C€CCXLIV
À M. VORSTIUS,
BIBLI0TSCÏIB8 DE l'KLECTECn OB BRASDBBODBG , À BERLIN.
Monsieur, je voy par la response à ma dernière du 3i octobre que vous l'avës agréablement i-eceue et que [vous] désirés une copie de la première période du livre de M. Polo de l'édition italienne du G. B. Ranuisio ', pour la conférer avec celle du manuscrit de la biblioleque de S. A. électorale de Brandebourg et avec la latine de Basle. Je tiens à bonneur que vous ayés eu recours à raoy pour cela , et je vous envoyé celte période tirée de ma main sur l'imprimé de Venise en l'an i55-3. Si vous aviés eu cet imprimé, vous eussiés fait vostre édition plus seure, car c'est le véritable voyage
de l'autheur, premièrement escrit par luy en latin durant sa prison de Gennes, à l'aide d'un curieux gentilbomme genevois, et peu après traduit en italien avec exactitude. Un religieux de Saint-François la retraduisit de cet italien en latin et abrégea en plusieurs endroits, et cette version latine est celle de Basle , laquelle est la défectueuse , si bien que vostre manuscrit ne luy estant pas conforme, il y a api)arence que c'est l'original de cette version italienne et par conséquent de grande autborité. Vous pouvés faire mention de ces notices dans vostre préface.
Ensuitte de la préface du gentilbomme gennois, le titre du livre est : Dei viaggi di Messer Marco Polo geiittlhuomo Veneziano libro primo, et la narration commence ainsi : Doi'cte adunqtie sapere che nel tempo di Bal-
ceues que depuis six jours. Elles estoicnl avec la 2' partie de vos Tables généalogiques dans un ballot adressé au macarite M'Salo, qui estant mort le jour mesme qu'on le luy apporta, n'a esté ouvert que long temps depuis." Le i5 mars. Chapelain répond en ces termes à une ouverture faite par Conringius (f i34 v°) : cJ'ay leu dans la lettre que vous escrivés à j\r Colbert, outre ce que vous luy dites du livre que vous luy dédiés, les offres que vous luy faites de servir le Roy dans ses interests d'Allemagne auprès des princes de Brunswic et de Lunebourg, si vous en estiés avoué comme son ministre auprès d'eux envers et contre tous , exceptant seulement les interests de vos princes et du roy de Dannemark. Cette offre est trop obligeante pour ne la pas recevoir à bras ouverts , si la fonction de ses charges pouvoit s'estendre jusques là. Car quoy qu'elle embrasse la disliibution des grâces du Roy aux excellens lettrés des païs eslrangers, elle ne regarde nullement les aCTaires estrangères qui ont relation à celles de S. M. C'est le partage individuel du ministère de M' do Lionne, vostre ami, et comme il ne court point sur l'employ de M' Colbert, M' Colbert, à mon avis, ne voudroit pour rien courre sur le sien ni sur celuy de W Le Tellier qui a pour déparlement la
guerre, se portant tous réciproquement ce respect les uns aux autres dans un eslat aussi réglé (|ue celuy cy. Ça esté un coup seur à vous d'en escrire à i\I'' de Lionne à qui la disposition do celle sorto de choses appartient naturellement. Il n'y a pas à craindre qu'il ne ia reçoive agréablement. Je ne laisseray pas à l'occasion de tenter l'aventure auprès de M'' Colbert et d'essayer d'en descouvrir ses sentimens pour vous en parler avec plus de certitude. 11 verra du moins voslre zèle et peut esire en communiqueroit-il à M"^ de Lionne pour satisfaire de concert à voslie désir. Vous voyés avec quelle candeur et confidence je vous parle sur une proposition si jalouse et si délicate comme celle là.n
' Je corrige le lapsus : Rrirnusio. Voir, sur le recueil de voyages de Jean-Baptiste Ramusio, le Manuel du libraire ( t. IV, col. 1 1 00 et 1 1 0 1 ). Voir encore, sur les diverses éditions des récits du célèbre voyageur vénitien, la Bibliojp'aphie du livre de Marc Pol donnée par M. G. Pauthier dans Le livre de Marco Polo rédigé en français sous sa dictée en lagS , par Rusticien de Pise, publié pour la première fois d'après trois manuscrits inédits de la Bibliothèque impériale de Paris présentant la rédaction primitive , etc. (Paris. Didot, 186.5, grand in-8°, p. xcv et suiv.)
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
duino Imperatore di CotistanùnopoU dove allora soleva stare un podesta di lenezia per nome di messer Lo Dose correndo gli anni del N. S. MCCL. Messev Nicolo padre di Marco et messer Maffeo Polofratello del detto messer Nicolo nohili honorati et savidi Veuezia trovandosi in Constantinopoli con moite loro grandi mercantie hebbero insieme molti ragionamenti. E foialmente del iberno andar (?) nel mar maggiore per vedere se potevan accrescere il lor capitale et comprare moite beUissima gioie et di gran pressa partendosi di Constantinopoli navigorno per il detto mar maggiore ad un porto detto sol dédia (?). Cette copie est quelque chose de plus que ce que vous demanc lie's . mais vous justifieriés bien mieux vostre édition ' si vous pouviés recouvrer de Dantzik ou de Vienne ou de Francfort le 2' tome des 3" que le Rariusio a donnés et pour peu que vous eussiés d'habitude en ces iieux-là , vous en obtiendriés facilement la communication. C'est ce que je vous puis dire sur cet article-là.
M. de Plummandal est parti d'icy sans que je le sçeusse et son départ ignoré de moy m'a l'ait perdre Toccasion de vous envoyer lepoëme dont je vous parfois pour rétribution de ceux dont vous m'avés régalé.
En attendant que j'en rencontre une autre qui ne me puisse eschapper, je demeureray, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxiv mars 1670.
À .\I«» COLBERT
MINISTRE D'ESTIT, À SAINT-GERMAIN EN LlYE ^.
Monseigneur, sur l'avis que j'ay eu de
' Cette édition resta toujours à i'ëlat de projet, car je n'en trouve aucune mention dans le travail bibliographique si excellent et si complet de M. Paulliier.
* Inséréeau recueil de M. Clément, l.V,p. 64a.
^ M. Clément a lu longueur. Chapelain se se-
M. Perrault du désir que vous aviés qu'on s'appliquast à accompagner les estampes des places conquises par le Roy, en Flandres et en Franche-Conté, d'un escrit qui rendist plus intelligible ce beau morceau de l'histoire de Sa Majesté , et que vous ne sériés pas marri que je fusse celuy qui en prist la charge, tandis que vos autres serviteurs s'employeroient à illustrer pai* d'autres travaux les autres admirables matières de ses actions héroïques, j'ay tenu à très grand honneur l'opinion que vous aviés que j'y pusse réussir et l'ordre que vous me donniés de l'entreprendre.
Depuis ce temps-là, après avoir conceu et résolu la méthode que j'y devois tenir comme la plus convenable à la gloire du roy, sans la langueur ^ d'une narration prolixe et affectée, j'ay rappelle les idées qui m'estoient restées de ces mémorables éveneraens et les ay rapportées succinctement, les assaisonnant des justes motifs de cette guerre, des raisons de la conduite que le Roy y a tenues {sic) , et des moyens qui luy en ont fait avoir un si avantageux succès, en conservant tousjours ce principe immuable de ne prendre les armes que par force et de (ne) faire la paix que volontairement.
J'ay mis, Monseigneur, ce travail entre les mains de M. Perrault, afin qu'il prenne les momens que vous pourrés donner à sa lecture, et que, si vous ne le désapprouvés pas, il soit ensuite repassé dans uostre assemblée et achevé de purger des défauts que vous n'aurés pas eu le loysir de corriger *.
J'en attens vostre décision souveraine et
rait-il rendu coupable d'un aussi choquant pléonasme : la longueur d'une narration prolixe ? J'aime mieux lire lat}gueur. M. Marty-Laveaux lit, comme moi, langueur.
* Le travail dont il est ici question ne nous a pas été conservé.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
demeure avec ma passion, et mon respect ordinaire, Monseigfneur, vostre, etc.
De Piiris, ce xxvin mars 1670'.
CCCCXLYL À M. DE MEDOA,
CONSEILLEB AU SBXBSCaAL DE TOUIOLZB , À TOCLOIZE.
Monsieur, si j'estois libre de maux et d'affaires d'autant plus désagréables que mon âge avancé me rend moins capable de les supporter, il n'y a rien (jue je tisse plus volontiers que de nourrir un commerce de lettres avec un aussi vertueux et aussi habile homme que vous. Tout le proflt en seroit pour moi qui puis tousjours beaucoup appiendre avec vous, au Heu que vous ne pouvés que beaucoup perdre dans la communication d'une personne aussi vuide de science que moy. Dieu ne veut pas que je puisse joiiir de ce bien et il me faut accommoder à sa volonté. J'espère que, pour cela, vous ne cesserés pas de m'aimer un peu et que vous ne me tiendre's pas moins vostre estimateur et vostre serviteur.
J'ay receu avec joye le premier livre latin
' Le lendemaia, Chapelain s'adresse en ces termes au duc de Montauzier (P i38) : «J'ay veu dans un billet que M' Flechier m'a esciil par vostre ordre la resolution que vous avés prise de contenter en toutes ses parties les héritiers du s" Freinshemius pour tirer de leurs mains l'original et la copie de ses snpplemens de Tite-Live non encore imprimés, et de leur faire payer les ôoo francs convenus dans Strasbourg pour leur prix, par celuy qui aura la commission de vous les recevoir entiers et parfaits, avec l'attestation de M' Bfecler qu'ils le sont sans que rien leur manque ni de l'autographe ny de l'apographe [ce mot, dans le Dictionnaire de M. Litlré, n'est accompagné d'aucun exemple] , sans les obliger à autre chose qu'à les livrer de bonne foy à vostre commissionnaire qui se chargera de leur envoy à
de la Pucelle heureusement retouché par M' Paulet. Obligés moy de luy tesmoigner ma gratitude et m'aides à luy en faire un remerciment bien sérieux. S'il prend plaisir à repolir les suyvans, ne l'en destournés point, mais aussi ne l'en pressés point, afin quil y travaille en toute liberté sans autre veiie que de se satisfaire. C'est le moyen d'y réussir parfaittement. Les corrections qu'il m'a envoyées sur la revision de ce livre sont très bonnes, et il m'a convaincu sur certaines de mes remarques de quelque peu d'endroit oîi j'avois mai creu qu'il s'estoit abusé. 11 faut l'avoiier ingénument et rendre honneur à la vérité. \'ous me ierés la faveur, s'il vous plaist, de luy faire tenir à vostre commodité la response que je fais à la sienne.
De livres nouveaux considérables, il n'y a guères que la vie du cardinal Coramendon en latin par un evesque, son secrétaire elescrivain élégant et judicieux qui avoiteu la pj'incipaie part à ses négociations^. Un de mes amis, très sçavant homme, en a entrepi'is la version françoisequi ne cédera guère à son originaF.Le P. Bartoli a desja donné cinq volumes in-fol. de \ Histoire de la Société de Jésus '
Paris en vostre hostel à vos despens. Sur cet ordre, j'escrivis hier à M' Bœcler qu'il conclust l'affaire avec ces héritiers , qu'il voulust bien examiner ces manuscrits par avance pour en jusliffier la perfection.. . r>
- Gratiani (Antoine Maria), évéque d'Amelia.
" Flechier publia , en 1 67 1 , Lm vie du cardinal Cominendon, traduite du latin d'Antoine-Marie Gratiani (Paris, in-i°). C'était aussi Flechier qui avait procuré l'édition du texte: Antonii Maria Gratiani de vita Joan. Fr. Commendoni cardin. libri IV {Paris , 16G9, in-4°).
' Dell' Istoria délia Compagnia di Giesù. L'Asia, parte priina ( Home, 1 653 , in-fol.). — Parte seconda deW Aiia (Rome, 1660, 2 vol. in-fol.). — Terza parte dell'Asia (Rome, 1 663 , in-fol. ). — Parte dell' Ein-opa {Home , 1667, in-foi.).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
composée sur un autre plan que celle d'Orlandin ^ et en langue vulgaire , pour plus de popularité.
Je suis. Monsieur, voslre, etc.
De Paris, ce i" avril 1670^.
CCCCXLVII.
À M'» COLBERT
MINISTRE D>ESTiT, À SAIM-GERMAIN \
Monseigneur, je me donnay l'honneur, il y a huit jours, de vous escrire et de vous avertir que j'avois fait, suivant vos ordres, la relation des deux campagnes du Roy de 1667 et de 16G8, et que je l'avois mise entre les mains de M' Perrault pour vous la faire voir à vostre commodité.
Aujourd'huy, je vous envoyé les remerciemens de deux des gratifiés estrangers de la Haye et de Strasbourg; ceux des plus esloignés viendront eusuitte. M' Conringius, qui est de ceux-là , ne m'a encore rien mandé sur ce sujet-là, mais il y a quelque temps qu'il me lit sçavoir que le volume de la Médecine hermétique , dont je vous envoyay il y a six mois la dédicace, esloit heureusement arrivé à la Rochelle et qu'il me seroit bientost apporté pour vous roffiir en son nom. J'ay depuis sceu. Monseigneur,
que le banquier M' Fromont \ l'avait receu et l'avoit fait mettre dans vostre biblioteque. Outre que le livre est d'un sçavoir excellent et curieux , la sagesse de sa dédicace , tempérée suivant vos intentions sur le sujet de vos louanges et déployée siu" celles du Roy, vous le rendra considérable.
Il me mandoit de plus que , bruslant de zèle pour les interests de Sa Majesté, il avoit d'office deslournéies princes de Lunebourg, dont il est conseiller confidentissime, d'entendre aux pressantes soUicitations des Roys et Respubliques ligués, et qu'il les avoit confirmés dans les favorables dispositions où ils estoient pour la France.
Il offroit ensuite de servii' de ministre du Roy auprès d'eux, s'il en estoit avoiié par ce litre, n'exceptant d'agir contre aucun des potentats en ses interests, que ses seigneurs et le Roy de Danemark, auxquels en celle quahté il avoit serment.
Je l'ay loïié de ses bonnes intentions, sans hiv rien faire espérer, dans la pensée que s'agissant d'affaires estrangères vous en voudriés peut-estre laisser le soin à M' de Lionne. Si cela ne vous retenoit pas et que sa proposition vous fust agréable, je mesnagerois cette affaire sur les ordres que vous nie prescririés.
J'ay sçeu depuis qu'à ce dessein il a
' Mcoias Orlandini , ie premier historien de la Compagnie de Jésus, naquit en i556 à Florence et mourut à Rome en 1606. Son Historiœ Societatis Jesu pars priuin sive Ignalius parut en iGi5 (Rome, in-foi.).
* Le lendemain, Chapelain écrit à Yossius (f° tAo) : «Il est vray que les œuvres de W vostre père sont en si grand nombre que qui allendroit à les recouvrer (qu'elles fussent recueillies en un corps pourroit trop longtemps encore attendre. Je vous suis obligé de la penjuisition que vous avés failte de ce nouveau dictionnaire de Pereyra imprimé en 1660, mais je ne voudrois paç que ma curiosité vous derobast de
bonnes heures et j'y renoncerois bien pluslost. A voslre premier loisir apprenés moy vos occupations iiltéraires auxquelles je prens un si grand intcrest. A ce que je vois vous estes aussi bien un grand éditicateur de maisons qu'un grand architecte d'ouvrages. Je vous félicite de vous cslre fait nn beau nid."
'• Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 6/ia). L'original est conservé dans les Mélanges de Clairambault (vol. io5/j, f° ai). Les variantes ne valent pas la peine d'être signalées.
'' Le personnage appelé Fromonl dans la minute est appelé Fremont dans l'original.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
chai'gé d'une lettre un jeune seigïieur allemand, fils de M. Slof, général des troupes des ducs de Bmnswik et des princes de Brunswik \ homme de grand nom entre tous ceux de ces quarliers-là. Il cherchera l'honneur de vous la présenter, et, avec cette espèce de passe-port , il espère de se pouvoir vanter d'avoir eu im favorahle accueil de vous.
Je n'ay peu me dispenser de vous faire cette longue lettre , dont les sujets ne permettoient pas que je m'en expliquasse avec plus de brièveté. Je la finis avec ma proleslalion ordmaire de \ivre et mouru-, Monseigneur, voslre, etc.
De Paris, ce u' avril 1670.
CCCCXLMII.
À M. MCOLLl- ,
FAMEl'X IDVOCIT.