À M. REDI
DOCTEin E.l MÉDECI'«B À L'iCADEMIE DE Li CRCSQÏB . À FLORENCE ^
Monsieur, il eust fallu avoir mërité par de signale's services le beau présent de vos ouvrages que je viens de recevoir par le soin de M' le comte Rabatta- et dont vous m'avés voulu régaler de vostre mouvement presque sans me connoistre ou du moins
sans me connoistre pour vostre admirateur. C'est aussi, Monsieur, ce qui ne m'a pas moins surpris que ra\à et qui, bien considéré, m'a fait voir que vous a vies en cela d'autant plus mérité de moy que j 'a vois moins mérité de vous. Mais je voy ce que c'est. Vous m'avés voulu engager à me donner à vous comme si je valois quelque chose par l'opinion que vous en avés prise par contagion de ce nombre d'excellens hommes que j'ny pour amis à Florence^ et qui, pour ma
les circonstances requises qu'il n'y a que le long et pénible travail qui en face différer l'accomplissement, l'application à l'avancer estant aussi ardente qu'elle estoit du commencement. On n'a pas la mesme certitude pour le port de Sctta (sic pour Celte) en Languedoc entrepris avec grande chaleur et grande esjwrance et dont le succès n'est pas estimé si certain à cause de la vase et des sables que le vent du sud pousse continuellement contre celte coste, et qu'on appréhende qui ne laisse pas assés d'eau aux grands vaisseaux pour y entrer et pour en sortir. On en continue pourtant le travail quoyque plus lentement que l'autre. Les responses au Bouclier espagnol sont prestes il y a uu an et elles l'auroient percé en cent lieux si le Roy, qui a accordé la paix à ses ennemis, n'en avoit retenu l'édition, pour leur ester tout sujet de répliquer et d'entretenir la guerre par la plume, qid ne serviroit qu'à aigrir les esprits et à nourrir l'émotion qui ne peut cesser que par le silence. L'on les verra au premier trouble qui sera excité par ses jaloux, n Chapelain s'adressait en ces termes à Bœclerus : rt J'ay receu la liste des ouvrages de M" Bernegger et Freinshemius dont je vous remercie humblement. Je croyois qu'ils en eussent fait un plus grand nombre. Il seroit à soubaiter que le reste des supplemens de Tite-Live fust pubhé, principalement pour la gloire de sonaulheur, car pour le public Us sont moins nécessaires que les premiers, tant d'escrivains grecs et latins ayant touché cette partie de l'histoire romaine que, hors la peine de les aller chercher et le temps qu'il y faudroit employer à en recueillir les parties, on pourroit se passer de ceux-cy. C'est pourquoy les
héritiers de M' Freinshemius feroienl prudemment de les donner gratis à quelque libraire de Hollande, au refus de ceux de Strasbourg, plustosl que de laisser périr ces chers enfans de ses longues veilles et qui n'accroistroient pas peu sa belle réputation, el s'ils en espèrent de l'émolumeut il faut qu'ils s'en désabusent. La misère est partout dans la librairie et icy mesme, poiu' imprimer des livres latins, les plus accommodés de nos libraires demandent de l'argent, bien loin d'en donner. . . Vous aurés encore ressenti en vos quartiers des effets de l'autorité du Roy par la paix qu'il leur a procurée en obhgeant les deux Charles à mettre les armes bas. Mais celte paix a presque esté suyvie d'une guerre, le duc de Lorraine ne se résolvant pas bien à désarmer de bonne foy. On croit pourtant qu'il s'y est disposé el qu'il a suhi [la volonté du Roy] lorsqu'il a veu qu'on alloit à luy tout de bon. L'Allemagne se devroit tenir bien obligée à S. M. de la modération dont elle use dans une si grande puissance pour le bien général , ce que ses rivaux n'auroient eu garde d'imiter.»
' François Redi, né en février 1696 à Arezzo, mourut à Pise le 1" mars lôgi. Ce médecin des grands-ducs de Toscane Ferdinand II et Cômc 111 fut un des plus habiles observaleui-s de son siècle.
- Le comte Rabalta élait résident du grandduc de Toscane à Paris. Il fut un des correspondante de Chapelain.
' Chapelain les énumère ainsi dans une lettre à M. Akenhausen, du 12 février «669: rll signer Vincenzo Viviani, primario mathemalico de M' le Grand Duc, d signor Carlo Dali, primario
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
bonne fortune, mettent un haut prix à ma bonne volonté etluy font tenir lieu des vertus morales et intellectuelles qui seules me pourroient rendre digne d'eux. Si vous vous en contentés comme eux , nostre amitié est toute faitte, et j'en useray de sorte qu'au moins n'y trouvères [vous] jamais rien qui vous y puisse blesser et qui démente la parole que je vous donne de la garder lousjours fidelle. J'avois, au reste, desja leu vostre.traitté Délie vipei-e^et l'avois jugé une des plus culieuses pièces de l'histoire naturelle et en qui la solide doctrine le disputoit à la pureté du stile. Je ne doute point que cet autre plus grand, des Insectes, ne soit de la mesme force et de la mesme élégance', et me prépare à n'en tirer pas un moindre plaisir et un moindre profit que de l'autre en le li-
sant. Cependant, pour ne vous paroistre pas ingrat en diferant davantage les actions de grâces que je vous en dois, je vous les fais icy très humbles avec protestation de demeurer toute ma vie , Monsieur, vostre , etc. De Paris, ce xiv febvrier 16O9'.
À M. BERISIER,
MÉOECIM DU GRAND UOGOL ,
revenant de i'Indostan , Inde, en Fronce, pour responsc à ses lettres escriltes de Tadouan , à quatre journées de Chiras , le 4° juin l'an 1668 , et recèdes à Paris le 15° jour de febvrier l'an 1669',
Monsieur, vous m'avés fait l'honneur de vous addresser à moy sur le silence de M' de Monmor auquel vous aviés amplement escrit de vos avanlures et de vostre establissemeîit
umanisla nello studio Firenzo, il signor Marucelli, secrétaire d'Estat de M' le Grand Duc, il signor IMagaiolli et il signor Falunieri.n
' Osservazioni intoi-no alla vipera (Florence, iGC/i, in-li').
- Esperienze intomo alla generazione degli inselti (Florence, 1668, in-Zi").
^ Le même jour, ("Jiapelain se plaint à l'abbé Marucelli (f° 20) de la léthargie des gratifiés italiens: «Quant à l'assoupissement eu à ia négligence de nos messieurs [c'est-à-dire de nos gratifiés] , je ne sçay pas comme ils l'entendent ni s'ils estiment le Roy encore trop heureux de les aller chercher au coin de leur feu pour leur faire du bien , sans qu'ils s'en doivent davantage émouvoir que si ses grâces estoient des debtes et qu'elles ne méritassent pas un grand mercy. Que s'ils sont insensibles à l'esgard de S. M. et de M' Colbert, je ne parle point de moy, ils ne le dévoient pas estre du moins à vostre égard, sçachant que ce fut à vostre seule prière que je les fis connoistre et gratifier. . . N'admirés vous point cependant que j'ay encore celte année voulu et pu obtenir les mesmes faveurs pour eux? Je l'ay fait, Monsieur, en vostre seule contemplation... J'ay appris de vous avec douleur la mort de M' Chimentelli. Quoyque nous n'eussions point de Uaison ensemble, sou mérite ne m'estoit
pourtant pas inconnu et j'ay l'obligation à M' le cardinal de Médicis de l'ouvrage que ce sçavant homme publia , il y a deux ou trois ans, De honore Bisellii où sa grande capacité s'est signalée et qui m'a instruit avec le public de beaucoup de choses exquises que j'ignorois. Il est fascheux que vos principales lumières s'esleignenlainsi elqu'il[ne] s'en allume point d'autre à la place comme dans le siècle passé. Je n'espère bien qu'en M' le prieur Rucellai , M"^ Magalotti et un M' Redi duquel j'avois veu un traitté des Vipères avec grande satisfaction. Il me l'a envoyé par l'occasion de iVr le comte Rabalta avec un plus considérable encore de la Génération des insectes. Ces deux traittés font honneur à son pais pour l'illustration qu'ils apportent à l'histoire naturelle et qui pour le stile ne soustiennent pas mal la réputation de l'Académie délia Crusca où je voy qu'il a esté admis.» Ajoutons que Redi, aussi pur que savant écrivain, prit une grande part à l'édition de 169^ du Dictionnaire de la Crusca, dans laquelle ses ouvrages sont cités comme autorité.
'' Imprimée dans la brochure de M. de Lens: Les correspondants de François Bei'nier (pages 38 à 4i). M. de Lens n'a pas reproduit la première partie de cette lettre, r nouvelle récapitulation des précédents envois n.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
auprès du Grand Mogor. Il prit alors ce que vous luy mandiés de si considérable des révolutions de ce vaste empire pour des relations de gazettes, sur quoy il n'y avoit point à faire de fondement, et soit sur cette créance, soit pour ne pas bazarder à un voyage si long et si périlleux les œuvres de M' Gassendi que vous luy demandiés, il vous laissa sans response. Pour moy qui pris la cbose plus sérieusement et plus à cœur que luy et qui eusse eu honte de vous abandonner dans ces climats barbares pour une bagatelle comme cela, je résolus de suppléer à son défaut , et si M' de Merveilles à qui j'envoyois la lettre que vous luy aviés escritte n'estoit plus au monde et qu'il se trouvast importuné de la prière que je luy faisois de vous faire tenir cet ouvrage par la voye du Levant, je me disposay à vous les envoyer d'icy par la Hollande ou par l'Angleterre à Surat. Mais ce galant homme, touché sensiblement de vostre souvenir, s'engagea à vous faire ce présent par la voye de Smirne joint à celuy que je vous faisois du poëme de la Pucelle que vous tesmoigniés souhailler avec quelques autres curiosités qui pouvoient vous faire davantage considérer dans cette Cour là. Je n'ay garde de douter qu'il ne l'ait pas fait avec zèle et punctualité, tant parce qu'il m'en a assuré que parce que la manière dont il receust la proposition me l'a fait connoislre pour un des plus généreux cavaliers du monde. Ses lettres estoient accompagnées d'une de moy très ample, dans laquelle je prenois la li-
berté de vous donner avis sur vostre conduite et sur les connoissances de toute sorte que vous pouviés acquérir en ce pais là, dont je vous aurois envoyé avec celle-cy un duplicata, comme j'ay fait juscju'à trois fois par les diverses occasions que j'ay présumé qui vous les pouvoient faire tomber entre les mains , s'il n'estoit inutilie d'en grossir ce paquet , désormais que vous estes en marche pour revenir vous reposer en vostre pais. Ce sera un petit régale que je vous réserve quand nous nous eniretiendrons de vive voix. J'y avois joint un mémoire de M' Thevenol de plusieurs questions à esclaircir sur les lieux.
II m'a semblé nécessaire de vous informer de tout ce qui s'est passé de deçà touchant les lettres qui nous sont venues de vous depuis vostre arrivée à la cour du Grand-Mogol, lesquelles ont esté les seules, jusqu'à celles que vous m'avés escritles de Tadoûan à quatre jours de Chiraz', du to juin de l'an passé. Celle que vous me conviés de donner en mains propres à M' de La Chapelle", par laquelle je voy que vous avés eu une plus heureuse correspondance avec luy qu'avec nous, luy sera rcndiie très fidellemenl.
La nouvelle de vosire retour m'a causé d'autant plus de joye, qu'il y avoit moins d'espérance que nous vous revissions jamais. Je suppose que vous n'avés pas quité l'Orient sans y avoir fait un profit notable, après y avoir utilement et longuement servi. Je suppose aussi que vous y avés ramassé, en observations naturelles, politiques et mo-
' M. de Lens cite cet éloge donné par Chardin (Voyages, t. VIII, p. Zt63) à Taduan : «Ce bom-g osl un des plus délicieux endroits de la Perse.?)
- C'est Chapelle, dit M. de Lens, qui ajoute: <tII y avait à la même époque un littérateur du nom de la Chapelle, membre de l'Académie française où il remplaça Furelière. . . Les contemporains (on en trouve la preuve dans une épigramme
de Chaulieu) confondaient souvent ensemble les deux poètes et attribuaient à l'un les ouvrages de l'autre; mais de la part de Chapelain qui avait (.'té très lié avec Liniillier, la confusion des noms ne peut être qu'un lapsus. ^ Claude Emmanuel Lhuiliicr, dit Chapelle, naquit en 162G et mourut en 1686. Jean de la Chapelle naquit en i655 et mourut en 1728.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
raies, dequoy former une très curieuse relation quand vous serës de deçà , et que vous en aurés tellement colé les papiers à vostre personne qu'ils ne sçauroient se perdre qu'avec vous.
Ce qui m'y a pieu davantage a esté de voir que, sans vous arresler à instruire vostre ami des mœurs, de la puissance, des arts de ces lointaines contrées, vous avés préfère' de philosopher avec luy sur des matières aussi sublimes comme est celle de la nature de l'àme, contre l'opinion de Démocrite et de ses sectateurs; ce que vous avés fait dans cette lettre avec tant de bonne foy, de clarté et de solidité , que je vous avoiie d'en estre demeuré très satisfait ; et quelque estime que j'eusse de vostre force, ce que vous en avés monstre en cette rencontre a de beaucoup passé mon imagination ^
Je Tay communiquée à M' de La Motte le Va ver qui Ta leiie avec très grand plaisir et qui ne désespère pas d'avoir de longues conférences avec vous sur ce sujet là, et sur les autres agités enti-e les anciens aussi bien qu'entre les modernes, trouvant en vous la vigueur nécessaire pour entrer dans ces illustres débats. Cela luy accroist, comme à moy, l'impatience de vostre venue , que nous souhaittons pronte et heureuse pour l'instruction publique et pour vostre repos. Vous nous dires débouche la suite de ces grandes révolutions de la grande Inde , aussi nette que vous nous en aviés fait scavoir le commencement. Pour cette heure, ne pensés qu'à la
conservation de vostre santé , afin d'estre en estât de vous faire écouler, quand vous serés icy, par tout ce qu'il y a de gens curieux et habiles, et vous établir une glorieuse réputation auprès de ceux auxquels vous devés songer à plaire principalement.
J'escriray à Venise el à Ligoume; car pour Sinirne , vous en devés estre parti il y a trois ou quatre mois, et je feray remettre mes lettres à ce M' Chardin^ que vous ui'indiqués, s'il s'en veut charger. Sinon je chercheray d'autres voyes pour vous les y envoyer. Je ne vous manderay rien des nouvelles publiques du costé du Levant. Vous estes plus proche de Candie que nous, et vous en aurés sceu"* tout le détail *, la bravoure de nos aventuriers et les effets de leurs prouesses. Quant à ce qui s'est passé de deçà en Flandres et en Franche-Conté, Venise ou Ligoume ne vous en laisseront rien ignorer. Fraischeuient nous avons forcé l'inconstant duc de Lorraine à désarmer parce que sous couleur de sa guerre avec le Palatin, il nous donnoit un juste soupçon d'estre entré dans la triple alliance que les Anglois, les Ilollandois, les Suédois et depuis les Espagnols ont faitte contre nous, nous trouvant trop puissans pour ne leur pas faire ombrage. Nous ne nous endormons pas de noslre costé et nostre partie n'est pas mal faitte. Le printemps décidera de tout.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, le 16 febvrier 1669, dans le commencement de ma 74' année.
' «La postérité, remarque M. de Lens sous ce passage, ralifio les éloges donnés par Chapelain à celte lettre, qu'il faut lire jusqu'au bout pour bien apprécier Bernier ; car elle nous fait voir dans le disciple de Gassendi un spiritualiste très satisfaisant, et, comme le dit quelque part Sainte-Beuve, un Cartésien sans le vouloir, v
* Le célèbre voyageur Jean Chardin naquit à Paris en novembre i643, et mourut près de
Londres en janvier 1718. M. de Lens rappelle que Chardin fut rencontré par Bernier à Surate en 16G7, au moment où il s'embarquait une seconde fois pour la Perse, el qu'ils firent ensemble une partie de ce voyage qui terminait celui du correspondant de Chapelain.
^ M. de Lens a lu aurés eu pour aurés sceu.
* M. de Lens s'arrèlc ici, disant: Suit le bulletin 2)olitiqu£ accoutumé.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Depuis vostre départ de France, M' de Monmor avoit eslabli une assemble'e de physique che's luy à grands concours de sçavans hommes \ Elle a duré quatre ou cinq ans avec grande réputation'. Celle d'Angleterre avoit commencé à luy escrire pour avoir commerce avec elle. Mais enfin elle se dissipa et la doctrine de M' Descartes, que l'on essayoit d'y establir, en fust afibiblie de plus de moitié. W Thévenot recueillit en sa maison le débris de cette assemblée et, durant plus dun an, il s'y fit d'admilables dissections par un danois nommé Slénon. Les affaires de M' Thévenot luy ayant fait quiter Paris pour la campagne , le médecin Bourdelot la releva et il la maintient
aujourd'huy. Mais le Roy, par
seil de M' Colberl, a élabli depuis une Académie gagée de physique , de méchanique et d'astronomie, qui se tient dans sa Bibliolèque, où ne sont admis que les appointés, et d'où sortent tous les jours d'excellentes choses, surtout des expériences, lesquelles donnent de la jalousie à l'Académie angloise. M"^ Huggens, de Hollande, l'autheur du pendule, a esté évoqué par Sa Ma jesté pour en estre un des membres , et aussi le mathématicien Cassini, de Bologne, celuy du méridien qui doit servir de preuve de la mobilité ou inmiobilité de la terre.
M' Thévenot, de son costé, a desja mis
au jour trois volumes in-folio de divers voyages de long cours choisis entre mille, et il a de quoy continuer jusqu'à plus de dix. Il est présentement en Hollande pour l'impression de VAbulfeda, qu'il publie en arabe avec la traduction^, qui sera une illustration sans prix pour la géographie orientale. Voilà de beaux exemples pour vous exciter à vous signaler comme les autres par les notices que vous pourrés donner de l'Indostan. y ayant porté un esprit auli-e que de marchand et propre à y examiner les choses naturelles et morales, selon la vérité, en philosophe et en homme de sens. Au moins vous ai-je considéré et fait considérer par mes amis comme celui-là seul de qui Ion devoit attendre une description exacte et authentique de ce païs-là et de ces matières.
Quant à M' de Neuré, il avoit amassé quelque bien auprès de M" * de Longueville. Un faux ami l'a abusé et le luy a fait presque tout perdre \ Il est maintenant en Languedoc auprès de M' de Wardes pour le consoler de son exil de la Cour".
M' Sorbière', au retour d'Angleterre, fit un livre où il parla mal du chancelier anglois et du roi danois. Sur les plaintes qu'on en fit au Roy. S. M., par un arrest du conseil, la banni à Nantes, où il a esté près d'un an, et n'a eu son rappel qu'à la prière de ce chanceUer'. Cela ne lui a fait perdre
' M. de Lens a omis les mots : à grands concours de sçavans hommes.
- Voir le Règlement de l'assemblée de physiciens qui se fil à Paris chez M. de Monlnwr, l'an iôoj {Histoire de l'Académie française, édilion de i858, t. I, p. 030-592).
' C'est ainsi que je crois devoir modifier l'impossible mot Raladmlron.
' M. de Lens a transformé M'' en M'.
' Voir la lettre IV de ce volume, p. 8 et 9.
•^ François- René du Bec-Crespin, comte de Morel, marquis de Vardes, capitaine des CeutvSuisses, gouverneur d'Aigues-Mortes, etc., mou-
rut en septembre 1688. Il avait été disgracié à la suite de diverses intrigues dont on trouvera le récit dans la plupart des mémoires du temps. Voir, de plus, les Archives de la Bastille de M. F. Ravaisson (t. I, i8fi6, p. a8o et suiv.).
' Samuel Sorbière, né à Saint-Ambroix en septembre 161 5, mourut à Paris en avril 1670. D'abord calviniste, il abjura en i653 el devint, en 1660, hisloriograplie du roi.
* Voir sur celle affaire les Archives de la Bastille déjà citées (t. II, p. /lao-Zl.So), D'après un document officiel, re fut non le cbanceli<T Hyde, mais le roi Charles II qui demanda la grâce de Sorbière.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
qu'une année de la gratification que le Roy fait à quelques gens de lettres , du nombre desquels il a trouvé moyen de se faire mettre'.
À M" COLBERT
MIXISTHB D'BSTAT ET SECRETAIRE DES COUHAItOEMENS OU ROT,
À PAnis-.
Monseigneur, la lettre que Fun des vostres me rendit, il y a quinze jours, estoit du signor Viliotto , médecin piémontois. Il me donnoit avis qu'il m'envoyoit son Histoire de la régence, d'une seconde édition, dans laquelle il prétendoit avoir satisfait à ce que vous aviéssouhaitlé de luy touchant feu M' le Cardinal, me priant de la lire et de vous tesmoigner le devoir où il s'estoitmis, adjoustant que la traduction italienne, que je luy avois conseillé d'en faire, estoit fort avancée, et preste à voir le jour. Depuis ce temps-là, le livre n'ayant point comparu, je n'ay pas creu devoir davantage tarder à vous en avertir, afin qu'il vous plaise m'ordonner ce que j'ay à luy respondre, ou si je le dois différer jusques à ce que l'ouvrage soit venu , pour vous en faire le rapport et vous laisser juger s'il s'est rendu plus digne de la continuation de vos bontés pour luy auprès du Roy.
Attendant vos comraandemens là-dessus, Monseigneur, je m'abstiendray de luy escrire et de vous en reparler, et j'aurois icy
fini ce billet, si toutes les raisons du monde ne m'engageoient à vous féliciter de la nouvelle dignité dont il a plu à Sa Majesté de combler toutes celles par lesquelles sa magnanimité a voulu récompenser voslre vertu et payer les signalés services qui ont tant contrilnié au bonheur et à la gloire de son règne \
J'en loiieDieu, comme d'une justice cpi'il y a long temps qui vous estoit deiie et qui estoit dans le souhait de tous ceux qui aiment le bien de l'Estat, et surtout de celuy que vous avés obligé, par mille nobles marques de vostre bienveillance, h vivre et à mourir, Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce xvn" febvrier 1669 '.
À M. THEVENOT
CBSTILHOMME FRANÇOIS , À LEÏDE, EN HOLLANDE.
Vous ferés très sagement. Monsieur, de ne vous commettre pas à la discrétion de la soldatesque espagnole plus insolente que jamais dans un pais où la paye et la subsistance luy manque et qui a pour se maintenir la tacite permission de voler. Cela ne vaut rien pour les voyageurs ni pour le peuple, mais cela nous est bon pour nous qui sommes dans le cœur de la Flandre et qui y vivons plus sagement. Les villes et la campagne où l'Espagne est la maistresse se dé-
' Sorbière reçut 1,000 francs de gratification en 1665, 1666, 1667, avec cette mention : en comidè'ation de son mérite et de son application aux belles -lettres ; il n'eut rien en 1668, mais il toucha de nouveau 1,000 francs en 1669.
- Imprimée dans le recueil de M. Clément (t.V, p. 638).
^ Colbert venait d'être nommé secrétaire d'État en remplacement de Guénégaud, avec survivance de sa charge pour le marquis de Seigneiay.
* Le 27 du même mois, Chapelain écrit à Vossius (P 26 v°) : «Je suis de vostre avis pour la suppression de vostre histoire durant vos jours. Vous m'avés charmé de m'apprendre que vous aviés des travaux philosophiques sur Lucrèce. Ceux sur Manile doivent aussi estre curieux après ceux de Joseph Scaliger. Il y aura beaucoup à apprehdre dans vos Poliorcéliques. Je sçay faire différence entre vostre mérite et celui de vos envieux et ne craignes rien de ce costé-là.7)
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
gousteront dune si pesante domination et regarderont plus favorablement la nostre , et ça esté sans doute la veiie du Roy en refusant la proposition des Hollandois de troquer d'alternative, comme je le jugeay dès le commencement. La mesme chose ari'ivera de la Franche Conte' plus opprimée encore que les Pais bas et regardée par eux désormais comme criminelle, ce qui la désespère, et du désespoir à la révolte il n'y a pas beaucoup de chemin. Mais Irefve de politique.
On a dit à M' Conrart que vous passerés encore quatre ou cinq mois à Leyde , ce qui ne peut estre vray sans que vous ayés pris ce temps là pour Tédition de vostre Abulfède. En ce cas, j'approuve le retardement de vostre retour, et comme la mer seroit alors plus navigable, vous pourries revenir par Calais ou par Dunkerque , et de là très seurement icy. Je crains que M' Vossius, ayant onvoyé son ballot De idolalria par celte voye dans le fort de i'hyver, il ne luy soit mesarrivé , car nous n'en avons aucune nouvelle. n verra dans ma response mes sentimens et mes diligences là dessus. \ ous mt>bligerés de la luy rendre. Vous m'avés ravi par Tesperancc que vous me donnés de la veiie de vos nouvelles aquisitions, mais pourquoy men parler si généralement et ne venir pas à quelque petit détail des matières ? Je lespère par vos premières et suis. Monsieur, vostre , etc.
De Paris, ce xviii febvrier 1669 '.
CCCXCVII.
À M. CARLO DATI
PBIMABIO UMAXISTA .\KLLO STUDIO DI FIZE.VZl , À FI,ORE>CE.
Monsieur, vous ne me pouviés domier une plus grande satisfaction que celle de l'assurance qu'enfin après tant de remises, vous vous alliés appliquer tout entier à l'ouvrage que vous vous proposastes de faire pour la gloire du Roy sans en estre sollicité que par vostre propre génie, sur l'avis duquel je pris la résolution de faire considérer vostre mérite par S. AL Cette sérieuse application qui ne sçauroit que désirablement l'éussir entre vos mains, outre l'honneur qui vous en reviendra à l'égard du public, dégagera vostre parole et la mienne h l'égard du Prince et de son sage ministre, et vous fera voir aussi reconnoissant qu'habile , cpiand elle ne serviroit pas à les maintenir dans la disposition de vous continuer les grâces dont ils vous ont honnoré jusqu'icy.
Je suis bien aise, au reste, que mes sentimens sur vostre exorde ne vous ayent pas semblé téméraires et qu'avant de les avoir veus, vous soyés entré dans les mesmes considérations pour régler sur ce pied là toute la conlexture de vostre composition. Le biais dont vous me marqués que vous vous y prendrés me revient fort et m'en fait avoir par avance la meilleure opinion du inonde.
Pour ce qui regarde le lieu de l'impression
' Le h mars. Chapelain écrit à Bœclerus (P 27 v°) : ffPour ne pas laisser périr ce reste de supplémens de Freinshemius entre les mains de ses héritiers, puisque nos Hbraires non plus que les voslres ne veulent point mordre à i'iiameçon et sont déterminés à n'en donner jamais un double, j'ay pensé à tenter un parliculier de mes amis de s'en faire honneur en offrant quelque présent modique à ces héritiers, selon ses forces, et je ne désespérerois pas de
i'y résoudre , si j'avois parole d'eux de le recevoir en vous mellant le manuscrit de ces supplémens en main pour nous ie faire rendre par une voye d'ami fort seure , après que vous auriés examiné le manuscrit original et reconnu qu'il fust tout entier sans aucune réserve et bien conditionné. Vous sonderés ce gué là et essayorés de les porter à s'accommoder à cette condition, laquelle ils ne trouveront jamais meilleure. ..:^
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
;i Paris ou à Florence, je ne voy pas pourquoy vous croii'it^s estre en plus grande liberté de vous déployer sur les louanges du monarque en un lieu qu'en l'autre, puisque l'Espagne . que vous craindriés de choquer en les publiant à Elorence, n'y a pas plus d'émissaires qu'à Paris, où elle lient un ambassadeur, un dragon veillant auquel il seroit impossible de les tenir secrettes, et si elles alloient contre les principes de la neutralité italienne, il n'auroit pas moins de sujet de trouver à redire que vous les eussie's respandiies dans Paris que dans Florence. D'ailleurs je ne sçay si un particulier comme vous, qui par plus d'une déclaration a desjà pi'is parti pour le Roy et qui en a esté gratifié plus d'une fois aux yeux de toute l'Italie du consentement de son prince allié si es(roitteraentà la maison royale, peut demeui'er dans cette prétendiie neutralité, et. quand il y pourroit demeurer, si les émules de sa grandeur croiroient que ce fust de bonne foy qu'il y demeurast. Pour la garder sans soupçon il ne fniloit pas s'offrir à faire le panégyrique du monarque; il falloit encore moins en accepter les largesses. Ce sont là des engagemens qui ne sçauroient laisser dans l'esprit de personne des idées d'indifférence pour luy, et, quand il vous seroit possible d'en faire profession sans vous faire tort, vous ne le persuaderiés jamais à ceux que vous voudriés ménager en la professant.
Mais, Monsieur, je n'ay garde de m'imaginer ni que vous perseveriés dans cette conduite ambiguë, ayant l'ame aussi noble que vous l'avés, ni que dans la veiie de ne pas déplaire aux jaloux de S. M., vous reteniés le torrent des éloges qui luy sont deus, et affoiblissiés par vos expressions tempérées
les merveilles de sa vie dont , avec toute la terre, vous vous sentes convaincu, sachant principalement qu'une louange médiocre ne diffère en rien d'un blasme, sinon en ce qu'elle fait encore un plus mauvais effet.
Et puis comment soupconnerois-je de cette mollesse un courage comme le vostre qui n'a pas craint, en liweur de la vertu du fameux cavalier del Pozzo, de reprocher à trois papes, dans son oraison funèbre ', leur injustice d'avoir promeu au cardinalat tant do personnes ordinaires et d'avoir laissé sans cet honnem- un personnage d'un si extraordinaire mérite et dont la Cour romaine tiroit son principal ornement? Vous n'aurés pas sans doute moins de générosité pour le premier des Roys que pour un hoiimie de condition privée, pour vostre bienfacteur que pour un homme à qui vous n'estiés obligé que (le son amitié. Fermons nous donc là que vous ne perdrés pas un moment pour l'accomplissement de vostre ouvrage, que vous n'y ferés entrer aucun de ces agens qui en énerveroient la vigueur et que vous le mettrés au jour à Florence comme important au Roy que cela soit ainsi. Ce n'est pas qu'après cela nous ne le facions voir de l'édition de France dans le Recueil qui se fait de tout ce que les natiu-els et les estrangers ont publié en son honneur en prose et en vers en toutes les langues qui s'expliquent avec éloquence et agrément.
Il y a long temps que j'altens la copie promise deïAmmalata dont M' Magliabecchi m'a fait la faveur de me communiquer le prologue. Si elle est faitte, j'en recommande l'envoy à vostre courtoisie par la première occasion d'ami et suis tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce v mais 1669^.
' JNous avons déjà vu que Carlo Dali avait publié i'éioge du commandeur Cassiano dei Pozzo en i664 (Florence, in-/i°).
- Le G du même mois, Chapelain entretient ainsi i'abbé xMaruceili de Carlo Dali (P 29 v°) : r.J'ay beaucoup de joye que vous ayés jugé à pro-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
CCCXCVIII.
À M" COLBERT
SBCRÉTAIRE BES COMSIANDEMESIS , ETC.
À PARIS
Monseigneur, vous trouvères, avec ce mot, le remerciment que vous fait M' Vossius de la nouvelle gratiflcation qu'il vous a plu de luy procurer auprès de Sa Majesté. Par la lettre qu'il ai'a escritte, je le voy en peine de l'exemplaire en deux volumes in-folio du livre De idohtvia de feu son père, qu'il a donné augmenté de moitié en cette édition, laquelle, pour reconnoissance des faveurs singulières qu'il a receiies de vous, il vous adresse, mais d'une façon si reteniie, à Tesgard des loiianges qui vous sont deïies (parce que je luy avois fait entendre combien l'excès vous en csloit désagréable), qu'il me lesmoigne n'avoir peur que de vous y paroistre trop modéré.
Il y a trois mois que ce présent est party de Rolerdam pour Rouen, et comme il n'a point d'avis de son arrivée, il craint que les tempestes de cet byver ne l'ayent fait périr en chemin.
Au reste, Monseigneur, sachant la juste passion que vous avés d'accroistre le ihrésor des médailles du Roy, mifnrt homme d'honneur, domestique de M' de Harlay ^ et [aussy] fort considéré de luy que de M. le procureur général, son tils^ m'estant venu visiter, je fis tom-ner la conversation sur le sujet des médailles et ensuite sur le grand amas qu'en avoitfait ?d' de Harlay, que je sçavois de plusiem-s connoissans* estre le pins complet et le plus rare qui fust dans l'Europe, et je reconnus dans le discours que l'affection qu'il avoit eiie pom' cette sorte de curiosité luy estoit fort diminuée et que M' son fils n'en avoit jamais guère eu poiu- cela, mon amy se laissant entendre jusques là que, s'il se trouvoil marchand qui en voulust donne]' ce qu'elles luy avoient cousté, il seroit aisé de le résoudre à s'en desfaire.
La chose en demeura là, et sur cette descouverte, à toutes finsjecreus vous en devoir avertir pour en user selon que vous le jugerés à propos pour le service de Sa Majesté et le vostre. Si c'estoit une affaire à quoy vous voulussiés penser, je serois bien propre à en faire l'ouverture, et non pas à décider de la
[)os irpuvoycT à M. Dati la lollre plaintive quo je luy escrivois pour le tirer de sa létargie et l'ol)liger à faire une fois son devoir. Ce n'est pas que je ne me sois fait violence d'en estre venu à celte extrémité, estant tousjours fascheux d'avoir à morlirier un homme qu'on estime et qu'on aimcroit bien mieux qui se rangeast luy-mesmc à la raison. Mais il en a voulu taster par là et. s'il a Irouvé le morceau amer, il ne l'a peu imputer (ju'àsa faute. La lesponse qu'il m'a faille est d'un homme resveillé et non pas d'un homme en colère, f^lle est positive et d'un nouvel engagement à une application entière au travail si long temps promis cl si long temps négligé... Mais, Monsieur, ne seroit-il point bon que vous fissiés une pelile admonition à M' Vincenzo Viviani que je ne voy pas qui se haste davantage que l'autre, quoiqu'il y aist lantost six ans qu'il ne me demanda
qu'un an pour accomplir loul ce qu'il s'étoil propo.sé?n Chapelain ajoute : «Ces gratifications qui sont purement volontaires ne tiennent qu'à un fdet. . . Je remets à la bonté que vous avés pour celuy cy de luy secouer la bride et (le luy donner de l'esperon pour le faire avancer. . . Tl
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. G;38).
- Achille de Harlay, comlc de Beaumont, procureur général du parlement de Paris depuis 1G61, mort en 1671.
^ Achille de Harlay, comte de Beaumont, nommé procureur général en survivance de son père (1667), devint premier président en 1689 et mourut en 171a , à soixante-treize ans.
* M. Clément a impiimé connoissancos. Con~ noissans est là pour connaisseurs.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
rareté et du prix de ces médailles. Le vray consultant sur ces matières seroit M. ie doven de Saint-Germain ' qui les a veiies et examinées , et qui est trop homme de bien et trop vostre serviteur pour n'y pas agir avec la dernière fidélité et sincérité.
Outre les médadies, Menseigneur, j'appris de mon ami qu'il y a dans ce cabinet toutes les monnoyes anciennes de France en original, sur lesquelles M. de Bouteroiie*, qui en a publié un grand ouvrage si approuvé*, les a fait tirer et graver. C'est ce qu avoit à vous dire là dessus , Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce vu mars iCGo.
À M. THEVENUT,
«EKTILDOMUE FniNÇOIS, À LEÏDE, EN UOLLANDE.
Monsieur, il ne vous faut pas laisser ignorer avec combien d'estime et d'affection M' Gronovius me parle de vous dans la response à la lettre dont j'avois accompagné la gratification nouvelle qu'il a receiie du Roy. Tout de bon les termes n'en sçauroicnt cstrc plus tendres ni plus positifs pour marquciune inclination véritable à vous servir, et je suis trompé si vous avés souhaité quelque chose de son ministère qu'il ne se soit pas porté tout entier et de bonne grâce à vous accorder. Ses deux remercimens au Roy et à
M' Colbert sont tels que vous me les aviés annoncés et ils me feront honneur auprès de l'un et de l'autre, leur faisant voir qu'en le produisant connue digne de leurs faveurs, je ne l'ay pas fait sans fondement et à l'estourdie.
il me mande que vous luy avés envié la commission de me recouvrer la dernière édition du traitté de M' Gonringius De hahitu, etc., de l'année 16G6, mais il ne me dit point si vous l'avés trouvée encore. Je vous supjilie de m'en éclaircir. En cas que vous l'ayés, vous le garderés, s'il vous plaist, pour l'envoyer avec vos bardes quand vous vous en reviendrés de deçà, car ce n'est pas chose qui presse. Esclaircissés-moy aussi de ce qui vous retient en ce païs là. Faites vous imprimer vostre Abulfède, ce qui me semble le plus vraysemblable, ou si quelque autre chose vous y attache? M' Conrart, qui vous baise mille fois les mains, n'en a pas moins de curiosité que moy. En cas de celte impression, vous enauriés là pour tout vostre esté et n'en sortiriés que poiu- vostre récolte et pour vos vendanges.
Ayés la bonté de faire rendre seurement h M" Gronovius et Vossius les deux billets qui vont avec celuy-cy'', et, s'ils y respoudent, de mettre les leurs dans vostre paquet bien recommandé à Monsieur vostre oncle. Les livres De idolatria sont arrivés et livrés. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xv mars iCGy.
' Pierre Séguin. Voir sur ce savant collectionneur une noie de la page 180 du présent volume.
- Claude Bouteroue, conseiller à la cour des Monnaies, né à Paris, mourut dans celte ville en 167^, suivant M. Clément, vers 1680 suivant M. Lad. Lalanne {Dictionnaire historique de la France, 1877).
' Recherches curieuses des monnoyes de France (Paris, i666,in-fol.).
* Ces deux billets, qui sont aussi du i5 mars, suivent la présente lettre dans le registre des
minutes {{"' 82 v" et 33). A Vossius, Chapelain parle de Garcavi «qui tient le lieu de M' de Luçon pour la garden de la bibliothèque du Roi. A Gronovius il adresse ces complimeuls : «Pour le Polybe de M' vostre fils, je ne puis en avoir que très bonne opinion puisque vous luy avés permis d'en entreprendre l'édition. Vous estes trop bon père pour lui avoir en cela dénié vostre assistance et trop habile pour laisser engager son nom dans ime entreprise qui fut douteuse et capable de nuire à sa naissante réputation. Il aura réglé sa
LETTRES DE JEAN CHAPELALN