À PISE
Monsieur, ce que M' Thevenot vous a escrit de ma passion pour vos avantages est très véritable et plust à Dieu qu'ils dépendissent de ma volonté et de mon pouvoir! Rien ne me pourroit estre plus agréable que de vous estre utile, et je n'eusse pas désespéré d'y réussir si vous eussiés esté en cette cour lorsqu'on a pris la résolution de former une assemblée de vrays physiciens et d'excellens analomistes. Quoy que j'aye pu faire et dire , on a préféré les présens aux absens, et M' Pequet mesme', quoy qu'il eusl un péché originel qui sembloit l'eu devoir exclurre-, y a esté admis à vostre défaut". Mais nous y perdons plus que vous , quelque gloire qui vous en eust pu revenir, car va-
velles du manuscrit des Méditations pieuses et morales que ^loisanl de Brieu\ voulait dédier à la marquise de Montauzier et où il avait placé {Avis au lecteur) un éloge de Cliapelain, et des autres ouvrages que son correspondant était prêt à donner au public.
' Jean Pecquet, néà Dieppe en 1G22, mourut à Paris en février 1676.
- Pecquet avait été le médecin et l'ami du surintendant Foucquet. On sait combien de fois il est question du grand anatomiste dans les Lettres de M"" de Sévigné, dont il fut aussi le médecin et l'ami.
' Pecquet fut nommé membre de l'Académie des sciences en 1666, lors de la fondation de celle compagnie.
* Melchisedech Thévenol. Voir plus baul la lettre à Stenon du i5 mars 1666.
^ Le 6 du mois suivant, Chapelain, dans une lettre à Conringius (p. 27g v°), déplore ainsi le décès de Reinesius : «Je sceusla mort du pauvre M"^ Reinesius 8 jours après qu'elle fut arrivée sans que j'ave encore pu sçavoir s'il avoil receu la gratification du Roy que je luy avois envoyée.
lant en cette sorte d'estude plus qu'aucun de nos plus adroits, c'est à nous seuls à nous plaindre de ce que nous sommes privés de vos lumières. J'ay esté bien aise, Monsieur, de vous avertir de Testât des choses, afin que si vous avés occasion d'employer vos talens incomparables au lieu où vous estes , vous ne la laissiés pas eschapper, sauf à prendre un nouveau conseil, si la fortune m'en ofTroit une à l'avenir qui mérilast de vous tenter, et oii vous pussiés mieux trouver vostre conte, dont je ne manquerois pas de vous donner avis afin que vous y fissiés les considérations nécessaires.
Le vertueux ami avec qui vous entretenés une correspondance réglée m'apprendra de temps en temps de vos nouvelles'', sachant bien la part que je prens en vous et combien je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxxi mars 1067^
C'est une insigne perte qu'ont fait les bonnes letlies, quoyque son grand âge y eust du avoir préparé les lettrés, peu d'eux ayant dans la caducité d'une vieillesse si avancée conservé tant de mémoire et de jugement qu'il a fait. Je regrette surtout son grand ouvrage des Inscriptions antiques qui, ne s'eslant pu mettre au jour do son vivant, court lisque d'y pouvoir encore moins estre après sa mort. Cela est digne des soins de ses habiles amis qui s'en peuvent faire honneur en luy en faisant. n Le 7 avril, Chapelain écrit à Heinsius (p. 281 v°) : rJe suis surpris de l'honneur que M' Grœvius me veut faire en me couplant avec vous pour nous mettre ensemble à la teste de ses observations sur Hésiode, ni ayant {sic pour n'ayant) jamais rien mérité de luy, et n'y ayant rien en ma personne qui le puisse obliger à me considérer que comme un homme ordinaire. L'obhgalion en sera d'autant plus grande qu'il se sera porté de luy mesme à celte civilité et que je l'auray moins attirée et moins attendue, w II lui dit qu'il a envoyé deux exemplaires des poésies de son correspondant au grand-duc de Toscane et au prince Léopokl, son oncle. Enfin , il lui donne, 6l>.
A M«' L'ÉVESQUE DE VE>CE
À VENCE
Mal vit qui ne s'aniande, Monseigneur, mais vous vous amandes d'une si agréable manière aujourd'huy que je ne sçay s'il ne vaut point mieux que vous ayés oublié ceux qui vous ont tousjours présent à la mémoire, puisque vous vous resveiliés si tendrement pour eux et que vostre manquement leur a attiré des paroles si douces et si obligeantes. Vous avés raison de vous fier en ma constance sur l'article de la cordiale amitié que j'ay pour vostre singulière vertu et pour vostre mérite extraordinaire. Il y a quarante ans qu'elle dure et je ne désirerois une vieillesse neslorienne que pour la faire durer encore autant, puisqu'elle vous est tousjours aussi chère qu'elle m'est honnorable.
Je suis ravi du profit que retirent vos ouailles de la sainte pasture que vous leur donnés, mais je le serois bien plus si ces ouailles estoient aux portes de Paris et que je pusse estre de leur nombre. Dieu ne me juge pas digne de cette consolation, et il s'en faut tenir à son jugement et prendre cette mortification en patience.
La Pucelle est bien heureuse d'avoir un galant aussi saint et aussi peu scandaleux que vous, et peu s'en faut qu'elle n'en fasse la vaine. Je l'en retiens en luy représentant que les saints mesmes ne parlent pas tousjours tout de bon , et que ce qui est courtoi-
sie n'est pas tousjours vérité. Elle vous l'end toutesfois grâces très humbles de cette courtoisie qui luy tourne à si grande gloire et meurt d'envie d'estre achevée de peindre pour vous aller faire une AÏsite et pour essayer de vous faire dire vray dans vos propres civilités par le bon air qu'elle aura pris dans la compagnie et communication de vos célestes filles, de ces muses chrestiennes dont vous estes le père glorieux. J'en suis au dernier coup de pinceau et peut estre qu'à un an d'icy je n'auray plus qu'à la retoucher et à l'abandonner après sur sa foy dans le monde. Portés vous bien et m'aymés tousjours comme vous faites , persuadé que je le renvieray tousjours sur ce chapitre là.
De Paris, ce xiiii avril 1667.
À M»" COLBERT
MINISTRE D'ESTiT,
À saint-germain-en-laïe'.
Monseigneur, ce livre, accompagné d" une lettre de M' Heinsius, est un présent qu'il m'a prié de vous faire et qui n'est pas indigne de vostre bibliotèque, puisque c'est ce qui a fait sa réputation dans le monde et qu'il regarde comme ce qu'il a de plus cher". II ne luy manque pour sa dernière gloire sinon que les aflaircs publiques vous pussent permettre de passer la veiie dessus, l'approbation qu'il en obtiendroit sans doute de-
au sujet des gratifications, l'avis qu'il a déjà donné à d'autres savants ou lettrés : «Je vous diray que Sa Majesté en les faisnnt une fois ne s'est aucunement engagé à les faire une seconde, et quoique voicy desja quatre ans de suite qu'EIie les continue, cela ne conclut point du tout qu'elle les fera la cinquiesme, voulant estre libre de répandre ses grâces à qui et quand cUo
le jugera à propos sans qu'on ait sujet de se plaindre s'il se trouvoil qu'elles n'eussent plus de suite.;'
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 62a et 693),
- C'était le recueil de ses poésies {Nicolai Hcinsii Dan. Fil. poematum nova editio, prioribus longe aucùor, Amsterdam, D. Elzevier, 1666, in-S").
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vant estre le comble de celle qu'il a desjà eue de tous les connoissans.
J'ay ajouté, Monseigneur, à ce volume, les reinercimens de MM" Boeclerus, Conringius et Vossius pour les grâces nouvelles qu'ils ont receiies du Roy par vos généreux offices , en attendant les autres de ceux qui sont plus éloignés et qui n'ont pu venir encore. La faillite de M"^ Simonnet^ a rendu inutiles jusqu'icy celles que vous aviés ordonnées pour MM" Dati et Viviani , et que M' de la Planche, croyanl bien faire, luy avoit consignées comme au plus assuré banquier, afm qu'il les leur fist tenir.
M' Perrault vous aura rendu conte de la revision exacte du commencement du travail de M' Conringius que vous nous aviés ordonnée et que nous avons faite. Depuis cela, cet excellent homme m'a envoyé de la suite autant que nous en avons veu , et qu'après avoir deschiffré sa mauvaise escrilure, je feray copier plus lisiblement pour vous le faire voir. Il doit avoir receu maintenant ou il recevra bientost Tordi-e que vous m'avés
commandé de luy donner de continuer l'ouvrage et d'essayer, quand il sera achevé , de le faire imprimer en Allemagne , à quoy vous contribueriés pour les frais. Mais, Monseigneur, comme il n'appréhende rien tant que d'en paroistre autheur, à cause du mal inévitable qui lui en arriveroit par la violence des intéressés, et qu'il ne me fait instance de rien tant que de luy faire garder le secret, je ne m'oserois promettre qu'il s'accommode à vostre désir sur cet article , quelque passion qu'il ait de vous plaire et de servir Sa Majesté.
Je laisse à vostre prudence de considérer si cela ne se pourroit point exécuter par l'ambassadeur que le Roy a en Suisse, envoyant négocier à Bâle avec les imprimeurs, lesquels, estant bien payés, pourroient se charger de la publication et du débit par tout l'Empire.
Je prie Dieu qu'il vous conserve, et demeure avec respect. Monseigneur, vostre, etc. De Paris, ce xv avrii 1667^.
' Coibert se plaignait du mauvais vouloir des banquiers Simonnet dans une lettre au comte d'Estrades, du 3 octobre 1G62, qui a été publiée pour la première fois par M. Depping (Correspondance administrative sotis Louis XIV,
- Le 20 avril, Chapelain écrit (p. 28/i v°) à Moisant de Brieux : «Mes amis de deçà me conseillent de quiter tout travail pour n'estre pas ennemi de moy mesme, et pour n'avancer pas volontairement mes jours. Mais je tiens la vie sans travail une mort véritable, et si d'ailleurs j'avance la mienne en agissant, je n'y perdray guères, ma vie estant plus que sur le retour et ayant esté poussée jusques à la 72""" année, ce qui me fait appréhender de ne vivre pas assés pour achever mon entreprise, et cpii m'attache de telle sorte à n'y perdre pas un moment que j'en abandonne mesme mes affaires domestiques pour ne vaquer plus qu'à celle là.n Chapelain refuse, par ces motifs, de revoir l'ou-
vrage de son correspondant. Il lui donne cette commission pour un. érudit normand dont il a été déjà plusieurs fois question ici: <f Dites aussi, je vous prie, à AF de Grentemesnil qu'on m'a mandé d'Allemagne que son grand travail sur les autheurs grecs estoit sous la presse, et ne tarderoit plus guère à paroistre , dont je félicite ce gentilhomme vertueux ... 55 Le 2 1 avril , Chapelain entretient ainsi l'abbé Marucelli (p. 285 v°) de l'intention qu'avait Louis XIV d'imiter saint Louis qui était accessible à tous : «Tout ce que je vous puis dire de plus, touchant M" Dali en particulier, c'est qu'il aura une matière très illustre et qui ne contribuera pas peu à la magnificence de son panégyrique, dans la résolution que le Roy a prise de donner des audiences une fois la semaine à tous ses sujets, de quelque condition qu'ils soient pour les entendre de leur propre bouche, leur faire raison sur le champ si leur affaire n'est point embrouillée, ou, si elle est de longue discution, après les avoir oiiïs, rece-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. SPAMIEIM ,
CONSEILLES D'ESTAT DE H'' t'ÉLECTErfi PALiTlH DU EHl.'ï . À HEIDELDERG.
Monsieur, rien ne me pouvoit estre plus agréable quiin souvenir tendi-e et volontaire dun homme de vostre mérite et de vostre vertu , et si j'en avois souvent de semblables, ce seroit le plus grand adoucissement aux maux que lâge m'a apportés et dont la philosophie a bien de la peine à se défendre contre la nature. Je vous en dis ce mot seulement pour satisfaire à l'obligeante curiosité que vous me tesmoignés avoir d'apprendre Testât où je me trouve, et non pas afin que vous m'en plaigniés , m'estant grâces à Dieu mis il y a longtemps au dessus des sentimens de la douleur corporelle et conservé l'esprit tranqidlle à la stoïcienne en tous les troubles qui m'attaquent et que je nay point attirés par mon défaut. Outre que ces maux là ont cela de bon qu'ils ne m'occupent tout entier et ne m'oslent le commerce avec les livres , surtout avec les vostres qui me sont d'une particulière consolation par toutes les e.xcellentes qualités dont ils éclatent, et que vous connoissës beaucoup mieux que je ne les pourrois exprimer.
C'est pourquoy, Monsieur, désormais que vostre Estât n'a plus besoin de vostre ministère et que tout est chés vous entre les bras de la paix, achevés ces beaux ouvrages que vous avés si heureusement commencés et
avancés. Mettes le comble à vos médailles et joignes le titre de chef d'oeuvre à ce magnifique travail qui, pour le mériter, n'a presque plus rien à faire, sans préjudice néantmoins de ces auti-es compositions que vous me faites entrevoir et qui ne sçauroient estre que très bonnes puisqu'elles vous ont [)our père et que vous les éleverés dans la perfection. Mais avés-vous abandonné le poète latin de Son A. Electorale et seroit-il bien tombé de faveur'? Je n'ay garde de le croire, et je me veux persuader qu'il est du nombre de ceux que vous me promettes sans les nommer.
Je loiie Dieu de l'heur dont il a accompagné vostre négoliation et de la grande part que vous y avés eiie pour le bon succès. M" Courtin s'en est fait giand honneur, comme il fera lousjours en toutes choses qui luy seront commises, tant il a daddresse. de solidité et de bonne intention, sans inlerest que de celuy de la justice. Il s'appresle à partii' pour ime paix qu'il a aulresfois ébauchée et à quoy apparemment il donnera ce coup cy l'accomplissement.
L'impression du reste des Supplemens de Freinshemius , l'un des plus vertueux courtisans de S. A. E. , mériteroit d'eslre sousteniie et avoiiée d'elle, "et si elle ne s'en mcsie par sa largesse ou son authorité. ce très élégant flambeau de l'histoire romaine court fortune de périr entre les tignes {sic)' et les rats.
J'apprendray volontiers ce qui se publiera en vos quartiers touchant les lettres et vous
voir leurs requesles et en commettre la proate expédition à des officiers qui sont présens à ia fonction, divers selon la diverse nature des choses, le tout pour osier aux juges le moyen de favoriser les injustes contre les gens de bien , l'oreille du prince estant tousjours ouverte à tous complaignans sans exception à la grande consolation des opprimés et des foibies.
Je vous prie de luy communiquer cet article pour le joindre aux mémoires pour son éloge qu'il y a plus d'un an que je luy ay envoyés, v
' Lucain, comme nous l'avons déjà vu.
- Cliapeiain, en écrivant tigiics pour teignes, se souvenait-il plus de l'italien {lijna) que du \ieux français (laigiie) ?
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
obligerés celuy qui est très sincèrement. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce \x\i avril 1667.
Vostre lettre a traisné cinq semaines chés M' Colbert avant que je sçeusse que vous l'eussiés escritte et ça esté une merveille qu'elle soit sans guide veniie jusques à moy.
A M" COLBERT
MIMSIBB D'SSTAI,
À saint-germait«-en-late'.
Monseigneur, en attendant la copie que je fay faire du traitté de la renonciation commencé par M' C[onringius], vous trouvères dans ce paquet le remerciment que vous fait M' Ollavio Ferrari, premier professeur de Padoûe en histoire et en éloquence, de la nouvelle gi*âce que vous luy avés procurée. Dans la lettre qu'il m'a escritte , il me donne avis qu'il a chargé un marchand de Venise d'une caisse dans laquelle il a fait emballer les lampes sépulchralles antiques, les anneaux antiques, une figure d'enfant anticjue, et un bon nombre de médailles antiques, le tout de cuivre, mais choisi soigneusement entre toutes les curiosités sçavantes de son cabinet, qu'il destine au vostre , après la permission que je vous en demanday à sa prière , il y a quatre ou cinq mois , et que vous eustes la bonté de m'accorder. Selon qu'il m'en parle, cette caisse pourra estre icy dans un mois sans accident.
Je ne vous envoyeray point, Monseigneur, d'action de grâces du pauvre M' Reinesius pom' celle dont vous l'aviés fait honnorer nouvellement par Sa Majesté; car, encore que la lettre de change luy eust été rendiie,
ce fut néanmoins dans une si grande extrémité de maladie qu'il luy fut impossible d'en signer la quitance pour recevoir la somme, et tout ce qu'il put faire fut de charger ses héritiers de remercier en son nom Sa Majesté du grand honneur que sa libéralité luy avoit fait dans son pais et auprès de ses princes, et qui avoit servi de couronnement à ses longs jours. Je ne sçay s'ils prirent acte de ces paroles, mais ce que je sçay est que le banquier qui la devoit aquitter ne crut pas que la quitance qu'ils luy offroient de cette partie fust une assés bonne descharge pour luy, s'ils ne luy apportoient une confirmation de vostre part que cette partie seroit valablement payée sur leur aquit.
Cet excellent homme mourut le jour raesme, et l'affaire en est demeurée là , dans l'attente de ce que vous déterminerés sur cet article. Les choses s'estant passées de la sorte, il semble que ces héritiers soient en droit de succéder à un bien qui luy estoit venu pendant qu'il vivoit encore, et que le protest qu'ils en ont fait au banquier soit fondé en justice, de sorte que leur remettant celte somme seroit comme si on la luy eust remise à luy-mesme.
D'ailleurs, la libéralité du Roy en seroit d'autant plus éclatante qu'elle s'estendroit jusqu'à ses proches et feroit voir que Sa Majesté est trop magnanime pour retirer ses bienfaits, sans aucune couleur. De ce généreux procédé il en arriveroit ce bien que ces héritiers, entre les mains desquels est maintenant son grand ouvrage des Inscriptions anciennes, qui avoit occupé ce vieillard cinq années sans relasche, seroit envoyé par eux au Roy {sicy, à qui le défunt l'avoit consacré, ou pour luy faire voir le jour sous ses auspices , ou pour en faire une
' huprimée dans le recueil de M. P. Clément (t. V, p. GfîS), moins le premier paragraphe.
* Il faut rétablir ainsi la phrase : l'enverroient au Roy. Chapelain a oublié que le sujet est non le mot ouvrage, mais le mot héritiers.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
des principales richesses de sa bibliotèque; au lieu que s'ils se voyoient privés de ce bien , quils regardent comme une partie de leur succession, ils retiendroient assurément ce pre'cieux manuscrit, ou bien en feroient un marché avec TEmpereur, ce qui ne tourneroit pas à la gloire de Sa Majesté comme vous le désirés'.
Après tout, l'argent est dans le pais, et le procès estant intenté entre eux et le banquier, il seroit peut-estre mal aysé de le
retirer autrement qu'en se rendant partie intervenante.
Ce sont des pensées sur cette fascheuse occurrence que je ne croiray justes qu'autant que vous les appix)uverés. J'ay prié xM' Perrault de prendre le temps de recevoir vos ordres là-dessus, afin que je les exécute avec mon zèle et ma punctualité ordinaire, comme celuy qui suis, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce xxix avril 1CG7'-.
' Le lendemain du jour oiî Chapelain écrivait ceci à Coibert, il réclamait (p. 290) de r MM" les héritiers de M' Reinesius « l'envoi du manuscrit des Inscriptions anciennes, et il indiquait ainsi son adresse: r.W Chapelain, conseiller d'Estat, rue Salle au Conte près de la tour des Pénitentes, pour estre porté à M^' Colberl, à Paris. ?5
- Le 28 avril. Chapelain annonçait ainsi (f° 289 v°) à Wagenseil la mort de rorientaliste ■ Vattier : rVay perdu avec beaucoup de douleur le bon M' Valtier que j'avois tiré de misère et qui a eschappé au bonheur qui cominençoit à se tourner de son costé. La langue arabe est morte en Europe avec luy. Je ne suis guère moins affligé de la mort de M"' Reinesius qui est une grande lumière esteinte. Conservés-vous pour me remplacer ces pertes, et me croyés tousjours, Monsieur, vostre, etc. -5 Dans une lettre du 12 mai à l'abbé MaruceUi (P 296), nous lisons: trj'ay creu au reste vous faire un regale de vous envoler par ce courrier cy Yescril justijicatif des droits de la Reyne sur le Brabant, Hainaut, etc., qui donnent lieu à l'entreprise du Roy qui va éclater. Leurs AA. de Toscane ne seront peut estre pas marries de voir celle pièce des premiers, et la matière en est assez importante pour vous donner moyen d'en bien faire vostre cour. La pièce en a esté faille en françois, en latin et en espagnol , également bien en chaque langue. Vous m'obligerés de me mander le succès qu'elle aura eu chés vous, v II est question du même écrit justificatif dans la lettre à Hevolius du i5 mai (f 295): «Je vous envoyé par un ordre supérieur la justification des droits que la Reyne très
chrestienne a sur le Brahant et sur le Hainaut, aussi bien que sur d'aulres provinces et places de ce qui jusqu'icy a esté possédé en Flandre par le Roy d'Espagne et qui sont les motifs de la marche du Roy de France pour en aller prendre possession par douceur, s'il se peut, ou par force, si les gouverneurs et les peuples la luy refusent. Ce Iraitlé a esté escrit en françois, en latin et en espagnol pour estre leu de toute l'Europe, laquelle sera estonnée, en le lisant, de la difficulté que le conseil d'Espagne apporte à faire justice à la Reyne et à M' le DauGn sur des interests aussi clairs et aussi légitimes que ceux que le Roy est obligé de poursuivre en leur nom. Vous en jugerés par vous mesme et m'en escrirés, s'il vous plaist, vostre avis aussi bien articulé, comme aussi celuy de vos amis habiles auxquels
vous pourrés communiquer i'escril n Le
17 mai, Chapelain adresse le même ouvrage et les mêmes recommandations à Conringius et à Rœclerus. De la lettre au premier de ces érudils (f 295 v°) je ne tirerai que ces lignes: RJe vous envoyé le curieux Traitté des droits de la Reyne, etc., où vous trouvères la fameuse question qui suspend toute l'Europe et qui met la France aux mains avec l'Espagne , assés bien examinée et décidée. . . Cet escrit a esté pubHé depuis six jours en trois langues. . . Je seray bien aise d'en avoir vostre sentiment. . . mais avec une liberté toute philosophique.» Chapelain parle ensuite fort aimablement à son correspondant rd'un autre Iraitlé... appuyé et prouvé par de plus puissantes aulhorilcs, si bien que la lecture de celuy cy ne m'a point osté la passion de voir l'achèvement de l'autre.») On a compris
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A :\1. GRAZIAM,
SgCRÉTAIRE DES COMMANDBMEXS DE M. DE MODÈNE ,
À modène'.
Monsieur, depuis trois à qnalre mois que je vous ay envoyé la lettre de change de la gratification du Roy, accompagnée d'un billet de M*^' Colbert et d'un des miens, outre celuy du trésorier des bastiniens , M' de la Planche, et d'un formulaire de quittance, n'ayant eu aucune response de vous, j'eusse i)u douter que vous eussiés receu la despesche et l'argent, si , par une rencontre fortuite, je n'avois sceu que MM" Cortesi et Farini , les banquiers de la lettre de change , avoient entre les mains vostre quittance, alin de la remettre en celles du trésorier pour sa descharge. Depuis , m'estanl entretenu avec M' l'abbé d'Aurillac de vostre [silence], dont il n'estoil pas moins surpris que moy, il me promit de vous escrire làdessus et de m'informer de ce qu'il en auroit appris.
A mon esgard, cette omission est de nulle importance . ne mesurant pas l'amitié des gens d'honneur à ces soins, qui n'en sont pas tousjours des marques inffiillibles; mais à lesgard de M^' Colbert, il pourroit importer d'avoir laissé sa civilité sans y
qu'il s'agit là du traité préparé par Conringius, traité dont Chapelain avait déjà vu les quatre premiers chapitres.
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 629, note 1).
- Le même jour, Chapelain adressait un exemplaire du Traité au professeur Ferrari, lui tenant à peu près le même langage qu'à ses autres correspondants (f°997), après lui avoir ainsi paiié de Ménage et de Reinesius : «L'édition des Origines italiennes [les Origini délia lingua italiana devaient paraître en 1669] ne va qu'à secousse à mesure que la denrée en vient de dehors à son marchand. Quand elle sera ex-
avoir correspondu par une semblable. Vous estes trop honneste homme pour y avoir failli, et quoyque je ne puisse deviner la cause de ce malentendu , je croirois plutost toute chose que de penser que la faute en vinst de vous. Le temps nous en éclaircira.
Cependant je nen souffriray rien imaginer à vostre désavantage, et, pour preuve qu'on n'a point jusqu'icy mal interprété ce silence, je vous envoyé par ordre le Traitté des droits du Roy sur le Brabant, etc., à cause de la Reyne , son espouse , que Sa Majesté a fait publier pour la justification de ses armes contre ceux qui luy en refusent la possession.
Vous aurés appareuiment joye d'en apprendre les motifs, expliqués à fonds par cet escrit sensé , solide , méthodique et clair, dont le sujet, estant de la conse(iuence quevous sçavez, n'attirera pas moins vostre curiosité que celle de toute l'Europe, attealive et suspendiie sur ce que le sort en décidera.
On en attend vostre sentiment et celuy des personnes de mérite et habiles à qui vous le ferés voir Je vous exhorte à ne pas tromper mon attente et demeure avec passion. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xvn may 1067".
posée en vente, vous y verres parmi beaucoup de bonnes choses empruntées, beaucoup de témérités propres dont il sera mauvais marchand. Vous n'y trouvères pas seulement force déductions mal tirées, force règles avancées sans fondement, force larcins mal déguisés, mais encore force assertions sujettes à estre contreditles et de quoy vous faire honneur en les relevant et destruisant. Je vous envoyeray le hvre de Reinesius sur le fragment prétendu de Pétrone , puisque vous ne l'avés point encore, et vous verres bien dans la préface qu'il panche autant du costé de la négative que de celuy de l'affirmative."
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. STENO
MÉDECW ET iSiTOjnSTE DiXOIS , À FLORE>CE.
Monsieur, si vous avés receu la response que je vous fis sur la fin de mars , vous aurés veu mes sentimens sur la conduite que vous devés tenir et Testât où sont les choses pour vos interests d'honneur et de fortune, ne hazardant rien par précipitation et joiiissant cependant des faveiu'S magnanimes de S. A. S. de Toscane et de M" les princes de sa maison qui, vous donnant lieu de desployer vostre mérite dans la connoissance du corps de l'homme et de celuy des animaux, et de publier les curieuses descouvertes que vous y avés failles , vous serviront de glorieux degré aux avantages auxquels vous avés tant de sujet d'aspirer. Je suis tousjours dans Topinion qu'il vous en faut user de la sorte , sans néantraoins que je veille moins à ce qui vous peut estre utile de deçà , à quoy je ne manqueray non plus que vous mesme si vous y estiés et peut estre encore davantage.
M' Thévenot s'est opiniastré, depuis dixhuit mois, à ne prendre point de maison à Paris pour philosopher et spéculer, dit-il , avec plus de liberté à la campagne' qui" le
retient depuis ce temps là et il y attire tousjours quelque voyageur ou quelque sçavant aux langues arabique, turque et persienne pour pouvoir rendre plus parfaitte la traduction qu'il entreprit d'Abulféda dès avant la mort de M' Vatlier et qu'il contuiiie incessamment depuis qu'il en a appris la fascheuse nouvelle \ De fois à autre il vient nous voir et s'en retourne coucher à son giste. A la première visite qu'il me fera , et il vient rarement icy sans m'en faire une, je luy mettray entre les mains la lettre et le volume que vous m'avés addressé pour luy \ Gomme il connoist le mérite de ces sortes de travaux et qu'il est persuade que personne n'y réussit si bien que vous, ce luy sera un regale d'importance duquel vous devés attendre de grands remercimens. Je vous en fais un très particulier pour l'exemplaire dont vous m'avés bien voulu honnorer qui m'a semblé un trésor tant tout en est exquis jusqu'à l'impression et aux figures mesme. Dès qu'il sera relié, je le liray de suite et le feray lire à mes amis qui en seront capables et vous en rendray bon conte.
Groyés bien , je vous supplie , que je seray tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxtii may 16G7'.
' Nous avons déjà vu que la maison de campagne de Thévenot était à Issy.
- Je crois devoir remplacer par ce qui le pronom //, lequel est incompréhensibI'\
^ On ne trouve rien sur celle traduction dans les notices consacrées à Thévenot, pas même dans la notice si complète et déjà citée de J.-B. Eyriès.
^ C'était l'ouvrage intitulé : Elementorum myologiœ spécimen, seu musculoitun desmptio geotnetrica (Florence, 1667, in-/i°).
^ Le même jour, Chapelain écrivait à l'abbé MarucelU (f" 299 v°): «Je plains M' Datti de sa goutte qui est une raeschante bostesse pour un homme d'cstude et de vertu , et je l'en plains en-
core parce que ce mal en cause un autre qui luy est raisonnablement plus sensible par le retardement qu'il apporte à raccompiissement de l'édition de ces peintres antiques dont il donne des portraits si achevés. ?? Après avoir remercié son correspondant de l'envoi du Villani, Chapelain le prie de lui faire savoir par le moyen de Magtiabecchi de quel ordre religieux était Agnolo Firenzuola, fret si le Vida, avant que d' estre evesque, n'estoit pas chanoine régulier de Saint-Augustin.') Il continue ainsi: «J'ay autant de confusion que de reconnoissance des bontés de M^' le prince Léopold touchant ces thermomètes (sic). .. Laissés au nom de Dieu venir tout à loisir la grâce qu'il me veut faire. . .
À M. L'ABBÉ MARUCELLF,
À FLORENCE
Monsieur, vous m'avés donné une grande joye en m'assurant que le Ijanquier de Ligourne (sic) est résolu à aquiter les lettres de change de M" Dati et Viviani. Cela abrégera l»ien les poursuites de ce payement et m'espargnera bien des inquiétudes. M' Dell' Ara s'est cbai-ge' de porter les responses de ces M" à M' de La Planche et peut estre que dès l'ordinaire pre'ce'dent il leur aura renvoyé les lettres de change s'il l'a trouvé à commodité.
Vous adjouterés, s'il vous plaisl, Monsieur, à l'avis de ces audiences que donne Sa Majesté à tout le monde qu'Elle conserve la civilité et la générosité au milieu de la guerre à Tesgard du Roy de la Grande Rretague auquel, sur la demande d'un passeport pour 5o muids de vin de Bordeaux pour sa bouche, Elle en envoya loo en don, et, dans le malheur de l'incendie de Londres. Elle luy ofTiil tout ce qui dépen-
doit de son pouvoir, vivres, matériaiLX, ouvriers , pour soulager les peuples et réparer le dommage du feu. Ce sera encore un bel article pour le panégyrique.
J'ay receu les deux feuilles imprimées du travail de M' Dati qui m'estoient nécessaires pour son service. J'ay aussi receu la lettre que M' le prieur Rucellai vous escrivit , il y a quelque temps, sur la prétention qu'il a d'estre dédommagé par cette couronne à cause de ce cheval de bronze de la place Royale que feu M' son oncle avoit fait venir de Florence par l'ordre du Roy défunt' ; sur quoy je vous diray avec ma candeur accouslumée que, bien que je croye sa prétention fort juste et qu'on se pourroit faire honneur en luy donnant satisfaction, j'ay néantmoins observé par un long usage que les vieilles debtes en général estoient de mauvais biens et plus encore celles des Princes quand mesme ce sont eux qui les ont créés, et je vous laisse à penser combien elles sont [négligées], quand elles l'ont esté par leurs prédécesseurs, ayant bien de la peine à aquiter les récentes; leurs ministres les plus
Aussi liien n'est-ce pas une chose dont j'aye besoin et j'ay pluslost legardé celle petite machine comme une singularité de vos ouviiers pour parer mon cabinet que comme un instrument nécessaire à mes osludes.n Le 2 juin, Chapelain entretenait ainsi l'abbé Segni (P 3oi ) d'un ouvrage manuscrit dont il a élé déjà question plus haut : «Quant à la charge que vous avés prise de vous mesme d'exciter MM" nos excellens confrères de la Crusca à publier le commentaire du cavalier Leonardo Salviati sur la poétique d'Aristote . . . bien que ce ne fust pas un travail où ce rare homme eust mis la dernière main, comme me le mande noslre ami [l'abbé MarucelU], j'ay si grande opinion de sa force que je suis comme assuré que tout imparfait qu'il puisse eslre il aura encore plus de perfection que ceux des autres qui y auroient fait leurs derniers efforts. Après tout, les crayons et les ébauches
des grands peintres se gardent et se monslrent avec admiration et les amis de Fracastor n'ont pas fait difficulté de donner les fragments et les iiicidens de ses poésies latines que l'on lit avec transport. La mesme chose s'est faille dans l'édition de noslre Malherbe avec le mesme succès. Le cavalier Salviati avoit tant de pureté dans le stile et tant de suhtihté dans l'esprit, que je ne puis croire que ce commentaire ne soit plein d'une doctrine aussi agréable pour les expressions que nouvelle et fine pour l'éclaircissement de son texte , et avec une préface judicieuse et sravante que l'Académie y mellroit à la teste, toutes les foiblesses en seroient mises à couvert et le public piofiteroit de ce qu'il y auroit de fort et d'élevé. 51 1 Encore un nouveau renseignement à joindre à ceux qui ont été réunis par M. de Montaiglon dans sa Notice sur l'ancienne statue équestre. . . élevée à Louis A III.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
gens de bien , devant pourvoir à leurs besoins présens, ne regardent les obligations anciennes que comme des choses qui ne les engagent point, pour n'en avoir pas este les autheurs , et ils se renferment dans les soins de celles qu'ils ont conseillées.
Ce n'est pas que si un résident de Toscane en cette com' avoit ordre de S. A. S. d'y solliciter cet interest avec chaleur, une recommandation aussi puissante que celle là n'en peust tirer un effet extraordinaù'e en faveur de M' le prieur Ruccellai, mais, à moins que cela, je ne croy pas qu'un particulier comme moy qui n'a de voix ni d'accès que pour une nature d'affaires très différente de la sienne y pust aucunement réussir. Je suis plus mortifié que je ne vous le puis dire de me trouver impuissant pour l'y servir, un mérite aussi grand que le sien attirant toute mon inclination et me le faisant considérer comme un objet digne de tous mes offices et capable de me couvrir de gloire en les luy rendant. Vous m'obligerés de le luy bien tesmoigner et de l'assurer du respect que j'auray tousjours pour sa qualité et pour sa vertu. Avec mes dernières je mis la response que j'avois faitte à sa lettre et j'espère que vous la luy aurés fait tenir.
11 ne faut pas vous envier .M' d'Erbelot' tant que vous le pourrés retenir, ses tfdens ayant rencontré chés vous tant d'applaudissement et des traittemens si favorables , et il
faudra que nous reprimions le désir que l'ou a icy de son retour.
Je persévère dans fapprobation de la Tancia et suis bien aise d'en avoir appris l'autheur. M' Segni m'a favorisé d'une lettre à laquelle je fais response. Faites moy la faveur de la luy faire tenir et de le prier qu'il n'oublie pas la sollicitation du commentaire.
Puisque M' l'abbé Falconieri a passé à Florence au retour d'Allemagne , je suppose qu'il y aura receu le volume des poésies de M' Heinsius qui luy cstoit destiné. Si vous luy escrivés, vous me fériés grâce de luy rendre de ma part ses civilités au double.
Pour yV le conte Bardi, vous ne luy sçauriés tant donner d'assurance de ma passion pour luy que vous puissiés l'exprimer aussi grande qu'elle est et qu'elle sera toute ma vie. Je vous rens griices très humbles du recouvrement de ces termomètres non sans quelque pudeur de l'inquiétude que la pi-ière que je vous en avois faitte vous a donnée. Rien ne presse pour l'envoy et vous pouvés attendre à loysir l'occasion seure et commode. Je vous dirois la raesme chose du Villam , si je ne le croyois desjà en chemin suivant ce que m'en dit vostre dernière.
Je suis dans l'attente de l'avis que le manifeste du Roy vous a esté mis entre les mains et demeure sans réserve. Monsieur, vostre, etc.
Do l'aris, ce \i juin 1G67'.
' Sous cette orthographe il faut reconnaître Barthélémy d'Herbelot, l'auteur de la Bibliothèque onentalc (1697 ' in-f^ol- )• ^ oi'' sur le séjour de cet érudit à Florence le Mémoire historique et littéraire sur le collège royal de France, par l'abbé Goujet(t. III, p. i36-i38).
- Le surlendemain, Chapelain, envoyant à Wagenseil un exemplaire du Traité des droits de la reine, le lui vante (P 3o3 v") comme (rdigne de la connoissance de tous les gens vertueux et habiles rî et l'invite à le rr communiquer à quiconque vous trouvères à propos, n II lui accuse
réception de la machine à semer qui, dit-il, «m'a enfin esté apportée par le messager ou courrier de Strasbourg p. Le 10 juin, Chapelain s'adresse en ces termes au magistrat toulousain Medon (P Zoh v°) : «Je vous plains de la vexation que vous font vos procès et du chagrin qu'ils vous apportent. J'en ay eu comme tout le monde, et il ne tient qu'à moy d'en avoir encore, l'injustice qui règne en tous les hommes ne m'en donnant que trop de matière; mais je recule à plaider et aime mieux risquer mon bien en attendant que mes débiteurs se repentent, que d'à-
LETTRES DE JEAiN CHAPELAIN.
SIINISTBE D'ESTAT.
AC CAMP DE CHAULES LE ROY (stV), E.N BKABANt'.
Monseigneur, si je n'avois qu'à vous parler de la continuation de nos assemblées et de ce que nous y faisons , je ne vous déroberois pas un moment par mes lettres, et je m'en remettrois au fidelle compte que M' Perraut vous en rend, comme je me suis remis à son soin de vous faire voir les preuves que je luy ay fournies de la coustume qu'avoient les Romains de mettre dos statues équestres ou des quadriges sur le haut des arcs de triomphe. Mais. Monseigneur, j"ay creu vous devoir dire par moymesme qu'après de longs circuits , le modèle de cette machine à semer, pratiquée utilement en Austriche, et que j'avois demandée à M' Waghenseil pour vous , m'a enfin esté rendu , et que je la garde pour vostre heureux retour, vos présentes occupations ne voulant pas qu'on vous l'envoyé.
Je vous devois aussi informer, Monseigneur, de la rencontre que j'ay faitte d'un sçavant homme allemand, qui traduira volontiers le manifeste du Roy en sa langue, si vous l'agréés, et cela en peu de temps, se faisant fort mesme de le faire imprimer dans son pays et semer dans toutes les cours de ses princes.
La chose m'a semblé d'assés grande importance pour luy laisser espérer qu'il n'y perdroit pas sa peine. Gela s'est néantmoins trailté entre nous, sans vous engager à rien. J'altendray vos ordres là dessus . et cependant je l'entretiendray dans cette disposition, pour l'y faire aussitost appliquer, si vous jugés, comme je l'ay imaginé, qu'il soit du service de Sa Majesté qu'il le face.
Je prie Dieu qu'il la conserve dans ses grands travaux, et qu'il vous conserve à Elle pour le bien de ses affaires. Ce sont les uniques vœux. Monseigneur, de vostre, etc.
De Paris, ce xvt juin 1667'-.
cheter son recouvrement par Tcnnuy des sollicitations. Je ne m'y suis jamais trouvé engagé que je n'aye gaigné ma cause, et néantnioins pendant la poursuite de mon droit j'eusse préféré de l'avoir perdue à la langueur et aux peines qu'elle me causoit en la soustenant.-i Chapelain donne ensuite à Medon des nouvelles de leur commun ami Heinsius : «Il a eu permission de faire un tour en Hollande où il séjournera du moins jusqu'à la conclusion delà paix qui se traitte à Bréda. Sa santé est bonne, ses emplois incertains, sa fortune douteuse et ses embarras domestiques tousjours très fascheux.n — «Pour la Pucelle, ajoute Chapelain , elle tire à la fin, et l'année ne se passera point que je n'en aye au moins achevé l'ébauche, car vous jugés bien qu'elle aura bon besoin de correction, et vous ne me croyés pas assés étourdi pour la laisser aller sans l'avoir peignée et ajustée. n
1 Imprimée dans le recueil de M. Clément (l. V,p. 62')).
- Mentionnons rapidement une lettre du 20 juin, à Bœclerus (f" 3o6), au sujet du Traité (les droits de la reine, que cet érudit avait approuvé, une lettre du même jour (f 807) à un poète strasbourgeois du nom de Heck , qui avait envoyé des vers à l'auteur de la Pucelle; enfin une lettre à Conringius, du 21 juin (P3o8), lettre qui roule sur le Traité. Chapelain y prodigue les compliments à son correspondant : «Vous n'estes pas seulement un grand médecin, un grand physicien, un grand théologien ; rien ne vous eschappe encore dans la politique et dans la jurisprudence, et je me fierois autant à vous sur ce qui tombe en partage dans ces der[nières] qu'à Aristote et qu'à Bodin.^i C'est encore du Traité que Chapelain (f° .3o8 v°) entretient, le 22 juin, l'abbé Marucelli. Il voudrait d'autres appréciations et surtout d'autres éloges. L'abbé était sans doute resté prudemment dans le vague. Chapelain insiste pour qu'il exprime son avie
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