CONSEILLER DV KOT EX TOCS SES CONSEILS, À POUPOWSE
Il faut. Monsieur, que vous n'ayés point receu la lettre que je vous escrivis, il y a plus d'un mois, sur Iheureux retour de M' voslre fils de son ambassade de Suède ' et sur l'admirable révolution qu'il a pieu à Dieu de faire arriver en faveur de la bonne cause et des gens de bien qui la sousteuoient lorsque les choses paroissoienl le plus désespérées. Car vous estes trop accoustumé à m'honnorer de vos responses quand quelque semblable occasion m'oblige de vous tesmoigner la part que je prens en tous vos interests. M' l'evesque d'Angers , avec qui je m'en estois resjouy en mesme temps et qui est vingt fois plus éloigné d'icy que vous n'estes, m'a fait sçavoir, il y a quinze jours, que ma joye luy avoit plu, et a béni avec moy le Tout puissant dont toute cette merveille nous est veniie.
A toutes fins, .Monsieur, je vous ré|>èle par ce mot ce que je vous eu ay desja dit plus amplement et vous proleste de nouveau que je n'ay jamais rien senti de plus doux à mon cœur que cette justice que le Ciel par le Pape et par le Roy ont (sic) rendïie au bon parti , selon l'espérance que j'en avois tousjours eiie quelque mal fondée qu'elle parusl. Ce nous est un grand sujet de consolation de voir cesser l'invisibilité de M' vostre frère * et la captivité de M' vostre neveu' avec lapplaudissement général des gens sensés et la dernière mortification de leurs adversaires, et plus encore de voir la vérité à couvert et le fruit de tant de travaux pour la
' Le marquis de Pomponne.
^ Antoine Arnauld , depuis 1 6GG , était caché dans rhôtci de la duchesse de LongueviUe avec Nicole et le docteur Lalane.
^ Isaac- Louis Le Maislre de Sacy, petit -fils de l'avocat Antoine Arnauld, était à la Bastille depuis le i3 mai i66(). C'est là qu'il commença sa traduction do la Bible.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sauver venu à maUuité, malgré toutes les tempestes excitées pour la perdre. Si j'eusse sceu la demeure de l'un et de l'autre, tout infirme et tout estropié que je sois, réduit presque à garder la chambre, je n'aurois pas manqué de me traisner chés eux pour les embrasser et leur monstrer sur mon visage et dans mes paroles le parfait contentement que j'ay de voir les choses en un si bon estât et leur vertu et leur doctrine si glorieusement deschargées des taches et des erreurs que leurs parties leur imputoient si injustement. Je vous conjure. Monsieur, de les en assurer et qu'ils n'ont point d'amis ni de serviteurs qui leur soient plus véritablement aquis que moy, qui ayent leur mérite plus présent à l'esprit que je ne l'ay, ni qui dans les temps difficiles et dangereux ayeiit plus constamment ni plus hautement défondu leur innocence et leurs sentimens. Vous me connoissés sincère et désintéressé et pouvés sans vous abuser m'en servir de caution auprès d'eux.
Je suis tout à vous.
De Paris, ce xis novembre 1G68'.
CCGLXXXII.
À jM. boeclerus,
pnEiiiEn rnoFESSEUR em iiistoihe et éloquesce. À STIiASBOUnC.
Monsieur, je sceus, il y a trois semaines, par M' Beck, Résident des ducs de Lunebourg en France, que M' Conringius navoit point esté malade; vous me confirmés sa santé par vos deux dernières du xxn du passé et du ix du courant. G'eust esté dommage qu'un aussi sçavant homme que celuy là fust mort, et les bonnes lettres aussi bien que ses amis y eussent fait une notable perte. Il me dédia et envoya, il y a plus de deux ans, son ancien traitté de kabitu corpontni Gcrmaiionim , reveu et accreu de plus de la moitié ^ mais les guerres ont fait périr par les chemius tous les exemplaires qui me dévoient estre remis, et je n'en ay point icy trouvé à vendre. S'il en esloit venu quelques uns à vos libraires, vous m'obligeriés de m'en achepter un et de m'en mander le prix , lorsque vous auriés une occasion d'ami pour me le faire apporter seuremeiil.
' La veille , Chapelain avait répondu (P 53s v") aux compliments d'un gentilhomme allemand, nommé Bernard de Mouitz, par cet autre compliment : frLaudari a laudalo est tousjours un grand avantage. n Le 19 novembre, il écrivit à Gustmeyer (f 53i) : «J'admire le bizarre parti qu'a pris ce W Pastoiius de quiler une profession qui luy faisoit honneur pour s'en forger une qui a expiré aussilost qu'il l'a prise. A cela près on s'en consoleroit s'il avoit publié ses Orijrinea Sarmatiques et ses trois autres guerres où il y auroit beaucoup de particularités curieuses. Je n'ay de luy que son histoire de l'expedilion contre les Cosaques. Si son Florus Polonicus est estimé, vous me l'erés plaisir de me le recouvrer, et quand il viendra quelqu'un de vos amis en ce pais, de l'en charger avec la noie de ce qu'il aura cousté afin que j'en remette le prix à l'instant. Je vous dis la mesme chose de cette Description de
la Tartarie par Bronicovius, si elle est à bon conte. Je verray si dans les autres de la liste, il y en a qui me fussent propres, comme celuy à'Eques polonius que vous pourrés aussi prendre pour moy. Surtout je vous prie d'essayer de me recouvrer ces notices dos voyages du Nord et des nations septentrionales. ..71 Le même jour. Chapelain annonce à Waghenseil ( P 53 5 v° ) que M' de Valois (fs'est marié à l'imitation de son frère». Il ajoute: «Faites, je vous prie, rendre à M"' Mouitz' de \urendjerg l'incluse, et l'estimés. C'est un homme de bien et un sçavant homme, surtout en jurisprudence, comme vous aurés pu voir par la dissertation de libertate omnimoda. Je luy escris qu'il vous aime et qu'il face la moitié du chemin pour se faire aimer de vous. ..n
^ Nous avons déjà vu que le traité De Germanicorum corporum habitus anliqui ac novi causis avait paru pour la première fois à Helmstœdt
LETTRES DE JEAN CHAPELAIiN.
Je vous prie de la raesQie chose pour ie volume de lettres de feu M' Reinesius imprimées peu devant sa mort, si vos libraires en ont aussi '.
Par vos premières japprendray, s'il vous plaist , où vous en estes de l'édition de vos notes sur Polybe et jusqu'où M' Grœvius a avancé celle de ce mesme autbeur.
Ce que je vous ay escrit de Prioleau esl la vérité pure. Il n'y eust jamais de plus insigne frippon , de plus infidelle serviteur, de plus intéressé négotiateur, de plume plus venalle , ni dame plus vindicative. Vous jugés de son stile en habile homme. Les éloges qu'il s'est fait donner par le jeune conte de Br[ienne] sont de sa propre composition, non moins que sa vie quil a publiée à part avec son portrait sous le nom du mesme conte de Br[ienne] lequel il avoit infatué de sa personne à force de promesses de le rendre le plus excellent escrivain latm de ce temps \ Un gentilhomme dont il a esté autresfois précepteur et qui le connoissoit inlus el in ciitc nous a fait un abrégé de sa vie, mais véri-
table et divertissant, qui attend la presse pour en désabuser le monde \ Je ne pense pas, estant aussi connu qu'il est pour fourbe et pour affronleur ', que le censeur des livres de Strasbourg qui a favorisé l'édition de son libelle s'en tire avec honneur, et si vous avés eu part à cette afl'aire, je suis de voslre [avis] qu'il faudra toucher quelque chose de sa foy suspecte dans lavis au lecteur. J'ay veu la dissertation de M' Moultz et ne l'ay pas improuvée. Si elle fust plustost venue, elle eust esté plus de saison. Ce qui m"y a plu davantage sont les raisons que je luy avois fournies pour le lever des doutes qu'on avoit en Allemagne sur le livre du s' Aubery * qu'il eust esté fait par l'ordre ou par la permission du Roy. Ça esté faire justice à Sa Majesté et servir sa patrie tout ensemble que de faire voir combien ces soupçons estoient mal fondés, et la reddition' de la Franche Conté prouve bien clairement que ce grand Prince esl bien éloigné de vouloir opprimer la liberté de qui que ce soit. Je n'entens point dire encore qu'il ait esté re-
(i6'iû, iri-i°), el que la nouvelle édition dont il est ici question avail été donnée en 1666.
' Le recueil des lellres de Thomas Reinesius à Gaspar Hofman el à André Rupert avait paru en 1660 (Leipsick, in-6°). Le recueil de ses lettres à Jean Vorstius fut publié en lôtii (Coin, in-/!i°). C'est là le recueil donl parle Chapelain. En 1670, on mit au jour deux autres recueils de la cori espondance de Reinesius (Leipsick, in-i", el téna, in-i°).
^ Sur les relations de Priolo avec Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne, voir les Mévioires de ce dernier publiés par M. F. Barrière (l. II, p. 1-7). La Vie de Priolo dont il esl ici question n'est citée par aucun bibliographe. Pourtant ( hapelain donne des détails tellement précis sur celle publication avec portrait, qu'il esl impossible de ne pas en admettre l 'existence.
' Ctt abrégé n'a jamais vu le jour. On n'a
d'outre notice spéciale sur Priolo que celle de Jean Rhodes, [Hhcxlim), donl l'opuscule (qui n'a que six pages) parut cinq ans avant la mort de Priolo {]ila Benjamini Prioli , aucturc Joanne Rhudio, 16G2, in-fol.).
' Ce synonyme de <t trompeur» n'a pas été sou- \ent emplové. M. Lillré ne cite sous ce mol que Balzac, d'Alembert el Hauleroche.
■'' Antoine Aubcry, né en mai 1616 à Paris, y mourut en janvier iCgy. C'est l'auteur de VHistoire des cardinaux, de V Histoire de Richelieu, de Y Histoire de Mazarin, etc. Le livre ici mentionné était intitulé : Traité des justes prétentions du roi de France sur l'Empire (1667). Louis XIV, sur les réclamations des princes de l'Empire, désavoua l'auteur el le fil enfermer pendant deux mois à la Bastille. Voir Archives de la Bastille, par F. Raxaisson (t. VII, 1875, p. 285- 289).
' Reddition pou; restitution.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
quis de mettre les holà entre W rElecleur Palatin et le duc de Lorraine, ni que d'office il s'en veuille mesler.
Je n'ay point veu le gentilhomme par qui vous m'avés envoyé le paquet de M' Moultz, mais je luy ay fait dire que, quand il voudra venir, il sera le très hien venu. Cependant je vous ay voulu donner avis qu'il s'est aquifd fîdellement et avec honneur de la commission dont vous l'aviés chargé.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xx novembre 1668.
cccLXXxin.
À M. HELNSIUS,
51GUBBB RÉSIDEST DES ESTAIS DE II0LL4SDB ', À STOKUOLM.
Monsieur, ne vous excusés point de vostre silence. Mon amitié est à l'espreuve de quelque chose de pis par ma propre expérience que l'on n'escrit pas quand on veut et que l'on ne maislrise pas les maladies, les procès et les affaires. En cela il n'y a que vostre mauvaise santé qui me desplaist. C'est la principale chose à quoy vous devés avoir attention et qui demande tous vos soins.
J'envoyeray à M' Medon sa lettre et celles qui l'accompagnoient pour son fils et pour M"^ de Hericourt. Je ferois le mesme à M"^ le cardinal Barberin " de l'exemplaire de Prudence que vous m'avés donné et que vous desireriés que je luy fisse porter à Rome, si je ne l'avois noté de ma main en plusieurs emb-oits pour mon usage. Si les Elzevirs m'en addressent un exemplaire pour S. Em., je ménageray les occasions de le luv faire mettre entre les mains. Quant à
celuy de M' de Thou, on n'en peut réparer l'imperfection , qui est de toute la dernière feuille du texte, qu'en en substituant une autre, et peut estre ne s'en est -il point apperceu. M' Medon m'a mandé qu'il n'avoit point receu le sien, et c'est à M' Bigot qu'il en faut demander conte, car il n'estoit pas sur la liste de ceux dont vous ra'aviés commis la distribution. Je luy ay escrit plus d'une fois sans response. On m'a dit qu'on le vouloit marier, et en mesme temps que sa Ihixion sur la mâchoire demandoit encore le chirurgien. Ces deux choses s'accordent mal ensemble.
M' le duc de Montauzier apprendra de moy la part que vous prenés au dernier honneur que son mérite et sa bonne fortune luy ont fait adjouster à tant d'autres, et qui est le comble de tous. Il nous formera un Prince digne du Roy son père, et c'est une chose estonnante en combien peu de journées il l'a rendu ployable, l'ayant receu très rempli de ses volontés de la main des femmes qui par leur mollesse et leur complaisance l'avoient rendu rebelle à toute discipline.
Puisque vostre santé n'est pas forte, ne l'affoiblissés pas davantage par un voyage d'hiver sous une zone dangereuse à ceux qui n'y sont pas nés. Deux ou trois mois d'absence de plus ne sont rien lorsqu'il y va de la vie.
M' de Pomponne part dans huit jours pour ambassadeur en Hollande. Je luy ay fort recommandé vos cliens M' Gronovius et M"^ Grœvius. Pour ce dernier et pour M' Schefferus \ que vous me recommandés pour les faire gratifier, je m'y emploierois avec ar-
' On a par iiiadverlanco écrit Siùde pour Hollande.
- Il y avait alors deux cardinaux de ce nom, tons les deux neveux du pape Urbain VIII : François Barberin, qui mourut à qualre-vingt-lrois
ans, en i67(), et Antoine Barberin, qui mourut à soixante-quatre ans, en 1671.
^ Ni Grœvins ni Scbeferus ne sont compris parmi les gratifit^s de 1670 et des années suivantes.
LETTRES DE JEA.N CHAPELAIN
(leur, veu l'estiQie que j'ay pour eux, mais les temps ne sont plus ceux qu'ils estoient quand à vostre prière je procuray à M' Gronovius la gratification dont il a depuis jouy. Plusieurs despenses extraordinaires que le Roy a esté et est encore oblige de faire, les traverses que nostre Mécène reçoit dans son administration par ses jaloux et le peu de soin qu ont les favorisés de respondre par leurs travaux aux magnanimes intentions de S. M. ont donné un si mauvais tour à ses grâces , que non seulement Elle n'a pas songé à remplir les places vacanles de M" Gevartius et Reinesius, vostre autre client, mais encore qu'EUe a laissé sans payer, cette année, dix-sept de nos lettrés de France qui a voient esté quatre ans durant de ses bienfaits , sans avoir lieu de s'en plaindre , sachant bien que leur négligence en estoit en bonne partie la cause. Le Roy est généreux , mais il sçait ce qu'il fait et ne veut point passer pour duppe. Je vous dis cecy confidemment afin que vous ne croyés pas cela si facile et qu'il n'y ait qu'à proposer. Je ne laisseray pas de veiller et si je voy lieu de recharger sur le sujet de ces deux M", lesquels à la mort de M' Reinesius je mis sur le tapis ()our les faire considérer, quoyque sans effet, je retentera y l'avanture.
Il ne faut point parler de dédier le traitté De re navali au Roy après avoir esté addressé à la reyne Christine. Sans cela , il cust peu l'estre et eslre agréablement receu, le sujet estant tout royal.
Je suis, Monsietu", vostre, etc.
De Paris, ce xi décembre 1668.
CCCXLXXIV.
À M. THEVENOT