CGCLXXVL À M" LE DUC DE MONTAUZIER
GOUVEl'.NEUR DE
DJHPBIN, AINT-CKr.MAlN.
Monseigneur, je fis response à vostre response il y a cinq ou six jours et vous disposay à souffrir de nouvelles offrandes des
pas de s'en servir dans sa dissertation inlituiëe : Le Romain, adressée à la marquise de Rambouillet.
2 On a par inadvertance écrit ces.
^ La notice biographique de Jean Rhodius sur Priolo parut cinq ans avant la mort de ce dernier, arrivée en 1667.
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muses que celles que je vousenvoyois, mais je ne pensois pas quou deust mesler mes louanges aux vostres sur le sujet de vostre employ. Vous le verres pourtant. Monseigneur, dans les vers qu'accompagne ce mot, lesquels on a creu vous devoir plaire si on les faisoit passer jusqu'à vous p*ar mon addresse, dans l'opinion que rien ne vous sçauroit choquer (|ui portera mon attache. Ils sont d'un jeune garçon de belle espérance, fils d'un iM"^ de Cordemoy ' dont vous avés desjà veu un ouvrage françois des principes de la physique de Descartes ' et dont vous aurés au preuiier joui' un Iraitté de la parole e'tabli sur les mesmes ibndemens ^.
Ayes la bonté, Monseigneur, de de'rober quelques niomcns pour me mander que vous avés approuvé ces vers et vueillés bien aussi
me donner dans le mesme billet moyen de faire voir à l'Académie françoise que la manière dont elle a applaudi en corps aâ choix qui a esté fait de vosire personne par S. M. pour l'institution de M**' le Dauphin , dont je vous ay rendu un conte particulier dans ma précédente , vous a fort plu, et que vous vous en sentes leur obligé.
M' de Charlesval me vint, hier au [soir]. dire combien il vous l'estoit du bon accueil qu'il a receu de vous dans la visite qu'il vous a failte sur le racsme sujet, et. ce matin, le bon M"^ Mauri m'est venu desployer son ravissement de la façon humaine dont vous avés aussi receu son présent et son hommage.
Je suis tousjours passionnément. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 8 octobre 1668'.
* Géiaud de Cordeinoy, né à Paris en 1636, fut élu membre de l'Académie française le 1 2 décembre 1675, et mourut le 8 octobre i68i. Voir la notice de l'abbé d'Olivet complétée par ^\. Livel {Histoire de l'Académie, t. II, p. 213-217). Le fils dont (Chapelain parle ici s'appelait Louis Géraud de Cordemoy; il était né à Paris le 7 décembre iGôi. Il fut docteur de Sorbonne, abbé de Feniers, et mourut le 7 février 1722. Il termina el publia Vllistoire de France de son père et composa divers ouvrages dont on trouvera l'énuméralion dans les Mémoires de Niceron (t.XXXVll).
* Lettre à un savant religieux [le P. Cossard] sur le système de Descartes touchant les bétes ( Paris , 1668, in-4°).
^ Discours phijsique de la parole (Paris, 1668, in-12).
* Le 1 1 du même mois, Chapelain adressa (r 5i4 v°) une nouvelle lettre à Monlauzier. En voici quelques lignes : « Dans toutes les dignités que vous possédés et dans cette dernière qui les passe toutes, vous m'estes un spectacle merveilleux, et je ne puis me lasser d'admirer en vous un boramc do grande qualité que la Cour n'ait point coirompu , et qui dans le pais de la vanité et de l'inlerest conserve son âme d'une contagion si géné-
rale et rend compatible en luy le bon courtisan et le vray philosophe. . . Je vouscnvoyay lundi des yers latins d'un jeune garçon de 17 ans [Cordemoy] sur vostre sujet. . . Son père est un honneste homme qui les Ibi a inspirés et qui n'est pas indigne de vostre estime. . . La ville est remplie du notable changement qu'en si peu de jours M*' le Dauphin fait voir dans les irrégularités de son enliance el vous pouvés juger à (jui Ton rapporte un si bon effet. n Le 12 octobre, Chapelain, après avoir rappelé à Conringius (f° 51 5 v°) le dicton : Sat cito , si sat bene , continue ainsi : 1- Quant aux choses que vous avés proposées par vostre lettre de remerciment à M' Colbert, assurés-vous qu'il a eu vostre affection très agréable. Mais comme par le procédé du Roy dans ses conquestes et par la modération incroyable qu'il a fait paroistre en retenant sa fortune dans le plus fort de son cours , on peut juger qu'il se contente de ses naturels avantages , el que s'il avoit eu dessein de les accroistre, il ne seroit pas demeuré en si beau chemin lorsqu'il n'y pouvoit rencontrer de raisonnables obstacles, je ne pense pas aussi qu'il ne songeast volontiers à cette nomination dont vous luy parlés, tant parce qu'il se lient assez puissant sans elle que parce que cette prétention ne serviroit qu'à susciter de nouvelles jalousies et à
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CCCLXXVII.
À M. ISICOLIS HEINSIUS,
RÉSIDENT DE HOLLANDE EN SOÈDE , À STOKIIOLM.
Monsieur, je suis bien aise d'avoir appris que ma lettre du 1 1 juillet vous a esté rendiie et que vous ayés veu par elle que vostre épigramme sur la Paix avoit esté agréable à ceux à qui il vous importoit qu elle pleust. J'ay, depuis, respondu à celle du xvni" du mesme mois que vous aviés accompagnée de ia mesme épigramnie retouchée de bien en mieux , selon vostre coustume.
Vous entrés équitablemcnl dans la plainte que je vous faisois en confidence du peu que l'ont les sçavans gratifiés pour tesmoigner au Roy leur reconnoissance et pour instruire le public par leurs compositions. M' Hevelius et M' Vossius en doivent estre exceptés, le premier ayant [)ublié un volume in-fol. de la Cometographie qu'il a dédié au Roy, et le second un traitté de l'Origine des fleuves, et en particulier des sources du Nil , fort curieux, addressé aussi à S. M. Les autres s'excusent sur la pauvrelé des libraires qui refusent de se charger des ouvrages qu'ils ont prests et qu'ils luy destinent pour offi-ande.
Je serois ravi que, quand vous serés libre d'emplois, vous puissiés justifier aussi vostre gratitude en quelque chose d'importance et dégager la parole que j'ay avancée que,
comme il n'y avoit point d'escrivain qui valust mieux ni mesme autant que vous, il n'y en auroit aussi aucun qui vous surpassasten ressentiment des faveurs royales, ce qui soit dit néantmoins sans vous en presser, connoissant la noblesse de vostre cœur qui s'en presse assés de luy mesme.
Vous respondrésà vostre loysirà M^Medon et Hericourt ' . M' de Pom[)onne est en France depuis trois semaines bien receu de la Cour qui est fort satisfaitte du conte qu'il luy a rendu de son espineuse ambassade. Je ne l'ay point encore veu , parce que de Saint-Germain, où il alla mettre pied à terre lorsque le Roy partit pour Chambord, il ne fit que traverser Paris pmiv s'en aller reposer à sa terre. A son retour de là, vous ferés la meilleure partie de nos entretiens. Que si vous le trouvés si fort à dire, vous pourrés vous consoler de cette solitude [)ar la compagnie que vous vous ferés en Hollande, où toutes les voix de nostrc monde le désignent pour successeur de M' d'Estrade, dans l'ambassade qu'il y est allé quiter. Ils partirent, il y a quinze jours, M' d'Estrade et M' de Beuning ensemble pour aller par terre à Dunkerque et pm's à l'Escluse pour passer de là à la Haye. Le dernier sortit de Paris le lendemain de la mort de iVP Borel. Ce poste-là vaquant, je ne doute presque pas que M" les Estats ne l'engagent, malgré toute son humeur philosophique, à l'occuper, n'y
soulever ses voysins contre iuy. Ce qui me le fait plus croire, c'est que les Hollandois l'ayant sollicité par leurs ambassadeurs de l'Assemblée d'Aix d'entendreà une nouvelle alternative où le Luxembourg auroit pu entrer, S. M. avoit fait response qu'elle s'en tenoit à la cession que les Espagnols luy avoient faille de ses conquesles, et qu'ils avoient choisi l'alternative qu'il avoit désirée, laquelle en eCTel luy est très avantageuse et de très grand embarras pour eux, S. M. possédant par là les quatre rivières des Pais-Bas, le cœur de leur pais et des places propres à luy donner moyen
d'estre puissamment armé durant la paix, sans que ses jaloux y puissent trouver à redire. Je ne laissera y pas à l'occasion de sonder la volonté des patrons et à vous en avertir quand je l'auray sceùe. Cependant sans vous engager à rien, agisses à toutes fins en termes généraux en faveur de ses interests, et tenés vos princes par vostre prudence en l'humeur la plus favorable qu'il est à désirer pour le bien des uns et des autres, o
' M. de Hericourt habitait alors Toulouse. Ce fut un des correspondants de Chapelain. Nous retrouverons plus loin son nom.
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ayant pas un sujet entre eux à rien près si capable de le remplir que iuy qui ait la dixesine partie de la connoissance qu'il a de nos mœurs et de nos interests, ni qui de vingt ans y puisse obtenir l'estime d'habile et de galant homme qu'il y possède. Ce sel'oit bien lors que nous vous posséderions avec iuy et vous viendrie's déprier' parmi nous les chagrins qui vous ont rongé partout depuis tant d'années.
Pour i\P l'abbé Bigot, il ne s'obstine pas seulement à ne point venir à Paris contre ses promesses, mais encore à ne point escrire. La contagion l'a chassé de Roiien et, au lieu de se sauver icy, il s'est allé cacher dans un village et je ne sçay comment Iuy faire tenir vostre lettre, à quoy jappliqueray néantmoins toute mon attention, comme celuy qui espouse plus que vous ce que vous passionnés.
Asseurés-vous tousjoui's de mon amitié et de mon service , car je suis , Monsieur, voslre, etc.
De Piiris, co xi oclobre i(J68.