de ressentiment des bontés fju'il a eues et qu'il continue d'avoir pour vous dans cette noble hosjjitaiité qu'il vous a engagé d'accepter pendant
tout l'hyver en sa belle maison et parmi les délices de sa vertueuse famille *. Vous avés bien raison, Monsieur, de vous en ioiier pour les avantages que vous en tirés de toutes les manières, surtout de sa conversation sçavanle et civile , ce gentilhomme ayant peu de pareils en docti'ine, expérience des choses du monde, générosité et véritable amour de la vertu. Sa connoissance , son amitié , ses bienfaits sont des matières à vous faire honneur toute vostre vie et par tout pais, principalement au vostre, quand vous y serés de retour, où vous les pourrés raconter à vos amis et compatriotes , les mettant entre vos principales et plus glorieuses aventures. Il m'a fait la grâce de me communiquer la relation de celle du malheureux Ulfeld qui est tout à fait curieuse et ce m'a esté un essay de vostre slile historique qui ne vous a point fait de tort dans mon esprit. 'V^ous ne serés pas demeuré inutile dans ce doux loysir dont vous avés jouy chés luy et j'at-
que la manière dont vous m'en avés escril pour rengager dans les interests d'un si honnesle homme et avec des conditions si recevables et si plausibles. Comme je lus d'aboid persuadé que c'estoit une affaire dans laquelle l'un et l'autre trouveroient leur conle également, je ne doutai point aussi qu'elle ne se conclut aussitost à leur satisfaction commune. Dans cette créance je manday nostre amy, je luy rapportay le sens de vostre lettre et luy déclaray le mien, qui estoit d'accepter le parti sans hésiter comme une chose qui luy estoit très avantageuse, et j'appuyay mon avis de nouvelles considérations non moins puissantes que les vostres, pour le faire passer par dessus cet amour de la liberté qui seul luy avoit fait quiter une très honnorable servitude. Je creus mesme l'avoir assés ébranslé pour me promettre de l'emporter. . . mais je fus bien surpris hier au soir quand je leceus la lettre dont je vous envoyé la copie. . . Vous y verres, Monsieur, qu'il n'a pas esté en sa puissance de surmonter l'ave sion qu'il a pour cette sorte d'occupation , quelque proûtable qu'elle luy put estre. . . En mon par-
ticulier, j'en suis plus mortifié que je ne vous le sçaurois dire , non seulement à cause de luy qui par là perd une des meilleures occasions du monde de monstrer ce qu'il vaut, mais encore à cause de M' de la Ville à Cerfs. . . n M. René Kerviler n'a pas mentionné, dans sa notice sur Jean de Monligny, évêque de Saint- Pol- de -Léon {La Bretagne à l' Académie française au xvii' siècle , 9' édition, 1879, p. ^78-521), l'affaire dont Chapelain et l'aumônier ordinaire de la reine eurent à s'occuper.
' Les recueils biographiques que j'ai pu consulter ne contiennent pas de notice sur cet historiographe du roi de Danemark. Dans presque tous ces recueils, en revanche, on trouve une notice sur un Simon Paulli, né en avril i6o3, mort en avril 1680, qui fut premier médecin des rois de Danemark Frédéric III et Christian V, et qui publia plusieurs ouvrages énumérés par Niceron (tomes III et X).
2 Le 11 février. Chapelain (f 369) félicite du Maurier de l'hospitalité qu'il donne à Pauli, et lui prodigue les plus grands éloges.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
tens qu'il me face part de ce qui aura fait le sujet de vostre occupation , aussi bien que des desseins que vous avés pour la suite de vos estudes et de vos voyages que je vous souhaite heureux autant que vous le mérités.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ix febvrier 1G67 '.