‹ Lettres. PubliéesChapitre 143 sur 309 · À M. LE COME GRAZIANI · texte numérisé non relu

À M. LE COME GRAZIANI

SECRETilDE DES COMHAMOEllEliS DU DUC DE MODELE , À IIODENE.

iMonsieur, je me lasse d'attendre une occasion de vous renvoyer les dialogues du Falcidio Malampodio (|ui est le 3" volume du l^rocès d'entre le Tassone et le Cremonin dont je vous parlois dans ma precedenle pom- respondre en mesme temps à vosti'e dernière lettre, et reservant à vous escrire, encore lorsqu'elle se sera présentée, je vous iliray que j'ay leu la funeste aventure du pauvre conte Fluvio Testi dans le Vl° tome du Mercure de nostre ami * avec une satislaction entière, ayant trouvé la confirmation

de tout ce que vous m'aviés fait l'bonneur de m'en mander, quand je voulus estre éclairci par vous du vray ou du faux de ce cpe Janus Nicius Erytbrœus en avoit publié à son désavantage. M'en voilà pleinement instruit non sans beaucoup d'indignation contre cet écervellé et ee téméraire, à qui il ne couste rien de desbonnorer par des relations sans fondement un mérite si élevé et une innocence si justifiée en la personne d'un des premiers bommes de nostre siècle. Je n'ay veu dans la narration de nostre ami qu'une cbose qui m'ait arresté^ qui est que le brevet dont l'avis avoit causé son infortune ne luy avoit point esté donné, M' de Saint-Nicolas, qui le luy portoil, l'ayant trouvé emprisonné lorsqu'il arriva à Modène, et je suis trompé si le mesme M' de Saint-Nicolas, maintenant évesque d'Angers, mon intime, comme frère , ne me dit, à son retour d'Italie , qu'il avoit traitlé avec luy dans vostre cour suyvant ses ordres et qu'il avoit appris son arrest, lorscj[u'il fut à Rome faii'e la cbarge d'ambassadeur dont la place ne fut remplie que long temps après par M"^ de Fontenay, adjoustant qu'il avoit sçeu de luy que l'édition de ses Poésies en deitx parties faitte à Modène par luy mesme estoit la seule qu'il avoiioit. [Je n'ose] pourtant l'assurer, ne me fiant j)as assés en ma mémoire sur un fait qui a de datte plus de vingt ans.

Au reste. Monsieur, vostre second sonnet sur les victoires du lîoy ne cède en rien au premier, et, sans son aisné, il seroit incomparable. Je les ay fait voir tous deux à M' Colbertqui lésa fort estimés et qui n'aura

' L'édition projelée ne fut point donnée.

- La Belle Esclave parut à Paris en ifiiS (in-/.").

^ Voir le recueil publié par Colomiès : Epifjrammes et madrigaux (la Rochelle, 1668, in- la).

" C'est-à-dire de Vittorio Siri, né à Parme en

1G08, mort en octobre i685, à Paris, où il résidait depuis longtemps. Graziani avait connu Pabbi' Siri à Modène, où ce dernier avait passé quelques années. On sait que le Mei-ctire {Il Mercurio) parut de iGi'i à 1683, en quinze tomes in-.'i°. Le tome VI, dont parle Chapelain, avait \u |p jour à Casai en 1667.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

pas manqué de prendre le temps de les faire voir à S. M. , à moins de quoy il ne lem' auroit pas fait entière justice. Gela est beau qu'au milieu des embarras que vous donnent les affaires , vous puissie's vous desrober à elles pour avoir encore quelque sorte de commerce avec les Muses , et que vous sortie's si bien de tout ce que vous entreprenés pour les unes et pour les autres. Il finit avoir une heureuse naissance pour cela.

Je reçois le bien que vous me dites du premier que je vous communiquay pour un effet de vostre civilité, et je n'ay garde de m'en enfler ni de vous en croire au pied de la lettre. Quant vous me manderés la mesme chose du second que je croy qui aura passé jusqu'à vous, je ne vous en croiray pas davantage , et ne laisseray pas de vous en demeurer obligé comme d'une marque de vostre bonlé pour moy et de ce voile que l'amitié met sur les défauts de ceux qu'on aime pour ne les pas voir ou ne les voir (ju'à demi.

Je suis de toute ma passion. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce i février 1G68.

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