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CCCXXVIII

À M«^ COLBERT

MINISTRE D'ESTiT '

Monseigneur, la distance des Heux et les difijcultés des chemins font bien souvent périr les lettres que m'escrivent vos serviteurs obligés de delà le Rhin, et quand mesme elles sont assés heureuses pour venir jusqu'à moy, c'est si longtemps après leur date qu'elles ont perdu toute la grâce de la nouveauté. Celles que j'ay receùes hier de M' Conringius, du '4 novembre, m'apprennent bien que l'ouvrage qu'il a voit entrepris, dont je vous ay fait voir les premières feuilles, est achevé; mais elles m'ostent toute espérance de luy pouvoir faire voir le jour en Allemagne, dans la disposition oii y sont les esprits contre nous, et dans Tabysrae inévitable oii il tomberoit si l'on pouvoit soupçonner seulement qu'il y eust la moindre part.

C'est pourquoy. Monseigneur, vous désirant tesmoigner son zèle pour la cause du

Roy, il propose de l'envoyer à l'ambassadeur du Roy en Hollande et de le charger de l'impression, si auparavant il avoit avis que l'expédient vous agréast, et que vous eussiés fait donner ordre à l'ambassadeur de recevoir le manuscrit de l'ouvrage et de le faire mettre sous la presse, en ces quartiers-là "".

D'un coslé, il seroit à souhaiter que ce travail parust pour fortifier l'interest de leurs Majestés, estant d'une aussy bonne main que la sienne; de l'autre, il est fascheux que ces obstacles-là le facent paroistre si tard. Je ne me détermine point là dessus, et j'en attens vostre résolution et ce que vous me coramanderés que je luy mande, si vous prenés le parti qu'il a proposé.

Au reste, Monseigneur, ayant envoyé à M' le comte Cirolamo Graziani, secrétaire des commandemens du duc de Modène, les deux sonnets sur le commencement et la fin de la glorieuse campagne de Sa Majesté, que j'ay eu l'honneur de vous faire voir il y a desja quelque temps, ils en ont attiré deux autres de luy que vous trouvères sous cette enveloppe.

M"^ Perrault vous aura rendu le livre du signor Vigliotto^, avec l'examen et le jugement que j'en fis sur vos ordres, lequel je sonsmettois à celuy que vous en ferés, si vos occupations vous permettent de passer les yeux dessus.

Je prie Dieu qu'il vous conserve à la France et demeure avec respect. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce xxV décembre 1667".

' Insérée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 627 et 628).

- Une faille d'impression a fait dire à M. P. Clément : en ces qualités, au lieu de : en ces quartiers.

* M. Clément a transformé Vigliotto en liliotto.

** M. Maller a publié {Lettres et pièces rares ou inédites, p. 271-27^4), d'après l'original de la bibliothèque de l'université de Munich, une lettre de Chapelain à Gronovius, datée du 27 décembre 1667. Cette lettre est, en réalité, du 97 décembre i668. On la trouvera sous le

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

À M. DE CAILLI,

CHETiUER DE LORDEE DE SilNT-lIlCBEL ,

EN BEr.r.i.

iMonsieur, je sçeus Thonneur qiie vous m'aviés fait de passer à mon logis quelques jours avant vostre départ et je fus bien mortifie' de ne m'y estre pas rencontré pour vous embrasser et pour vous souhaiter bon voyage.

J'ay depuis murmure plus d'une fois du long séjour rpie vous faistes en une province qui n'est pas des plus agréables, surtout en la saison où nous sommes qui ne se peut faire bien souffrir qu'à Paris. Vous ferés cesser mon murmure quand il vous plaira, reprenant le chemin de la grande ville où vous trouvères vos amis fort affamés de vostre entretien et de la communication des jolies choses qui vous viennent malgré vous et que je ne doute point qui ne soient maintenant fort multipliées, vostre solitude vous en ayant fourni tant de loysir.

Les trois épigrammes qui accompagnoient vostre lettre en sont comme l'eschanlillon et toutes propres à donner bonne opinion des autres. Les deux premières ont autant de beauté qu'elles en sçauroient avoir et je ne perdray point d'occasion de les mettre en leur jour aux lieux d'où vous pourrés retirer le plus de gloire. La troisiesme n'a pas, à mon goust, le mesme agrément, et l'expression de la (in m'en semble un pou basse.

Je suis accoustumé à vous exposer mes sentimens sans préface et sans façon , et je ne m'amuseray pas à vous en faire des excuses, de peur que vous ne creussiés que je fusse changé pour vous et que vous m'eslima^iés moins qu'à l'ordinaire , Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxx décembre 16C7.

GCCXXX.

À M«- COLBERT

SIIXISTBE D'ESTIT.

À PARIS

Monseigneur, vous trouvères, avec ce mot, la traduction allemande du Traitté des droits de la Reyne, à quoy je fis travailler par vos ordres au commencement de la campagne dernière , et que le gentilhomme qui l'a faitte a pu aussi faire imprimer à Francford ensuitte, pour ce qu'en l'engageant à cette version, je stipulay avec luy qu'il en feroit faire l'édition dans le pais, afin que la distribution fust plus facile.

Il s'est aquité de bonne foy de tout, et il y a près de quatre mois que toute l'Allemagne est rerapUe de ces exemplaires, au grand avantage du service du Roy. Que si nous n'eu avons point eu icy jusqu'à présent, le peu d'occasions de les envoyer de deçà et le péril des chemins, joint à la mauvaise saison , en ont esté la cause ; de sorte que [le] ballot qui en avoit esté confié à des rouliers de Francford pour Strasbourg est péri ou demeuré sur la route avec plusieurs autres, et que l'exemplaire que vous en voyés n'a esté rendu que par le rencontre d'un ami, qui s'en voulut bien charger en venant de là à Paris.

Le principal. Monseigneur, est qu'il est publié en Allemagne, où il importoit qu'il le fust, et que par ce volume Sa Majesté et vous avés une certitude entière de l'exécution de vos commandomens. Reste à voir ce que vous jugerés à propos de faire pour ce gentilhomme, afin qu'il parte de France aussi satisfait qu'on y a sujet de l'cstre de luy. H est modeste, et ses intentions ne sont pas relevées. Vous le contenterés d'une reconnoissance médiocre et qui sera sans conséquence.

' Imprimée dans le recueil de M. Clémeirt (t. V, p. 6u8).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Je vous supplie de prendre sur vos grandes affaires un moment pour celte petite-cy, et comme il est pressé de ses besoins et pressé de la ville de Dantzik, où on l'attend pour secrétaire latin de cette communauté, vous luy redoublerés la grâce, si vous la luy faites prontement.

J'ay creu estre obligé de vous représenter cecv, me remettant du tout à vostre prudence, aussy bien que de la résolution que vous prendrés sur l'expédient proposé par M' Conringius pour la publication de son travail par le soin de l'ambassadeur du Roy en Hollande, dont il vous plaira d'informer. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce xvin janvier 1668 '.

À M. COLMIÈS,

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