‹ Lettres. PubliéesChapitre 137 sur 309 · SECRBTIIBB DES COMMA^DEMBSS DE S. 4. DE M0DB:«E . À MODÈNE · texte numérisé non relu

SECRBTIIBB DES COMMA^DEMBSS DE S. 4. DE M0DB:«E . À MODÈNE

Monsieur, je n'avois garde de vous laisser un moment en peine sur la manière dont vos complimens avoient esté receus par M' Golbert touchant la nouvelle gratification qu'il vous avoit procurée , ni de ne vous pas assurer que le retardement que la fortune avoit apporté à leur veniie n'avoit fait aucune mauvaise impression dans son esprit pour vous. Il est trop éclairé et trop juste pour rendre personne responsable, beaucoup moins un homme de voslre mérite, des accidens ordinaires dans les choses humaines, et dont nul ne scauroit eslre garant.

Quant à la part que vous voulés que j'aye eiie à empescher que celuy cy vous (ist tort auprès de luy, elle a esté véritablement petite , si ce n'est du costé de la passion que j'ay et que j'auray tousjours pour vostre vertu et pour tout ce qui vous regarde ; de sorte qu'à moins de le regarder de ce biais là la reconnoissance que vous m'en tesmoignés est presque superfliie.

Du reste, j'ay leu avec beaucoup de contentement la réflexion que vous avés faille sur les prospérités des armes du Roy et la preuve que vous en tirés de la justice de sa cause qui, sans cela mesme, vous avoit paru si bien establie par la lecture du trailté que je vous avois envoyé sur ce sujet. A propos dequoy je vous dois dire que ce que vous m'en escrivistes, et que je fis voir à M' Golbert à un tour qu'il fit icy du camp, luy pleust infiniment, et je ne doute point qu'il ne l'ait fait sçavoir à Sa Majesté, si les occupations militaires ne l'ont empesché de l'entendre.

Je viens à l'éclaircissement très curieux que vous m'avés bien voulu donner à l'esgard du faux ou vray fondement du poëme de la Secchia rapita dont je vous rends mille grâces très humbles. C'est sans doute tout ce qui s'en peut dire. Vous pardonnerés bien l'importunité que vous avés receiie en cela à un homme qui y avoit quelque interest, la Secchia ayant esté publiée la première fois à Paris' par mon moyen- à la prière de M' de Vaugelas et del signor Braïda, alors secrétaire de l'ambassadeur de Savoye en cette Cour, et qui l'avoit eiie manuscrite de

la main propre du Tassone pour

la faire

n'ont jamais esté mieux confondues que par Texperience de l'an passé 1666, et la raillerie que vous en ave's faille a beaucoup augmenté l'estime particulière que j'ay tousjours faille de la finesse de voslre jugement. En ce Peple tout m'a pieu, le sujet, la manière de le traiter, le slile, et il doit avoir pieu davantage à ce grave Sénat dont vous y avés establi les principales lumières. Je m'atlendois d'y trouver le cl"* [clarissime] Bernardo Gapello du siècle précédent, lequel certainement dans la poésie toscane ne le cède guère au cl[arissime] Bembo et ne méritoit pas moins d'y estre que les Miclieli et les Loredans. Pour le cl[arissime] Domenico Molino, quoy qu'on n'ait rien de luy qu'il ail avoué, on m'a voulu faire croire que le premier livre de

l'histoire de Davila qui luy a esté dédiée estoit un enfant de sa plume et que le surplus avoit esté repassé par sa lime, ce qui, s'il est vray, n'est pas désavantageux pour luy. J'ay eu beaucoup de joye d'y voir le cl[arissi]me Nani et d'une façon d'autant plus glorieuse qu'il y est à la teste, et le seul des vivans qui soit digne d'y eslre compris. Je ne savois pas que le cl[arissime] Mocenigo eust esté leur historien entre le Beiribo et le Paruta. On apprend tousjours quelque chose avec vous, n

' En 1623, chez Toussaint du Bray, petit in- 12.

^ C'est ce qu'ont ignoré tous les biographes de Chapelain, même le plus récent et le meilleur de tous, M. René Kerviler.

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imjjrinier en France, parce qu'il ne l'eust osé tentei" en Italie, ce que j'enli-epris contre le sentiment du cavalier Marin qui par jalousie ou par caprice en avoit desgoutté les imprimeurs. Le Campanaccio allégué dans la préface seroit-il auteur de cette cronique manuscrite? Je ne connoissois point le Cliinardace et je ne serois pas marri d'apprendre en quel endroit de son histoire il tombe d'accord de cet enlèvement de la Secchia du puis de Bologne et de la tradition qui la fait estre celle qui pend aux voûtes de la Torre maggiore di Modena.

Vous ne m'avés pas moins obligé de me donner le catalogue des ouvrages de ce véritablement galant homme, de l'espril et du slile duquel je fais un cas tout particulier. J'ay de luy son volume De divcrsi pensieri , la Secchia et la Réplique à la response h Gioseppe de gU aromalarii. Ses Annotatiom et observations sur le Pétrarque, la Besponce du Creinonin sous le nom de son disciple et la duplique du Tassone que vous nommés la Teiida Rossa manquent à mon cabinet, et si ces pièces se pouvoient recouvrer commodément où vous estes et envoyer par quelque occasion d'ami , vous me fériés faveur de les faire chercher pour moy, et je salisferois puncluellement à tout.

J'ay fort ouy parler de ces Annales ecclésiastiques italiennes, et quelqu'un de mes

amis dit, ce me semble, les avoir veiie.s. Vous m'apprenés ce dernier del ann. sopre il V. de la Crusca, et c'est sans doute une pièce qu'il seroit dommage qui ne vit point le jour. Si vous me croyés propre à tenter cette avanture de deçà et que vous m'en voulussiés confier la copie que vous en avés fait faire, je penserois y pouvoir réussir, et la chose se passeroit avec un tel secret de ma part, pour vous mettre à couvert de toute querelle, que vous n'y sériés ni veu ni oui, ni soupçonné d'y avoir contribué si vous ne le vouliés pas. J'attens response de vous sur cet article encore à vosti'e loysir.

L'on m'a fait voir autrefois sans nom d"autheur ni de libraire trois ou quatre oraisons intitulées Philippiques , très véhémentes et assés éloquentes. On les attribuoit au Tassone, d'autres. au Testi. J'ay une pièce manuscrite de poésie en octaves de quarante ou cinquante stances contre les mesmes Espagnols, où l'Italie exhortoit le duc de Savoye Carlo Emmanuelle d'en entreprendre la délivrance. C'est un ouvrage dont on les fait aussi tous deux autheurs, tant elle est belle. Mandés moy, je vous prie, si le Tassone n'estoit pas Modenois, et s'il avoit de la naissance, quels estoieut ses emplois et ses attachemens et quand et où il est mort'.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxx aoust 1667'.

' Voir une réponse à la plupart de ces questions dans la noie 1 de la page a 38 du premier volume de ce recueil.

- Le nièuie jour. Chapelain adressa (f Sag) à Colbert une lettre qui débute ainsi: trDans le doute où je suis que mes deux dernières vous ayent été rendues, je vous répèteray ici, etc.?), et à Wagenseil (P 33o) une lettre où il lui dit: tfLa mort funeste du pauvre Hotinger vous rendra plus considérable dans vostre profession hébraïque.» Le k septembre, il s'excuse ainsi auprès de Gronovius (f^ 33a v°) de sa négligence en fait de correspondance: «Quand je ne serois

pas si exact, on me le pourroit pardonner, veu mes infirmités, mon travail, mes emplois de diverse nature qui ne me laissent pas respirer; j'y adjouslerois le trouble que je reçois dans mes occupations par des procès bizarres que l'on m'intente, et des recherches mal fondées sur quelques affaires que j'ay faitles, il y a trente-cinq ans, pour mon malheur avec le feu Roy. Mais vous n'avés que faire de mes embarras. j5 Le U septembre encore. Chapelain, dans une lettre à SchefTerus (f 333 v°), marque ainsi le haut prix qu'il attache à l'amitié du savant professeur: ffPour moy, j'en ay tousjours eu le plus grand

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