MINISTRE D'ESIAT, A SAINT-GERMAIN-EN-LAYE
Monseigneur, je ne vous fais plus d'excuse des lettres que je me donne l'honneur assés souvent de vous escrire, après celuy que
' Le savant philologue Léonard Salviati naquit à Florence eu i5io et mourut dans la même ville en 1589.
^ Sur ce travail de Léonard Salviati, qui est resté manuscrit, et dont une partie paraît
CHAPELAIN. — n.
s'être égarée, voir les renseignements fournis par la Biographie universelle (tome XXXVII, page 576).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous m'avés fait de m'assurer que vous ne vous en tenie's pas itiiportane' , outre que je ne prens cette liberté' que pour des sujets ou utiles ou nécessaires, ou qui peuvent regarder le service du Roy et vostre satisfaction.
Celuy dont je vous parleray aujourd'huy vous paroistra, comme je l'espère, de cette nature. Ayant trouvé un des plus célèbres advocats de ma connoissance persuadé que sa Majesté estoit en droit incontestablement de régler l'âge de la profession des religieux', et le voyant disposé à en expliquer les motifs sur le papier, je l'y exhortay de toute ma force , dans la veiie que cela pourroit servir à jusliffier le dessein que le Roy a eu de faire une chose si importante et si profitable, en cas que Sa Majesté persévère dans cette pensée.
L'ouvrage s'est fait ensuite, et en ayant eu communication, il m'a semblé tout à fait solide, concluant et bien exécuté, soit pour la doctrine , soit pour l'ordre , soit pour le stile. Sur quoy son auteur avoit résolu de le mettre sous la presse, si je ne l'eusse retenu jusques à ce que vous en eussiés esté averti et que vous eussiés passé les yeux dessus. Car cette matière ayant fait du bruit, et n'estant pas à propos de laisser eschapper là-dessus rien que par des ordres supérieurs , qui doivent régler le zèle des particuliers,
suivant Testât des affaires, pour ne pas seulement faire le bien, mais pour ne le faire qu'en temps ellieu,j"aycreu, Monseigneur, de mon devoir de vous donner advis de tout cecy, afin que, si vousavés curiosité de voir ce travail, je le tirasse de celuy qui l'a composé , pour vous l'envoyer, et que si vous ne jugiés pas que présentement il fallust remuer cette corde, il demeurast supprimé jusqu'à ce que vous en comraandassiés la publication.
La lettre qui accompagne ce billet est le remerciment de M' Vossius pour la nouvelle gratification que vostre bonté luy a procurée et qu'il a ressentie comme il devoit. Les autres, des plus éloignés, viendront ensuite, selon la distance des lieux. Ils me les addresseronl pour vous les faire tenir, et je profite de leur civilité pour les maintenir, en répondant à leui's depesches . dans vostre dépendance.
Le commencement du Traité de M. Conringius sur la renonciation sera bientosl copié, et aussitost que ce sera fait, je le mettray entre les mains de M' Perrault pour le remetti'e dans les vostres.
Je prie Dieu qu'il vous conserve pour le bonheur de l'Estat, et suis. Monseigneur, vostre , etc.
De Paris, ce xxiii mars 16O7 '.
' Voir dans le recueil de M. Clément (l. VI, p. la) les notes rédigées par Coibeit, en septembre 1665, pour M. Jean de GomonI, le célèbre avocat.
- Je néglige, comme Va négligé M. Clément , un billet adressé par Chapelain à Colbert, le a G mars (P 276), et qui n'est qu'une répétition abrégée de la présente lettre. Le 3o mars, Chapelain remercie M. Falconieri (p. 976 v°) du «curieux travail?! qu'il lui a envoyé par le P. Cossart «sur le médaillon de l'empereur Philippe», où, lui dit-il, 5 vous avés si heureusement exercé vostre sagacité judicieuse et vostre profonde éru-
dition, en l'illuslranl. Vous avés, en cela. Monsieur, bien justifié le choix que M' Spanheim a fait de vous pour authoriser son bel ouvrage médailique de vostre nom anlanl que pour vous honnorer par celle magnifique offrande. Mais après avoir descouvert aux nations ce que vous valés dans les belles-lettres, vous estes entré dans un engagement de n'en pas demeurer là ... r? La veille, il avait adresse des comphmenls de condoléance à Moisanl de Brieux (p. 278) : ^Monsieur, je n'appris que fort lard la funeste aventure que vous pleurerés toute vostre vie avec beaucoup de sujet. . . n II lui demande ensuite des nou-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ceci.
À M. STENO
MÉDECIN \NATOUISTE DANOIS .