À M. CONRART
COUSEILLER SBCRBT4IBK DU BOT, À ATYS.
M"^ de La Reynie ne pouvoit moins faire que ce qu'il a fait dans cette effroyable occasion de .Nostre Dame, mais il s'en est parfaitement bien aquité. Je ne reviens point de l'audace intrépide de ce misérable pour exécuter une si énorme action de son mouvement par un dévoilement volontaire de son honneur et de son bien, sans aucune espérance de proût sur une imagination insensée de donner un commencement par nn exemple mémorable à l'extermination de la prétendiie idolâtrie; et je ne suis pas moins estonné de sa mauvaise constance à maintenir froidement aux juges In justice de sa dannuible entreprise, sans aucun remords, jusqu'au dernier souspir, ni la moindre marque de foiblesse ni démotion à la présence et pendant l'inflection' du supplice, le plus borrible de tous ceux qu on a inventés pour destourner les méchans de commettre des crimes " et cela dans un âge si jeune oîi il ne semble que l'esprit de l'homme ne soit pas encore capable de s'establir des pensées et dos résolutions si atroces et si déterminées.
Je baise les mains à M'" Conrarl.
De Paris, ce xiv aoust 1670'.
écrivain Jean François Sarasin (niorl en décembre 1 G6i ) n'étail-ii pas aussi son parent ?
' hifleclion, dans ce sens, a toujours été inusité. Chapelain, en écrivant iiijlection, pt^nsait au verbe injligere {in Kversn et fiagerc «frappera).
- Cliapelain, du moins, ne trouve pas, comme le féioce rédacteur de la Gazette, le supplice du l'eu trop doux.
^ Cliapelain écrit à Bœcler, le même jour
[^ i'-j'i v°) : «Je vous remercie encore avec beaucoup de gratitude de ces 2 volumes curieux de Lambecius que j'ay fait voir à M' Bigot, ccluy par qui j'eus connoissjmce de vostre grand raéi ile et qui prit grand plaisir à voir cette grande diversité de choses, mais qui cust mieux aimé qu'elles ne fussent pas si eslendiies chacune et qu'il y en eust davantage, entre autres un catalogue succinct des manuscrils selon les professions, comme de ceux qui Iraittoient de phi-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M-"COLBERT'
Monseigneur, enfin le Plante de M' Gronovins, dont je vous fis voir Tannée passée Tépislre dédicatoire, est arrivé après mille accidens soufferts dans son voyage, à nous faire appréhender lu'il n'y fust péry. Il accompagne ce mol, et, sans que je m'estende sur le mérite du présent qui vous en est fait par Tautheui", vous verres de vous-mesme, si vous pouvés prendre le loysir d'en relire la dédicace, qu'il n'y pouvoit ni mieux toucher les grandeuis de Sa Majesté, ni vous donner plus discrètement part aux grandes choses que vous exécutt-s si habilement et si fidellement par ses ordres.
Je pense, Monseigneur, ne faire rien contre vos intentions si je luy mande que son offi-ande vous a esté agréable et que vous estes bien ayse de voii- qu'il ne se passe point d'année que les bonnes lettres ne profitent de ses soins à les avancer.
Avec ce livre ira une lettre de remerciment que M' Hevelius vous fait de vos dernières faveurs en la continuation de celles du Roy que vous luy avés procurées. Je vois ,
iosophie, médecine, théologie, etc., sauf après d'en faire la description particulière, craignant d'ailleurs que la grosseur et multitude des volumes qui eniporteroit avec soy une déduction si détaillée comme est celle des deux premiers n'en empeschast le débit à cause du cousl qui ne pouvoit estre que fort grand...'! Le même jour encore. Chapelain reparle à Coltellini (f" 178) de VAmalata ; «Ma curiosité n'ailoit qu'à voir si le Secchi y avoit aussi heureusement réussi qu'à 8 ou g autres que j'ay de iuy, et qui me l'ont fait estimer le vray Térence moderne... Vous m'avés apris une autre chose qui m'a bien autrement touché i'esprit, je veux dire ce poëme du conte Piero de Bardi Anitu> Avolio Serlinghieri dont je n'avois jamais ouy parler, et que je m'imagine devoir estre
par le billet qu'il m'a escrit en m'adressant son remercinient pour vous le faire tenir, qu'il n'a touché la grâce que le propre jour du solstice d'esté, sans avoir receu la dépesche où devoit estre enfermée la letti^e dont, aux autres années, vous aviés accoustunié de Thonnorer ; ce qui me fait croire que cette dépesche s'est pérdiie et qu'il a esté payé sur la lettre d'avis qui l'avoil précédée, après que le banquier de Dantzick eut long temps attendu en vain le paquet de M" de La Planche où il avoit enfermé la vostre, celle de M. Perrault et la mienne avec la quitance qu'il en devoit retirer.
Je NOUS importune, Monseigneur, de ce long détail, afin que vous ne luy imputiés pas le retardement de ses actions de grâces. Je le consoleray bien en luy mandant que vous Va\és, receu agréablement et que vous l'exhorlés à ne disconlinuer pas ses travaux si utiles aux bonnes lettres.
Vous me ferés, comme je l'espère, l'honneur de m'en avouer comme de me croii'e tousjours en toutes choses. Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce xviu aoiist 1 (370^.
considérable escrit d'une si bonne main. 11 doit aussi estre divertissant et sur le pied de celuy de l'Arioste, la matière estant prise du mesme fonds comme de Paladins du temps de Chariemagne. Estant imprimé, il ne vous sera pas difficile à recouvrer et vous me ferés faveur de me l'envoyer. 55
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 6hh). Voir l'original à la bibliothèque Nationale, dans les Mélanges Clairambault, voi. 1 o5Zi , P 1 8. Les variantes sont assez nombreuses, mais sans grande importance.
^ Le lendemain. Chapelain entretenait ainsi Boekler(f° 175) du recueil inédit des lettres de Bongars : «Au reste, Monsieur, quand toutes les lettres de M. Bongars dont vous m'avés gratifié si honnestement auroient esté imprimées, le
fOO
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
CCCCLXVI.
À M. HUET
GESTILBOMaB S0BMA5D .
Monsieur, j'ay sceu fort lard vostre maladie et quand la nouvelle de vostre convalescence m'a este apporte'e, je n'estois pas moy mesme guéri de plusieurs maux qui depuis six semaines m'ont attaqué les uns après les autres. Maintenant que j'en respire, la première chose que je fais c'est de me resjoiiir avec vous de vous sçavoir rendu à vostre santé et à vos Muses, et de vous prier de ménager bien l'une pour l'avantage des autres et pour celuy du public qui n'attend rien de médiocre de vous. Il m'importe en mon particulier que vous viviés afin de vivre encore en vous lorsque la trompette aura sonné et qu'il faudra partir pour l'autre monde. Car je vous liens pour un de ces constans amis sur qui l'on peut toujours conter, et qui en matière de garder leur foy ne mettent point de différence entre l'avenir et le présent ' .
Japprendray volontiers à vostre loysir ce qui vous occupe. Eu remerciant, le mois passé. M' de Brieux de ses épistres latines, je le priay, ce me semble, de vous donner avis que, dans quelque temj)s, paroistroit quelque chose de nouveau d'Origène par le
soin d'un sçavant allemand, Vistenius, qui le devoit faire imprimer à Basle. En tout cas je vous le donne moy mesme et si jen descouvre plus de particularités, je ne vous les laisseray pas ignorer.
On m'a affligé de celuy ' oii se trouve M' de Grentemesnil qui ne nous pourroil quitter sans mie notable perte pour les lettres. J'espère néantraoins en la vigueur d'une constitution qui luy a fait combattre victorieusement le calcul, la dernière espreuve de la patience humaine. Je le désire encore plus que je ne l'espère et s'il est en estai qu'on luy puisse dire la part que ses serviteurs prennent à ses souffrances, obligés moy qu'il sache que je suis un de ceux qui y en prens le plus'\ Conservés vous et me'croyés tousjours.
Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxxi aousl 1G70.
ccccLXvn.
À M. H CET
GSItTILaOHHE !(OBMi!IO .
Monsieur, la nouvelle du choix qu'entre plusieurs personnes de lettres de mérite et de nom le Roy a fait de la vostre pour concourir avec M' lévesque de Condon* à linslruction de M*'' le Dauphin ^ celle nouvelle.
présent ne m'en auroil esté guères moins cher et moins estimable, et quand je vous escrivis pour sçavoir si l'avis qu'on m'avoil donné de leur impression cstoit véritable, ou si les imprimées n'estoient point d'autres que celles là, c'esloit afin de les y pouvoir joindre, ne pouvant trop avoir de choses parties d'une si bonne main. Jugés maintenant si elles doivent m'eslre précieuses, sachant que ce n'en sont pas seulement les originaux, mais que ces oiiginau\ n'ont point de copie. Je vous en fais aussi mille nouveaux rcmercimens.'i
' Chapelain ne se trompait pas : l'amitié de
Iluel lui resta fidèle jusqu'au delà du tombeau.
- C'est-à-dire du cas.
^ Paulmier de Grentemesnil avait alors quatievingt-douze ans révolus, il mourut un mois plus tard (1" octobre).
* Jacques Bénigne Bossuet fut évèque de Condom de septembre 1669 à novembre 1671, ayant donné sa démission de cet évéché pour se consacrer tout enlie:- à l'éducation du fils aîné de Louis XIV.
' Voir ce qu'en dit Huct dans ses Mémoirex (p. 169-171).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
dis-je, aura sans doute achevé de dissiper les petits restes du mal qui vous a travaille, ces derniers mois , et dont vous n'estiés pas délivré encore ' , car comme l'esprit, selon Galien, suit le lemperamment du corps, selon moy le corps se sent souvent de Testât de l'esprit et se restablit ou s'altère par les impressions qu'il en reçoit dans les rencontres bonnes ou mauvaises. Ainsi, Monsieur, je pense me pouvoir resjoiiir avec vous de deux choses à la fois, de vostre absolue guérison et de cette élection pour un a)inistère dont il n'y a guère d'homme en France qui eust pu l'exercer aussi dignement que vous. Je le fais icy avec cette candeur désintéressée que vous connoissés et qui m'a fait tousjours regarder les avantages des gens de bien et de mes amis [)our l'amour d'eux seuls sans aucune réflection sur celuy qui me pourroil revenir de leur bonne fortune. Le seul que j'y Irouveray sera de vous avoir plus à ma portée et de pouvoir quelquesfois joiiir de vostre communication aux momens que vostre employ vous laissera libres.
Je ne sçay point, au reste, ce que ce Suisse a recouvré d'Origène, et quand je vous fis sçavoir ce qu'on m'en avoitescri[,jem"imaginay que vous en sériés bien aise dans la
' Huet raconte (p. 171) qu'il n'était pas encore bien remis d'une Gèvre aiguë et de grandes douleurs d'entrailles résultant de la surabondance et de la fermentation de la bile.
- Le 20 septembre. Chapelain écrit à Bœklerus (P 179 v°) : ffVous m'avés au reste fort resjouy en m'apprenant que vostre collaliou de Polybe avec le manuscrit d'Auxbourges (sic pour Augsbourg) estoit sous la presse. Ce sera sans doute un grand avantage pour l'illustration et la répaiation de cet excellent historien et pour l'instruction publique. C'en sera un très grand pour moy en particulier que vous le publiés avec mon nom à la teste, mais non pas pour vous qui coures fortune de vous attirer un grand blasme d'avoir
pensée [de] quelque chose que vous n'anriés pas et qui vous serviroit à rendre vostre édition plus complette.
En attendant vostre arrivée, je demeure cordiallement, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vi septembre 1070^.
CCCCLXVllI.
À M«" L'ÉVESQUE DE VENGE
À VEKCE.
Monseigneur, j'ay esté bien aise de rencontrer cette occasion seure pour vous demander de vos nouvelles et pour vous dire des nostres. Comment vous défendes vous des inlirmités de vostre âge? Quelles sont maintenant vos occupations littéraires? Quels divertissemens avés vous, après vos fonctions épiscopales et les exercices de vostre cabinet? Quand verrons -nous la continuation de vostre belle histoire de l'Eglise "? Vous nous devés un conte exact de tout cela parce que M' Conrart et moy vivons en communauté de vos interests et vos avantages nous regardent autant que vous mesme. La santé de M' Conrart est déplorable, car sans laisser craindre pour sa vie, il est sans aucun usage de ses jambes et à l'un de ses orteils sa goûte a ouvert une fistule qui
appuyé à un roseau un travail du poids de celuylà. Vous avés encore loisir d'y penser et cependant je tiendray la chose très secrette afin que vous demeuriés en libeité d'y piendre la résolution qui vous sera convenable. Je feray sçavoir à M' Bigot avec quelle tendresse et quel honneur vous me parlés de luy. .. Il sera bien resjouy de sçavoir le soin que vous voûtés piendre de l'éditiou des notes de M"' Guiet sur les Commentaires de César, et le dessein que vous avés de les kiy addresser. 11 faut laisser agir W Lambecius suyvant son génie et s'accommoder à son humeur. « ^ Le ciuciuième et dernier volume de l'Histoire de rEiflise (in-fol.) parut à Paris, chez Muguet, en 1678.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
veut tous les jours l'opérateur et qui est une carrière douloureuse de pierres meslées d'une distillation de la mesme humeur fjui luy fait passer sa vie avec beaucoup de chag-rin que tous ses amis essayent d'adoucir par de fréquentes visites soit à la ville, soit à la campagne, oii il est pre'sentenient.
Pour moy, je marche, mais avec un baston et lentement de peur d'irriter une bile desguise'e en gravelle qui m'exerce fort sensiblement, qui m'oste la liberté du carosse et de la chaise et qui m'a donné un cercle de cent pas à la ronde autour de ma demeure pour prison. Je souhaitterois que Paris fust Venise : une gondole me vanjeroit de tout cela et je pourrois aller par le monde comme (Hi autre homme. En récompense j'ay plus de temps pour m'appliquer à la révision el correction de la -?.° partie de la Pucelle. Que vous me manques en ce besoin ! Et qu'elle se sentira bien de voslre absence, quand elle paroislra au public!
Le porteur de cette lettre est un très houneste libraire, beau -frère de AP Joli', libraire aussi, tous deux les plus censés (sic) et les plus considérables de leur profession el à qui on peut avoir affaire en plus grande seureté. Ils sont présentement fort avancés dans la réimpression île voslre histoire ecclésiastique dont il vous porte des eschantillons qui vous feront juger de la pièce. Ils vous sont dévoilés et dignes de la considération que vous aurés pour eux. Nous la mettrons sur nostre conte.
Je suis tousjours cordialement. Monseigneur, Yostre, etc.
De Paris, ce xxviii septembre 1670.