A M" DE ROHAN
IBBESSE DE UALENOU , À MALENO'.-.
Madame, quelque peu que j'aye mérité d' estre au nombre de ceux que vous avés gratifiés de vos saintes paraphrases \ je n'ay pas esté si surpris d'une si grande faveur
' Sur le Nouveau Testament de Mons, qui est presque en entier l'œuvre de M. de Saci, voir le Port-Royal de M. Sainte-Beuve (t III, p. 348, 3Ô7-360, etc.).
* Le Nouveau Testament de Noire-Seigneur Jésus-Christ, traduit en français sur l'ancienne édition latine, etc., Paris, Muguet, 1 666-1 667-1 670 , Il vol. in-S". Voir, sur cette édition et les nombreuses éditions qui la suivirent, rarticle Amelotte dans VEssai de bibliographie oratorienne du P. logold (Paris, i88o, p. 7-9). Denys Amelotte, né à Saintes en 1606, entra à l'Oratoire en i65o et mourut en octobre 1678.
^ Le premier volume do l'Histoire des Juifs, traduite du grec de Flavius Josèphe, avait paru en 1667; le second volume parut en 1668 (Paris, Pierre Le Petit, in-foi.).
* Jean Claude, le plus célèbre des controversistes protestants du xvn' siècle, naquit à la Sauvetat-du-Dropt en 1619 et mourut à la Haye en
^ La Réponse générale à M. Claude , par Antoine Arnauld, ne parut qu'au commencement de l'année 1671. Chapelain veut sans aucun doute parler du grand ouvrage d'Arnauld, La Perpétuité de la foi sur l'Eucharistie, dont le premier volume fui publié en janvier i66y.
" Le 26 mai. Chapelain encourage encore Dali (f° h5']) à travailler au panégyrique de Louis XIV, lui disant: «C'est dans la louange des héros qu'il faut déployer les inaistresses voiles de l'éloquence, n et lui faisant espérer qu'il mérileia '^le nom de nouveau Pline '.
' La Paraphrase du Psaume de la Pénitence,
LETTUES DE JEAN CHAPELAIN
que de J'expression dont vous en avés revestu et illumine' le sacré texte, lequel pour esire du plus sage des roys se peut dire avoir eu besoin de vostre secours pour mettre en leur jour ce qu'il a de plus mystérieux dans les pense'ees, et vous devoir la principale part de la gloire qui luy en reviendra parmi nous. C'est, Madame, un ouvrage auquel, pour eslre entièrement parlait , il ne manque rien que vostre illustre nom à la teste. Mais, sauf le respect de vostre modestie , il ne faut pas que la chose en demeure là , et quand ce ne seroit pas pour vous payer en ({uelque sorte la grâce qu'il vous a plu de me faire, en me l'envoyant, pour vous faire au moins justice et achever ce qui se trouve à dire à sa perfection, je veux estre la trompette qui apprendra au monde à qui il a l'obligation d'un si utile et agréable présent , afin qu'il sache à qui en sçavoir gré et qu'il redouble la vénération qui est deiie à ce saint livre par la considération de l'original merveilleux et de la copie plus merveilleuse que vous en avés faitte.
Il reste. Madame, de vous exhorter. à donner du mesme stile ce que vous avés de prest sur rEcclesiasliquc qui est la seule pièce qui défaut à ce divin travail , et qui est du mesme stile et du mesme espi'it que les autres , ou , si vous n'y avés encore mis la main , de vous supplier d'y appliquer vostre plume pour la consolation des gens de bien et pour l'utilité publique.
Cette prière vous tiendra lieu, s'il vous plaist, du remerciment que vous doit de vostre obligeant souvenir. Madame, vostre, etc.
De Paris, ce xxviii may 1668.
imprimée à Paris en 1667 et réimprimée en {Lettres et pièces rares on inéditei,f.s'jhela']6),
1675, t68i et 1691. Voir ce que dit de cet ou- d'après l'original de la bibliothèque de l'univer-
vrage Huet en ses Mmoires (traduction déjà citée, site de Munich. Les deux textes sont identiques,
p. 1 a 2 ). ^ Le G juin , Chapelain annonce ainsi à k M^' de
' Celte lettre a élc publiée par M. Matlcr Lionne;? l'envoi du /Vude?!ce (P /1C2): «Monsei-
À M. GROISOVIUS,
PBOFESSKCR ,
À leyde'.
Monsieur, par la response que j'ay receûe à mes dernières que j'escrivois à M' Heinsius et que j'avois mises sous vostre enveloppe, je voy que vous avés receu celle que je faisois aux deux vostres, et je me promets que vous ra'aurés fait la grâce d'envoyer à M' Grœvius celle qui s'adressoit à luy dans vostre paquet, et je vous en rends grâces d'avance.
J'avois espéré d'avoir une response de vous à la lettre dont M'^' Colbert avoit accompagné la gratification du roy. et qui estoit pour vous une nouvelle grâce. Il ne s'y agissoit pas d'un grand discours , mais d'im tesmoignage de ressentiment de cet honneur quil vous a fait, et qu'il est d'un devoir indispensable que vous y satisfassiés avec tout le respect et toute la civilité possible. J'attends de vous ce compliment là par le premier ordinaire, afin que je le puisse joindre à huit autres que j'ay receus des gratifiés du fonds de l'Allemagne et de l'Italie, desquels j'ay suspendu jusques là la présentation en vostre faveur, de peur que vous fussiés remarqué comme le seul qui auriés nianqué à vous en aquiter.
Les autres marques publiques que vous luy en voulés donner viendront à loysir. Pour cette particulière cy il n'y a pas un moment à perdre.
Je suis fort sincèrement, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce T'juin i668^
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
A M" COLBF.RT,
COHMàNDEUR DES OBbllES DU BOT ET MI^JISTRE O'GSTAT, EN COUR ^
Monseigneur, ce paquet vous porte les actions de grâces de la meilleure partie des gratifiés de delà les monts, entre autres celles du conte' Girolamo Graziani , qui, non content de celles qu'il vous rend, y a joint celles qu'il rend au Roy, dont les autres se sont abstenus par respect, croyant d'ailleurs satisfaire à Sa Majesté en vous tesmoignant dans leurs lettres combien ils ont de ressentiment de la continuation de ses largesses.
MM" Heinsius, Vossius, Hœclerns, Gonringius et Wagbenseil se sont desja aquités de ce devoir à vostre égai'd, comme ils me le mandent. M' Gronovius vous prépni'c un remerciement public par quelque ouvrage qu'il vous destine \ Pour M' Hevelius, qui est à Dantzik , le grand éloignemenl de ce lieu fait que le sien n'a pu encore venir jusqu'icy.
Vous devés, Monseigneur, avoir receu le
remerciement du signor Vigliotto, ce médecin de Piémont duquel vous me cominandastes, il y a trois ou quatre mois, d'examiner l'histoire abrégée du Roy depuis son avènement à la couronne, et dont j'eus l'honneur de v.ous rendre un conte exact aussi lost que je l'eus repassée. A quoy j'adjousteray icy que, sur l'occasion de la gratification de Sa Majesté que vous luy avés fait continuer, en luy envoyant vostre lettre, je luy escrivis, comme je fais à tous les autres en pareilles rencontres, et luy manday ce qu'on a voit jugé de son livre en cette Cour, afin que, s'il le remet- (oit sous la presse, il le retoucliast, et s'il en fgisoit la suite, qu'il y eust plus de soin de la gloire de feu Son Eminence qu'il n'en avoit eu dans ce qu'on en avoit veu.
Vous trouvères icy, Monseigneur, la copie de l'avis que je luy en donnay et celle de la response qu'il m'y a failte, que, veu l'importance de la chose, j'ay cru vous devoir communiquer, afin que vous me régliés, s'il vous plaist, sur ce que j'auray à luy répliquer, si vous trouvés nécessaire que je leface.
gneur, voicy un nouveau regale que M' Heinsius vous fait de son Prudence, auquel il a donné la vie par les restitutions qu'il a failles et les secours qu'il luy a fournis par ses illustrations et par ses notes. Depuis qu'il est venu au monde, il n'a poiiil paru si divin ni si beau et désormais, par le soin que cet excellent homme a pris de luy les Chrestiens le peuvent disputer aux Payens en matière de belle poésie, il a voulu que le présent passast par mes mains, s'imaginant comme tous mes autres amis que les choses qui vous estoient addressées esloient plus agréablement recèdes lorsqu'elles m'avoient pour introducteur. ..n Le même jour, Chapelain offrit aussi le Prudence, de la part de son ami, au duc de Montauzier (P '162 v"), et aux phrases de la présentation il ajouta ces vœux si souvent exprimés déjà dans ses lettres à Heinsius : «Je voudrois pourtant bien
que noslre ami quitast toute cette chagiine critique et la laissast pour tasche aux grammairiens qui ne sont bons qu'à cela. Ses talens plus nobles, employés selon leur force, sur des sujets qui leur seroientplus proportionnés, luy feroient bien davantage d'honneur, et donneroient un bien autre plaisir au public et à ceux qui l'aiment. Il est frappé de cette maladie et il en guérira difTicilement. Je vous supplierois volontiers d'essayer par vos exhortations à l'en desfaire, et je serois bien aise que vous réussissiés dans une cure où tous mes remèdes n'ont fait que blanchir, n
' bnprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 633).
- M. Clément a remplacé conte par conseiller.
^ Il s'agit sans doute du Plaute, dont il est question plus loin (lettre à Colbert du 18 avril 1G70).
LETTRES DE JEA.X CHAPELAIN
Outre la foiblesse et l'inelegance ' de son stile, cette attribution presque entière qu'il y fera à la feiie reyne mère de la conduite de lEslat, dans des temps si difficiles, laquelle, de l'aveu de tout le monde , appartenoit uniquement à feu M' le Cardinal, m'a semblé une chose choquante et d'un homme ou très mal informé ou peu bien disposé pour la mémoire de son bienfactcur et pour la satisfaction d'une personne comme vous qui Tavés fait honnorer des faveurs royales par la seule considération des bons sentimens que Sa feiie Eminence avoit pour luy.
J'allens vos ordres là dessus, et en attendant je vous envoyé le poëte chestien Prudence, reveu et remis en son lustre ancien, avec des notes par M"" Heinsius, lequel m'a prié de vous le présenter et d'obtenir pour luy une place en vostre biblioteque, dont en effet il est fort digne.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis avec mon zèle ordinaire. Monseigneur, vostre , etc.
De Paris, ce \iii juin 1668.
Depuis ma lettre escritle, j'ay receu un paquet de M' Hevclius où estoient les remercimens qu'il fait au Roy et à vous, Monseigneur, de la nouvelle gratification que Sa Majesté luy a faitte par vostre recommandation. La lettre dont il les a accompagnés m'apprend qu'il a envoyé en mesme temps à un banquier de Paris deux exemplaires de
' Diderot considérait à tort inélégance comme un néologisme, selon la remarque de M. Litlré, qui, s'appuyant sur le Dictionnaire de Dochez, déclare que le mot est dans Bossuet. L'exemple que nous fournit Chapelain est d'autant plus digne d'attention que le mot manque encore, en plein Xïiu' siècle, au Dictionnaire de Trévoux.
* Cometographia , i663, in-fol.
■* Machina cœlestis, pars pnor, 1 678. Voir sur ces deux ouvrages l'article Hevelim de Delambre ( Biographie universelle).
son ouvrage de la Cométogrophie^, pour le Roy et pour vous, lequel il dédie à Sa Majesté pour reconnoissance de ses faveiu-s , en attendant qu'il ait mis en estât son autre grand ouvrage de sa Machine céleste^, pour luy en faire une seconde offrande de plus grande considération que celle cy; et il en excuse la lenteur sur ce qu'il est destitué de tout secours, non seulement pour la composition , mais de plus pour les observations , construction d'instruments, supputations de calculs, graveurs' de planches et corrections dimprimerie, quil est réduit à faire tout de luy mesme et de sa propre main.
Il falloit vous rendre conte de ce détail , afin que vous eussiés la satisfaclion de voir combien il en reviendra de gloire au Roy et combien ses grâces et ses offices trouvent en ce grand personnage de généreux ressentimens ^
A M. M.^GLIABECCHI,
À FLOnENCE.
Monsieur, tout le temps que vous estes demeuré sans recevoir ma lettre , vous m'avés deu croire peu digne de la nouvelle grâce que vous m'aviés faitte de vous priver volontairement de vostre Brancateone pour m'en régaler *.
Je me trouve favorisé d'une troisiesme grâce par les lumières que vous me donnés
* Sic pour gravetires.
' M. Clément a rajeuni ce mot et a imprimé sentimens. — Le 6 juin (P 664 v°), Chapelain écrit à M. de Thou, «comte de Meslayn, pour lui envoyer le Ih-udence avec force compliments. Le 12 juin, il s'excuse, en une courte lellre à Colberl (P i63), de n'avoir pu, pour cause de maladie, lui apporter les remerciements des gens de lettres d'Italie.
' Suivent de longues explications qui n'intéressent personne et que je crois pouvoir supprimer.
LETTRES DE JEA^i CHAPELAI^^
des comédies maniiscriltes du Geccbi dont je n'avois aucune connoissance , ayant creu jusqu'icy que XAmmaJala estoit la dernière des siennes et mon désir de la voir ne s'estendant pas au delà. J'ay eu bien de la joye d'apprendre cela de vous, et je vous suis fort obligé de ce que vous me dites de celle cy en particulier, qu'encore qu'elle n'ait pas esté imprimée, elle a esté représentée plus d'une fois. Mais je vous le suis davantage de la peine que vous avés prise de m'en copier vous mesme le prologue dans lequel je reconnois l'air et le génie de son aulbeur pour le stile et pour le tour ingénieux qui luy est propre et qui convient à ces sortes de compositions quand elles tombent en de bonnes mains. Les petites lacimes qui s'y voyent ne diminuent rien de son prix et monstrent seulement ou qu'il ne lavoit pas acbevée de polir ou que celuy qui Ta transcrit y a fait des fautes qui ne doivent pas estre imputées à un si galant bomme. Je voy quelque apparence à ce que vous me mandés que M' Dati me vouloit faire voir la pièce entière sur ce qu'il me demanda , il y a quelques mois , un catalogue de celles que j'avois pour essayer de me recouvrer celles qui me manquent. S'il m'envoye celle cy, elle sera la très bien venïie.
Mais, Monsieur, puisqu'elle a plusieurs compagnes qu'on a aussi peu veiies qu'elle , ce seroit une chose digne de \V Micbele Erraini, vostre ami, qui les a par héritage, et à s'en faire un honneur qui ne seroit pas petit, de leur faire voir le jour. Et si j'y avois le mesme interest que luy, je ne m'arresterois point aux brèches ou aux vices de clerc, qui s'y peuvent rencontrer, puisque le bien
V passeroit inûniment le mal, et qu'outre l'ornement qui en reviendroit aux lettres toscanes, le public en profiteroit, soit pour le plaisir, soit pour l'exemple qui ne sçauroit estre meilleur pour ceux que leur inclination porte à de semblables ouvrages. Car, à vous parler franchement, je ne voy rien paroistre en ce genre depuis long temps qui ait , comme ces pièces là , le vray air et le bon caractère comique qui luy a tant donné de vogue chés les anciens Grecs principalement en celles de la comédie nouvelle, où Ménandre, Apollodore ' et quelques autres ont esté aussi loin que l'esprit humain peut aller. Pour les Latins, je ne m'estonne pas que le Gecchi, dans son prologue, leur donne un coup de bec et qu'il ne les ait pas voulu prendre pour ses modelles. Ils ne font bien que quand ils traduisent les Grecs, desquels ils empruntent surtout l'invention et la disposition comme ceux qui en sont tout à fait pauvres, en quoy le bon Térence, connaissant son foible de ce costé là, a du moins monstre de la cervelle, s'atfachant à eux pour l'une et pour l'autre, sans y mesler du sien ni les abandonner d'un pas; au lieu que Plante, lorsqu'il s'en est voulu écarter, est tombé dans l'extravagance dont le Gecchi l'accuse et qui fait un monstre de l'Amphitrion ^.
Vos Florentins ont bien marché dans la mesme route des Grecs pour ce qui regarde ces deux principales parties du poëme dramatique, parce qu'on n'en peut prendre d'autre sans s'égarer et sans pécher contre l'art, mais ils n'ont pas marché sur leurs raesmes pas, comme les Latins, parce que
^ Apollodore, qui paraît avoir vécu dans la dernière moitié du iv" siècle avant l'ère chrétienne, avait composé, dit-on, quarante-sept comédies. On croit que ÏHéryre et le Phormion de Térence sont des imitations de doux pièces d'ApolIodore.
CHAPELAIN. II
- On trouvera sans nul doute Chapelain beaucoup trop sévère pour le plus grand des poètes comiques latins et particulièrement pour son Amphii7'yon, qui a si heureusement inspiré le plus grand des poètes comiques français.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'art ne souffre pas une si servile imitation , et qu'ils ont les ailes asse's fortes pour s'e'Iever bien haut de terre et pour faire un vol glorieux dans limmensite' de laii' poétique.
J'admire, au reste, les beveiies de M' Ailatius dans le livre que vous m'apprene's qu'il a publié . depuis peu , de la drammaturgie'. S'il y en a beaucoup de pareilles à celles que vous ra'ave's cotlées, il se fust pu passer d'entreprendre un semblable travail où apparemment il a employé les mémoires de gens estourdis et peu instruits de ces matières, sans s'estre donné la peine de les vérifier, ce qui ne fait pas pour sa gloire. Si l'ouvrage embrasse généralement tout ce qui a esté pratiqué par les anciens et par les modernes sur ce sujet là, il pourra y avoir du bon et du solide , au moins à l'égard des Grecs qui luy sont assés familiers pour n'avoir pas eu besoin de s'en rapporter à d'autres. C'est ce qui me fera prier quelqu'un de mes amis voyageurs de m'en apporter un exemplaire pour voir comment il s'en sera aquilé.
Cependant je vous rens milles grâces du soin si obligeant que vous avés pris de contenter ma curiosité jusques à me copier de vostre main ce prologue et vous prie d'assurer de ma gratitude vostre verlueux et sçavant ami de ce qu'il vous a permis de le transcrire pour me le communiquer, el qu'outre celte obligation, son aflinité avec son défunt autheur ne me le rend pas peu considérable.
Je suis avec beaucoup de passion , Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xv juin 1OG8'.
CCCUX.
À M. WAGHENSEIL,
PROFESSEUR EX DROIT ET Y.y BÉBRED .
À ALTDORP.
Monsieur, les lettres eucharistiques pour le Roy et pour M' Colbert que jattendois il y a si long temps et qu'il y a assés longtemps que vous aviés escrittes m'ont enfin esté rendues par le soin obligeant qu'en a pris M' Boeder. Toutes deux sont très dignes de leur sujet et de vous et quoyqu'il vous siée bien d'en parler modestement et avec doute d'y avoir réussi, vous auriés lorl si c'estoil tout de bon que vous ne les creussiés pas assés bonnes, car de toutes celles de celte nature qui m'onl passé par les mains, je n'eu ay pas trouvé trois qui leur pussent eslre comparées en bonlé ni en beauté. En les envoyant à M' Colbert je les accompagneray de l'éloge qu'elles méritent et feray voir le zèle que vous me tesmoignés dans la mienne pour le service et la gloire de S. M. sans oublier les ouvrages que vous luy préparés pour offrande. Ce sera dans l'épislre dédicaloirr qu'il faudra faire un effort d'élocjuence. et que cela ne vous face point de pour, car vous le pouvés autant ijue personne, si j(! m'y connois, et pourveu qu'elle soit aussi forte que celle que vous venés de faire, et un peu plus eslendue et plus particularisée, assurés vous qu'on aura grande raison d'en estre satisfait.
Vous ne donncrés rien au public (|ue de l'are el de curieux . lorsque vous luy donncrés cet ouvrage pseudo lalmudique de festo mrtium avec le commentaire qui en éclaircira
' La Dramattirgia est un catalogue en langue italienne de tous les ouvrages dramatiques publiés jusqu'à l'époque uiètne où écrivait Ailatius. Ce recueil a été réimprimé à Venise (« 755 , m-l\°).
' Le 18 juin, Chapelain (f ^179) félicite la
duchesse de Montauzier de la naî&sance de son petit-fiis. On sait que Julie- Marie de Sainte- Maure avait été mariée (16 mars i()Gi) avec Emmanuel de Crusse!, duc d'Uzès, auquel elle donna sept enfants.
LETTRES DE JEAM CHAPELAIN
les obscurités et qui monstrera ce que vous pouvés en une sorte d'érudilion si peu conimune '. Je me liendray bonnoré de l'addresse que vous me voulés faire de vostre Geinam', pourveu qu'en me iaddi-essant vous ayés soin de ma pudeur, ^b'^is prene's garde s'il vous sera aussi bonnorable qu'à moy de me faire cette de'dicace, et si ce ne sera point, en l'appuyant sur moy, l'appuyer sur un roseau fragile \ La promesse que vous me faites de m'aimer jusqu'à la mort et au delà me toucbc plus sensiblement encore, et c'est en cela que je vous laisse en vostre entière liberté et que je ne vous j)rescris point de bornes, vostre sincère et cordiale alfection me tenant lieu dune de mes principales ricbesses. ..
L'auteur de VEiirope vivante se nomme Cbapuseau *. Il ma trop fait de faveur en me traittant d'Homère, comme il a faiL\ Pour le plus hcureiii père qui fut jamais, c'est une suite de la louange (juil lu y a pieu me donner et il entend par celle ligure la paternité de la l'ucelle.
^.ous n'avons eu jusqu'icy aucune con-
noissance de cette bistoire qui a pour titre barbare Meinoria belli Ungaro Turciciet soyés certain qu'il n'a esté ni escrit ni publié en France. Ce doit pourtant estre' un ouvrage de considération puisqu'il a mérité d'estre bruslé à Vienne par la main du bourreau, et je feray mes diligences pour essayer de le recouvrer.
\ ous aurés eu aussilost que nous la conlirmation de la paix entre France et Espagne et les conditions du lrailté^ non sans admirer la générosité et le désintéressement du iloy dans cette occasion, où il pouvoit pousser ses conquesles avec toute justice et malgré tous obstacles, ce qui dément bien les calomnies de ce Bouclier d'Estat dont vous me demandés la réfutation comme nécessaire pour la justilication de nos armes, surquoy je vous diray qu'il y a quatre responses de différentes plumes dont mes yeux ont esté tesmoins et quelles paroistront en temps et lieux latines et françoises, la conclusion de la paix en ayant suspendu la publication.
De Paris, ce xxjuin 1668.
' Je dois à Tainicale obligeance d'un ériidit très versé dans la connaissance des choses hébraïques, M. Jules Dukas, le renseignement que voici : Le De feslo sortium n'a probablement jamais élé imprimé. C'était un extrait du Talmud, extrait relatif à l'histoire d'Esther et qu'on lit dans les synagogues à la fête anniversaire appelée Pourim ou fête des sorts. Le texte, aussi bien que la glose, appartient parfaitement au Talmud , et l'on ne voit pas pourquoi Chapelain — -d'après Waghenseilsans nul doute — appelle ce fragment pseudo-talmudiqiie.
* La Gemara dont il est ici question doit être , suivant M. Jules Dukas, l'ouvrage intitulé: Suta, hoc est liber Mischnicux de uxore adulterii suspecta (Allorf, 1674, in-/i° de plus de 1,200 pages). Il y a là des extraits de la Mischna (texte) et de la Gemara (glose), en hébreu et en latin, avec, un commentaire très développé.
^ Je remplace par le mol fragile le moi facile qui ne présente aucun sens et qui est incontestablement un lapsus.
'* Samuel Chappuzeau-, mort à Zell, « vieux, aveugle et dans l'indigence," selon l'expression (le M. Villenave [Biographie universelle), était un fécond et mauvais écrivain qui avait piibUé (en 1666, m-b") L'Europe vivante, ou Relation historique et politique de tous les Etats de l'Europe.
* Chappuzeau n'est pas le seul qui ail osé rapprocher Chapelain d'Homère. Balzac et Godeau ont eu la même témérité. Voir Mélanges historiques de 1878 (p. /io5, note 5).
^ Ce fut le 2 mai 1G68 que la France et l'Espagne conclurent, à Aix-la-Chapelle, un traité par lequel Louis XIV rendit la Franche- Comté à l'Espagne et conserva ses conquêtes de Flandre.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. SAMUEL TENNEWIL,
rEOFESSKlR EN LETTRES HUMAINES , À MMÈUUE.
Monsieur, n'ayant point eu de vos nouvelles depuis le remerciaient que je vous lis de vostre oraison inauguralle faitte à vostre installation dans l'Académie italienne d'Helmstad, j'estois en peine de vous et je ne sçavois en quelle partie du monde vous viviés ni quelle estoit vostre fortune. Vous m'avés éclairci de tout en m'envoyant le Trailté des Nombres d'iamblique publié, traduit et illustré de notes par vous \ J'ay veu par là vostre nouvel establissement à Nimègue, vos progrès dans les bonnes lettres et les solides fondcmens que vous y avés jettes d'une belle réputation. Comme j'en ay lavorisé les coramenceraens lorsque nous vous avions parmi nous, vous pouvés juger si j'ay ressenti de la joye de voir combien vous vous estiés avancé dans cette noble carrière et le sujet que cet eschantillon me donne de bien augurer de vos estudes à lavenir. Continués courageusement vostre course et ne perdes point d'occasion de vous y signaler.
Vostre épistre liminaire m'a pieu , surtout dans l'endroit où vous rendes un si glorieux tesmoignage à la vertu, au sçavoir et à l'bumanilé de M"^ Valois, en quoy, ne luy faisant que justice, vous justifiés voslre gratitude, et vous vous monstres digne de tous les avan-
' Jamblichus in Nicomachi Geraseni arithmeticam introductionem , et de faio ; nunc primiim edittis gr,, in latinum sermonem conversas, notis illustr. a Satn. Tennulio (Arnliemicc, 1668, 3 parties en 1 vol. ia-4°).
- Accedit Joach. Camei-ai-ii expUcatio in duos lihi-os Nicomachi. L'auteur du Manuel du libraire (t. III, coi. liç)li) nous apprend ([ucV ExpUcatio a un frontispice particulier, sous celle date: Daventria", 1667. Joacliim Camerarius naquit à Bani-
tages que vous avés retirés de sa communication. J'aurois souhaité qu'à la dédicace vous eussiés fait suyvre un avis au lecteur qui eust fait connoistre vostre capacité dans cette matière et qui en eust facilité l'intelligence aux autres. Mais le commentaire de M' Camerarius * et vos notes y pourront suppléer. Je suis seulement embarassé sur ce que vous dites d'avoii' esté le premier à mettre au juur ce Iraitté d'iamblique, car il semble que le commentaire de Camerarius face supposer qu'il l'auroit veu et publié mesnie. \ ous me demeslerés cela quelque jour.
Je finis en vous remerciant de vosti-e riche j)résent qui parera mon cabinet, et y tiendra l'une des places favorites de ma principale tablette. Assurés vous de la continuation de mon amitié et attendes de nioy ce que vous pouvés attendre. Monsieur, de voslre, etc.
De Paris, ce xxvni juin 1 068.
A M'^ L'EVESQUE D'ANGERS
À A.NGEnS.
11 ne me vient jamais rien de vous, Mcmseigneur, qui ne me soit précieux et dont je ne reçoive la plus grande consolation du monde. Mais, pour celle fois cy, la relation du miracle fait en l'une des paroisses de vostre diocèse ^ l'a sur toutes les autres et m'a donné lieu de louer Dieu de l'évidence
berg en avril i5oo et mourut à Leipsick en avril ijy.'i. On a de cet ériidil cent cinquante publications grandes ou pelilcs: on peut en voir la liste dans le tome XIX des Mémoires de Niceron.
^ 11 s'agit de la paroisse des Ulmes, canton de Doué, arrondissement de Saumur. M. C. Port, décrivant [Dictionnaire historique, géofp-aphique et biographique de Maine-et-Loire , t. III, p. C'17) l'église de coite paroisse, signale dans le mur dn
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
palpable qu'il luy a plu d'accorder à l'infirrailë de la foy d'une partie des chrestiens pour le plus saint de nos mystères, à l'édification de ceux mesraes qui , persuadés de la sainte ve'rilé , n'avoient pas besoin d'une si puissante confumation. C'est une faveur particulière pour vous. Monseigneur, que cela soit arrivé dans vostre diocèse et une assurance positive contre les mescreans que vous l'ayés vérilié vous niesme par une information régulière et qui porte avec soi sa preuve et son autborité. 11 faut espérer que les endurcis en proûteront, surtout nostre ami ' à qui j'ay envoyé vostre lettre, et cela devroit bien niesme porter coup pour la juslilication de vos senlimens dans l'affaire dont il s'agit.
S'il vous resloit quelcjue exemplaire de vostre lettre circulaire qu'on ne peut recouvrer icy, vous m'obligcrés de l'envoyer i)ar le messager à celuy qui ne sera jamais autre que vostre , etc.
De Paii?, ce dernier juin 1G68.
À M. DE MEDOIN,