‹ Lettres. PubliéesChapitre 170 sur 309 · CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXVI

À M. GRONOVIUS

PBEMIBB PROPESSECR ES CBIIIQUK ET BtOQCE.'^CE . À LEÏDES*.

Monsieur, j'altendois une occasion qui ne vous fust pas à charge* pour vous rendre très humbles grâces des deux pièces éloquentes qu'on m'a apportées de vostre part, il y a desja quelque temps, lorsqu'enfin M'' Thevenot me l'a fournie en m'envoyant la lettre dédicatoire * qu'il vous a plu m'addi'esser ' à la teste des notes que vous avés faittes sur l'historien' de la nature. Je vous mentirois si je vous dissimulois la joye que j'ay sentie en recevant une si glorieuse marque * de vostre amitié ; mais je ne vous mentirois pas moins si je ne vous tesmoignois combien j'en ay esté surpris, et que je vous celasse la honte que j'ay encore de l'avoir si peu méritée. Ma pudeur s'est de beaucoup accreiie lorsque j'en suis venu à l'endroit où vous vous estendés sur mon sujet et où, parmi quelques vérités que ma candeur m'empescbe de désavoiier, vous coulés tant de choses qui me sont estrangères et où, quelque volonté que j'eusse de les posséder, je ne pourrois sans présomption espérer jamais d'atteindre. Mais, Monsieur, je reconnois bien en cette rencontre qu'on ne sçauroit donner de bornes à la vertueuse affection, et je n'entreprens pas de vous persuader d'en réprimer les

' Jean-Dominique Gassini, né dans le comté de Nice le 8 juin 1695, mort à Paris le i4 septembre 1712, vint à Paris au commencement de l'année 16O9 et fut nommé aussitôt membre de l'Académie des sciences. Ce célèbre astronome était professeur à Bologne quand Colbert l'appela en France.

- Ce dernier paragraphe n'a pas été reproduit par M. Clément.

^ Cette lettre a été publiée, sous la date du if] décembre 1667, par M. Matter, d'après roriginal de la Bibliothèque de l'université de Mu-

nich , dans les Lettrei et pièces rares ou inédiles , p. 371-37^.

* Variante du manuscrit de Munich : qui ne vous fust pas oncroasc.

^ Ibid. : VEpistre dédicatoire.

^ Ibid. : qui doit estre addressée à rostre serviteur.

' Ibid. : h fameur historien de la nature (c'està-dire Phne).

' Ibid. : à la vue d'une si belle marque. Je néglige les autres variantes, qui sont aussi insignifiantes que celles que je viens de relever.

élans , ne sachant pas si , en cas pareil , je pourrois réprimer la mienne propre. Je vous laisse donc maistre de vos paroles, pour excessives quelles soient, sur mon chapitre. Je me contenteray de vous dire que je les considère seulement comme une grâce et nullement comme une deble , souhaittant que vos lecteui"s n'y regardent que l'éloquence qui farde si bien mes défauts que , si l'on l'en vouloit croire, on prendroit pour des perfections , vous demem-ant , au reste , fort redevable de cette violence que vous avés faitte à vos lumièj-es pom* me faire voir aux autres tout autre que je ne suis.

Je ne vous le suis pas moins, Monsieur, de ces beaiLx presens dont je vous ay parlé d'abord qui m'ont appris tant de belles choses , et particulièrement de l'éloge funèbre de M' Golius'. Je vous dois presqu'autant de remercimens pour mie grâce que vous ne pensés pas m'avoir faitte, je veux dire pour le bon accueil et les singulières courtoisies que M' Thevenot m'a mandé avoir receùes de vous , car il est un de ces hommes d'honneur dont la bienveillance fait ma bonne fortune , et qui par une longue suite d'années s'est fait connoistre à moy digne de ne luy préférer aucun de mes plus intimes amis. S'il y avoit encore quelque chose à faire auprès de vous pour vous engager à l'assister de vostre crédit dans ses nobles desseins et travaux, je vous conjure de ne le luy pas refuser, et de croire que ce sera comme si vous l'accordiés, Monsieur, à vostre, etc. De Paris, ce xxvii décembre 1668.

cccLXXxvn.

À M. THEVEINOT,

J'ay receu par le soin de M' Garnier le

paquet 011 estoit l'épisti*e que M' Gronovius a mise devant ses notes sur Pline et qu'il me fait l'honneur de m'addresser. Il n'y a rien de si glorieux ni de si honteux pour moy. Je rougis du bien qu'il dit sachant la distance qu'il y a de ses louanges à ma médiocrité. Mais le moyen de ne pas souflrir et mesme agréer des faveurs faites de si bonne grâce! Tesmoignés luy, je vous supplie , combien je m'en sens son obligé, lorsque vous luy rendrés le billet que je luy escris sur cette matière. Je l'ay laissé ouvert afin que vous voyés de cpielle manière je luy parle de la courtoisie qu'il vous a faitte et de la grande part que j'y prends.

Vous m'avés extrêmement resjouy en me] disant que M' Vossius n'a pas seulement résolu de publier les commentaires du Boccalin sur Tacite, mais encore de faire sçavoir au public que c'est à ma sollicitation. Remerciés l'en, je vous prie, de ma part de la bonne sorte et le conjurés de n'y perdre point de temps. Je sçaurois volontiers par qui il a envoyé en France le livre De idolatria de feu M' son père et si la dédicace en est au Roy, comme il me le fit entendre il y a six mois. A quoy en est-il de son histou-e, et quand y a-t-il apparence qu'elle paroistra?

Rendes bien de grâce à M' Van Beunbig ses civilités en mon nom et en celuy de M' Gonrart qui passe à Paris son hyver aussi doucement qu'il a fait à Atys son autonne. On avoit parlé icy de cet excellent négotiateur, l'honneur de la Hollande, pour ambassadeur ordinaire en Angleterre. Cela ne s'accorderoit pas avec la Bourgmestrise d'Amsterdam.

Vous aurés receu ma lettre de la semaine

' Nous a\ons déjà vu plus haut (p. ia6) que l'orientaliste Jacques Golius était mort à Leyde le septembre 1667.

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