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À M. DE L/V REY!SIE

CONSEILLES D'ESTAT, MAISTBE DES UEQDESIBS ET JDGE DE LA POLICE DE PABIs'.

Monsieur, je ne sçay si je vous fais un présent agréable en vous envoyant la Pncelle,. mais je sçay bien que je suis obligé de vous le faire pour une manière de rétribution des livres dont vous m'avés voulu bonnorer sans que je l'eusse mérité de vous par aucun ser\ice, quelque passion que j'ay tousjours eue d'avoir occasion de vous lesmoigner la grande idée que m'a laissée de vous la sage conduite que vous avés monstrée dans tous vos emplois et sur tous dans le dernier qui vous fait le recours et les délices de Paris \

Recevez, Monsieur, cette petite marque de ma reconnoissance avec la mesme bonté qui m'a rendu l'objet de vos grâces et regardés moy désormais comme celuy de vos admirateurs qu'à plus juste littre vous vous estes acquis, Monsieur, pour vostre, etc.

Di casa^ ce i juillet 1670.

CCCCLVIII.

À M" COLBERT'

MISISTRE D'ESTAT, À SAIHT-GÉRMAIN-E.N-LAYE.

Monseigneur, depuis m'eslre donné l'hon-

nem" de vous envoyer, par M. Perrault, la succincte relation des campagnes du Roy en l'année 1667 et i668, il m'est venu un paquet de M. Hermannus Conringius, pour vous, contenant une lettre et un escrit en forme de conseil , touchant les moyens que le Roy avoit de se rendre maistre du commerce de toute la mer Méditerranée. Dans ce mesme paquet, qu'il avoit inscrit de mon nom afin qu'il passast plus seurement, il y avoit un billet pour moy oti il me prioit de voir l'escrit, de juger s'il vous pou voit estre présenté et de luy mander en ce cas si son zèle et ses expédiens vous auroient esté agréables.

Je l'ay leu. Monseigneur, avec beaucoup d'attention, et j'ay trouvé que la mesme force et les mesmes lumières qui se font sentir en tous ses ouvrages se rencontrent en celuy-cy éminemment, avec une judicieuse méthode qui n'y laisse rien désirer pour l'évidence et pour la solidité. C'est un fruit de sa passion pour la gloire de Sa Majesté et un effet de sa gratitude pour les bienfaits dont elle i'honnore par vostre intercession. Comme il n'a pas connoissance de ses hauts desseins et des veiies qu'elle a pour les conduire à une fin heureuse, il peut facilement en avoir eu qui ne se conformeroient pas aux résolutions qu'elle a prises pour l'avancement de ses interests. En effet. Monseigneur, il m'a semblé que quelques-unes des propositions de l'escrit, quoyque sensées, estoient néanmoins bien hardies et peu praticables en Testât oii les affaires de Sa Majesté

Nicolas-Gabriel de la Reynie, né à Limoges tracé en ces trois mots : netteté, clarté

en 1625, mourut à Paris en juin 1709. M. P. Clément a consacré une excellente étude à cet habile administrateur.

- La Reynie était, depuis le mois de mars 1667, lieutenant de police, et avait réalisé le programme que, dit-on, Louis XIV lui avait

^ C'est-à-dire de votre maison, selon la gracieuse formule d'autrefois, la maison que l'on habitait étant considérée comme la propre maison de l'ami auquel on écrivait.

(t. V,p. 6Zi3).

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LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

soûl à resgard de Rome et de quelques-uns de ses aliie's. Mais c'est un prolestant qui les fait et qui raisonne de bonne foy selon sa créance; aussy y ay-je principalement regardé son ardeur pour les avantages du Roy et rattenlion qu'il fait sur toutes les choses qu'il se persuade luy pouvoir estre utiles.

Au reste, Monseigneiu-, vous auriés plus tost receu cet escrit si le charactère en eust esté tel que vous l'eussiés peu comniodeuienl déchiffi-er. Pour vous espargner cette peine, il me l'a fallu estudier et dicter à celuy par qui j'en ay fait faire la copie (jue je vous envoyé. Je luy ay mandé qu'encore qu'y peust arrivei- qu'on ne suivist pas ses pensées, il devoil pourtant s'assurer <|ue ses bonnes intentions seroient estimées de vous, luy donnant parole d'ailleurs que vous luy garderies noblement et inviolablement le secret qu'il demande sur toutes choses, à cause qu'il n'y a point de persécution que les jaloux de la grandeur de Sa Majesté ne luy fissent souffrir, s'ils avoient le moindre soupçon qu'il fust l'autheur de cette pièce.

Je n'ay pas creu me tro[> avancer rie luy donner cette parole, sachant combien vous estes juste, et que vous voudrés tousjours tout ce qui le sera, surtout s'agissant de la conservation dun homme de ce mérite et dont on se peut servir très utilement. J'attends ce que vous aurés à m'ordonner de luy escrire et suis avec mon dévouement ordinaire, Monseigneur, voslre, etc.

De Paris , Je x juillet 1670 ',

À M. D'ANDILLY

CONSEaLEtt DD BOT EN TODS SES CONSEILS . À POMPONNE.

Monsieur, dans le nouveau présent des Œuvres de la bienheureuse mère Thérèse ^ dont vous me venés d'honnorer, jadmire presque autant la diligence de voslre travail que son excellence, n'estant presque pas concevable qu'en si peu de temps vous ayés pu rendre des matières si élevées d'une langue où elles ont esté exprimées si divinement en une autre qui n'en a que les termes empruntés avec plus de grâce, s'il se peul dire, et plus de force qu'elles n'en ont dans leur propre original. Mais cette merveille est moins sui'preuante en voslre personne qu'elle n'auroit esté en toute autre. Vous estes tellement en possession du bon stile à quelques sujets que vous lappliquiés et vous y avés acquis une facilité si beureuse par le grand nombre des choses dont vous avés enrichi le public et consolé les âmes vrayment cbrestiennes, aidé de la grâce du ciel qui \ous détermine à ce saint exercice, que ce qui seroil un très pénible labeur pour les auties n'csl désormais qu'un jeu pour \ous.

Nos amis. Monsieur, à qui vous avés fait la mesme fiiveur qu'à moy sont comme moy d'opinion qu'on ne sçauroil i-ien désirer de plus accompli en ce genre et M' Gonrarl en particulier, ayant leu quelques chapitres du Chastcau de l'ame, a esté ravi de la clarté que vous y avés fait trouver contre la prévention presque générale que les mystères en fussent incompréhensibles. Je vous en fé

' Le ai du même mois, Chapelain parle de nouvean à Bœcler du catalogue de Lamberius (folio i67):«J'aY quelque impatience que (PS livres de Lambecius soient arrivés pour voir comment il s'est pris à cet ouvrage et si avec le dénombrement des autheurs il en

explique les malièces et porte son jugement dessus. Nostre M' Horbius m'a dil que le 3*'°" volume s'imprime, et qu'il doit paroistre bientost.»

- Les Œuvres de suinte Thérèse, traduites de l'espagnol (Pai-is, 1670, 1 vol. in-fol.).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

licite, Monsieur, en vous rendant mille grâces très humbles de celte rare version, et prie Dieu qu'il vous conserve de la vigueur dans vostre âge si avancé ' pour continuer à vous divertir saintement dans une occupation si utile au prochain et d'une si grande cdilication pour tous les hommes de bonne volonté. Je ne vous prie point de me maintenir dans vostre bienveillance m'y voyant coulirrné tous les jours par de si solides preuves; mais je vous prie de demeurer bien persuadé que, comme depuis tant d'années je vous ay gardé unefoy inesbranlable, je vous la garderay de mesme jusqu'à la mort en qualité, Monsieur, de vostre, etc.

De Paris, ce xiv juillet 1O70.

LE \ AYEll DE BOLTIGiNY,

ADVOCIT EN PAniBUE>'T, À PARIS.

iMonsiem', j'ay voulu attendre à vous remercier de voslre factum sur la fameuse affaire de la dame de La Boissière et Maillard, son prétendu mari, qu'elle eust esté terminée pour ne vous pas destourner un moment de l'attention qui vous estoit nécessaire tant qu'elle a duré à en maintenir la justice si bien establie par vostre célèbre action en sa faveur contre les intrigues, les cabales et l'authorité qui la combatoient. Maintenant qu'elle est terii)inée et que Tarrest vous a donné le loysir de respirer, je vous rens mille grâces de la part que vous m'avés voulu donner à cette lecture qui ne m'a rien laissé à désirer soit pour l'ordre, soit pour le raisonnement, soit pour le stile

' Arnauld d'Andilly était alors plus qu'octogénaire.

- Simon Manon, né à Xevers en loAo, fut un des plus célèbres avocats du xvi' siècle ; il mourut avocat général au parlement de Paris, le i5 fé-

à servir de modellc en de semblables occasions et qui peut tenir lieu de l'action mesme à ceux qui , comme moy, par leur infirmité, ont esté réduits à n'y pouvoir assister. J'apprens, Monsieur, par mes neveux, qui sont de la profession, et qui n'en ont perdu aucune circonstance, que le factum a esté suyvi de deux répliques imprimées 011 l'éloquence a eu plus de liberté de se desployer, lesquelles je joiadrois volontiers, s'il vous en resloit quelques exemplaires, pour les conserver chèrement dans mon cabinet à costé des plaidoyers des Marions ^ et des Le Maistres et les proposer en exemple à mes proches qui jamais embrasseront un mestier si glorieux à qui s'en sçait aquiter comme vous. Il y a apparence qu'un joui- vous laisserés voir avec vos autres grandes causes en un volume celle-cy dans toute sa pompe et connue le Barreau vous l'a oui prononcer . Pour moy, selon mon désir, ce ne pourroit estre assés tost veu le peu que j'ay encore à vivre et le cas que je sçay faire de tout ce qui vient de vous.

Quand vous verres M' de La Mothe'*, vostre renommé parent, il vous dira de quelle sorte nous avons parlé en pleine famille du succès de vostre action, et pris paît à la gloire que vous en avés remportée.

Cependant je demeure avec passion , Monsieur, vostre, etc.

Di casa, ce xxxi juillet

CCCGLXI.

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