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À M. WAGHE>SEIL,
PBOFESSEin E>- H5G1IE HÉBBAÎQCE , À ALTDORPn.
Monsieur, toutes les fois que vous songerés à ce que vous valés soit en vertu , soit en sçavoir, et à la constante amitié que vous m'avés jusqu'icy tesmoignée, vous ne trouvères rien d'extraordinaire en celle que j'ay pour vous, ni au soin que je prens de vous la tesmoigner par mes lettres et par les effets. Vous avés bien commencé à dégager ma parole dans le bien que j'ay dit de vous, qui vous les a produits, et vous continuerés sans doute à le faire par l'exécution de ce que vous vous proposés d'offrir au monarque, vostre bienfacteur, dont je me suis rendu garant envers son vertueux ministre. Ce n'est pas que Sa Majesté exige rien de vous et qu'elle donne alin qu'on luy rende; mais c'est que la recounoissanœ est d'obligation estroitte surtout lorsqu'on a esté gratifié d'une façon si noble et qu'on a fait une déclaration publique de n'en pas demeurer ingrat. Je n'en suis pas le moins du monde en doute, et j'erapesche ce sage ministre d'en douter par la confirmation que je luy en donne à toute rencontre.
Vous avés, au reste, à Altdorph un certain professeur nommé Felwioger qui s'est imaginé sur les grâces que je vous ay pro-
curées, à M' Conringius et à M' Bœclerus, qu'il n'y avoit qu'à me dédier un livret pour estre mis au rang des gratifiés et qui m'a envoyé ce livret avec une lettre par où il me la demande presque ouvertement, quoyqu'il sache bien que son nom n'est pas entre les illustres et qu'il doive sçavoir que le Roy ne favorise de ses bienfaits que ceux qui le sont ou qui l'ont préveniie par leurs services. La pensée de cette personne m'a semblé bizarre, et le moyen qu'il a pris pour la faire réussir, encore plus; ce qui m'a fait luy respondre d'une manière qui le pourra mortifier, mais il n'y a pas eu moyen de le laisser dans l'erreur où il est tombé, ni de luy permettre de croire que l'encens intéressé d'un inconnu fusl propre à persuader un homme qui n'aime que le solide et que la fumée ne repaist point du tout. Il est à la vérité naturel de clierclier ses avantages, mais il est de la prudence de les chercher discrettement, et que le biais dont on «"y prend ne choque point la bienséance et ne puisse déplaire à ceux qu'on en regarde comme les instrumens. Je vous ay voulu faire sçavoir cette avanlure, dont vous ne ferés point paroistre d'avoir connoissance , vous contentant de m'mformer des conditions et des talens de cet homme là, afin que s'il me repliquoit je sceusse comment m'y conduire.
Quant aux affaires publiques, croyés
(f 38 1 v°) : «Quant au masque Morbaozano, je n'ay jamais douté que ce ne fusl un Allemand , mais si c'est celiiy que vous me nommés et que le bruit commun nomme de mesme, je rabais plus de la moitié de son prétendu mérite en songeant qu'il n'est pas de vos amis, estant malaisé qu'un homme ne vous aime pas et qu'il soit un habile homme. 11 est vray que la publication de ce livre s'est faille presque aussi à contre temps que celle du livre du sieur Aubery qui a fait tant de bruit dans l'Empire, comme si c'eust esté par l'ordre du Roy qu'il eust esté composé, quoyque
Sa Majesté n'en eust aucune connoissance, et que dans le Trailté des droits de la Reyne, Elle ail fait marquer expressément qu'Elle vouloit tenir le Brabant, etc., au mesme litre à l'égard de l'Empereur que les Espagnols les {sic) avoient tenus jusqu'icy, ce qui est une déclaration bien conlraire aux prétentions que le malavisé Aubery veut que le Roy ail sur l'Empire. Je verray les responses que l'on fera au feint Monbanzano avec beaucoup de plaisir, et celle contestation ne servira qu'à instruire le monde de ce qui regarde le véritable estai de l'Allemagne, n
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
bien, je vous prie, en attendant la publication de la response au Bouclier, que toutes les raisons sont [vaines] et de pures de'clamations, auxquelles vous verres des reparties si fortes et si convainquantes qu'à moins d'estre aveugle volontaire , il y faudra donner les mains. Cependant l'Isola triomphe de là le Rhin et joiiit de la crédulité des peuples, et Dieu vueille que ce ne soit point à leurs despens. Tout ce qu'on vous a dit de la ligue du Pape avec es princes d'Italie contre la France sont d'impudentes chimères et tout à fait éloignées de la vérité. Pour l'impossibilité du mariage de la sœur de l'Empereur avec le roy de Suède, elle ne viendi"oit pas du coslé de la maison d'Austriche qui est trop politique pour ne se pas accommoder au temps, mais elle a son fondement sur les loix fondamentales de la Suède qui en a une expresse de ne souffrir aucune reyne catholique, pour éviter l'inconvénient des moines et des preslres que vous dites qui a esté cause en partie que l'Electeur palatin n'a point voulu entendre à une semblable proposition. C'est ce qui fait séjourner si longtemps la Reyne Christine à Hambourg à cause du refus absolu que le Sénat de Suède luy a fait de luy en souffrir l'entrée avec aucun prestre romain. Mais c'est trop parler des interests publics.
On nous mande que l'on respond en Allemagne au livret de Statu Imperii. Il faudra voir cela , si cette response en vaut la peine , et on am'a besoin d'une bonne teste et d'une bonne plume pour terracer ce champion là.
Si c'est Puffendorp ou son frère ' , c'est un signe que les Suédois ne sont pas trop impériaux contre le bruit commun, car un de leurs ministres n'auroit jamais eu la hardiesse de toucher à une si délicate matière sans leur participation.
Si vous m'escrivés par la voye de M' Bœclerus, faites luy bien des civilités là dessus aCn qu'il ne s'en tienne pas chargé. N'oubliés pas surtout de me mander Testât de vos estudes et si vos leçons hébraïques ont une grande abondance d'auditeurs et d'escholiers , comme aussi quels sont les gens de réputation entre les professeurs de vostre académie, de quelque genre de doctrine que ce soil.
J'ay presque oublié de vous tirer de la peine oii vous estes sur ces libelles que vos voyageurs allemands ont porté en vos quartier^ et où il vous fasche que je sois maltraitté. Le fait est que certains rimeurs fripons et d'une vie scandaleuse, ne se trouvant pas compris au nombre des gratifiés et n'osant s'en prendre à Sa Majesté ni à son ministre, qui ne les en ont pas jugés dignes, ont deschargé leur fiel sur moy qui ne les connois point, et s'imaginant que j'ay eu quelque part à cette exclusion, mont prétendu descrier par des satyres mal fagotées dont ils ont esté eux-mesmes les histrions à leur grande honte et sans que cela ait donné aucune atteinte à ma fortune, à mon crédit ni à ma réputation.
Toute la vengeance que j'en ay prise a esté le magnanime mespris, et ils l'ont senti avec plus de douleur que si je les avois fait char-
^ Les deux frères Pufendorf s'appelaieni, l'un Isaïe, l'autre Samuel. Isaie, l'aîné, fut ambassadeur de Suède à Paris et à la diète de Piatisbonne. Il mourut en 1689, laissant quelques ouvrages d'érudition. Le plus célèbre des deux frères fut le cadet, que l'on a surnommé «un des plus grands publicisles du xvii* sièclen. il naquit il Chemnilz le 1 1 janvier 1682 et mourut
à Berlin en octobre 169&. Ce fut bien l'auteur du beau traité De jure naturœ et genlium lib. VIII (Lund, 1679, in-8°) qui composa le livret intitulé: Severinide Monzambano de statu imperii (jermanici ( 1 O67, in-i a ). Voir les détails donnés sur les diverses éditions de ce livret par le P. Mccron dans le tome XVIII des Mémoires pour sei-vir à l'histoire des hommes illustres (p. 233).
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ger dune gresie de bastonnades. Consolés vous en donc à mon exemple et vous en moqués comme je fais.
Je me plaindrois plus volontiers de vos compatriotes qui ont esté si humainement receus de moy, et qui n'ont pas laissé de se charger de si mauvaise marchandise.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxiv décembre 1667.