‹ Lettres. PubliéesChapitre 160 sur 309 · À TOLOSE · texte numérisé non relu

À TOLOSE

Monsieur, si le luailieur pouvoit rendre un homme coupable, ce seroit moy qui le serois et non pas vous" de ne m'estre pas trouvé' elles moy les deux fois que vous pristes la peine d'y venir pour' m'honnorer des deux exemplaires de voslre discours sur la noblesse des Capitouls de voslre ancienne'^ ville de Tolose. J'eus le malheur d'eslre en sanld' lorsque vous vous donnastes celte peine, el

je vous ovoiie qu'en cette rencontre' je la trouvay' pire que la maladie qui me retient au moins" au logis quand elle m'attaque'" et que j'eus regret de me porter alors asse's bien pour ne me le faire pas garder". Je me consolay, Monsieur, de la disgrâce de vous avoir laissé partir sans vous voir'', par la lecture du beau discours que nous avions desja veu ensemble '% et il me remit si bien tous les traits de vostre esprit et de vostre jugement'* que je ne vous trouvay presque pas à dire et qu'en le lisant et le relisant il me sembla tousjours converser avec vous '\ Je demeuray seulement incertain du succès d'une affaire si

plaire ie plus seroit des notices seures des régions seplenirionales, Moscovie et Tartarie, soit pour l'histoire naturelle de ces lieux là, soit pour la morale, et dans Tliistoire naturelle je comprens les voyages que les marchands ou ambassadeurs de ces nations là font quelquefois à la Chine. Ma curiosité pourtant ne doit pas vous incommoder. n Le ao septembre, Chapelain (f 5oo) remercie Graziani de lui avoir appris que ie «vray personnage du conle di Culagna de la Secchia rapitan n'est pas un Montcculli,mais bien ttle filsdePaolo Brusanlini, nommé Alessandro Brusantini, gentilhomme ferrarois devenu l'objet [de la haine] du Tnssone pour l'avoir voulu dégrader de noblesse, luy imputant à faux qu'il n'estoit de la famille des Tassoni, mais de la he des plus bas roturiers. Tout ce détail m'a infiniment plu et je vous en rens un million de grâces. La part que je prens en cet excellent poêle m'a rendu importun envers vous, car je croy vous avoir mandé que ce fui par mon petit crédit que la Secchia vil le jour la première fois, et que j'en ay eslé comme la sage-femme à la prière de feu M' de Vaugelas el de M' Braide, alors secrétaire de l'ambassadeur de Savoye en cette Cour, lequel en avoil eu du Tassonc mesme l'original en depost à Turin pour essayer de le faire mettre sous la presse en France, oiîil n'y avoil pas à craindre qu'on en arrestast ou supprimasl l'impression. t La veille. Chapelain avait félicité (f 5oi v") le duc de Montauzier d'avoir été nommé gouveineurdu Dauphin

ffnostre jeune Achille'7 et avait aussi (P .5o() v°) écrit à la duchesse pour la complimenter. Je relève dans la lettre à Monlauzier ce mol si cordial : r Je ne vous diray point le transpori de ma joye . . . i ' Cette lettre a été imprimée par M. E. Roschach dans ses Etudes historiques sur la province de Languedoc (t. XIII de la nouvelle édition de V Uistoirc générale de Languedoc , p. 6aG, noie i). M. Rosiliach l'a retrouvée dans les papiers de Liifaille (archives de Toulouse). Voici la suscriplinn de l'autographe : A Monsieur Monsieur de lu Faillie, conseiller du Roy el capiloul de la ville de Tolose, à Tolose.

* Variante de l'autographe: Ce seroit bien plus moy que vous qui le serois.

^ Autographe: «de ne m'eslre pas rencontré.--

* Autographe : me dire adieu et.

' Autographe: f et fameuse ville. n ' Autographe : Je fus en effet assés m(dheureux pour me porter bien.

' Autographe: «qu'en celle occasion. ■»

* Autographe: rjo trouvay la santé. -n ' Autographe: «du moins. n '"Autographe: crquand elle me visite. 7>

" Autographe: et qui m'eustfait recevoir la consolation de vous embrasser à vostre départ.

'■ Autographe : «de cette disgrâce de l'avoir manquee par la lecture. i

" Autographe : « que nous avions leu ensemble, -n '* Autographe : cet de voslre sçavoir.n '^Autographe: «queye me persuaday en le li-

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juste et si bien sousteniie, lequel je soiiliaitois heureux autant pour voslre gloire que pour lavantage du corps qui vous en avoit commis la défense', comme à celuy d'entre tous qui estoit le plus capable d'y réussir.

Mais en récompense d'avoir oublié' à m'apprendre la fortune qu'elle a eiie\ vous vous estes obligeaunnent souvenu de ces trois imprimés^ du P. Theron, de M' l'evesque de Gominge^ et du sçavant xM' de Caseneuve', lesquels vous vous estiés engagé d'office à me faire voir', et je joiiis maintenant de ces curieuses pièces , qui feront la principale richesse de mon cabinet% outre les lumières, l'instruction et le plaisir " que m'en apportera la lecture. Je vous en rens, Monsieur, mille très humbles grâces et les mets au nombre des plus particulières obligations'" que je vous puisse avoir".

J'ay ouy dire, il y a quelques années, que

M' de Caseneuve avoit prest'" un etymologicon IVançois" rempli de mille choses non communes qui, estant publiées", feroient honneur à la nation. Qu"est devenu ce travail si utile '\ et s'il est encore en nature, à quoy tient-il qu'on ne le mette pas au jour ? Le soin en seroit digne de vostre vertu ou de celle de M' de Medon, et quoyqu'il ait paru quelque ouvrage sur le mesine sujet'", cela ne devroit pas rebuter les amis du défunt, car les esprits de leurs authem-s estant de génie et de force differens", ils ne se devroient rencontrer qu'aux choses communes et, pour les exquises et abstruses, il y a apparence qu'ils y auront suyvi de differens chemins". Je liray avec plaisir la vie de celuy cy et pour l'amour de lu y et pour celuy de l'excellent escrivain qui nous l'a recueillie'''. Assurés le, je vous supplie, de mon souvenir et de ma singulière estime"'^ et vous as-

saut et relisant d'eslre tousjours en conversation avec vous. t>

' Autographe : confié la conduite.

- Autographe : vea récompense de ce que vou;i avés oubhé.»

'• Autographe: quelle en a clé l'issue.

* Dans l'autographe ne sont pas nommés les autours des trois imprimés.

' L'évéque de Comminges était alors Gilbert du Plessis-Praslin de Clioiseul , qui siégea de i6ù4 à 1671, et qui devint ensuite évêque de Tournai. Il mourut à Paris le 3i décembre 1689.

"^ Lcmanuscritdonneici elpiusbas LaSeneuve. Pierre de Caseneuve naquit à Toulouse le 3i octobre 1 59 1 , et mourut dans cette ville le 3 1 octobre i652. Voir, sur le savant prébendier de l'église de Saint-Etienne, une notice mise en léle de trois de ses lettres publiéesdans un petit recueil que j'ai intitulé : Let(j-es toulousaines (1875, in-S", p. 5-7).

' Variante de l'autographe: «que vous vous estiés volontairement obligé à me faire voir.»

* Autographe: w/e principal ornement de mon cabinet, n

' Autographe: «Sans parler des lumières, Je l'instruction et du plaisir. ^

'** Auto^jraplie : faveurs.

" Autographe: que j'eusse pu recevoir de vom.

'"- Autographe : à donner, quand il mourut.

'^Autographe: delà langue franr.oise.

"' Aulographc: lesquelles, si on les publiait.

'^Autographe: et mm si uUle travail.»

" Autographe : sur la mesme matière. Chapelain veut parler des Origines de la langue française, par son ennemi Ménage (Paris, i65o, in-h").

"Autographe: «de génies differens.»

'^ Le travail de Caseneuve ne devait paraître que beaucoup plus tard, en 169^1, à la suite des Origines de Ménage, édition donnée par Simon de Valhebert (in-fol.). On le réimprima en 1750 , dans l'édition du Dictionnaire étymologique de la langue française par Ménage que publia le docteur A.-F. Jault (Paris, in-fol.).

■' La vie de Caseneuve par Medon , écrite en un latin élégant, parut à Toulouse en 1 656 (in-4°) et reparut, dans la même ville (1659), en tête de X Origine des jeux Jleur aux [sic) de Toulouse par feu M. de Caseneuve (Raymond Bosc, m-h").

*'^ Autographe: «et de la singulière estime que je fais de son mérite. 'i

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siirés de la raesme chose pour vous de qui je suis, Monsieur, rostre, etc.

De Paris, ce xxii septembre 1668'.

À 3^" LE DUC DE MOiMAUZIER,

GODVBBNEUR DE M"' lE DAUPHIK , À SAINT-GEKMAIN.

Monseigneur, je commence mes visites par lettres en vous envoyant ce que je ne voussçaurois porter. Ce sont des vers latins du bon M' Mauri" sur vostre nouvelle charge et qu'il a faits en partie par son inclination et en partie par le courage que je luy en ay donné, le voyant de si bonne volonté. Vous jiigerés avec moy qu'encore quils tiennent un peu de sa veine qui ne s élève pas jusqu'au genre sublime, ce sont pourtant les meilleurs vers qu'il ait jamais faits, et qu'ils ne sont pas tout à fait indignes de leur sujet. 11 les eust fait imprimer si je ne l'en eusse retenu, désirant que vous les vissiés auparavant pour juger s'il n'y avoit rien qui vous y pust faire peine que vos justes louanges. Il m'a instamment prié d'en tirer prontement response, afin d'y corriger ce qui vous y auroit des-

plu, et aussitost après leur faire voir la lumière. Ayés la bonté, Monseigneur, de donner quelques momens à leur lecture et de m'en faire sçavoir vostre intention le plus tost qu'il se poiura.

M' Doujat, doyen des docteurs en di'oit canon, Gt sur la première nouvelle de vostre élection une épigramme qu'il porta dimanche à Saint-Germain pour vous la présenter avec les premières feuilles de la défense latine des droits de la Reyne, mais n'ayant pu vous aborder, il me les est venu apporter pour vous les envoyer et vous les trouvères sous la mesme enveloppe \

Comme ce choix de S. M. est dans une approbation générale, je vous avoiie. Monseigneur, que je ne desconseille personne d'en donner des marques publiques, d'autant moins que tout le monde s'en vient resjoiiir avec moy comme avec celuy qu'on sçait qui y prend le mesme interest que si une si haute avant ure m'estoit arrivée à moy mesme . sur la connoissance qu'on a de mon ancienne passion pour tout ce qui vous touche.

Je suis et seray tousjours avec la mesme passion. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvii septembre 1G68'.

' Le 27 septembre. Chapelain parie à Gustraeyer (P 5o3 v°) de son FeciaJis Germanirui et lui demande si les histoires particulières de Pastoriiis sont publiées el si elles valent la peine de les faire venir. Il ajoute: «Je sçauray aussi de vous bien volontiers en quelle estime est le livre de RifTendorph [sic, lapsus pour Pufendorf], De stalu imperii germanici, parmi les habiles de vos quartiers et si cet homme n'a rien fait sur d'autres sujets, n

- Le poète Maury, dont nous avons déjà trouvé le nom plus haut (lettre CXLVIII), est inscrit sur la hste des gratifiés des années 1666 et 1667, mais non sur la liste de 1668. Est-ce à la reconnaissante intervention de Montauzier qu'il dut de voir reparaître son nom sur les listes de 1669, 1670, etc.?

' Sur les travaux de Doujat relatifs aux droits de la reine sur les Pays-Bas, voir les Lettres toulousaines déjà plusieurs fois citées. On trouvera là deux lettres au chancelier Séfjuier (p. 2-2 el 9.3), on le jurisconsulte académicien rend compte à son protecteur de ce qu'il a déjà fait et de ce qu'il prépare encore. Il annonce, dans une lettre du 29 janvier 1G68, qu'il adresse au chancelier, le commencement de la réponse au Bouclier d'Eslnl du baron de Lisola. Cette réponse ne vit jamais le jour. Les rédacteurs de la Bibliothèque historique de la France en signalent un exemplaire manuscrit (t. II, p. 87^, n° 28,855).

* Le surlendemain, Chapelain écrivait encore au duc de Montauzier (P 5o6 v°) : «Agréés que je ne cesse point de faire célébrer par tous mes habiles amis en toutes occasions celte vertu qui

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