À SAINT-GERMAIN
Monseigneur, jeslois sur le point de vous supplier de nous faire sçavoir si l'épislre que M' Valois addresse au Roy pour dédicace de i' Histoire ecclésiastique de Socrate, etc., pouvoit luy estre rendue avec nos remarques, pour mettre enfin léditiondecegrand ouvrage en estât destre mise aux pieds de Sa Majesté et publiée pour sa gloire, quand M' Perrault m'apprit qu'il la luy avoit envoyée par. vos ordres et que rien ne l'cnipescheroit désormais de faire son offrande, digne certainement du monarque h qui elle cstoit destinée.
Depuis cela, Monseigneur, ce grand astronome de Danlzik, M' Ilevelius. dont il y n trois mois que j'eus l'honneur de vous faire tenir les remercimens pour le Roy et pour vous, des dernières grâces qu'il en a receijes, après beaucoup d'obstacles inévitables
1 Voir sur le Josèphe d'Arnauld d'Andiiiy le Port-Royal de M. Sainte-Beuve (t. II, p. aS-s). L'ancien possesseur du recueil de icllres deCIiapelain n'avait pas remarqué la date du renieicieraenl adressé par Chapelain au traducteur pour le don du second volume de sa traduction, car il n'aurait pas mis 1669 pour 1668 dans celte phrase de la note 2 de la page 38a : «Des deux portions dont se compose l'ouvrage traduit , les Antiquités judaïques parurent eu 1667, et V Histoire
de laj;uerre des Juifs deux ans après, en 1669.-' ■ Bobcrl-Arnauld d'Andiiiy avait alors soixantedix ans.
^ D'Andiiiy ne devait pas publier d'autres traductions. II mourut six ans plus tard (27 septembre 1676). Une édition de ses œuvres complètes fut donnée, dans Tannée qui suivit sa mort, à Paris, chez Pierre Le Petit, 8 vol. in-foi.
' Imprimée dans ie recueil de M. Clément (t. V, p. 635 et 636).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
dans un chemin de plus de quatre cent lieues , a eu le bonheur que les exemplaires de sa Cometographie , qu'il vous envoyoit en mesme temps, soient heureusement arrivés, et que la fort une a permis que le beau sacrifice qu'il avoit fait à Sa Majesté de ses travaux immenses fust désormais à couvert de tout dan<jer et en estât de luy estre présenté par vous.
Ces exemplaires , Monsei<]neur, sont raaiutenant entre les mains de M' Carcavi, à qui je les ay laissés pour vous les faire voir, la première fois que vous viendrés en vostre biblioteque, et je ne doute point que la grandeur de l'ouvrage, la dignité de sa matière, les ornemens, les figures dont il l'a accompagné, et la beauté du papier et de limpression, qui ne cède de guère à la aostre, ne plaisent à vos yeux et vous prouvent le bon cœur de son autbeur, qui a creu ne pouvoir reconnoistre les grands bienfaits de Sa Majesté que par de fort grandes choses. 11 s'engage donc par son épislre dédicaloire, et me le confirme par ses dernières, qu'il n'en demeurera pas là et qu'il ne s'en croira bien aquilté envers Sa Majesté qu'il ne luy ayt dédié son autre grande entreprise de la Machine céleste, a la construction de laquelle il est maintenant tout appliqué, et qui sur[)assera encore celle de sa Cometographie en l'estendiie et la sublimité du dessein. De sorte, Monseigneur, que vous aurés la joye d'avoir dignement employé en ce savant personnage les grâces que vous luy avés procurées, et d'en voir le nom du Roy glorifié, autant qu'il le sçauroit estre
par des escrits qui dureront autant que les cieux.
Je croy pouvoir, sans vous desplaire , selon vostre intention, luy donner assurance que son riche présent a esté receu agréablement de Sa Majesté et de Vous, et l'exciter par là à continuer son autre travail , pour en avoir le mesme gré que de celuy-cy, pour l'honneur de Sa Majesté et pour l'utilité publique. Pour cela, je n'en attendray point vos commandemens, jugeant que rien ne m'en peut faire désavouer par vous et que j'y suis obligé , Monseigneur, comme vostre , etc.
De Paris, ce xviii aoust 1668.
CCCLXVII.