CCCXXXIII
À M. WAGHE^SEIL,
PROFESSEDB BU LANGUE DÉBRAIQUE , ETC. , À ALTDOr.P.
Monsieur, vos trois dernières lettres, aux premières desquelles j'ay respondu, sonttlu XIX septembre, du xni octobre et du n d<^cembre 1667. Je vous les niarcjue afin que vous voyés si vous en avés escrit davantage , comme je le soupçonne à cause que M' Bœclerus, par qui j'en ay receu une^ me mande que j'en dois avoir receu deux. Les deux der-
nières estoieiit fort courtes et ne m'apprenoient rien du succès de vostre empioy ni du travail auquel vous vous estes déterminé pour en faire une offrande au Roy. Pour moy, j'inclinerois fort, et je vous l'ay desja dit, que ce fust celuy du commentaire de saint Athanase sur les pseaumes.
Quant aux nouvelles publiques , estant éloigné de Vienne et de Ratisbonne, vous ne les avés guères pures, et n'en sçavés que ce qu'il plaist aux émissaires de la maison d'Autriche de vous en faire sçavoir. J'ay grand' peine à croire surtout que la Suède se déclare pour l'Empereur qui est son ennemi naturel et l'affoiblissement duquel seroit tout à fait son conte aussi bien que nos avantages, n'ayant rien à appréhender de nous et en pouvant espérer toutes choses. Elle fait toutes ces mines pour se vendre plus chèrement b nous dont les secours sont presens et solides, ce qui ne se trouve aucunement dans le parti contraire. Brandebourg et Saxe seroient plus à craindre. Ils songeront pourtant à deux fois à se déclarer contre nous et se contenteront apparemment de s'entremettre de la paix qui est une proposition honneste et qui ne les engage à rien. Nous avons desja des envoyés du premier en cette cour et nous croyons ceux de l'autre en chemin pour faire le mesme office.
La mort du fils de l'Empereur ' ne servira pas beaucoup à ranger les princes de l'Empire dans ses inlerests que la naissance de ce prince avoit relevés notablement. Le Roy ne refuse rien qui soit raisonnable poiu' l'accommodement, mais nulle ligue qui se face contre luy ne l'estonnera ni ne le fera démordre de ses justes prétentions. Si ceux qui ont jalousie de ses forces sont prudens ,
' L'empereur Léopoid avait épousé, le 12 dé- Dans l'Art de véiifw les dates on n'a mentionné cembre t666, Margueiile-Thérèse, fille de Phi- ni la naissance ni la moit du petit prince, qui
lippe IV, roi d'Espagne, morte le 12 mars 167.S. aurait vécu une année à peine.
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
ils ne le mettront pas en estât de s'en servir, et concurront à luy faire avoir raison de ses demandes légitimes, sans se laisser mal à propos embarquer dans une affaire riiineuse et oîi, à le bien prendre, ils n'ont rien à gaigner et peuvent assés perdre.
Le petit ballot que vous avés dessein de m'envoyer, oii sont enfermés le raodeUe de la cariole qui va sans chevaux par une machine que remiie celuy qu'elle porte el le verre teint en noir, viendra tousjoursàtemps , pourveu qu'il vienne seureraent et par occasion d'ami. On n'en a point du tout d'impatience.
Tenés .\r Bœclerus en bonne humeur pour l'envoy de nos lettres et qu'il connoisse par vos billets que vous vous en tenés fort son obligé.
Vous me ferés sçavoir vostre sentiment sur la relation latine De statu impcni que je vous ay desja demandé plus d'une fois.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ii" febvrier 16O8.