À M. LANCELOT
PliÉCEPTEUR DE m" DE LUT.NES À PORT-ROYAL.
Monsieur, comme je vous avois offert mou
' La préface était de Nicole.
- Le ai du même mois, Chapelain (P 54 v°) exprime à l'abbé Paulet, le prêtre d'Alby que nous connaissons déjà, et qui avait été malade, fous les vœux qu'il forme pour sa bonne santé. Il lui accuse ainsi réception d'un nouveau fragment de sa traduction : «Ce septiesme livre de la Pucelle traduit à vostre ordinaire justiffie assés l'excellence de vostre talent pour la poésie latine. . . Je l'ay eu par la poste avec joye et l'ay leu avec ravissement. Tout y est digne de vous, et plus que digne de son original.» Chapelain , pensant que l'on ne saurait trop louer qui nous loue, ne promet au traducteur, en terminant, rien moins que l'immortalité. — Le lendemain, 2 9 septembre, il écrivait en ces termes à Daniel Huet, à Caen : «Je ne vous eusse pas importuné d'une seconde lettre si je n'eusse eu à vous dire que la vostre a esté receue de M' de Monmor avec beaucoup de satisfaction et que si son amitié vous est chère , la vostre ne le luy est pas moins. C'est ce qu'il m'a prié de vous faire sçavoir lorsque j'aurois occasion de vous escrire. Mais je ne l'ay pas voulu attendre de peur de l'attendre trop longtemps, et d'autant plus que la saison attirant tout le monde à la campagne, tant que j'y seray, les occasions se présenteroient pour moy inutilement. Pour moy, il m'est fort doux qu'une personne de voslre vertu et de vostre sçavoir soit sensible à mon affection et me donne de si formelles asseurances de la sienne. Je les chéris au delà de ce que je vous le puis exprimer et les regardant comme
solides j'en fais une des richesses sur quoy je fonde pour la consolation de mon esprit. Vous en pouvés faire de mesme à mon esgard , et je ne vous en feray point d'excuse si je m'égale à vous en cela, parce qu'on matière de foy et de constance dans mes engagemens je ne le cède à qui que ce soit, et bien que je seis médiocre en toute autre chose, je prétens d'exceller en celles là. Faittes y donc fondement, s'il vous plaist, etc.« Chapelain exprime ses regrets à l'occasion de la mort de M. de Prémont, retrace l'éloge du défunt, et ajoute : « Exhortez. . . M' Bochart à la publication de ce rare ouvrage des animaux de la Bible. 55 — Pierre-Daniel Huet, dont il sera si souvent question dans le présent volume, était né à Caen le 8 février i63o; il devint sous-précepteur du Dauphin en 1670, membre de l'Académie française en 1676, abbé d'Aunay en 1680, évèque d'Avranches en 1689, et il mourut à Paris le 20 janvier 1791. Les indications qu'il y aurait à citer sur lui seraient bien nombreuses : je me contenterai de renvoyer le lecteur aux Mémoires du savant prélat (1718, in-12) et au recueil publié par l'abbé d'Olivel sous le titre de Huetiana (1722, iu-12).
^ On lit au-dessus des mots M" (le Luy nés cette petite rectification, mise là par M. Sainte Beuve : du marquis, Lancelot ayant t.eulemcnt été chargé de l'éducation de Cliarles-Honoré, marquis d'Albert, né le 7 octobre i6iG, et qui devint duc de Luynes par la mort de son père Louis-Charles. Camusat {Mélanges, p. i5o)a ainsi modifié la
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petit ministère avec sincérité pour la revision de vostre Grammaire espagnole ', vous avés pu sans aucun scrupule me l'envoyer pour la voir, et pour vous y remarquer ce que je croirois digne d"estre retouché. L'importance est de savoir si mes observations mériteront d'estre suyvies, et s'il n'auroit pas mieux valu pour vous de ne me les avoir point demandées. Mais il n y a pas eu grand mal à cela parce que vous serés tousjours juge de mes jugemens , et ne vous y arresterés qu'autant que vous les trouvères équitables. Je ne m'y suis aussi engagé et je ne vous les envoyé qu'à cette condition là. Entre ce qu'on y peut nommer fautes, j'y en ay rencontré plusieurs de copiste que j'ay marquées en partie sur mon papier, et qu'en partie j'ay corrigées sur le vostre. Il y faudra regarder de fort près lorsqu'on imprimera . car la Grammaire est le fondement de t(.ul le reste, et la moindre erreur d'orlographe mesme influe en tout ce qui est basii dessus. Jay douté de quelques mots s'ils esloienl castillans ou non. En voyant quels ils sont, vous justifBerez par vos autbeurs si j'en ay eu raison de douter et vous vous v réglerez
par eux plustost que par moy qui, depuis trente années, nay point eu d'application à celte langue, de sorte que je puis facilement m'estre abusé. Il m'a semblé que vous y aviés employé quelques termes si vieux qu'ils n'ont plus d'usage, et mon opinion seroit qu'il ne les faudroit point mettre ou qu'il les faudroit noter. La méthode m'en a paru excellente à vostre ordinaire et je me fais violence de ne vous la pas plus louer. J'aurois voulu que vous y eussiés fait un chapitre particulier du mélange de l'arabe avec ce langage. Ç'auroit esté pour vous une occasion de tuonstrer de l'érudition. N'auriés-Yous point peu traitler plus amplement des irréguliers soit dans les mots, soit dans la syntaxe, et vos autheurs ne vous secouroient-ils point en cela? Plus une langue en a, plus elle est élégante, les dérogations à la règle, quand elles sont establies, faisant leui-s principales figures de diction. Pour l'art poétique de celle cy je n'en ay point veu de fait ea^ professa. Voicy les lumières que je vous en puis donner de ce qui m'en reste en la mémoire. Avant Boscan ^ et Garcilasso de
suscriplion de celle lettre : A D. Lancclot, veligieux bénédictin de l'abbaye de Saint-Cyran.
' Nouvelle méthode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue espagnole, Paris, 1660. Nous lisons dans Poi7-/îo!/fl/ (l.lll,p. .'jôc, 56i): ffCeful probablemenl par M. d'Andilly que Lancelot fui mis en raj)port avec Chapelain. 11 favait consulté pour sa Méthode italienne , et c'est de lui qu'il doit être question dans ce passage do la préface où l'auteur dit qu'il a trouvé moyen de faire voir son livre à une personne qui n'est pas moins estimée pour les langues étrangèi-es que pour la nôtre. Mais c'est surtout pour la Méthode espagnole que Chapelain lui fut d'un grand secours. A la fin d'une lettre où ce deruier remerciait Lancelot des trop avantageux témoignages qu'il rendait à ses faiblesses dans la préface précédente, il ajoutait: «Si vous croyez que je pnis.sc
n quelque chose pour le dessein de la Grammaire frespagnole, à quoi j'apprends que vous vous allez !t appliquer, je vous offre tout ce qui dépend de ma c médiocrité, et vous prie d'en user sans scru- «pule. ..7) (Lettre du H septembre ifiâg.) Et re n'était pas là une formule banale de politesse. Dans deux longues lettres, l'une du 10 octobre, et l'autre du 21 décembre suivant, qui ont été imprimées par Comusaf , Chapelain entre dans le détail des conseils; il indique les voies el les sources; il donne les jugements des auteurs. Tout cela est passé dans la Grammaire espagnole de Lancelot et dans la préface qu il a mise en tète. . .•"
- Juan Boscan Almogabar naquit un peu avant lôoo à Barcelone et mourut vers i563. Ses œuvres, publiées par sa veuve, paruivnt pour la première fois à Barcelone en i5/i3 : Las oJn-as de Boscan y algunas de Garcilasso de la Vega. Voir
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
La Vega ' les Espagnols ne connoissoient aucune foruie poétique de celles qui depuis ont eu vogue chës eux et qu'ils ont prises du Pétrarque et des Italiens qui l'ont suyvi \ Boscan a le premier tenté le sonnet et, à mon avis, Garcilasso l'églogue en rime tierce. Avant cela on ne voyoil chez eux que des Romances , Copias, Redondillas , Seguidillas, Glosas et quelques autres semblables formés à l'antique. Maintenant ils les ont presque toutes abandonnées pour suyvre les italiennes. Leurs comédies sont riraées et non pas en longs vez-s ou rimes plates comme les nostres, mais en petits et rimes en quatrains dont le premier vers respond au quatriesme et le second au troisiesme. Us ont admis les Saruccioli et les Sciolti des Italiens, desquels ils tiennent aussi ceus des onze syllabes. Quelques uns ont rangé l'octave qu'ils ont emprunté d'eux encore d'une manière différente de la leur pour l'entrelas ^ des rimes. Us ont inventé dans leurs romances les assonances qui sont des demy consonances et qui régnent d'un raesme son depuis le 2 , 4 , 6 , etc. , eq cet
ordre , jusqu'à la tin , le 1 , 3 , 5 , etc. , n'ayant point d'obligation à rimer ensemble de ri mes parfaittes ni mesme d'imparfaittes. J'ay veu quelques lambeaux d'un art poétique en petits vers composé par Lope de Vega ', mais je croy que cet art est pour le dessein et non pas pour la versification. L'autheuj' de la Picara Justina^, quiestoitunlicenciado de beaucoup d'esprit et de sçavoir", est celuy qui vous pourra le plus éclaircir de ces différentes formes poétiques, car il a affecté d'en donner un essay d'une à chacun des chapitres de son livre. Si vous ne l'aviés pas , je vous en accommoderay volontiers. Enfin vous devés toucher celte matière autant à fond que vous le pouri'és. Ce sera un grand ornement à vostre ouvrage et il le rendra plus instructif et plus curieux qu'aucun de ceux qui ont esté faits en ce genre là. Surtout je vous exhorte à faire une ample préface qui embrasse tous les motifs que vous avés eu en le composant pour le rendre accompli. Je suis tousjours pour les préfaces discourues et solides. Le lecteur en est conduit comme par la main à l'intelligence du
Histoire de la littérature espagnole de G. Ticknçr, traduite par J . G. Magnabal ( t. II, 1 8 7 0, p. 1 7-3 5 ).
■ Garcilaso de la Vega , l'ami de Boscan , naquit à Tolède en t5o3, et mourut à Nice, en i536, d'une blegsure reçue, près de Fréjus, devant un château fort sur les remparts duquel il s'était élancé le premier. Voir sur les Œuvres de ce poète, qui vécut à peine trente-trois ans, la traduction iléjà citée du livre de TicVnor (t. II, p. 25-33).
* C'est ce que reconnaît l'auteur de {'Histoire de la litté'ature espagnole (t. II, p. ik et ?uiv. ). L'éminent critique a particulièrement signalé (p. 22) les imitations de Pétrarque par Boscan. Ajoutons que, dès j 556 , Hernando de Hozes traduisit les Triomphes de Pétrarque (Médina de! Campo, in-l^°).
^ Chapelain écrit encore entrelas, pour entrelacs, de même qu'Olivier de Serres.
CHAPELAIN. II
'* Lppe Félix de Vega Carpio naquit le 26 novembre i562, à Madrid; i! mourut le 3 5 août i635. Voir les six remarquables chapitres consacré? par Ticknor aux œuvres du grand poète (t. II, p. 20 1-3 1 5). Voir, en particulier, sur le poème dont parle ici Cliapeiain, ïArte nueco de hacpr comedias, publié en 1609, les pages 289. 2 '-1,0. Ticknor appelle cet Arle tmevo un piquant poème didactique.
* La Picara Justitm est l'œuvre d'un moine dominicain, Andrés Perez de Léon. C'est un récit auto-biographique qui parut pour la première fois à Médina del Campo en i6o5 (in-/i°). Voir Ticknor, t. III, p. 1 63 et 1 66.
* L'auteur, qui adopta le pseudonyme de Francisco Lopez de Ubeda, prétendit que ce roman, pure imitation du Guzman de Alfarache d'Aleman, avait été écrit pendant qu'il était étudiant à l'université d'Aicala.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
livre, et l'autbeur y a moyen de faire voir sa richesse et sa conduitte à remployer. Mais je vous y exhorte sans nécessité. Vous vous y portés assés de vous mesme et toutes celles que nous avons veues de vous m'ont trop fait voir de quelle sorte vous vous en sçavés acquitter. Il vaut mieux que je finisse par la protestation que si j 'ay esté téméraire en vous reprenant ou en vous conseillant, ce n';i esté que par vostre ordre, et comme, Monsieur, vostre, etc. '
De Paris, cex septembre (sic)' 1609 '.
xxxn.
À M. CHRISTIANUS HUGGE.XS,
GENTIlBOiaiE BOLLIKDOIS , À Li HATE.
Monsieur, je n'eusse pas tant lardé à respondre à vostre lettre du xviii du passé veu le plaisir quej'ay de m'entretenir avec vous, si je n'eusse attendu de jour en jour vostre
Système de Saturne pour vous en rendre grâce et pour vous en dire mon sentiment. Enfin il est arrivé et M' Boulliau nous en a donné à M' de Monmor et à moy à chacun un exemplaire. Je le receus avant-hier à la nuit, et je le leus hier avidement, toutes autres affaires cessantes, je ne vous diray pas seulement avec satisfaction , mais encore avec admiration. J'y ay trouvé ce que je désire dans les ouvrages d'esprit, je veux dire d'invention exquise, d'ordre judicieux et de solide doctrine. La dédicace en est grave et éloquente et vous ne pouviés assurément choisir de sujet qui en fust plus digne que le prince Léopold de Toscane* lequel est fort connoissant en ces matières et est regardé dans ritalie comme l'unique appuy du beau sçavoir. Pour linjustice quil vous avoi» faîtte, il la luy faut pardonner puisqu'il la si bien réparée. Toute Florence est si prévenue do mérite de Galilée^ qu'on n'y croit de bons astronomes que ceux qn"il a formés
' M. Sainte-Beuve {Poit-Rotjal , l. 111 , p. ÔO 1 , note 1) critique ainsi les procédés de Caniusat, éditeur des lettres de Chapelain : «Elles l'ont été [imprimées] assez peu exactement, comme il arrive presque toujours. Non-seulement l'éditeur a im peu j»eig)ie Chapelain en l'imprimant, ce ne serait pas là un grand crime; mais il y a des fautes de noms, et même des bévues. Chapelain terminera lettre du 10 octobre(etnon septembre) ifiôg par ces mots : Ce n'a esté que pnr voslre ordre, et comme, M. V., etc. , c'est-à-dire comme. Monsieur, votre serviteur, on quelque chose de tel. <]amusat imprime : Ce n'a été que par votre ordre, et comtne elle, ce qui ne forme aucun sens (page i58 des Mélanges de littérature, tirés des lettres manuscrites de M. Chapelain).-^ M. Sainte- Beuve, sur le manuscrit que j'ai sous les yeux, avait déjà consigné les éléments de la note que l'on vient de lire, écrivant (P 67) : r Imprimé, ('amusât a un peu peigné Chapelain en l'imprimant,-' et ajoutant (f^ 58) : Camusat rrimprime : ft comme elle, ce qui n'a aucun sens.n
* Camusat, à qui, comme nous venons de le voir, M. Sainte-Beuve reproche d'avoir pris septembre pour octobre, avait bien lu, mais il aurait dû corriger un lapsus évident, la prétendue lettre du 10 septembre se trouvant au beau milieu de lettres qui sont toutes du mois suivant.
^ Le 12 octobre, Chapelain (f° 58) encourage et complimente l'abbé Paulel , qui , le malheureux ! avait enlamé la traduction du huitième livre do In Piicelle.
* Léopold de Toscane, quatiièmi, fils de Corne II de Médicis, grand-duc de Toscane, et de Marie-Madeleine d'Autriche, dovint cardinal on 1667 et mourut en 1675. Ce fut le digne frère de Ferdinand II, grand-duc de Toscane, qui aima tant les lettrés et les savants. Ferdinand II , par ses libéralités, assura la prospérité de l'Académie del Cimento, fondée en 1667 par le prince Léopold. La dédicace du Systema saturninum porte la date du 5 juillet 1609.
5 L'illustre mathématicien était mort depuis dix-sopt ans (8 janvier iGi-i).
LETTRES DE JEAx\ CHAPELAIN.
ou qui se sont formés sur iu\ . C'est un effet de i'aniour propre qui n'est condannable que quand on s'opiniastre à le maintenir. Vostre livre fera bien voir à ces M'' là que vous voîe's de vostre propre force et que vous navés besoin que de vos ailes pour aller plus haut et plus loin que les plus babiles d'enti-e eux.
J'ay leu avec joye les beaux vers dont nostre cher M' Heinsius a paré le front de vostre édiflce, et je n'en ay pas eu une petite de voii- ensuitte que vous aviés entre vos proches un poète aussi excellent que celuy qui vous y a donné un si doux encens '. Je ne vous sçaurois exprimer celle que j'ay ressentie en me trouvant allégué dès la seconde page du Système comme l'autheur de la publication de cette lune Saturnienne que vous aviés le premier descouverte et de m'y voir cité en des termes si honnorables et si obligeans. Je vous en ay une obligation immortelle puisque ce traité ne mourra jamais. Il faudra essayer de ne m'en pas monstrer indigne , par la justice que je rendi-ay tousjours à vostre sçavoir et à vostre vertu. Ça esté une très bonne méthode de commencer pai' l'histoire de vos observations de cette planette si éloignée et de cette lune que vous aviés reconneue en l'observant. Ce que vous y dittes de la différence de vos télescopes est digne de vostre candeur et de vostre jugement. Je croy que le vostre de vingt trois pieds est le plus long qui soit en l'Europe et celuy qui porte plus loin. Il me semble pourtant que vous aviés dessein d'en fabriquer un de trente -six pieds pour aller tousjours plus avant dans
le ciel et nous en rapporter plus de nouvelles.
Cette réfutation que vous faittes ensuitte des différens systèmes qui ont esté faits de cette tnesme planette estoit absolument nécessaire et je suis demeuré persuadé que vous les avés tous convaincus de faux. Pour la manière dont vous establissés le vostre, autant que je l'ay peu comprendre, elle m'a paru concluante nonobstant les objections de la bizarrerie de l'anneau dans les termes de la nature et de ce manque de réflexion de lumière par le bord externe de cet anneau, posé par vous assez espais pour la renvoyer, auxquelles vous satisfaittes à mon avis suffisamment pour ceux qui voudront estre raisonnables.
Quant à ce que vous supposés que les deux surfaces de son plan doivent estre unies, je l'approuve bien en tant qu'il n'y doit point avoir d'éminences et de cavités notables , mais non pas si vous les supposiés lisses et polies , comme une glace de miroir, parce qu'elles ne réflécbiroient la clarté qu'en un point , de mesme que la mer calme et que , par conséquent, elle ne seroit point visible, mais je croy que vous l'entendes ainsi.
J'avois espéré qu'après avoir contemplé Saturne de nostre terre , vous en auriés fait la théorie en contemplant le monde de cette planette mesme, comme Kepler a fait de la lune dans sa Sélénographie ^ et vous avés marqué sur la fin que cela seroit en quelque sorte nécessaire. Vous vous en estes dispensé pourtant et l'avés laissé à d'autres, comme facile à qui voudroit s'en donner la peine sur vos principes. Je pensois que la
' La parenté de Nicolas Heinsius et de Christian Huygens avait été déjà indiquée dans la lettre VIII.
- Jean Kepler, né en 1571, mourut en i63o. Le livre que cite Cliapelain montre que les lédacteiirs du Dictionnaire de Trévoux ont eu
tort de dire (tome Vil, page (129) : «Hévélius, grand astronome de Dantzig, a fait le premier un livre de la sélénographie. n Le livre de J. Hévélius (Selenographia) parut vingt- sept ans après la mort de Kepler (Dant2dg, 16/17, i"" folio).
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lune de cette planette seroit davantage mesle'e entre les preuves du système conceu avec Tanneau. Elle s'y rencontre ne'antmoins assés pour y servir utilement et contribuer à sa vraysemblance. Il sera malaisé que vos rivaux, quoyque trailtés civilement par vous, s'enipeschent de vous répliquer. Mais cela ne sera bon qu'à vous donner plus d'occasion de faire paroistre vostre force et la fermeté de vos fondeniens. Continués, Monsieur, dans cette noble carrière et conservés vous y le glorieux rang que vous vous y estes si légitimement aquis.
Les nouvelles méditations sur la diop- Irique' et cet art de former et polir les verres qui doivent servir aux télescopes seront sans doute des choses rares et d'un usage singulier. Devant que M' Descartes eust publié le sien ^ je vis entre les mains de Ferrier, ouvrier fameux de ces sortes de lunettes^, une longue lettre qu'il iuy avoit escritte de proprio pugno par laquelle il Iuy mandoit en termes propres que s'il suyvoit bien la méthode qu'il Iuy avoit enseignée pour la formation des verres, il ne doutoit nullement que par leur moyen on ne pust descouvrir dans le corps de la
lune s'il y avoit des habitans ou non. Mais jamais cette méthode n"a pu esfre pratiquée.
Pour vostre projet des parélies et des courosnes, je n'en allons rien de commun et de médiocre. M"^ de Monmor, à qui j'ay demandé de vostre part celte figure de parélie de 7 soleils observés à Rome en i63o, par Scheiner \ m'a respondu, après l'avoir cherché dans les manuscrits de feu M' Gassendi, qu'elle n'y estoit pas, et m'a promis d'en escrire à l'homme du défunt * pour sçavoir s'il ne l'a point, et pour l'obliger à la Iuy envoyer au cas qu'elle soit en sa puissance.
La machine aritmétique de M' Paschal a tousjours passé pour capable de servir aussi bien à la multiplication et à la division qu'à l'addition et à la soustraction, et je croy qu'il me l'a dit luy-mesme, adjouslanl. si je ne me trompe, qu'il ne désesperoit pas de la porter au point de pouvoir servir aussi aux fractions. Quand vous la verres et que vous l'aurés exercée, je suis assuré que vous ferés grand cas de ce génie, d'autant plus que vous le trouvères plus semblable au vostre. C'est par vous que j'apprens la pu-
' La Dioptrica de Clirislian Hiiy{|ens, où l'on trouve la théorie complète du télescope el du microscope, a paru dans les Opéra posihuma (1700, in-/i°).
- La Dioptrique de Descartes parut, avec los Météores et la Géométrie, à la suite du Discours de la Méthode (Leyde, 1687, in-6°).
^ Voir sur Ferrier, «célèbre ouvrier en inslrumens de mathématiques, 1 un article du Moréi'i (t. V, p. 106)., où, pour de plus amples détails, on renvoie à la Vie de Descartes, par Bailiet (ini°). Les rédacteurs du Moréri disent : «Le sieur Ferrier vivoit encore en 1660; mais nous ignorons le temps de sa mort.'> Il est queslion de la grande habileté de Ferrier dans une lettre de Gassendi à Reneri traduite par Bougerel ( Vie de Gaxsendi , p. f)3).
' Christophe Sclieiner, né en 1 b-]b en Souabe , mourut en Silésieen t6.5o. Voir l'article consacré à ce savant astronome dans In Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (t. III, in-lol. col. 601-606). — Gassendi avait publié, dès 1 O-jy , un traité sur ce sujet : Phœnomenon varum Romœ observalum ao Martii cl ejus causarum explicatio (Amsterdam). De nombreuses fautes s'élant gUssées dans cet opuscule , imprimé à la hâte, Gassendi, l'année suivante, le retoucha, et en donna une nouvelle édition sous ce titre: Parhelia seu soles IV spurii qui circa V3i-uni apparucrunt Romœ die ao Martii i6ag, et de ejusdem epistola ad Henricum Renei-ium (Paris, Vitré, i63o, m-h").
5 L'homme du défunt, c'esl-à-dire le seiviteur de Gassendi.
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blicationde ses lellies géométriques'. Retiré du monde comme il est, je ne croyois pas qu'on pust tirer de luy rien de semblable. Il a une quantité d'autres traittés achevés de problèmes curieux, mais qu'il tient supprimés avec assés de dureté. Peu à peu on gaignera sur luy qu'il les souiïre paroistre^ On avoit formellement espéré celuy qu'il avoit fait du vuide et dont il a laissé eschapper une esbauche \ Mais la dévotion et ses infirmités l'ont retenu jusqu'icy de le donner. Ce fut luy qui inventa la colonne d'air pour rendre raison de ce qui arrivoit à la descente du vif argent dans le tube jusqu'à un certain nombre de pieds et de poulces.
\r Heinsius m'a envoyé la response au manifeste de l'ambassadeur de Portugal. Je luy escris et vous prie de luy vouloir rendre
ma lettre. L'accident arrivé à la famille de \V de TIiou \ après nous avoir extrêmement troublés et affligés, commence à nous estre moins fascheux par le bon train que prend la guérison des blessés et des malades. Si vous tombés sur ce discours là avec Son Excellence , failtes moy la grâce de luy dire qu'il n'a point de serviteur qui en ait esté plus sensiblement touché que moy ni qui ait pris plus de part à la peine qu'il en a soufferte.
Je siu's sans réserve , Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce xv octobre iCog^.
À >r" L'ÉVESQUE DE VENGE,
À VENCE
L'éloignement de leurs Majestez et l'ap-
' L'ouvrage parut sous un titre 1res développé que l'on trouve tout au long dans le Manuel du libraire (I. IV, col. l^oo-l^Ol ). Voici les premiers mots de ce titre : Lettre de A. Dettonville contenant quelques-unes de ses inventions de géométrie. . . (Paris, Guillaume Desprez, 16.59, in-4°).
* En i665 parut: Traité du triangle arithmétique, avec quelques autres petits traitez, sur la vmne matière, par M. Pascal (Paris, Guillaume Desprez, in-/i°).
•' V esbauche était l'opuscule intitulé : Nouvelles expériences touchant le vtiide faites dans des tuyaux avec diverses liqueurs, par Biaise Pascal (Paris, 16^7, petit in-S"). En i6i3 parurent: Traitez de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la tuasse de l'air (Paris, Guill. Desprez, in-12).
* Probablement quelque accident de voiture, quelque chute suivie de contusions.
^ À cette lettre du to octobre succède (T ()o , verso) une lettre du i3 du même mois (peutêtre faut-il Hre i5 aussi) adressée à la duchesse de Longueville. Chapelain complimente la duchesse du r: glorieux accommodements du prince de Condé, et s'excuse sur ses infirmités de ne pas aller porter à Trie ses félicitations. La petite lettre à la ducfiesse de Longueville est suivie (f° Oi)
d'une longue lettre à Heinsius, datée du i5 octobre. Chapelain lui dit: ^ Je n'attens point que vous m'ayés respondu pour vous répliquer. Mon amitié n'est point chicaneuse et ne hait rien tant que la morgue de la formalité. Je vous escris parce que mon inclination m'y porte.» Chapelain demande à son ami des nouvelles de l'impression d'Ovide. Il s'étend ensuite sur le livre de C. Huygens, «l'ayant dévoré en un jour avec un ravissement inexprimable. Je luy en dis mon sentiment par le menu dans le remerciment que je luy en ay fait. 1 Chapelain voudrait bien savoir si Heinsius ne s'appliquera pas, ff l'année prochaine, à ce grand dessein de la continuation de l'Histoire de iVr Grotius, que M' de Montauzier et moy avons tant approuvée. Rien n'eslablira tant vostre gloire et vostre fortune que cela...» Chapelain parle ensuite à son correspondant du célèbre Guy Patin, alors âgé de cinquante-six ans révolus et professeur de médecine au collège de France depuis cinq ans : «M' Patin, ce médecin de Paris qui a une si belle bibliothèque, me demanda, il y a huit jours, quand paroistroit vostre poète et me dit qu'on imprimoil Rabelais à Leyde ou à Amsterdam. J'apprendrois volontiers si cela est et s'il s'imprime avec quelques
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parence du long séjour qu elles feront dans ces provinces éloignées ^ vous donneront tout loysir de faire réflection sur les notes touchant Yostre belle ode, et d'y retoucher aux lieux que nous croyons mériter absolument réformation. Nous vous la renvoyons donc notée aux marges avec nostre sincérité ordinaire. Ayés surtout attention, s'il vous plaist, aux dernières stances où vous preschés le Roy plus librement que la poésie ni vos interests ne le permettent. A vous dire vray, ce ne seront jamais les Muses qui régleront les mœurs et les actions des puissances. Et il n'y a point de plaisir de se les mettre sur les bras inutilement. Une vocation particulière est requise pour cela. Il les faut tenir au confessional lorsqu'elles mettent la main à la conscience et que Dieu les veut éclairer. Les autres tentatives sont toutes vaines et, hors de ce tribunal, on y perd de boimes paroles et on s'y attire de mauvaises volontés. Croyés en vos vrays amis et n'en croyés pas vostre courage. Animum rege et demandés au ciel en vos sacrifices qu'il envoyé frapper à la porte de leur coeur. Ce sont ces coups là qui sont infaillibles.
M' Gonrart me parle d'un coadjuteur que vous vous estes choisi et ne me dit point si la chose est faitte. Mon amitié me travaille sur cet article là. Ce que j'en voy me semble désavantageux pour vous, Vostre diocèse est petit et de petit revenu. Il faudra donner à
cette pei-sonne au moins le tiers de ce qu'il rapporte , et vous vous rendes par là impossible de vous en décharger entièrement et commodément. Outre cela , vous n'estes ni vieux ni infirme. Quel {sic) couleur pour fonder le besoin de ce secours? Voilà mes doutes, mais je ne conclus rien et je veux croire que si vous le faittes ou si vous l'avés fait, vous en aurés des raisons valables. De Paris, ce xxiii octobre i65û.