PROFESSEUB EU HEBREU ET EN JURISPRUDENCE, À ALTDORPH
Monseigneur, par vostre respouse du
' Le lendemain, Chapelain ((^ /liG) raconte à Bœcler ce qui est arrivé pour ses lettres substituées l'une à l'autre. «Pour moy, dit-il, à l'ouverlure de la sienne [la lettre à Colberl], je fus frappé comme d'un coup de foudre, et après une lonjTuc agitation, je n'eus point d'autre parti à prendrequedelaluy envoyer ouverte avec un billet d'excuse sur cet accident où je vous descliargeois le mieux qu'il m'esloit possible de celte beveiie et la rojeltois toute sur vostre valet.-' Le i5 mai, Obapelain écrit à Grœvius (T i/17) : «Ce m'est une chose fort glorieuse et fort chère de me trouver en vostre souvenir et plus chère encore d'en avoir de temps en temps d illustres n)arques, par la grâce que vous me faites de me mettre au nombre de ceux que vous honnorés ou de vos compositions ou de celles de vos amis à qui vous avés la charité de donner ou de conserver la lumière. Après l'ouvrage de re vestiaria de feu M' Rubens, qui vous doit le jour, dont vous me fistes part il y a deux ans, après vostre Hésiode, dans lequel vous m'y en fistes prendre une plus grande encore, voicy que vous me régalés de nouveau de vos notes sur le pseudosophiste de Lucien dont je ne suis pas moins confus qu'obligé. ..t Le même jour. Chapelain s'adresse en ces termes à Gronovius (f* ^48) : «La république
litteiaire vous est principalement obligée du soin que vous avés pris de chercher à faire voir le joui aux exercitations grecques de M' Grenteniesnil et de l'authorilé qui vous a pu faire engager vos libraires hollandois d'honnorer leurs presses d'un si bon livre. C'est un thrésoi' dont vous avés enrichi le public qui vous en doit reconnoisln; pour le second père. J'en féliciteray l'autheur quelque jour et Iny feray sentir combien il vous en est redevable...-' Chapelain le remercie de l'envoi de son Hesychiusct regrette qu'il n'en ait pas envojé un exemplaiie à (^olbert pour sa bi- Idiotbèque. Il ajoute: TL'édilion que vous médités du Tacite avec vos jugemens critiques et ceux des autres sçavans du premier ordre est un vray livi o à le luy addresser, si vous n'aiuiés mieux l'addresser au Roy avec une dédicace panegyricpie, digne d'EUe et de vous, ce qui seroit bien plus au gousl de son sage ministre. Au cas que l'oraison funèbre de M' Golius s'imprime, nous prendrons plaisir à la voir. . . M' Luper nous a transcripl ce que vous souhaitiés sur celle matière [monnaies anciennes] des manuscrits de la Bibliothèque du Roy où il a trouvé un facile accès par mon entremise...-'
- Imprimée dans le recueil de M. P. Clément (L V, p. 634 et 035, note).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
XIII iivril ', je (rouve beaucoup de surprise, de ravissement et de ressentiment de la nouvelle gratification que .M' Colbert vous a obteniie du Roy. Cela vous sied bien, la continuation de semblables faveurs estant si peu ordinaire en d'autres princes. Mais je voudrois qu'au lieu de m'en rapporter le mérite entier, qui n'en ay que la moindre partie, vous l'eussiés rapporté principalement à M' Colbert, qui en est le principal promoteur. Je voudrois que vous l'en eussiés remercié par une lettre expresse, que vous devés aussy bien à celle qu'il vous a fait l'honneur de vous escrire en vous envoyant le bienfait de S. M.
Je veux croire que, dans ce bonheur non attendu, le tempsvous ayant manqué pour luy en rendre les grâces qu'il mérite, vousaurés remis à l'ordinaire suyvant à vous aquitler en bonne forme de cet indispensable devoir, et que le paquet qui porte voslre despesche est maintenant en chenn'n et prest à m'estre rendu, afin que je vous serve dans le remerciement cftmme j'ay fait dans la poursuite de celte libéralité nouvelle. J'espère que, par le mesme courrier, vous me donnerés avis de la réception de ma pënultiesme, envoyée à Strasbourg sous l'enveloppe de M' Rœclerus , qui n'aura pas négligé de vous la faire tenir si elle luy a esté portée, ce que je n'ay encore pu sçavoir.
Songes, je vous prie, à quelque chose pour le monarque et pour le ministre, qui vous face paroistre digne de leurs faveurs, leur addressant à chacun leur offrande séparée , qui vous mettra à couvert du reproche de mesconnoissant et qui dégage la parole que j'en ay donnée sur la vostre. Quand il n'iroit que de mon interest, vous le fériés, tant vous avés le cœur bien placé; mais de
plus, y allant du vostre, je puis craindre que vous ne le faciès pas.
Un certain iM' Boquillard, dont je n'avois jamais ouy parler, m'cscrit familièrement et pressaniment lettres sur lettres que je le fasse connoistre pour habile homme à M' Colbert et que je le sollicite de luy faire du bien , afin qu'il puisse venir en Erance, jene sçay à quoy, mais non pas à ses despens. Une telle manière d'agir est jusqu'icy sans exemple, et ce [ici un mot en blanc suivi des deux mots latins soulignés : per se] a creu avoir assés de droit d'en user ainsi, en joignant à ses lettres, mais, de sa main, les attestations que M'Bœclerus et ses autres maisires luy ont, dit-il, données, d'avoir esté sous eux un sage et diligent escolier. H vous allègue aussi comme un de ses bons amis et me prend pour un pourvoyeur de personnes mal à leur aise ^.
Je vous ay deu donner cet avis afin que, s'il vous demandoit des recommandations pour le mesme sujet, vous ne les luy accordiés point, et que vous luy fassiés mesme connoistre que vous n'avés pas pris un si mauvais chemin pour parvenir oii vous estes arrivé, et que l'on ne traitte pas ainsy avec des gens qui sçavent ce que c'est de vivre et pour qui on doit avoir de la considération.
J'atlens de vos lettres amples et suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xv iiiay 1668.
À M»" L'ÉVESQUE D'ANGERS
À ANGERS
Je ne suis pas sans quelque honte d'avoir esté prévenu par vous dans l'escriture , quoy-
' M. Clément a imprimé le 8 avril pour le i5.
'■' Chapelain, le 27 du mois précédent, avait écrit {{" klio) à cet indiscret Boquillard «naguère gouverneur du prince de Brandebourg, à Mont-
béliard.n Le \h mai, il s'était plaint à Boeder (lettre déjà citée dans la note 2 de la précédente lettre) de l'imporlunité de ce même personnage.
que je ne l'ave point este dans le souvenir. Car si vous m'avés conservé dans vostre mémoire, la mienne a tousjours esté remplie de vous, et d'une manière que toutes les choses qui vous regardent m'y ont tousjours esté présentes, sans vous perdre jamais de veiie en aucune de celles qui vous louclient le plus au cœur. Cela a fait que , comme la plus part n'estoient et ne sont encore nullement agréables, et que jay depuis si long temps espousé tous vos interests , j'ay souffert en vos peines tout ce que Dieu a permis que vous soufTrissiés, mais avec Lien moins de constance et de résignation que vous. Je me trouve aujourd'huy au mesme estât, vos croix n'estant pas toutes consommées, et les plus fortes esjjreuves estant à venir, ce qui me tient dans un travail d'esprit et un pressemenl de cœur' qu'il n'y a que vostre cœur (|ui les puisse comprendre. Si j'eusse eu des paroles pour les expliquer, j'aurois , il y a long temps, rompu mon silence, dans quelque accablement où je sois d'affaires domestiques et estrangères, dont je ne me puis faire soulager par qui que ce soit, quelque mauvaise sanlé que j aye, depuis huit ou neuf ans, qui ne diffère guères d une maladie, (juelques [)crtes de bien notables que linlidelilé des uns et la négligence des autres m'ayent causées. Mais de tout cela qui me charge à m'y faiie succondjer je n)e sentirois assés vigoureux pour m'en défendre et pour le regarder comuie des maux légers, s'ils m'attaquoient auprès de vous et que je fusse fortifié par vostre présence et par vostre exemple. Dieu ne veut pas que j'aye cette consolation et je m'accommode à sa volonté. Je fais du reste mon devoir où il s'agit de couibaltre pour vostre justice et me déclarant en toute rencontre partisan de
vostre vertu. Dieu vous donne la force dessuyer victorieusement les assauts dont vostre solide piété est menacée et à moy la patience qui ra'eschappc souvent de voir ce que je voy et qui ne devroit certainement estre veu ni de moy ni de personne. Dubit Deus lus qiioquc finein '.
De Paris, ce xix may 1668.
A M" L'JiVKSQUE DE VE.\CE,
À TENCE
J'ay rcceu parle soin de M' Conrart vostre version expliquée du Nouveau Testament \ Ce que j'en ay desja leu tant des préfaces que du texte ma rempli d'estime pour lexcelience du travail, lequel, selon moy, respond si exactement à la majesté de l'original qu'il luy peut en quelque sorte estre égalé avec cet avantage de plus que les illustrations succintes que vous y avés entresemées, luy conservant ce qu'il y a de vénérable , l'accommodent à la capacité des plus simples et le leur fait comprendre et gouster avec toute la facilité possible. V^ous avés fait cent choses toutes utiles aux chrestiens et d'une éditication très grande. Mais cet ouvrage cy laisse bien loin tous les précedens derrière, non seulement pour sa matière, mais encore pour sa forme et pour le jugement que vous y a\és apporté.
Après cela, jugés quelle obligation je vous ay de m'en avoir fait part et combien je vous dois d'actions de grâces ! Je ne m'esleudray pourtant point à vous en faire d'ambitieuses et d'affectées, sachant que vous lises dans mon cœur et que vous n'estes point ami de paroles superflues. Je vous diray, au lieu de cela, que la traduction du mesme
' Je ne trouve dans aucun autre écrivain les mois pressement de cœur employés au lieu de serrement de cwur.
- Virgile, Enéide, iiv. I, vers 2o3.
' Version expliquée du Nouveau Testament (Paris, 1668, a vol. iu-8").
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
livre imprimée à Mons' ayant souslevé contre elle les ennemis de son autheur ou de ses autheurs, l'alarme a esté au camp à l'apparition de la vostre, et que M' le Chancelier, pour ne vous en avoir point accordé de spécial privilège, l'a fait saisir par un huissier de la chaisne, ce qui donne fort à courre h vostre libraire et à vos serviteurs, mais poui'veu qu'il ne vienne rien de Rome sur le sujet de semblables interprétations vulgaires , nous espérons que cette saisie n'en empeschera pas le débit, puis({u"il est permis à celle du Père Amelote, lequel n'a pas sans doute manié ce sujet avec {)lus de circonspection que vous ".
Ce que vous avés dit dans vos avantpropos de la morale corrompiie pourroil bien irriter ses crabions et rendre la permission de la vente plus difficile. Vous sçavés que cet article est pour eux un noli iite tungere et que , n'ayant rien de bon à respondre là dessus, ils s'oflensenl qu'on les réduise ad metam non loqui, comme disent M" nos maistres. Ce sera bien autre chose si vous continués dans le dessein de faire un ouvrage particulier sur la mesme matière pour préserver ou purger vostre diocèse de ces
turpitudes qui feroient horreur mesme aux honnestes desbauchés de la vieille Rome et ne pourroient estre souffertes que [)ar des Tibères et des Nérons. J'apprendray volontiers si vous l'avés commencé et quel volume ce trait té fera.
Le second de Joseph de la version de M' d'Andilly n'attend que l'heure de paroislre \ non plus que la Response au ministre Claude ^ sur la perpétuité \ etc. , dont les docteurs qui l'ont examinée parlent très avantageusement.
Ménagés vostre santé. La mienne est très mauvaise, mais en quelque estât que je sois, je suis lousjours entièrement à vous.
De Paris, ce xxii may 1668^.