À M. DU MAURIER
MilSTnB D'nOSTEL DD TOY, AC MAIRIER.
Monsieur, ma sanlë dont vous me tesmoignés astre en peine est une santé confisquée'. Autresfois je me poi-tois régulièrement bien et nestois incommodé que de vingt en vingt années. .^L^intenaDt je suis régulièrement malade et ce n'est que par de petits intervalles que je me porte bien. Dans ces intervalles encore je ne me puis servir de voiture de quelque nature qu'elle soit, si bien que je puis dire avoir la ville ou plustost mon quarlier pour |)rison. Ce quartier s'estend depuis l'hostel de Soissons jusqu'au logis de M' Gonrart, et dans cet espace si limité mes jambes me peuvent servir sans péril et sans conséquence, car lorsque je suis forcé d'aller plus loin, mon mal à l'instant se resveille et me renferme dans la chambre avec de grandes insomnies et de sensibles douleurs.
Vous n'en estes pas là pour vous. Monsieur, quelque infirme que vous vous disiés, et vos maux ne vous empeschent pas de passer d'une province à l'autre quand vos interests l'exigent de vous. C'est de quoy je vous félicite. En effet le monde est une sentine de misères et celuy là s'y peut dire heu-
' C'est-à-dire une santé perdue, désespérée. — M. Littré a trouvé deux fois dans les œuvres de Balzac l'expression : corps confisqué. Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux, suivis par l'Académie et par M. Littré, font remarquer que celte expression appartient au style familier. Pourtant l'ami de Chapelain ne craignit
reux qui n'a de souffrances qu'à petite mesure.
Je me resjoiiis aussi avec vous de l'accroissement de vostre famille. Vous rajeunirés en vos bériliers et dans peu de temps vous en couronnerés vostre table. Dieu vous les conserve et vous conserve M" du Maurier dont la vertu et les soins vous doivent tenir lieu de toutes choses!
J'ay envoyé vosh^e complimenta M'ie duc de Montauzier et je l'ay accompagné d'un billet, puisque vous l'avés jugé nécessaire. Dans l'accablement oi'i il est, je ne sçay s'il vous respondra, car tous ses' amis l'en dispensent, mais je sçay bien qu'il verra avec plaisir la part ipie vous prenés en ses avanlures prospères.
Il y a plusieurs responses latines et françoises au Bouclier d'Eslat qui paroislrout en leur temps.
J'ay leu la vie du fourbe Prioleau et elle m'a plu. Je n'ay point veu sa mort qui m'auroit plu encore davantage \
M' Gonrart se porte mieux et est à la campagne.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vi" octobre iCG5.