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CCCXXXIV

À M. HELNSllJS,

RESIDEItT DE M" LES ESTàTS DE H0I.L1.1DE ER SDÈuB, À LA HAYE.

Monsieur, j'apprens par vostre lettre du II de ce mois la résolution prise par M" les Estais à vostre retour à Stokholra en la mesme fonction que vous y avés exercée, sans supérieur ni compagnon, non sans quelque ayeida de costa qui vous y fera subsister {)lus commodément et qui marquera à chacun la considération où vous estes parmi les vostrcs et la nécessité qu'on y a de vostre industrie et de vostre probité. Si je ne regardois que mon interest, tous ces avantages d'honneur et de profit ne me resjouiroient guères, me voyant desclieu par là de l'espérance que j'avois conceïie de vous voir icy avec M' Van Beuning et en estât de recevoir sans circuit

les gratiflcations du Roy comme nos antres amis de vos quartiers qui en ont jouy jusques h présent sans trouble et sans scrupule. Mais, tournant les yeux sur vos interests qui me sont plus chers que les miens, je m'accommode sans peine aux ordres que vous avés receus de retourner à vostre tasche ancienne et j'y vois je ne sçay quel lustre flateur qui vous doit consoler de la perte de cette liberté que vous souhaitiés si fort pour pouvoir enfin disposer de vous mesme et vous posséder tout entier dans im genre de vie moins tumultueux. Vous n'avés pas esté si heureux dans le cours de la vostre que vous n'ayés besoin d'un secours estranger pour soustenir vos riiines et pour résister aux insultes de vos mauvais parens.

D'ailleurs, cet air glacé qui feroit peur à un autre s'est familiarisé avec vous et le long temps que vous l'avés respiré vous l'a rendu aussi naturel qu'il l'est aux naturels de ce propre climat. Plus vous y aurés séjourné, plus il vous restera de fonds dans la bourse et plus vous aurés de fondement pour prétendre aux postes principaux de vostre république, qu'au point 011 sont vos affaires jiarticulières je no croy pas qu'il soit expédient que vous évitiés.

11 n'en est pas de vous connue de moy qui rcjeltay autresfois les emplois utiles et honnorables que la fortune, s'il le faut ainsi dire, me jettoit à la teste, parce que mes establissemens estoient solides, mon bien plus grand qu'il ne me falloit pour vivre heureux, et qu'outre cela l'engagement du travail que j'avois entrepris estoit incompatible avec les affaires publiques. Embrassés donc, Monsieur, gayement la charge que Ton vous a continuée , el faites vous en un honneur plustost qu'une charge pour vostre repos.

Nous ne laisserons pas d'entretenir nostre commerce pour estre séparés par un |)lus grand espace de terre , et , entre les choses

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

qui vous pourront adoucir la rigueur de ce climat, je ne conte pas pour peu l'ami que je vous a y donne, je veux dire M" de Pomponne, qui, de son costé, tempérera les amertumes de son ambassade par les délices de vostre conversation. Pour moy, si rien devoit m'aider à porter patiemment vostre absence, ce seroit ie séjour de M' Van Beuning en celle cour, car estant un autre vous niesrae, en le voyant je me figurei'ois de vous voir et trouverois en luy deux personnes qui me sont chères également, il est digne de tout, et le consulat d'Amsterdam est encore au dessous de son mérite. Il est assés jeune pour tenir un jour la place des grands hommes sur qui s'est reposé le soin de la républicpie et le maintien de la liberté, et je luy ay prédit, il y a long temps, que Ion ne le soulïriroit jamais en pleine possession de la sienne, estant de ces rares sujets qui sont nés pour le bien commun.

Ma santé dont vous estes curieux est tousjours foiblo et essuyé très souvent des bourrasques du mal périodique dont je vous ay souvent parlé. Mettes vous en l'esprit en repos, comme je fais.

Je reccvray avec double plaisii* vostre Prudence de la main de noslre illustre ami , quand il sera arrivé'.

Je n'ay point sceu si M" Gra3vius et Gruterus avoient receu les petites poésies que je leur ay envoyées, au premier par M' Van

' Aurelii Priideniii démentis quœ exiant. Nicolaus Heinsius Dan. Fil. ex vetiistissiinis exemplanbus recensuit, et animadversiones adjecit (Amsterdam, Daniel Eizevier, 1667, petit in- 12).

* P. Virgilius Maro accurante Nie. Heinsio Dan. Fil. (Amsterdam, ex ojficina Elzeviriana, 16G8, in-2 4). C'est tout simplement ia réimpression du Virgile de i6^ (in-ai).

^ Ferdinand de Furstember(j, dont il a été déjà question en ce volume.

* Les poésies latines de l'évèque de Paderborn ont eu diverses éditions. On cite surtout Tédition

Beuning et au second par un mai'chand de Roterdam qui m'apporta une lettre de luy, il y a deux ou trois mois. Si vous en avés connoissance, vous m'en informerés, s'il vous plaist.

Quant au Virgile, puisqu'Eizevir vous eu presse, il n'y a nulle dilTiculté à le iuy ac-

rder

sans les animadversion>

desquelles vous donnerés assurance pour ia seconde édition au lecteur, vous contentant de mettre à la fin les diverses leçons et les notes succinctes. Mais il sera absolument nécessaii-e que la dédicace au Roy soit pompeuse , magnifique , estendiie et qu'elle tienne du panégyrique, si ce n'en est, dans lequel vous desployerés ses vertus et ses actions en desployant toutes les voiles de vostre éloquence , car à moins que cela il vaudroit mieux ne la luy point dédier. Connue l'épistre dédicatoire est la dernière feuille qui s'imprime , vous aurés du temps pour y penser et pour l'exécuter.

La sorte de reconnoissance de M' l'evesquc de Paderborn^ pour les soins que vous avés pris de son Prudence m'a plu et m'a semblé d'un honneste homme. Vous m'avés surpris en me disant qu'il est excellent poêle latin'' et m'avés fait naistre l'envie de voir de la poésie allemande qui soit digne de noslre admiration. Je n'en connoissois d'estimable que celle qu'Erbanus Hessus a employée dans sa version de ^'Ihade^

donnée par Daniel Eizevier (Poemata Ferdinandi baronis de Furslenbcrg, Amsterdam, 1671, in-S") et celle qui, par l'ordre de Louis XIV, fut donnée par l'imprimerie Royale (1G86, in-foi.). Voir sur les poésies de F. do Furstemberg les Jugemens des Savans d'Adrien Baillet (édition in-4°, t. V, 1722, p. 321 et 022).

^ Helius Eobanus Hessus naquit, comme son surnom l'indique, dans la Hesse, à Bockendorp (janvier ii88). Il mourut en octobre i54o. Sa version de ïlliade a été encore plus vantée par un critique allemand ( 1801 ) que par Chapelain.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Il m'importe que M' Sceffer sache que je n ay receu de luy que deux lettres et point de ses ouvrages du tout.

M' le duc de Montauzier est avec le Roy dans son expédition de la Franche Conté. Si vous luy rescrivés, je luy rendray vostre response à son retour.

De Paris, ce viii février 1668 '.

M. Boissonade s'est finement nooiiué de Tenthousiasnie de ce critique dans le passage suivant de l'article Eohanus de la Biographie universelle: trM" Kuinol dit qu'en lisant l'Iliade d'Eobanus on croit lire Virgile. Nous nous en rapportons à M' Kuinol, mais il est Hessois, et peut-être l'amour du pays l'a-t-il uu peu aveuglé sur le mérite de son compatriote.-^

^ Le 19 février. Chapelain écrivit (f* /i02)à l'abbé de Chavaroche, général de l'ordre de Grandmont, en faveur, dit-il, d'un de «mes amis intimes». Cet ami «est M' Régnier Desmarests qui, ayant donné au Roy grande satisfaction dans l'employ du secrétariat de l'ambassade de Rome près de M' le duc de Crequi, a attiré de S. M. la grâce d'un bénéfice de vostre ordre qui estoil en sa nomination dans lequel il s'ira installer aussitost que ses bulles seront venues, ce qu'il ne fera pas sans vous rendre les respects qui vous sont deus comme à son général. Sa vertu qui se fait d'abord connoistre pouvoit seule suffire pour le faire considérer par vous sans autre recommandation... 11 a... tant de qualités estimables soit pour les bonnes lettres, soit pour les affaires du monde et tant d'amis importans en celte Cour, que de tous ceux ([ui sont dans vo«tre dépendance ce sera peut-cstre celuy de qui dans les occasions où vostre ordre ou vostre personne auront besoin d'y estre servis, vous tirerés le plus d'assistance. . . n Le même jour. Chapelain (f /io3) se plaint à l'abbé Marucelli de Dali qui n'a encore rien fait du panégyrique de Louis XIV depuis si longtemps promis: rrPour le panégyrique je ne vous puis celer que j'ay trouvé bizarre qu'avant que je luy eusse présenté les grâces du Roy il m'eust sollicité de son pur mouvement

CCGXXXV.

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