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À M. LE VAYER DE BOUTIGM

ADVOCIT EN PiELESEM,

À paris'.

Monsieur, si vostre discours De laulhorité du Roy pour régler lage auquel les religieux doivent faire profession* me plust extrêmement lorsque vous me fisles l'honneur de me le communiquer manuscrit, en le lisant imprimé il m'a plu incomparablement davantage. La lumière de rim[)ression a fait pour luy dans mon esprit l'ellet qu'elle a accoustumé de faire pour les bons livres, qui est d'adjouter du lustre à leur naturelle beauté, au contraire de ce qu'elle fait à l'égard des meschans , qui est d'en faire mieux remarquer les fautes. Le vostre. Monsieur, a toutes les conditions qui luy peuvent donner du prix. Il est méthodique, il est clair, il est élégant eu la première partie et éloquent en la seconde, et qui luy preste attention demeure convaincu avec plaisir de la solidité de sa doctrme et de la justice de la cause qu'il défend. Le temps est venu que ses vérités ne seront plus estouffées par les cabales et que S. M. en profitera pour l'avancement de ses vertueux projets sans que

en février 1682 intendant de la généralité de Soissons.

- De l'autorité du roi touchant l'âge nécessaire à la profession religieuse (Paris, 1669, in-ia ), réirapiimé en 1701.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

les precedens obstacles puissent plus tenir contre leur force et leur ëvidence. Je vous félicite , Monsieur, de la gloire qui vous en reviendra et je vous rens mille grâces de l'exemplaire qui m'en a esté apporté de vostre part. Je le poseray en la plus éminente

place de mon cabinet pour m'en parer et pour faire que mes amis, l'y voyant, connoissent que j'ay le bonbeur d'estre aimé de vous , et m'envient la qualité que ce riche présent me confirme, Monsieur, de vostre, etc.

De Paris , ce vi febvrier 1 669 '.

' Le 8 février. Chapelain parle ainsi de la Pucelle à Ferrari (f li): «Quant au jugement avantageux que vous avés bien voulu faire de la Pucelle, je n'oserois tout à fait vous en croire ni vous en mescroire. Vous estes sincère et éclairé et sur ces fondemens je pourrois acquiescer à vostre décision. Je suis de mon costé convaincu de ma médiocrité et me sens très éloigné de ces perfections que vous semblés y avoir remarquées et qu'il me seroil très sovihaittable qui s'y rencontrassent. Le parti que je prendray sera ni de les avouer ni de les contredire, et de passer à l'article des épisodes que vous souhaitleriés qui y fussent plus frequens. Sur quoy sans prétendre m'en défendre, je vous diray seulement qu'en constituant le poème, pour ne pas tomber dans le vice de faire une fable épisodique, j'ay eu attention particulière d'y mesler les épisodes de telle sorte qu'ils se pussent bien oster sans que l'essentiel de l'aventure en patist, mais de faire aussi que ces épisodes parussent si naturels et si propres à l'aventure qu'on pust s'imaginer que tout en estoil historique et que la fiction n'y avoil point de part... toutes lesquelles choses (description de la galerie de Fontainebleau, description du sacre, etc.) pouvoient estre laissées sans nuire au gros du sujet et sont néanmoins tirées e visceribus rei, ce qui les rend plus vraysemblables à l'esprit da lecteur, au contraire de ces épisodes fondés sur la magie qui n'eurent jamais de probabilité et par conséquent introduits dans l'épopée contre les règles par une mesprise des plus grands poètes modernes.^ Chapelain transmet ensuite ces deux nouvelles à son correspondant: wll n'y a point d'histoire nouvelle en françois que l'epitome de celle de Alezeray en trois volumes in-.'!" qu'ils vendent fort cher, 27 livres. D'histoire latine il y a celle du fourbe Prioleau, intitulée Begiinen Mazarineum , très fausse et très impudente. Elle est présentement sous la

CHAVELAIS. H.

presse à Strasbourg. Nous en avons veu une du Piemontois Viliotto du mesme sujet. . r^ Le 1 2 du même mois. Chapelain accuse réception à son ami Du Maurier d'une paire de poulardes : « Comme si ce n'estoit pas assés m'obliger de me conserver en vostre mémoire et de vous donner la peine de me le faire sçavoir, vous accompagnés encore vostre lettre de présens et des présens les plus délicats du monde. Celte couple de poulardes que M' de Rouvé m'a fait apporter de vostre part s'est trouvée un très délicieux manger et a mérité les éloges de nos dames les plus friandes que j'en voulois régaler à ma grande gloire et à la vostre, car elles en voulurent sçavoir la généalogie et m'obligèrent à leur apprendre à qui elles dévoient un plat d'un goust si fin et si exquis. Cela m'engagea à leur descrire vostre maison, définir vostre personne, celle de M° Du Maurier et à leur déduire l'heureuse vie que vous y meniés, loin du trouble et du bruit populaire, après avoir couru presque toute l'Europe et fait l'amas de belles connoissances qui vous rendent si éclairé et de si bonne compagnie. Vostre solide vertu n'y fust pas oubliée et vostre généreuse façon d'aimer. Enfin , Monsieur, je creus vous avoir bien payé les poulardes par la haute impression que je laissay de vous à la trouppe choisie qui par plus d'une brinde vous souhaite meilleure santé. Mais la perte que vous avés faitte de M' vostre aisné est bien venu tempérer la joye de ce repas en mon cœur. ,.n Le ih du même mois , Chapelain écrivit à ses amis Wagenseii et Bœclerus. Il disait au premier (P 17) : c;Le projet du collège de toutes les nations est digne de M' l'Electeur de Brandebourg, mais s'il demeure dans la seule idée il eust mieux valu qu'il ne l'eust jamais fait. Ceux qui mettent en doute l'exécution de celuy de la jonction des deux mers comme reconneùe impossible sont ou malins ou ignorans. La possibihté en a esté tellement jusliffiée par toutes

LETTRES DE JEAIN CHAPELAIN

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