CONSEILLER ET SECHÉTAIRE DU ROT, À ROUEN
Monsieur, vostre lettre que m'a rendiie
vrier i6o5. Ses Plaidoyers, imprimés d'abord en 169^ (in-8°), ont été souvent réimprimés.
^ Les plaidoyers de Le Vayer de Boutigny n'ont pas été recueillis.
' L'académicien La Mothe le Vayer.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M' Bigot m"o donné une très grande joye. Elle m'a appris vostre santé et l'employ que vous en avés fait depuis que l'amour de la province vous a envié à vos amis de deçà et qui ne peut estre meilleur. Cet examen de nostre histoire ou plustost de nos historiens et vos observations sur leurs béveiies seront d'une merveilleuse utilité pour la purifier et y rendre la vérité plus establie. Mais il ne faut point vous attendre qu'autre que vous ose entreprendre ce travail et ce seroit dommage que vous vous y iaissassiés prévenir, car quand il se Irouveroit des gens aussi informés que vous i'estes. ce que j'ay peine à croii-e, je suis au moins assuré qu'aucun ne s'y appliqueroit avec tant de désintéressement, de candeur ni de soin que vous. Je vous condanne. Monsieur, à cette tasche et vous félicite par avance de l'honneur qu'elle vous apportera '.
Mon dialogue' n'est qu'une galanterie qui ne seroit pas, possible, mal propre à faire connoistre les mœurs de ces vieux temps là, et quoyque je n'eusse fait la lecture de ces \ ieux romans que pour en observer la langue à la différence de celle des derniers temps, j'avoiie que je me laissay aller avec plaisir aux i-efleclions morales que vous y avés veiies, car vous y aurés remarqué que j'y
' Je ne vois d'autre travail de Charles Bulleau sur l'hisloire de France que les Annales Francici, ex Gregorio Turonensi episcopn, ah nnno Chrisli Ù58 ad annum 5g t , coUectore Carulo Bulleau, Régi a secretis, travail imprimé avec les œuvres de Grégoire de Tours (^ Paris, 1699, in- fol.), ainsi que la suite de ce même travail : Annales Francici, ex Fredegarii Chronico, ab anno 5g3 ad annum yôS , et ainsi qu'un travail que j'aurais dû citer d'abord : Annales Francici seu veterum omnium auctorum qui Gregorium Turonensem prœcesserunt loca et alia antiqua monumenta, in qnibus Franciœ et Francftrnm mentio occwrit, secundum ordinem chronnlogicum disposita, etc.
demeure partout dans le général et que je ne viens point au particulier, ce qui est néanfmoins le naturel de l'histoire et oii l'on peut principalement trouver la vérité. Nous nous entretiendrons amplement là dessus à vostre arrivée.
Vous devés avoir beaucoup de consolation de la guérison parfaitte de M"" vostre cousin. Il vous dira Testât de ma santé. Obhgés moy de bien assurer M"^ du Tôt de mes respects et de me croire. Monsieur, vostre. etc. De Paris, ce m aoust 1670.
CCCCLXIL À M. COINRART.
CO:<SEU.LEIt ET SECBETIIRE DU BOT, À ATYS.
Vous sçavés l'hori-ible scandale arrivé à Noslre-Darae de Paris, dimanche dernier". Ça esté un effet de la Providence qu'il n'eust pas la suite qui pouvoit naturellement arriver contre ceux de la Religion dans le bruit universel respandu pariui le peuple qu'ils avoient part à cette furieuse action. M' de la Reynie fit tout ce qu'il falloit pour en destourner le malheur, et je sentis une joye particulière de voir qu'il avoit pourveu à la seureté publique en la mcsme manière que
' Le dialogue sur la lecture des vieux romans dont il a été déjà question plus haut.
^ Voici le récit que l'on trouve dans la Gazette du 9 août (p. 770 el 771) : «Le .3 de ce mois, un scélérat nommé François Sarrazin, natif de (iaen, par une fureur el une impiété sans exemple, assassina dans la cathédrale de celte ville un prostré célébrant la messe à Thostel (sic) de la Vierge, et profana les saintes hosties : ce qui obligea do faire cesser les messes, de dépouiller les autels de leurs ornemens,etde fermer l'église, qui demeura en cet estai jusques au 5, que la réconciliation s'en fit par nostre archevesque. ?» Suivent de grands détails sur les cérémonies (processions , aspersions, etc.).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
je dis quW devoit faire à un ami qui se trouva à mon logis lorsque mon homme qui avoit esté présent au désordre me le vint rapporter. Pour le criminel, ayant esté conduit à la prison et de là à iVP TArchevesque ', il luy parla avec une assurance prodigieuse du motif de son action , luy disant qu'il avoit désiré la faire sur sa propre personne, s'il eust célébré le sacrifice, ce matin là, sans haine particulière pom- luy, mais seulement en général comme sur un idolastre qui servoit à faire idolaslrer les peuples. 11 y eut contestation entre la justice de TArchevesque et le lieutenant criminel pour luy faire son procès. Le dernier l'emporta et le condanna au feu. Le procureur général en appella pour luy et, le Parlement en estant saisi, les trois chambres assemblées, M' le premier président" l'interrogea durant deux ou trois heures et il a dit à plusieurs personnes de qualité qu'il respondit à tout selon ses principes avec une netteté d'esprit cl une tranquillité intrépide qui donnoient de l'estonnement sans s'émouvoir des menaces ni se laisser persuader des raisons qu'il luy put alléguer et disant pour sa défence qu'il ne le reconnoissoit point pom juge ni cette assemblée qui ne pouvoit justement le condanner comme estant juge et partie et procédant sur des principes dont il ne convenoit point et qui estoient contraii'es aux siens. Le greffier luy
lisant i'arrest et prononçant qu'il estoit condanné pour avoir fait une action qu'il croyoit considérable, il l'interrompit et luy dit : Je n'ay pas dit considérable , mais mémorable. Mené au supplice, il monstia la mesme intrépidité, montant au bûcher de luy mosme, et s'y ajustant comme si c'eusl esté à ua festin, sans que son poin couppé luy eust affoibli en i ien le courage '.
Voila un estrange martir volontaire du diable auquel néantmoins il ne croyoit pas. 11 se nommoit François Sarazin, de Caen'', il n'avoit que vingt-deux ans. Il estoit fils d'un marchand de drap, né catholique, nourri dans les lettres, ayant estudié cinq mois en médecine, puis en théologie et, tenté de se faire de la Religion , n'y avoit pas trouvé son conte , et s'estoit fait une idée de la divinité comme seule et sans compagne, avoit regardé toutes les autres comme autant d'idolâtries, s'estoit résolu de mons- Irer l'exemple de les destruire en faisant ce qu'il a fait, et confirmant par sa mort la prétendue solidité de sa doctrine.
De Paris, ce ix aousl 1670.
CCCCLXIIl.
. A M. BO.XLER,