À M. PATRU
COSSEILLBB DC ROT E:î SES COXSKILS BT ABVOCiT EX PARLEMEST. À PARIS*.
Monsieur, ce n'est que par rimpossibiUté où je suis de vous aller remercier de bouche du magnifique présent dont [vous] mavés régalé que je m'aquite par escrit dun devoù- si légitime, mais quelque ressentiment que je vous en tesmoignasse de vive voix, il vous paroistroit incomparablement moindre quil n'est, veu l'excellence des ouvrages qui le composent". Après celte publication, que j'ay si long temps sollicitée, voila enfin la vraye éloquence françoise, pure, solide, sans affectation, sans déclamation, enfin proposée en exemple original ot pour modelle à quiconque aspire à la |)osseder et à la pi-aliquer sans crainte, en l'imitant, de n'en imiter que l'ombre. Combien ay-je pris de plaisir à y repasser quelques uns de ces fameux playdoyers dont feu M' Le Maistre, nostre commun ami.
m'avoit autresfois fait avoir copie, lorsque vous cstiés les deux lun)ières du barreau! Et combien m'en promets-je en lisant et relisant ceux que je n'ay point encore leus ni entendus! J'y ay cherché en' vain celuy que vous nous fistes ouïr avec admiration au
des Animaesti-amenti de Florence (1736, in-Zi").
^ Florence, 1667, in-4°. C'est nn opuscule de Jean-Baplisle Doni.
' Le même jour, Chapelain se plaint de nouveau à l'abhé Marucelli (f 199) de Viviani de -'son silenr-e incivile, de psa letargie opiniaslre»». ajoutant ces menaçantes paroles : -S'il ne s'aquite de ses obligations sans plus différer, je ne sçay s'il pourra se conserver le titre de gentilhomme et de vertueux. 1
'' Voir sur Olivier Patru, dans notre lome I" la note 3 de la page 93 i.
" Plaidoyers et auires œuvres (Paris, 1670. in-i°).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Grand Conseil pour quelque interest de r Univers! lé. Il me semble neantmoins qu'il y auroit parn avec honneur. La seule chose que j'y trouve à redire, c'est qu'ils ne se sont pas monstres il y a sept ou huit ans. Mon tesmoignage appuyé d'une preuve si convaincante eust sans doute porté plus de coup ' et la passion que j'ay tousjours eiie de servir vostre mérite eust esté plus satisfaitte. A nostre première veiie je vous en diray davantage. Cependant croyés bien que je me sens infiniment redevable à vostre amitié d'un si riche présent qu'elle m'a fait et qu'elle n'en gratifiera personne qui en soit plus reconnoissant, Monsieur, que vostre, etc.
De Paris, ce xx février 1670'.
CCCCXLIII.
À M. HEINSIUS
g^SIDEKT DBS PBOTI!(CES UNIES EN SUÈDE , DE PRÉSENT À MOSCHOU.
Monsieur, je n'attendois point de vos lettres de Moscovie ni n'esperois que celles que je vous ay escrittes depuis vostre départ de Suède pussent arriver jusques à
' Chapelain avait dit de Patru , dans son Mémoire des gens de lettres , que, ffconlre la coutume des avocats, ?i il traitait les matières de jurisprudence ^-Irès élégamment, très éioquemmenl et très judicieusement 1.
* Le même jour. Chapelain dit, dans une lettre au comte Graziani (Pi3o): «11 me sembloit bien que la traduction du dialogue de Ch-atore de Dolce seroit facile à recouvrer. . . C'est l'ouvrage de tous ceux de ce traducteur où il a le plus heureusement travaillé." Le 8 mars, Chapelain, dans une lettre à Wagenseil, revient sur le mot tournois (f* i3o v") : «C'est une chose estonnante que les autheurs de nostre histoire en ayent si peu laissé de lumières dans leurs escrits. Il faut qu'ils ayent regardé cette origine comme une minutie
vous. Cependant vous avés receu les miennes, et moy les voslres, tous deux fort satisfaits, mais moy plus que vous encore de me voir délivré de l'appréhension que le froid insupportable de cet hyver n'eust trouvé vostre corps trop foible pour y bien résister, veu le ravage qu'il a fait en nos climats imcomparableraent plus tempérés que ceux de la blanche Russie. Après cette dangereuse espreuve essuyée sans y succomber, vous serés aussi immortel du corps que vous Testes de l'esprit.
Pour moy, j'ay passé cette cruelle saison la mort entre les dents, par mon mal ordinaire, par ma fluxion sur la langue, et par l'horrible froid qu'il a fait, et c'est une merveille que j'en sois eschappé. Dieu m'en a sans doute garenti pour me donner moyen de vous rendre l'ordinaire oflice touchant la gratification royale qui a esté touchée et pour laquelle la quittance a esté fournie sur la procuration. Ce qui reste à faire de vostre part est que vous en remerciés avec l'élégance qui vous est naturelle M' Golbert et M' Perrault, son commis, et l'un des plus honnestes hommes du monde par qui je vous sers désormais auprès de son maistre , ce qu'il fait avec chaleur, comme celuy que
peu digne d'entrer dans leurs grandes relations. J'ay repassé encore une lois ceux que je vous ay escrit, mais sans fruit. J'ay vit'ilé de plus nos plus célèbres historiens, Bellei'orest, Du Haillan et YEpitome de Mézeray qui n'en disent quoy que ce soit. M' de Valois, qui n'a fait que la première race de nos roys, apparemment ne nous en instruira pas mieux que M"^ de Bouferoue qui l'a imprimée seule aussi ex pro/esso pour les monnoyes et qui n'en dit pas un mot aussi. n Chapelain remercie son correspondant de l'intention qu'il a de lui dédier un traité «d'une si curieuse matière que celle-là n. Il termine sa lettre en lui donnant la nouvelle du mariage d'Adrian de Valois (alors âgé de cinquante-trois ans): cM"" Adrian de Valois, à l'imitation de M' Henri
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
j'ay introduit auprès du Tout puissant et qui sçait bien qu'il ne m'en seauroit mieux tesmoigner sa reconnoissanee. Je vous envoyé la copie de leurs lettres, pour n'en pas iiazarder les originaux qu'à vostre retour je vous veux remettre sains et saufs entre les mains. Vous y respondrés , s'il vous plaist , au plustost, afin de vous les maintenir favorables, et dégager la parole que je leur ay donnée que vous vous en aquiteriés avec lionneur.
Un petit nuage avoit un peu altérée l'union qui estoit entre le Roy et M' d'Or-
de Valois son frère, a tant fait qu'il s'est marié. Gela n'est pas bon pour ses estudes, et il est bien malaisé de dare en mesme temps operam libris et liberis. Je crains fort que son histoire et sa notice de France n'en pâlissent. Je luy ay envoyé vostre lettre et n'ny pas ouy parler de luy depuis.»
' Une lettre de Louis XIV à M. de Pomponne, écrite de Saint-Germain-en-Laye le 7 février 1670, et publiée par M. F. Ravaisson dans les Archives de la Bastille (t. IV, p. aô), donne sur toute cette affaire les détails que voici : trMon frère me demanda pour M. le chevalier de Lorraine deux abbayes de celle vacance [la vacance causée par la mort de l'évèque de Langres] qui sont de sa présentation ; et, bien que je lui eusse souvent dit les raisons pour lesquelles je ne voulois point donner au chevalier des titres d'abbayes, mais seulement des pensions, et sur ce que je continuai de faire la même difliculté, mon frère ayanl pris une conduite qui me devait beaucoup déplaire, et qui ne pouvait lui être inspirée que par le chevalier, j'ai pris la résolution de faire arrêter celui-ci, et de l'envoyer au château de Pierrc-en-Cise, dont mon frère a eu du chagrin , et l'est allé passer à sa maison de Villers-Cotle-
- C'était ce (ju'avait prévu Louis XIV, car il s'exprimait ainsi (même lettre): trSon bon naturel et la tendre affection que nous nous portons lui fera sans doute bientôt connaître, et notamment n'ayant plus de mauvais conseils, qu'il
iéans, son frère, retiré à Villiers Cotlerels sur ce que le chevalier de Lorraine, son favori, avoit esté arresté et envoyé prisonnier en Provence '. Mais le nuage s'est aussilost dissipé; Monsieur et Madame sont revenus à la Cour* et leur amitié est plus grande que jamais.
Cette langueur du Prince, successeur de TEmpire Moscovite, ne peut l'emporter sans en affoiblir Testât. DU meliora! ^
Je suis à mon ordinaire de tout mou cœur. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xii mars 1670'.
na peut jamais prendre de pareilles résolutions sans faire beaucoup contre lui-même et rien contre moi; mais je lui tendrai moi-même les bras avec amour dès qu'il aura un peu mieux reconnu sa mauvaise démarche.»
•* Chapelain veut parler du fils aîné du czar Alexis Mikhailowilch et de Marie Miloslauski, le prince Fédor qui , né en 1 657, succéda à son père. Fédor fut maladif sur le trône, connue il l'avait été avant son avènement, mais, ainsi que s'expriment les auteurs de Y Art de vérifier les dates, vce prince montra dans un corps languissant une âme élevée et capable de former et de suivre les plus hardis projets.» Fédor mourut à l'âge de vingtcinq ans, le 37 avril 1682.
^ Le lendemain, Chapelain parle ainsi de sa fin prochaine à M. Gueret (P i33) : tfLa trompette sonnera bientost pour le départ et je serois bien aise qu'elle me trouvast délivré de mon engagement. Je vous rens ce conte que vous me demandés avec une tranquillité d'esprit parfaitle, car je ne tiens au monde que par mes amis, et lorsque je ne seray plus, je suis fortement persuadé que je vivray encore agréablement dans leur mémoire.» Chapelain charge Gueret de faire «un doux reproche à M' de Neuré de la longueur de son silence». Le même jour, il annonce incidemment la mort de Denis de Sallo au généalogiste allemand ^Spaherus (f° i33 v") : crMa response à vos dernières vous paroistra bien tardive, mais ce n'est pas par ma négligence, car je ne les ay re-
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