X AMSTERDAM
J'avois creu vostre alarme fausse lorsque je respondis à vos dernières sur ce que vous m'en aviës escrit et je vous y donnay conseil conformément à ma créance. Maintenant que vous m'assures que la personne dont vous vous plaignie's avoit certainement parlé à vostre désavantage à son patron touchant ce qui vous avoit mené en Hollande, et que vous me demandés quelle conduite vous devés tenir là dessus, voicy ce qu'il me semble que vous devés faire. Si vostre impression n'est point commencée ou fort avancée', je la remettrois à un autre temps et dirois à ceux qui voudroient sçavoir le sujet de vostre voyage qu'ayant quelques aflaircs en ce pais là, vous aviés voulu par mesme moyen voir si vous n'y trouveriés point les characteres arabes proportionnés à la forme nécessaire pour l'édition que vous méditiés de vostre livre n'y en ayant eu France que de trop gros pour cela, et s'il y en avoit là de plus propres pour en faire faire une fonte neufve que vous emporteriés à Paris pour vous en servir à l'impression de l'ouvrage et l'ac-
compagner des lettres grises, vignettes et fleurons , des armes et devises du Roy auquel vous en destinés l'offrande , comme à vostre prince que vous en connoissés seul digne.
Par ce procédé vous fermeriés la bouche à la mesdisance et démentiriés tous les mauvais offices qu'on vous peut avoir faits, dont je n'approuve pas que vous vous en plaigniés à M' Colbert ni par vos lettres, ni par vos amis , surtout les choses qu'on vous a mandées ne vous ayant point esté mandées par ordre et pouvant estre que cette mesdisance n'aura point esté portée jusqu'à luy à qui par là vous l'apprendriés. Si vous le voulés faire pourtant , il faudroit que ce fusl par IVr Otman, vostre ami, et son parent \ qui a les audiences privilégiées et qui ne craindra point de choquer vostre ennemi.
Si d'autre costé l'impression esloit achevée, je voudrois premièrement que vous en lissiés la dédicace au Roy dans les termes les plus respectueux et les plus magnifiques que vous pourries et ensuitte que, dans la préface, vous fissiés bien entendie au lecteur que la raison qui vous avoit empesché d'y employer les beaux characteres arabes de S. M., quoyque les plus beaux de l'Em-ope, c'estoit que leur grosseur ne s'accommodoit
plaisir et avec profit, et puisque vous m'en demandés mon sentiment, je vous diiay sans flaterie que je n'en ay veu aucun chapitre où vostre censure ne m'ait semblé la plus juste du monde et où ceux que vous y reprenés ne soient convaincus ou de barbarisme ou de sollecisme. . . Si l'on pardonne à Lipse les impuretés et tes affectations de son stile en faveur de son bon jugement et de ia grande érudition dont ses œuvres sont remplies, on n'a pas laissé de siffler ceux que cette nouveauté de langage avoit tenté jusqu'à vouloir la suyvre. .. Quand Schioppius a examiné ia latinité ça esté sur les livres des éioquens en cette langue, avec raison ou sans raison qu'il l'ait fait, et s'il s'est rué sur Scaiiger en cette matière, ce n'esloit point pour la peur qu'il eust que son
nom authorisast ses mauvaises hardiesses , mais pour le dessein qu'il avoit de le rendre moins considérable entre les gens de lettres où il le voyoit à regret tenir le premier rang et de le deshonnorer aussi bien du costé de son éiocntion que de celuy de sa race. Ceux qui vous connois- Iront bien n'auront jamais un semblable soupçon do vostre vertu et de la candeur de vostre âme. . .r-
' L'impression de VAboii'l-féda.
^ Vincent Holman, seigneur de Fontenay, d'abord conseiller au grand Conseil, puis (i656) maître des requêtes, et intendant à Tours, à Bordeaux, à Montauban, devint intendant des finances en 1669, et mourut en mars i683. 11 avait épousé Marie Colbert, cousine du ministre.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
point à la forme que cette sorte de travail requeroit pour le rangement des degrés de longitude et de latitude et des noms de villes qui se dévoient absolument trouver en une mesme ligne.
Après tout, il n'y a rien que très innocent dans tout ce que vous avés fait et comme vous n'ave'seu pour motif en cette entreprise que la gloire du Roy et le profit du public, sans prétendre pour toutes vos veilles et toutes vos despenses que l'honneur de les avoir servis, quel mal vous en peut-il arriver? Le meilleur pourtant seroit que vous revinssiés icy sans l'avoir mis de delà sous la presse, n'y ayant point de plaisir d'estre leduit à la défensive lorsqu'il se faut purger devant des juges prévenus, quelques justes qu'ils puissent estre.
W Conrart ne disconviendi^a point de cela, mais il est mal aisé qu'il vous le face sitost sçavoir luy raesrae , estant arresté au lit assés malade pour nous avoir fait peur, bien que cette peur dejuiis deux jours soit passée. Pour raoy à qui mon mal accorde un peu de trefve.je vous ay voulu respondre en recevant vosti'e lettre, ne sachant pas si j'en serois en estât à l'ordinaire prochain. Je vous suis fort obligé de la recherche du Dictionnaire portugais, mais je n'ay besoin que de celuy de 1 660 , du P. Pereyra '. J'ay receu enfin le traitté de Ilabilu , etc., de Conringius par luy mesme, et si vous ne l'avés point encore acheté pour moy, potete fav dimeno. Je suis très fasché de la maladie de M' Gronovius que j'ignorois. C'est la raison pourquoy il ne me donnoit point de ses nouvelles. Il ne se passe point d'années qu'il n'ait de ces attaques fascheuses. Dieu le veuille con-
' Benoît Pereyra, né à Borba (Portugal) vers 1611, mourut à Evora en 1681. Son Thesouro da lingua portugueza parut à Lisbonne {iQlid, in-fol.). H en fut fait, dans la même
Qui est l'ami [sic pour l'auteur] du livre de la génération des Insectes? Vous aurés veu celuy qu'en a fait M' Redi, FI[orentin]. C'est un ouvrage très bien escrit et très curieux.
Je suis tout à vous.
De Paris, ce \nii novembre 16G9.
CCCCXXXVI.
À M«« COLBERT
UISISTBE D'ESTAT,
A SAIM-GERMA1> E> LAYE
Monseigneur, il peut y avoir deux mois qu'en vous rendant conte du voyage de M' lîeinsius en Moscovie. je vous fis sçavoir le dessein qu'avoit M' Conringius de vous dédier un de ses ouvrages'^ pour reconnoistrc, en quelque sorte, les grâces que vous continués de luy procurer si généreusement auprès du Roy. Je vous diray maintenant que ce dessein est exécuté et que le livre est en chemin pour ne tarder plus guère à vous estre présenté si la Fortune ne l'arreste point sur la route. Cependant, Monseigneur, vous trouvères avec ce mot l'épistre dédicatoire de ce livre que par avance son autheur m'a envoyée, où vous verres que la matière dont il traite ne sçauroit estre plus curieuse ni plus importante, et que, dans l'addresse qu'il vous en fait, il a religieusement observé ce ({ue je luy avois recommandé sur toutes choses, d'espargner vostre modestie dans les louanges qu'il vous y donneroit, et, s'il avoit à s'estendre, que ce fust seulement sur celles de Sa Majesté, touchant, avec autant de force qu'une lettre le perniettroit, ses vertus héroïques et ses glorieuses entreprises.
ville, de nouvelles éditions en 16Ù7, 1661, 1669.
- Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V,p. 6ii).
' L'ouvrage sur la médecine hermétique.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Vous y remarquerés aussi, Monseigneur, que ses bienfaits et vos offices ne pouvoienl tomber en une âme plus reconnoissante, et la manière dont il s'en explique, au milieu de l'Allemagne et à la face de ses jaloux, ne sçauroit que redoubler vostre estime pour luy et que faire de plus en plus considérer par le Roy un personnage de cet extraordinaire mërite dans les lettres et si dévoué au service de Sa Majesté.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis. Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce xii novembre 1669'.
CCCCXXXVIl.
À M. CARLO DATJ ,
PBIMABIO CaiHISTÀ NELLE STUDIO DI fIRENZG. À FLORENCE.
Monsieur, si je vous ay paru négligent à vous donner avis à vous mesme du bon succès de vostre beau panégyrique en celte Cour et de l'agrément qu'il a eu du Roy et de son sage ministre , vous n'en avés donc pas pris l'avis que j'en donnay à M' l'abbé Marucelli pour vous le faire sçavoir comme un avis authentique qui vous en deust mettre l'esprit en repos, et, selon qu'il m'a fait entendre, vous auriés souhaité un tesmoignage de plus haut du gré qu'on vous en a sceu afin de le pouvoir faire voir dans voslre Cour à vostre gloire. Mais, Monsieur, quand les effets parlent, les paroles sont inutiles et
* Le 97 novembre, Chapelain interroge ainsi CoUellini (f^iiS) snr un pelit point d'histoire littéraire : tri! y a long temps que je désire sçavoir le vray aulheur des Proginnaslores. Quehjuesuns m'ont assuré que c'estoit le s' Carlo Fiorclli sous !e nom duquel le cavalier Leonarclo Salviati avoit escrit contre L'Ottonelli dans la querelle de la Hiermalem du Tasse et personne ne contredit celle opinion. Je serois pourtant bien aise que vous me le conflrmassiés par quelque lumière particulière si elle est certaine, sinon que vous
la continuation des grâces du Prince durant tant d'années doit bien avoir persuadé aux plus incrédules, s'il y en a sur vostre sujet, que vous ne devés pas luy avoir doplu ni à M' Son Ministre dont les occupations infinies et importantes luy ont fait renoncer à toutes sortes de complimens et se rapportant en celte nature d'affaire à moy particulièrement pour expliquer ses sentimens. Les plus grands hommes de l'Europe, à qui il a procuré les mesmes faveurs qu'à vous, se contentent des assurances que je leur donne de son approbation et n'en demandent pas davantage.
Quant à ce que je ne vous ay escrit à vous mesme l'heureuse consommation de cette affaire, la raison a esté que. depuis mes dernières, je n'avois point eu de vos nouvelles et que j'eus sujet de croire que, respondant à M' l'abbé Marucelli, vous ne recevriés pas moins bien ce que j'avois à dire là dessus des mains d'un si homme d'honneur, que des miennes qui estoient mesme alors assés foibles pour le luy mander avec assés de difficulté; car. Monsieur, si vous estes maladif, je le suis encore plus que vous et d'une maladie presque sans relasche à l'âge de 75 ans et chargé d'emplois plus que je n'en puis porter; c'est une petite merveille que je puisse fournir aux choses les plus nécessaires. Il semble, au reste, que vous ayés trouvé estrange qu'après une si longue attente de cet ouvrage où vous vous estiés en-
m'éclaircissiés de sa fausseté par un tesmoignage qu'on ne pust reprocher, comme seroil l'aveu de celuy qui avoit composé ce sçavant ouvrage. Quelqu'il soit, vous m'obligerés fie me faire sçavoir jusqu'où il a vescu et s'il en a publié tous les cinq volumes de son vivant. n Je ne fais que mentionner une lettre à M'"" Talleraant, du même jour, pour la féliciter du mariage de sa fille (f iiti), et une lettre au comte Graziani , du 5 décembre, où il est de nouveau question du P. Bartoli.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
gage volontairement, je vous en aye demande' l'exécution avec un peu de force. Mais la patience ayant esté poussée aussi loin qu'elle se pouvoit, après vous avoir fourni punctuellement les matériaux de ce grand édifice et me trouvant le producteur ' de vostre mérite aussi bien que le garant de vostre promesse, il ne s'agissoit pas seulement de vostre honneur dans une dilation ^ si prolongée pour ce que vous déviés à un si grand monarque, mais encore plus du mien et de ma fortune que l'on ne vist point d'effet de vostre engagement. Nostre cause estoil désormais commune et le blasme qu'à vous en parler franchement vous en aiu'iés attiré se respandoit sur moy encore plus dangereusement, car on ne se joue pas impunément à de semblables lions.
J'ay esté bien aise de m'expectorer ^ une fois avec vous, sans rien rabbattre de l'estime et de l'affection que vostre vertu désire de tous ceux qui ont quelque goust des bonnes choses, ni me despartir de la sollicitation des interests que vous avés en celte (]our. Je prie Dieu qu'il vous rende vosti'e santé et que les remèdes que vous faites pour la recouvrer vous réussissent mieux que les miens ne font à moy qui suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vi décembi-e lOCg.
CCCCXXXVUI.
[. L'ABBÉ MARUCELLI
SSCBSTAinS D'BSTiT DB S
i. DB TOSCAXB ,
A FLORENCE
Monsieur, j'ay receu une lettre de M' Dali
oii il me laisse entrevoir du chagrin de n'avoir pas eu quelque tesmoignage authentique qu'il pust monstrer de l'agrément qu'a obtenu son panégyrique en cette Cour, ne sachant pas que le Prince le tesmoigne assés quand il prévient l'orateur par ses grâces , en sorte que l'oraison tient plustost lieu d'un remerciment que d'un travail dont il doive estre remercié. 11 me fait aussi une espèce de reproche de ce que je l'ay pressé avec sévérité de le faire et de le publier et j'ay esté contraint de luy repartir sm* l'un et sur l'autre article aux termes que vous verres dans l'incluse que j'ay laissée ouverte et que vous aviserés si vous le luy rendrés après l'avoir cachetée.
Entre nous , je suis rebuté de son procédé. Les longueurs et les façons dont il a usé dans une chose qui luy estoit si importante et si honnorable n'ont pas esté dignes de la politesse et de la discrétion florentine et toute cette conduite m'a donné une très grande peine à pallier icy, tandis qu'il nous promettoit sans avoir aucune pensée de tenir ses promesses, comme si on eust esté trop heureux d'essuyer ses caprices et sa nonchalance endurcie, et, à vous dire le vray. il a fail perdre le mérite à son ouvrage pour l'avoir chicané et ne l'avoù- pas fail en son temps. On a esté forcé de luy ))arler à cœur ouvert et il en faudra venir aussi là avec M' Viviani qui a fail encore pis , s'il ne satisfait bientost à ses obligations.
Je respans ces degousts là dans vostre seule oreille et demem-e tousjours passionnément, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce yi décembre 1669.
' Producteur, dans le sens de celui qui conduit en avant, qui présente, qui fait connaître. Ce sens n'est pas indiqué dans le Diclionnaire de M. Liltré.
* Ce mot, très usité autrefois (voir notamment Orosme pour le xiv' siècle, Froissant pour le \v',
Amyot [tour le xvi°), n'a guère été employé au xvn'. M. IJllré ne le Irouvï que dans Pascal. Le mot n'est ni dans Riclielet ni dans Trévoux.
* Si l'on reprochait à Cliapelain cette peu élégante métaphore, je tenterais de l'excuser en rappelant que les auteurs latins ont employé le
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
CCCCXXXIX.
À M. WAGHENSEIL,
PROFESSEUR EN JUBISPRBDBUCE ET ES ANTIQUITES BÉBDAlnUBS. À ALTDORPIl.
Monsieur, il est fasclieux d'avoir à passer par tant de mains avant que nos lettres puissent venir jusqu'à nous à cause des difficultés et des périls des chemins. Les deux dernières que vous m'avés escrittes sont du 2 3 septembre et du lo octobre et je ne les ay receiies que le 5 décembre par loccasion d'un parent de M' Bœcler qui m'a remis avec elles un pacjuet assés gros en forme de livre pour M' de la Piquetière, lequel encorr; par malheur s'est trouvé aux champs poiujusques après les lestes. Cependant par la lenteur de leur arrivée, les petites lumières que vous avés désirées de nioy touchant l'origine du denier tournois, quand je vous les eusse peu donner dans la presse oii vous en estiés ne vous fussent veniies qu'après le besoin. Mais vous n'avés guères perdu de
mol erppctorare dans un sens figure, pour signifier bannissenaent de l'esprit, de la mémoire, du cœur. Voir le Dictionnaire de Freund, au mot expeclorare.
' Le mot monétaire a bien rarement été appliqué à i'auteur d'un travail sur les monnaies. Je n'en trouve pas d'autre exemple.
* Guillaume Budé, né à Paris en 1^67, mort en août i54o, auteur de Lihri V de Asse et pariibusejus (Paris, 1.51 4, in-fol.). Les éditions du savant traité de Budé ont été très nombreuses. La plus célèbre est l'édition Aldin? (Venise, iB-ja , in-li").
^ H faut lire, comme a bien voulu me l'apprendre mon savant coiiffèie M. Anatole de Barthélémy, Renerus Budelus. Ce René Budel , né à Ruremonde, au milieu du wi' siècle, mort en 1597, f"' directeur des aflfaires monétaires d'Ernest de Bavière, qui devint archevêque de Cologne en i583. Il dédia à ce prélat l'ouvrage suivant : De monetis et de re nummaria libri II (Cologne, 1691, in-^").
ne les pas avoir eu à temps parce que je n'ay rien trouvé de positif ni de précis après avoir feuilleté pour cela tous les monétaires' que mon cabinet m'a fournis, à commencer par Budée *, et continuant par Renerus Buchellus', Bouteroiie\ Capellus\ Scaliger*, Grouovius', Singeber\ qui m'ont tous supposé le denier tournois connu sans m'en expliquer l'origine , et j'ay esté réduit à conjecturer qu'il avoit ainsi esté nommé de la ville de Tours ' où quelqu'un de nos roys l'avoit fait battre d'une estoffe et d'un poids qui est demeuré estahli sans aucun notable changement; que la mesme chose estoit arrivée au sol et à la livre à qui l'attribut de tournois devoit avoir esté appliqué par la mesme raison et non pas à l'écu qui doit avoir esté fabriqué ailleurs et beaucoup mesme depuis.
C'est ce que j'avois imaginé au hazard lorsqu'à force de chercher, j'ay rencontré la condrmation de ma conjecture dans un petit ti-ailté de Govarruvias '" sur cette matière,
* Nous avons rencontré plus liant le nom de Claude Bouteroue.
' Jacques Cappel, seigneur du Tilioy, né à Rennes en mars 1670, mort à Sedan en septembre 1694, publia en 1606 : De ponderibns et numniis lihri //(Francfort, in-i").
* Il s'agit là du travail de Joseph Scabger intitulé: De re nummaria dissertatio, liber posilmmus (Leyde, 1616, in-8°).
' Il a été déjà question ici de l'important ouvrage de Jean Frédéric Gronovius : De seslerciis. . . libri IV {De\enler, i6Zi3, in-û").
* L'habile numismate qui a déjà reconnu Budel dans Buchellus croit reconnaître dans Singeber Cyriaque Spangenberg, né à Nordhausen en 1528, mort à Strasbourg en 160/1, auteur de divers ouvrages, notamment d'un Tractatus de bono et malo usumonelarum (Francfort, iSga).
' Cbapelain avait deviné juste, comme chacun le sait.
'" Diego Govarruvias, né à Tolède en i5i2, mort, évêque de Ségovie, en 1577, publia, en
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
où il tranche net que cet adjectif venoit de ce cju'autresfois on avoit frappé à Tours une monnoye de ce nom là, si bien qu'au moins en gros on se peut assurer d" en avoir descouvert la véritable origine, quoyque mal débrouillée et sans la date du règne du prince, son autheur. Lorscpae vous recevrés la présente, vous verres si cette petite lueur vous pourra servir de quelque chose. Quand vostre dissertation sera publiée, il en viendra peut estre quelque exemplaire en ce païs cy que nous lirons volontiers et que nous mettrons au rang de nos matières curieuses, car vous ne scauriés mal travailler sur aucun sujet
M' de Sainlagarde est , il y a près de trois ans, de retour à Paris et devenu vicaire de l'abbé de La Chambre en la parroisse de Saint-Barthelemy, sans que je Taye veu plus d'une fois.
Ce seroit une belle chose que ce canal de communication entre la mer Baltique et la mer Germanique, mais je doute que le prince entrepreneur ait les reins assés forts pour le conduire à bonne fin.
M' Falwingerus ', après son premier présent de hello, ne s'eslant pas rebuté, m'en a fait un second de pace dont je ne pouvois moins que de luy faire un remercinient honneste et cela en est demeuré là sans avoir eu lieu de luy donner la moindre espérance de graliûcalion de ce costé cy.
Je suis à mon ordinaire. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce viii décembre 1669'.
k M" L'EVESQUE D'AIVGERS,
À ANGERS
Monseigneur, parmi plusieurs fascheuses aûaires, pénibles travaux, pertes notables, morts de parens et amis, infirmités douloureuses, traverses et mortifications, je n'ay point, je vous jure, de consolation pareille à celle qui me vient des marques de vostre souvenir et de cette ferme assurance que j ay tousjours part en vostre cœur et que ce sera le dernier lieu que je perdray en ce monde. De mon costé, vous ne vous trompés pas dans la créance que je suis pour vous comme jestois lorsque j'avois l'honneur de vous voir tous les jours et de régler mes mœurs par les vostres. Ce n'est pas sans chagrin de n'oser espérer de vous voir jamais que de la pensée dans les invincibles liens qui me retiennent icy par force et dans le saint attachement que vous avés volontairement à cette vigne que Dieu vous a commise et que, depuis tant d'années \ vous cultivés avec tant de soin, de succès et d'édilicalion des peuples vrayment chresliens. Il faut vouloir ce que veut le souverain maistre, et faire son plaisir de son devoir, comman-
i55G, un Irailé : Collalio nummorum vetei'um cuin modernis (in-fol.), qui a été réimprime, ainsi qu'un autre traité : De tnulatione monelarum , dans les diverses éditions des Œuvres complètes du savant prélat.
' Personnage déjà mentionné plus haut.
'^ Le 17 décembre. Chapelain remercie Boeder ( r 1 1 8 ) de l'éloge de M. Forstnec, que , dit-il , crj'ayleu avidement et avec la plus grande joye du monde. L'amitié y a bien soustenu Téloquence et vous vous y estes comporté de juanière que,
quelque grande matière qu'il ait donné de bien parler de luy, je ne pense pas qu'il prenne envie à personne de s'exercer sur le mcsme thème, pour n'y pas demeurer trop au-dessous. Si ses lettres politiques dont vous faites tant de cas sont imprimées, il y auroit assés de plaisir de les voir et assés do profil à faire dans leur lecture. 1
^ Henri Arnauld occupait le siège d'Angers depuis le 16 novembre iG5o (jour de son installation). Il avait été sacré le 99 juin précédent.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
dant ses désirs, quelques innocents qu'ils puissent estre , quand ils ne se conforment pas à ses ordres. J'essayeray d'en user ainsy.
J'ay rendu vostre lettre au pauvre M' Conrait au milieu des souffrances extrêmes que iuy causent un pied ouvert par sa goutte qu'il y a près de trois mois qui le lient au lit entre les mains des chirurgiens , et une fluxion sur la cuisse qui la Iuy a enflëe et enflammée avec des douleurs insuppoi-tables. On ne le voyoit point, mais à vosb-e nom on m'ouvrit les portes grandes. Il respira de ses peines en recevant le paquet et je vis de la j'oye dans ses yeux en un estât si misérable. Il remit à en faire la lecture quand il auroit esté pensé (sic), et me conjura de vous bien marquer sa reconnoissance en attendant qu'il eust la main et la teste libre pour le faire Iuy mesme comme il devoit. Le froid horrible et le dégel ont fort contribué à aigrir son mal.
Pour moy, il y a trois mois que je fus attaqué d'un catarre dangereux sur la langue, les gencives et les espaulcs et ensuite sur le pied droit et je n'en suis soulagé que depuis (rois semaines, mais seulement pour changer de misère, à ce ma! mon mal ordinaire
ayant succédé qui est maintenant sur ses fins.
Je vous rens un compte bien familier de tout, mais vous le souffres et je me persuade qu'il ne vous est pas désagréable d'une personne qui vous est aussi dévouée , Monseigneur, que vostre, etc.
De Paris, ce x\ii janvier 1G70.
CCGCXLI.
À M. AGOSTINO COLTELLIiVI,
GENTILHOMME FLORENTIN, CHEF DE L'ACADEMIE DEGLI APATISTI . À FLOIiENCE.
Monsieur, les Aggiunzioni ai proginnasini sont -elles du mesme Udeno Nisieli ' et ce nom supposé est-il anagrammatique comme celuy d'Ostilio Contalgeni ou significatif de quelqu'une de ses qualités? Vous me l'apprendrés, s'il vous plaist, comme vous m'avés appris son vray nom de Benedetto Fioretti", (le la mesme famille que Carlo [Fioretti] ', lequel on m'avoit fait entendre estre le mesme. Est-il mort il y a long temps? Estoit-il de la race des comtes di Vernio comme il signore conte Bardi " ? Je verrois volontiers l'oraison funèbre qu'en a faite le
' Anagramme de Agoslino Coltellini. Les Aggiunzioni ai proginnasmi parurent à Florence en 1 O60 (in-4°). Ce volume , publié par A. ColteHini, sert de supplément aux Proginnasmi poetici di L'deno Nisieli {Vlovence , 5 vol.in-6°, 1620-1639).
- Coilellini fonda, en i63i, à Florence, l'académie des Apatisli (sans passion), dont le principal promoteur fut , après lui , Benedetto Fiorel ti , et où brillèrent, entre autres, Franc. Cionacci, Ben. Menzini, Carlo Dati, Ben. Buommaltei, sans compter les étrangers, tels que Chapelain, Heinsius, Ménage, etc. Voir Tiraboschi, Storia délia lett. ital. (t. VIII, liv. i, ch. iti). Benod. Fioretti, né à Mercatale, dans le comté de Vernio, diocèse de Pistoie, le 18 octobre iSyg, mourut le 3o juin 16/13. Voir sur lui Tiraboschi (t. VIII, liv. III, ch. 7).
CHAPELAIN. II
^ Carlo Fioretti n'est connu que parce que Léonard Salviati publia sons son nom les Considerazioni di Carlo Fioretti da Vei-nio intorno a un discorso di Giulio Otlonelli da Fanano sopra alcune dispute dietro alla Gerusalemme di Torquato Tasso (Florence,! 586, in-i 2), diatribe violente contre Oltonelii et les autres défenseurs du Tasse.
'' Les comtes de Vernio furent d'abord les Alberti,ct depuis les Bardi, avec lesquels Bened. Fioretti n'avait sans doute aucun lien de parenté. Le nom de Vernio, qui , dans le titre de l'ouvrage indiqué ci-dessus, est une simple indication de patrie, avait été cause d'une erreur relevée par Fontanini {Bibliot. dell' eloq. ital.) : on avait attribué les Considerazioni au comte Giov. de Bardi. Là est l'explication de la question de Chapelain sur la parenté des Fioretti et des Bardi.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
canonico Guidacci'. Elle ne seroit pas sans beaucoup de lumières de sa vie et de ses estudes. Je m'imagine qu'il demeuroit à Florence par l'impression qui s'y est faite de ses travaux.
Je verray parmi mes livi*es si ces A?ninaestramenh degli untichi' y sont et jay quelque soupçon de les avoir. Vous avés raison; gli Signori accademici délia crusca se feroieut honneur de publier de temps en temps leurs anciens autheurs manuscrits pour la justification de la langue.
Je n'ay point veu ce livre de reslituenda salubrilatc Agri romanP et, s'il en vient en France des exemplaires, sur vostre parole, je le feray acheter.
Par la première seure occasion je vous envoyeray le poëme de la Pucelle et je l'aul'ois plustost fait si j'eusse sceu que vous eussiés assés cultivé le franrois pour en pouvoir juger et ni'avertir de ses défauts afin que j'en pusse profiter.
Le signor abhate moroso est un autheur inconnu pour inoy et il doit estre fort moderne. J'ay fort bien déchiffré vostre escritiu*e et si vous continués à me donner de vos lettres, ne vous serves point d'une autre main.
Je suis avec beaucoup d'estime et de gratitude, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxix janvier 1O70'.
' Le clianoine Giov. Guidacci prononça , le 2Û septembre i65i, nenf ans après la mort <h Ben. Fiorelti , son oraison funèbre, que Fontanini aurait voulu trouver en tète de la réimpression des Proginnasmi (Florence, ifigS), procurée par Salvini. Ap. Zeno fait observer que celle oi'aison funèbre est restée inédite et qu'on en a perdu la trace {Bibliot. deW cloq. ital).
- Compilation d'extraits d'auteurs anciens traduits en pro.se italienne par fra Bartolomeo do San Concordio (près de Pise) ,sur lequel on trouve une notice dans le recueil de Quétif et Échard {Scriptores ordinis Prœdicatonim). Voir une autre notice de Manni en tète de la belle édition
CGCCXLII.