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À M" LA DUCHESSE DE MOKTAUZIER

DlliE O'DONREUR DE Ll BETRE , AU LOUVRE.

Madame, ce seroit un compliment peu sincère que celuy de vous prétendre exhorter à souffrir avec modération la mort d'une sœur qui vous ayant tant d'obligations les a si mal reconneiies que c'est tout ce que vostre bon naturel et vostre haute vertu ont peu faire que de luy pardonner comme chreslienne ses injustes emportemens'. Je m'abstiendray aussi, Madame, de vous dire contre ma conscience que je prens part à vostre douleur dans l'occasion de cette perte, et je vous féliciteray seulement davoir fait succéder à son abbaïe une autre sœur toute bonne et toute parfaitte qui sçaura mieux reconnoistre ce qu'elle vous doit et réparer les ruines et les désordres que la bizarre humeur de la défuncte a causés dans celte

conduite sur la vostre en matière d'illustrations d'autheurs classiques, et se sera miré sur la méthode que vous aurés tenue dans celle du grand Pline que l'on attend de vous plus purgé que l'on ne l'a eu par tous les grands critiques qui vous ont précédé. Entre ceux qui en ont plus d'impatience contés, s'il vous piaist, celui qui est passionnément. Monsieur, etc.i

' Claire-Diane d'Angennes, abbcssc d'Hyerrc depuis l'année i636. Ce que dit Chapelain de madame d'Hyerre s'accorde Lien avec ce qu'en raconte Tallemant des Réaux {Historiettes, t. II, p. !xq!x et -'190). On a dit par erreur dans le Moréri de 1759 (article Angmines) que la fille aînée du marquis de Rambouillet mourut le (1 mars

' Charlotte -Catherine d'Angennes, morte le 3 mai 1691 dans la ()Ç)° année de son âge.

■* La veille de ce jour, Chapelain avait écrit au comte Graziani (f" 3i) : «On m'a assuré que le trailté pour évoquer M' Cassini en celte Cour a passé par vos mains et que c'estoit à vostre persuasion que cet excellent homme s'est résolu à

sainte maison ^ Dieu vous en veuille récompenser par de nouvelles grâces et raffermir vostre santé si nécessaire pour la satisfaction de tout le monde raisonnable et en particulier de celuy qui sera tousjonrs, comme il a tousjours esté, Madame, vostre, etc.

De Paris, ce xxni' mars 1669'.

À M. GR^.VIUS,

PnBMlBB PROFESSEUR EN ÉLOQUEHCB , À CTRECHT.

Monsieur, dans la lettre que M' Elzevir m'a rendi'ie de vostre partj'ay veu que vous m'en aviés escrit une autre par un jeune gentilhomme hollandois pour luy servir d'accès à mon cabinet lorsque d'Angleterre où il s'en alloit alors il passeroit en France, le chargeant en mesme temps de vostre édition de Justin pour m'en faire un présent*. Mais je ne sçay par quel malheur il est arrivé que

quiler le poste avantageux qu'il tonoit de là les Monts pour y venir fortifier l'Académie royale. Ça esté un service agréable pour S. M. et une particulière obligation que vous aurés acquise sur vostre ami pour son inlerest et pour son honneur. Je ne vous en ay une gueres moindre du soin que vous voulés prendre de descouvrir si la troisicsme partie de l'Histoire de Pisloye est publiée et de m'avoir recouvré la première de l'Histoire de Modène, quelque grossièrement qu'elle soit escrilte. Vous sçavés le diclum ancien que Historia quomodocumqiie scnpia délectât. . . J'ay mis entre les mains de M' l'abbé Siri le manuscrit du Tassonc sur vos ordres à sa première réquisition , et tiré parole de luy qu'il no le communiquera à qui que ce soit pour éviter scandale et broùillerie avec la Crusca.»

* Le /usMn de J.-G. Graîvius (1669) fut réimprimé en 1 683 et en 1 70 1 . Le Manuel du libraire ne mentionne que celte dernière édition (Leyde, in -8°). On retrouve les notes de Gra^vius dans l'édition d'Abraham Gronovius (Leyde, 1760, in-S").

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

je n'aye point veu encore ce gentilhomme ni receu la letlre dont vous lefaisie's porteur, quoyque par une voye qui m'est inconnue me soit venu le Justin, et vous pouvés croire que si la letlre Teust accompagné, je n'eusse pas esté assés rustique pour la laisser sans response et sans le remerciment que je vous devois de l'un et de l'aulro. Seroitbien celuy que M' Rompf, m'amenant, ces jours passés, M' Elzevir, me dit qu'il m'amèneroit au premier jour sur Tinslance qu'il luy en avoit faitle et la passion qu'il luy avoit tesmoignée de me visiter? Quand il se présentera, il s'appercevra de la force de vostrc recommandation par l'accueil que je luy feray. Si vous avés fait garder copie de la lettre qu'il avoit à me rendre , je seray bien aise de la voir, car je ne pers pas volontiers de ces marques de la véritable amitié d'un homme que j'estime autant que vous.

Celle à laquelle je respons est si remplie de bonté et de tendresse qu'elle m'a sensiblement touché et je n'y a y rien trouvé à redire que les louanges dont vous m'accables. Je les interprète néantmoins favorablement et, encore que je ne les croye pas justes, je ne les croy pas moins sincères principallement l'article de la candeur et celuy de l'amour que j'ay pour les sçavans hommes. Et que diriés vous. Monsieur, que cet amour qui m'a attiré le vostre si noble et si désintéressé m'a attiré la haine de certains petits poétastres qui me dcschirent par des satyres publiques, parce que je ne les ay pu faire comprendre dans la liste des gratifiés? Mais je n'ay pas besoin de consolation là

1 Le Suétone de Graîviiis parut à Ulrcclil eu 1673 el reparut en 1688, 1691, lOgi.

' Rappelons que Grœvius fut rédiieur des lettres de Casaubon (Brunswick, iG55).

' Liévin Torrentius ou Van der Beken, né à Gand en i525, mort en 169.0, fut e'vêque d'Anvers, puis archevêque de Matines. Son édition

dessus et pourvu que vous et les gens qui vous ressemblent ne soient pas de leur sentiment, j'iray mon train , je garderay ma tranquilité ordinaire et pour toute vengeance je n'employeray contre eux que le mospris.

J'apprens, au reste, avec beaucoup de plaisir que l'édition de Suétone ' que vous avés fait entreprendre à vos libraires, illustrée des commentaires de Casaubon' et de Torrentius * aussi bien que par vos observations et vos notes, soit si tost preste à paroislre. M. le duc de Montauzier m'estant venu voir avant-hier, sur un billet que je luy avois escrit pour sçavoir de luy lequel des deux ouvrages de ce Suétone ou du Gicéron * que vous allés publier, il trouveroit à propos que vous dédiasses àM^' le Dauphin, ce seigneur, dis-je, me monstraune lettre de vous qui luy avoit esté portée par M"" Elzevir toute conforme à la mienne, et nous nous renconlrasmes de mesme avis, sçavoir que le Ciceron pour toutes considérations devoit avoir la préférence. Mais comme il voudroit que cet autheur et tous les autres classiques fussent imprimés d'une manière qui en pust faciliter fintelligence au jeune prince, laquelle seroit qu'au lieu de tant de commentaires et notes le texte en fust suivi en chaque page d'une espèce de paraphrase très succincte faite par un habile homme et d'un slile clair et élégant, il prétend qu'une édition de cette sorte, si elle esloit superfliie pour ceux qui esloient fort avancés seroit d'une utilité extrême pour les principians et pour les médiocres mesmes. M' Elzevir, à qui il en parla , luy parut incliner à cette

de Suélono, avec commentaire, est de 1.578 (Anvers).

* Grsevius publia les Épîlres de Cicéron en 1G77 (Amsterdam) et divers autres ouvrages du grand orateur en 168/i, 1688, 1699. L'édition du De officiis et de divers autres traités est dédiée au Dauphin (Amsterdam, 1O88, in-8°).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

proposition, comme à une chose qui luy pouvoit estre de grand profit à cause du grand de'bit quïl feroit d'une édition de cette sorte. C'est ce dont j'ay creu vous devoir avertir, me remettant du surplus à ce qu'il vous en pourra escrire iuy mesme et à ce que M' EIzevir vous en racontera plus particulièrement.

On ne sçauroit avec trop de soin l'ecueillir et sauver de l'oubli les ouvrages manuscrits de M' Meursius qui, durant sa vie, a este' une des lumières de l'Acade'mie hollandoise. Pour ceux des trois isles fameuses Rodes, Cypre et Crette* et des roys de Sparte" que vous me mandés prests à voir le jour, [ils] seront fort curieux.

Je suis avec passion , Monsieur, vostre , etc. De Paris, ce xxiv mars 1669'.

ccccu.

À M" COLBERT

SECBÉTAinE DES COMUANDEME\S , ETC. ,

Monseigneur, je laissay, il y a quatre jours, entre les mains de M' Perrault mon sentiment par escrit sur ce qui peut estre

employé pour la gloire du Roy dans les basreliefs de l'arc de triomphe et je ne doute point qu'il ne vous l'ait fait voir avec ceux qu'ont fait ces autres M" sur le mesme sujet. Quinze jours auparavant, je me donnay l'honneur de vous escrire en vous envoyant le remerciment de AP Vossius pour la nouvelle gratification que vous Iuy avés procurée. Je le fais aujourd'huy pour accompagner ceux de M" Gronovius, Hevelius, Dati et Viviani. M' Le Besgue vous aiu-a présenté celuy de M' Bœclerus et M' l'abbé Siri celuy de M' le conte Graziani. Ceux de M" Heinsius, Conringius et Ferrari ne peuvent plus guères tarder à paroistre. M' Ferrari a esté malade à mourir aussi bien que M"" ileiifti\is et il court un bruit de la moit de M' Conringius ^ Ce seroit un extrême dommage tant pour le bien des bonnes lettres que pour le service de S. M. en cas qu'elle eust besoin d'une plume estrangère accréditée pour soustenir puissamment ses justes prétentions sur le Brabanl, etc., et pour raonstrer l'invalidité de la renonciation de la Reyne. Nous serons bientost éclaircis de ce qui en est et je n'omettray aucune diligence pour cela, afin que si cet excellent sujet des grâces

' Creta, Cijprm, Rhodits {kmstcràam, iQ-jb,

- De regno Laconico libri 11 (Ulrocht, 1687, in-li").

^ Le 9 2 mars, Cliapeiain avait donné à l'abbé de Francheviile (f^ 35) celte nouvelle littéraire: «Vous sçaurés au reste que ce mesme M' du Chastelet a laissé eschapper de son cabinet huit ou neuf cent vers en Eglogues, Elogies et quelques autres poésies qu'il (lit qu'un de ses familiers a fait imprimer à son insceu. Vous en croirés ce qu'il vous plaira. 11 m'en a promis un exemplaire, et Dieu sçait s'il ne vous en envolera pas plus d'un. C'est tousjours le plus délibéré et le meilleur gentilhomme du monde. « Le G avril. Chapelain écrivait au même abbé (f 38) : «J'oppose vostre seule amitié et vostre raison seule à

toute la malignité et l'extravagance de cette canaille qui s'est conjurée contre ma médiocrité et que ma petite fortune irrite, ronge et désespère. Si j'avois besoin de consolation de ce costé là , je la trouverois entière dans vostre tendre partialité et dans le tavorable jugement que vous faittes de ce peu je n'oserois dire de vertu que j'ay essayé d'acquérir par une sérieuse application aux exercices que les gens de bien considèrent comme hounesles et louables, sans que ni l'ambition ni l'avarice y ayent jamais eu part ni y soyenl jamais entrées comme motifs de mes desseins ni de mes actions. 7)

' M. Clément n'a reproduit que quelques lignes de celte lettre (note h de la page 639).

* Conringius ne mourut que beaucoup plus tard (12 décembre 1681).

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royales vous avoit manque, comme a desja fait M' Gevartius, vous piiissiës les remplir par d'autres d'aussi grand mérite dans les pais éloignes pour y maintenir la gloire de la munificence de S. M. C'est le conte succinct qu'avoit à vous rendre sur cette matière, Monseigneur, voslre, etc.

De Paris, ce x.wii mars 1G69.

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