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A M. DE LA CHAMBRE

MÉDECIN ORDINilnE DU lïOÏ, À COMPIÈGNE.

Monsieur, sans vous parler du mérite de M' Boursaut, porteur de cette lettre', qui ne vous est pas inconnu, j'ay este pi'ié par luy et par M' Corneille^ d'obtenir de vostre courtoisie de passer la veiie sur un recueil de ses ouvrages galantes {sic) qu'il dësire publier, afin qu'après l'avoir leu, si vous trouvés qu'il n'y ait rien qui en puisse empescher l'impression, vous luy faciès la faveur de luy donner un mot de vostre main

pour en avoir le privilège ". Sa réputation et le tesmoignage de M' Corneille qui a eu communication de l'ouvrage m'en ont fait concevoir assés bonne opinion pour vouloir bien entrer en part de l'obligation qu'il vous en auront, et je recevray à grâce celle que vous leur ferés. M' Boursaut m'a bien assuré qu'il n'y avoit rien qui pust choquer dans aucune de ces pièces et je l'en-ay cru sur sa parole; si néantmoins vous y estiés arresté en quelques endroits, il est docile et suyvra avec respect les ordres que vous luy prescrirés ".

Vous nous avés bien manqué , ces jours passés, en une occasion dont vous entendrés

d'une façon plus précise. 11 ajoute: cJe vous puis au moins assurer que la poursuilte de celte cause se fait de bonne foy et qu'il n'y a rien dont le Roy soit plus persuadé, après sa religion, qui^ de la justice de ses demandes. Au reste depuis un mois que Sa Majesté est entrée dans son héritage, quelque brutal procédé dont use le marrjuis de Caslelrodrigo envers Elle au milieu de ses progrès, Elle garde le sien doux aux peuples et sévère à ses soldats, en sorte que le plat pais ne soutire aucune violence, et que si l'on enlève une vache, le maislre s'en venant plaindre au Roy qui i'escoute sans rebut, la recouvre à l'instant, ou sa valeur, et voit chastier en sa présence celuy qui la luy avoit ravie, d'où s'ensuyvent des bénédictions et des louanges immortelles. Aujourdhuy Sa Majesté se sera attachée à une place sans qu'on sache encore quelle, tant les choses se conduisent dans un profond secret. Après avoir mis Charles-Roy en défense, elle a levé son camp et a fait prendre pour huit jours de vivres , laissant toutes ces provinces suspendues du lieu sur qui cet orage se deschargera, n Le 3o juin (lettre à Wagenseil, i° 809 v°) Chapelain reparle de la mort de Vatlier : «Il est vray que la perte de M"^ Valtier est grande pour les lettres arabiques, et j'ay eu plus de part à ce malheur que personne, comme celuy qui estois le plus certain de son amitié.?) Le 1°' juillet, Chapelain (P 3 10) accuse réception à l'abbé Ma-

rucelli de l'Histoire do Giovanni Villani et des quatre thermomètres, et, le 2 juillet, il complimente (t* 3i) Liugi RucoUai, auteur d'un opuscule sur les obsèques de la reine Anne d'Autriche.

' Edme Boursault, né à Mussy-l'Évéquo (Aube) en octobre i638, mourut à Montluçon en septembre 1701. C'est l'auteur des spirituelles comédies intitulées : Esope à la Cour, Esope à la ville, le Mercure galant, etc.

■ On raconte que Pierre Corneille et Racine eurent une discussion en pleine Académie à l'occasion du Drilannicus de Boursault, loué par le premier des deux grands poètes, maltraité par le second. 11 n'est fait du reste, dans les Œuvres complètes de Corneille , aucune mention de Boursault.

^ Boursault publia deux romans en 1670 : Le Marquis de Chavigiiy et Ne pas a-oire ce que l'on voit (histoire espagnole). Mais ce ne sont pas là les ou\ rages galants dont vouloit parler Chapelain; car, comme on le voit un peu plus loin, il s'agit d'un recueil de pièces. Je n'en trouve l'indication ni dans la France littéraire de Quérard ni dans nos autres répertoires bibliographiques.

* M. Tischercau a publié {Histoire de la vir it des ouvrages de P. Corneille, i855, p. 356) tout ce qui, dans cette lettre, concerne Boursault.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

parler, mais vous ne nous nianquerés pas dans la suite, ayant autant de lumière et de droitture que vous en ave's.

Je suis avec ma passion onlinaire, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce m juillet 1667.

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