À M. VATTIER
MÉDECIN ET PBOFBSSEDB BOTAl EN H?ICUE ARJBE, À MOMRELIL, EN iNORSIANDlF,.
Monsieur, vostre probité , vostre capacité et vostre mauvaise fortune sont les motifs que j'ay eus, il y a long temps, de vous servir et de vous faire connoislre pour tel que vous estes. Je loiie Dieu d'avoir eu moyen de me satisfaire en cela et de vous l'avoir donné par mes soins et mes tesmoignages de vivre moins incommodé que vous n'aviés faitjusqu'icy. Mais vous estes excessif dans ceux que vous me donnés de vostre reconnoissance, laquelle est véritablement bien séante dans vostre cœur et dans vostre bouche, mais qu'un homme comme moy qui a de la pudeur ne peut pas entendre sans rougir. Pour ne vous pas contraindre néantmoins dans une chose qui de soy est louable, je n'exige point de vous que vous vous en taisiés ni que vous n'en escriviés dans vos lettres particulières, ou dans vos ouvrages publics, puisque vous croyés le
devoir. Je vous demande seulement que vous y gardiés la modération nécessaire pour une personne qui fait profession de vérité non fardée et qui ne se nourrit pas de vent.
Je iiay garde, au reste, de vous obliger à venir icy devant que vous soyés en estât de faii-e ce voyage sans péril ; je suis seulement d'avis que vous le fassiés aussi tost que vous le jugerés faisable, tant de choses vous y conviant que vous n'y pouvés apporter de négligence ou de retardement sans vous faire tort. Ce qui m'a semblé estrange dans vostre lettre, c'est qu'il semble que vous pensés faire assez, lorsque vous serés à Paris, d'y passer la meilleure partie du mois de mars, comme si vous ne vous souveniés point que vous estes professeur royal et obligé de faire vos leçons, si vous ne voulés perdre vos gages, et peut estre vostre gralilication'. Vous n'ignorés pas la sévérité du ministre qui ne paye qu'à ceux qui s'aquitent de leur devoir, et qui a des surveillans pour se faire instruire de ce qui se passe dans vos escholes. Cependant je voy avec desplaisir que vous allés vostre train sans vous assujetir à ces ordres, croyant dire assés en disant que les autres n'en font pas plus que vous et vous serés tout estonné que le tonnerre éclatera h vostre dommage et à ma honte, dont j'auray double desplaisir. C'est qu'au lieu de mesurer ce service à la nécessité publique, vous le mesurés à la vostre particulière, et croyés que c'est une bonne excuse de ne pas fournir exactement
' Le comte d'Ulfeld, après avoir été comblé de faveurs par le roi de Danemark Christian IV, qui l'envoya comme ambassadeur extraordinaire en France (16^7), fut disgracié sous Frédéric 111 et se mit au service de la Suède. Obligé de s'enfuir de ce pays, il fut condamné à mort à Copenhague comme crimiuel de lèse-majeslé, le 3 4 juillet i663, pendant qu'il était en Flandre, et, fugitif, il périt de froid en février i66'i ,
âgé de soixante ans. Voir, sur les aventures extraordinaires du comte d'Ulfeld, les Dictionnaires de Bayle et de Moréri, et V Histoire de Danemark de M. C.-F. Allen, traduite par M. E. Beauvois (Copenhague, 1879, t. I, p. 73 et suiv.).
- Valtier, qui avait obtenu 600 livres de gratilicalion en 1 666, n'est pas nommé dans la liste de 1667.
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à vos obligations parce que vous ne le pouvés sans incommodité. C'en est pourtant une mauvaise et indigne d'un homme de raison qui d'ailleurs n'est aucunement recevable auprès des maistres qui entendent eslre servis pour leur argent à leur point et non pas au point des autres.
Je vous trouve aussi négligent à satisfaire le siem- Sergio sans avoir autre raison que vostre impuissance qui n'est pas raison. Vous jouisses de son bien , vous avés un contract avec luy qui vous lie à luy en faire la rétribution conveniie, et vous estes en reste de plusieurs avances , dont il souffre el se plaint justement et amèrement. Je vendrois ma chemise plustost que de luy en donner un sujet semblable. La parole el la signature ne sont pas des choses frivolles. Il a droit de vous dire : aut solve, aul linque. Je ne sçay Hâter personne, moins mes amis dans ces matières d'honneur et de conscience. Songes sérieusement à celle-cy. Je ne connois point ce Levantin là , je ne connois que la justice.
J'ay parlé à M' Doujat pour ce que vous m'avés mandé. Il ne vous cj-oit pas de ses amis et se plaint qu'en toute rencontre vous vous rangés du costé de ses ennemis', que sur le choix du scindicat vous luy en donnastes l'exclusion par vostre voix. Cela estant, je ne sçay comment vous en espérés courtoisie. Quand il ne vous auroitpas aussi bien traitté dans ces distributions d'augmentations de gf\ges, la prudence vouloitque, cet interest estant petit, vous le dissimulassiés el ne vous le rendissiés pas moins encore favorable par vos plaintes. Souvenés vous de aniiHum rege qui est un précepte
encore plus pour les malheureux que pour les autres. Je n'ay pas laissé d'obtenir de luy que, cette année, vostre part des augmentations sera égale à celle des autres qui vont à 5o livres, mais je sei'ois bien aise de n'estre plus chargé de ces sortes de prières inciviles.
Vous m'avés contenté sur l'article de Plolomée et d'Abulfeda. W Thevenot vous attend avec impatience. Je ne désespère point tousjours de réussir dans mon autre sollicitation pour vous , mais sans vous en respondre. Profites de la sévérité de mes avis et me croyés tousjours tout à vous.
De Paris, ce \i février 1667.
À M«« COLBERT
MINISTRE D'ESTAT, À SAIKT-GKIIMAI.N-EN-LAYE".
Monsieur, j'ai veu MM" Bilain' et Du Hamel, et les ayant entretenus siu- leurs ou vrages suyvant vos sages intentions, il ne se peut rien adjouster à la soumission qu'ils ont pour vos sentimens et mesiue pour ceux des personnes qui agissent en cela sous vos ordres. M' Perrault vous en informera plus particulièrement, et des expediens et biais qui ont esté imaginés pour ne rien perdre de ce qu'il y avoit de bon dans leur travail, et pour n'y rien laisser de ce qui pourroil y estre ou inutile ou de mauvaise conséquence, alin que vous en jugiés souverainement.
Outre l'impression en grand el en petit que je me suis donné l'honnem-de vous proposer connue nécessaire, j'ay pensé qu'une
' Doujat et Valtier étaient professeurs au Collège royal de France.
- Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V,p. 6<9).
^ Ant"" Bilain, avocat au Parlement de Paris,
mort en 1G72. Son Truilé des droits de la Reine sur divei-s États de la monarchie d'Espagne parut en 1GG7 (Paris, Impri m'" royale, in-4° elin-12). Voir, au sujet de ce traité, la Bibliothèque historique de la France (t. II, p. 878, art. 288/17).
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traduction, au moins de l'abrégé ou du dialogue, en la langue du pais, serviroit bien autant que toute autre chose pour le peuple, qui n'entend ni le François ni le latin , et j'ay cru qu'à toutes fins il estoit bon de vous en toucher un mot.
Cependant, Monseigneur, vous aurez avec celuy-cy une lettre de M' Gonringius , par laquelle il s'engage de nouveau à exécuter ce qu'il s'est offert de faire et de dégager la parole que je vous en avois donnée de sa part, n'attendant plus que les mémoires et pièces que je luy ay fait espérer, pour s'y appliquer. C'est ainsy qu'il m'en parle dans la despesche, et en termes tout pleins de chaleur, m'y disant de plus qu'il n'en prétend pas faire un traité estendu, mais d'y serrer tellement les matières que l'escrit soit de plus grand poids par la force des raisons que par la grosseur du volume, spectato potius argumentorum robore quam scripti magnitudine.
Tout ce que j'ay à luy envover est presl , et il n'y manque plus que l'acte de ratification de la feiie reyne mère, que M' Carcavi espère de recouvrer bientost de M' l'abbé de Bourzeis. (^omrae le paquet sera fort gros et que les chemins d'ici à Helmstad sont dangereux pour une affaire de cette importance, et que d'ailleurs il importe de tout à ce vertueux personnage qu'on ne sçache jamais qu'il s'en soit chargé , l'envoy en sera difficile et ne se pourra guère bien faire que par une voye d'ami , à quoy je veilleray attentivement pour ne rien bazarder et n'y perdre pas une minute.
Son zèle pour le service du Roy me paroit très ardent en toutes ses lettres. Voicy les paroles de sa dernière sur ce sujet là :
In ailla nostra (c'est-à-dire de Brunswick et Lunebourg) mxdta quidein haclenus mutavere; manet lainen hactenus integer cultus christianissiini Régis, ulque porro consenetuiallaboraho pro v{rili\
Je croy, Monseigneur, que vous sçavés qu'il est du conseil privé de ces princes. M"^ Carcavi avoil souhaité que je sçeusse de luy si la bibliotèque fameuse et nombreuse de V^olfembutel ne se vendroit point, désormais que le prince Auguste n'estoit plus. Il m'y répond en ces termes : Bibliotheca Avgusta unicus est hujus terrœ thésaurus, eoque nullo œre vendibiHs , ce qui en exclut toute espérance.
Je croy n'avoir rien mis icy de superflu et dont je ne vous deusse donner part. Je ne laisse pourtant pas de vous demander pardon de ma longueur, et finis par ma protestation ordinaire de vivre et mourir avec respect et passion, Monseigneiu*. vostre. etc.
De Paris , ce xi février 1667 '.
CCXCVIIl.
À .M«« COLBERT
HIJIISTRE D-ESTIT, À SAIM-GERllil\-B>-LAÏE'.
Monseigneur, vous aurés receu. il y a douze jours, une lettre de M' Conringius. accompagnée d'une autre de moy, dans laquelle je vous rendois un conte succinct de l'entretien que j'avois eu avec MM. Bilain et Duhamel, me rapportant du reste aux relations particulières de M' Perrault, pour ne vous pas fatiguer par des redites superfliies. Je vous y proposois encore ime pensée qui m'estoit veuiie, qu'une traduc-
' M. Clément a remplacé par pro virihus ie pro vifili du texte.
- Le i5 février, Chapelain félicite (P 370 v°) cM^'de Lyonne, au sujet de la surmance de la
charge de secrétaire des commandemens du lloi en faveur de son 61s, le marquis de Berni.71
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V,p. 6flo).
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tion flamande de l'ouvrage auroit esté très à propos , si l'on pouvoit trouver quelqu'un assés capable et asse's fidèle pour cela. Depuis, j'ay creu , Monseigneui-, que vous aviés songé à en faire une espagnole, et j'ay donné encore plus dans vostre sens, estant plus aysé de rencontrer des escrivains espagnols que des flamands, et la langue castillane pouvant suppléer à la flamande aux Pais-Bas, pour ce qu'il n'y a personne tant soit peu raisonnable dans les villes qui ne l'entende comme la naturelle. M"^ Perrault vous en aura escrit et recevra vos ordres sur cela.
Pour la lettre de M' Gonringius , selon ce qu'il m'en disoit, elle vous conlirinoit la résolution qu'il avoit prise de s'appliquer au travail proposé, s'il appreuoit que vous fussiés dans le dessein de vous y servir de luy, et si l'on l'aydoit des lumières et mémoires nécessaires. Comme néanmoins je luy avois escrit il y a quatre mois , par vostre coramanderaent, d'estudier la matière de la renonciation et de commencer tousjours à mettre sur le papier ce qui luy viendroit en l'esprit, en attendant que je luy fisse porter ce que je pourrois de titres et instructions, il a suyvi mon conseil et a commencé le traitlé promis, duquel il m'a envoyé les premiers cahiers pour essay, et afin qu'après que vous i'aurés leu, vous luy faciès l'honneur de luy ordonner qu'il le continue, si vous en estes satisfait.
Mais, Monseigneur, pour ce que ces cahiers sont d'une escriture difficile à démesler, et qu'il me la faudra dicter pour vous en faire voir une copie lisible, ce qui ne peut se faire en peu de temps, j'ay creu, afin de ne luy en point laisser perdre , le devoir, sous vostre
bon plaisir, exhorter à poursuyvre le travail et à l'assurer que vous l'approuverés , sauf à s'en servir ou non après qu'Usera fait, selon que vous le jugerés utile ou inutile à vostre fin.
Je l'ay assuré encore du secret qu'il me recommande si fort et luy ay donné parole que son vray nom ne sera jamais sceu que de vous et de moy.
Je luy ay mandé tout cela par la mesme voye couverte par laquelle je luy ay fait tenir les pièces que M' Carcavi m'a mises entre les mains , et d'autant qu'il me demandoit aussy les escritures des parties averses , je luy ay indiqué Bruxelles et Anvers, d'où il les pourroil aysement tirer. Je vois par là que, outre la matière de la renonciation, dans laquelle vous m'aviés ordonné de luy faire renfermer son travail, il juge devoir examiner celle de la dévolution , ce qui me sembleroit aussy bien qu'à luy nécessaire, à cause du nouveau traitté qu'en a publié Slokmans', et dont les partisans d'Espagne font de grandes fanfai-es comme appuyé sur d'invincibles fondemens. Mais ce n'est qu'une imagination de mon zèle qui peut estre mal éclairé, et qui se réglera toujours sur vos lumières.
C'est, Monseigneur, vostre, etc.
D»; Paris, ce xxix février 1G67.
À M. L'ABBÉ MABUCELLI,
À FLOUE.NCE.
Monsieur, en respondant à vostre despesche de l'n' février, je ne m'estendray point en paroles pour vous tesmoigner avec quelle tendresse j'en ay receu les expressions
' M. Clément nous fait ainsi connaître ce personnage (note 2 (le la page 62 1 ) : «Pierre Stockmans, jurisconsulte flamand, conseiller l'e la Cour souveraine et garde des archives du Brabant.
Mort à Bruxelles le 7 mai 1 67 1 , à l'âge de soixantetrois ans. Il venait de compléter un ouvrage intitulé : Tmclatus de jure dévolution is in Rrabantia, adversum Mariam Theresiatn, Franciœ reginam.
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sur l'article de vostre amitié, puisque ce n'est pas d aujourd'huy que vous connoisse's combien j'ay le cœur sensible aux moindres faveius. et que vous sçavés qu'il ne m'en vient jamais de vous que je ne regarde comme fort grandes.
Jepasseray à M' Vivianiet Dati, vos créatures, et ne vous apprendray rien de nouveau quand je vous diray que je les ay encore servis cette fois cy pour la gratification royale, dont je vous donnois espérance |)ar ma dernière ', le paquet où elle estoit enfermée leur devant avoir esté rendu, il y a quelques jours, sous l'enveloppe de
S. A. S. de Toscane
som que j en ay
pris. Mais, Monsieur, avec tous mes soins je crains bien de ne les avoir pas servis heureusement, si ce n'est qu'ils ayant prontement retiré du banquier les sommes qui leur estoient assignées par les lettres de change. Car huit jours [après] le partemeut du courier qui en estoit chargé, le fameux banquier Simonnet qui les a voit expédiés, après en avoir receu icy l'argent contant, a fait une banqueroute de plus de deux millions qui a mis dans le dernier désordre noslre place et qui a ruiné une infinité de gens. J'appréhende donc extrêmement que si ces M" en ont négligé le recouvrement en temps et lieu, le correspondant de delà qui les devoit aquiter n'ait sçeu la faillite et n'en refuse le payement. Ce seroit un malheur extraordinaire et de longue discution à réparer. Je veux croii-e
pourtant que cela aura eu son effet , e( . au pis aller, j'auray l'œil aux moyens d"\ apporter remède. En attendant, je ne leui conseille pas de se relascher dans les engagemens pris par eux avec cette cour, parce que s'ils ne s'aident , je ne seray pas en estât de les aider.
Au reste , quand je vous ay parlé du désir que j'aurois eu d'estre utile à vos autres sçavans amis, j'avois principalement la veùe sur M' Chimeulelli' dont j'avois veu fraischement un bel ouvrage par la liberahté de M^' le prince Léopolde de Toscane. Pour M' le prieur Rucellai, je l'avois considéré sur un autre pied, ayant compris par les relations que j'en avois eues qu'il estoit plustost homme d'estat quhomme de lettres, et que ses interesls dévoient estre plustost promeus par le ministre que par un petit agent des Muses comme moy. Dans ce que vous m'en escrivés je reconnois cette nouvelle perfection en luy et adjouste ce nouveau motif à ceux que j'avois desja d'honnorer son grand mérite. 11 porte un nom illustre, sa maison tient un rang fort haut entre les principales de Florence. J'ay veu en cette cour, pendant la régence de la reyne Marie de Médicis, un abbé de celte race d'un éclat égal à celuy des premiers du royaume et je luy ay veu disputer de la faveur avec le duc d'Espernon et le cardinal de Richelieu \ La slaliie équestre ou du moins le cheval de la place Royale est un présent qu'il fil à Sa Majesté lorsqu'il estoit icy *. Et si la longue suite des années
' En 1667, Carlo Dati, (rpreniier professeur es liunianilés à Florence, n est inscrit sur la liste des gratifies pouri, 9 00 livres, et Vivian!, rjrrand matliématicien," pour 1,900 livres aussi.
- \oir sur Valère Ciiimentelli la lettre CLXIX du présent volume.
^ Voir sur l'abbé Ruccelaï tous les mémoires dn (emps, et notamment ceux de Bassompicrre, qui assista, nousdit-ii,àsa mori (99 octobre 1629).
'' Celle révélation complète et rectifie le récit de M. Anatole de Monlaiglon [Notice sur l'ancienne statue équestre de Louis XIII, pages 3o et 3i). M. de Monlaiglon suppose (page .3o) que l'abbé Ruccellaï «doit être pour quoique choses dans la venue à Paris du cheval, el (page 3i) que (fce furent ses héritiers 1 qui l'ofiVirent ou le vendirent soil ou roi, soit à Richelieu.
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n'avoit point alToibli les idées de tout cela qui ne sont guères présentes qu'à mon esprit , il y pourroit avoir lieu de faire valoir sa personne par sa vertu et par celle de ses ancestres.
Ce que je puis en Testât où sont les choses, c'est de ne point perdre d'occasion favorable de dire le bien que je connois en luy, et si jamais il met au jour ses traités philosophiques si bien escrits, je fassigneray aux puissances comme un de vos plus exceliens escrivains. A mon esgard, je n'atlendray pas la publication de cet ouvrage pour faire cas de ses bonnes qualités et pour souhaiter d'avoii" part à sa bienveillance. Vous m'en avés fait une peinture si avantageuse et vostre tesraoignage est d'un si grand poids auprès de moy, que dès maintenant je le voy comme le verra le public lorsqu'il s'y sera desployé tout entier, et vous le pouvés assurer de tout ce qui dépendra jamais de ma petite puissance. Elle est petite cette puissance, dans une cour où la faveur n'a point de lieu, mesrae à l'esgard de ceux qui sont beaucoup au dessus de moy. Il n'en est pas de mesme de la volonté qui est sans bornes et qui me fait embrasser toutes sortes de vertus , pour profiter des momens à leur avantage.
Tout ce que vous me mandés de M^' le prince Léopolde est charmant et me cause une joye indicible qui me transporte et me rend heureux. S. A. S. est trop humaine de considérer ma foiblesse autant qu'elle fait, et de la relever par de si glorieuses marques de son approbation. Il faudra essayer, en la vénérant, de ne s'en monstrer pas tout à fait indigne. Je recevray avec le respect que
je dois le regale qu'Elle me destine, à vostre prière , de ces curieux termomètres.
Si M' Segni est de retour de Vienne, saches de luy, je vous conjure, s'il ne me dit pas, estant icy, que le commentaire du cavalier Salviati' sur la poétique d'Aristote estoit retrouvé, et, si cela est, exhortés M" nos confrères de l'Académie de le donner au monde qui le désire il y a si long temps*. Ce seroit joindre une grande lumière à l'éclat de cette fameuse compagnie et un moyen (le faire revivre celte haute réputation qui semble s'estouffer par le peu qu'elle s'applique h publier de grandes choses de son creu. J'estens mon zèle jusqu'à Elle, ayant eu l'honneur d'estre aggrégé à son corps avec d'autant plus d'obligation de ma part, (jue cette grâce fut plus surprenante et moins recherchée.
Quand le Villani viendra, il trouvera sa place preste sur la plus honnorable des tablettes de mon cabinet. Mais cela n'est point pressé, ef. pour plus d'assurance je vous prie de ne luy point faire faire ce voyage que par voye d'ami. J'ay impatience d'apprendre le succès des lettres de change, mais bien plus de sçavoir que vous continués à m'aimer et à me croire , Monsieur, vostre , etc. De Paris, ce x mars 1667.
CGC.
À ap« COLBERT,