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À M. WAGHENSEIL,
PBOFESSEin E\ DHOIT et ACt ANTIQriTE's HÉEBAnCES, X AI/rOîlPG.
Monsieur, vos lettres du xii juillet me furent rendues seulement hier avec une lettre du XX aoust de M"^ Boeclerus. Je vous marque ces dattes afin que si vous n'y avés que de tardives responses , vous en imputiés la cause à tout autre qu'à moy, qui prens autant de plaisii- à vous donner de mes nouvelles qu'à en recevoir des vostres. Vous m'avés fort resjouy en me mandant que vous estiés appliqué à Texe'cution de vos pi'omesses touchant le livre he'breu que vous dites conlenir tant de choses curieuses, qui seront, outre cela, illustre'es par vos notes plus curieuses encore que le livre et moins conniies des plus verses dans ces sortes de lettres. Ce début vous fera grand honneur parmi les sçavans véritables et disposera les esprits à attendre de vous de grandes choses en ce genre ; dont je seray d'autant plus aise que la ré[)utalion qui vous en viendra me servira à vous maintenir en bonne opinion en cette cour et à essayer de vous en faire continuer les grâces'. Travaillés donc assidûment autant que les obligations forcées de voslro fonction vous !e pourront permettre.
11 est, au reste, fort glorieux au Roy qua son exemple M' l'Élecleur de Brandebourg ait fait dessein d'instituer une université nieslée d'instruction et de conversations de toutes sortes de sciences dans laquelle seront
admises toutes sortes de nations pour y vivre exemptes de toutes charges, de quelque religion quelles soient, sans crainte d'y estre troublées ni violentées , pourveu qu'elles les exercent sans cabale, sans scandale et de bonne foy. Cela a quelque chose de ce que Bodin suppose dans son manuscrit De abditis' etc. (que je vous lis voir lorsque vous estiés parmi nous) s'estre pratiqué chés un clarissime Vénitien, où chacun pouvoit hautement maintenir sa créance, et dont le principal tenant estoil un très habile Juif. Nous verrons si le plan de ce vertueux Électeur aura de la suite et s'il y élèvera dessus un édifice digne de luy.
La lettre que j'ay trouvée dans le paquet où il estoit enfermé, addressée à M' Gohorry % a esté portée chés luy, et sa femme, qui la receut, les larmes aux yeux, apprit à mon homme que Dieu le luy avoit osté. Elle prit mon logis par escrit, afin d'y faire response. Si elle ne me l'envoyé pas demain, je ne laisseray pas de vous envoyer cclle-cy, pour ne vous faire pas attendre davantage de mes nouvelles, et elle vous fera tenir la siemie conmie elle pom'ra.
Je ne scay si je ne vous ay point fait sçavoir par mes dernières la peine où j'estois de M' C. Gonringius qu'un fort grand bruit, depuis deux ou trois mois, nous a fait mort subitement et que le long temps qu'il y a que je n'ay eu de ses lettres me fait appréhender qui ne soit trop véi-ifable. Mandés moi au plustost ce que vous en aurés sceti , car, s'il n'est plus en vie, vous ne pouvés l'ignorer
' Wa(îeiisei], qui fiojiirait sur la liste des {jralifiés de 1667 avec cette mention: rbien verse dans la jurisprudence et es langues et antiquités hébraïques,?? n'est pas nommé dans les listes de i6(38, 16G9 '^^ années suivantes.
- I lepiaplomcres sice colloquium de subliwiiim r,nnn abditis, ouvrage publié seulement de nos joiirs (1837, in-8°). On trouvera plus loin beau-
coup de détails sur cet ouvrage et sur son autour dans deux lettres de Chapelain à Gonringius, du 3o janvier 1678 et du 1°' juillet de la même année. Nous avons déjà rencontré le nom de Jean Bodin dans le présont volume (lettre LXX, p. 1 39). ^ Quelque parent sans doute, le pelil-fils peulètre de Jacques Gohorry, traducteur, poêle, historien, alchimiste, etc., mort à Paris en 1Ô76
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
tant ce nom est célèbre, au moins en Allemagne.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce \° octobre 16G8.