A M. REGIUS GRAF
MÉDECLN BOLLANDOIS , À DELFT.
Monsieur, l'occasion de M' Duyst \ an Voorhost estoit trop bonne pour la laisser eschaper sans vous escrire après un si long silence de voslre part et de la mienne. Quand il m'honuora de sa visite, nostre entrelien ne fust presque que de vous et j'eus bien de la joye de voir que vostre vertu fust si chérie d'un si vertueux gentilhomme que luy et que vostre mérite vous eust acquis autant de part en sa bienveillance que je l'ay reconnu dans son discours. Il me tesmoigna d'avoir eu communication de mes responses à vos lettres lorsque vous me gralilîastes de vostre dernier ouvrage où vous avés si bien éclairci la doctrine des parties viriles qui servent à la génération et il m'apprit de plus que vous en aviés presl un pareil de celles des femmes, dont la pluspart des figures estoient desja gravées, de quoy je n'eus pas une médiocre satisfaction \
Le billet que M' du Hamel m'a rendu de vous m'appristque vous aviés publié en lalin voslre Iraillé du suc pancréatique avec les défenses aux objections d'un M' Le Vasseur et m'en fil espérer un exemplaire \ Je l'ay tousjours attendu sans l'avoir encore veu. Le cas que je fais de tout ce qui vient de vous ne m'en donne pas une petite impatience et je vous j)rie d'en charger le premier de vos amis qui viendra à Paris pour le joindre à vos autres faveurs.
Reste à vous confirmer l'assurance du ressentiment que j'auray toute ma vie d'avoir
' On sait que Thomas Jolly fut l'éditeui' des Œuvres de Monsieur de Balzac (2 vol. in -fol., i(5G5).
- De mulierum organis gemrationi inservicntibus tractalus novus (^Leyde, 1673, in-8°).
^ C'était ia réimpression fort augmentée du traité de iGG/i déjà mentionné. Voici le litre de la nouvelle édition : Tractatus anatomico-medicus de succi pancreatici nalura el usu; accessit Epistola de jmrlibm genitdihm niM/ier«m (Leyde, in-8°).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
esté juge digne par vous de l'addresse' de vostre première production et à vous [promettre] une constance immuable dans les interests de voslre fortune et de vostre réputation, comme celuy qui suis véritablenienl, Monsieur, vostre, etc.
De Paris , ce i" octobre i G70 ".
À M. DE BRIEUX
CO:<SEILLb:R AU PABLCMEIiT DE METZ ,
À CAE\.
Monsieur, on aimevoit mal M' lîuct ou Ton ne ra\ meroit que pour soy mesme si on luy envioit Ibonneur que le Roy luy a fait par le suffrage de M' le duc de iMontauzier de le choisir entre plusieurs personnes de réputation pour l'approcber de M' le Dauphin en la qualité que vous avés apjirise. Vous estes bien juste et bien raisonnable d'avoir pris son évocation si glorieuse comme vous avés fait qui ne luy fait pas seulement de l'honneur, mais qui en fait encore à la ville dont il faisoit l'un des principaux ornemens, et qui est une pépinière féconde dhonnestes gens cldbommes de sçavoir, comme tous ceux dont vous m'avés parlé, auxquels je croy, sans leur faire tort, pouvoir adjouster M" Des Yveteauxdela Fresnaye^, de Segrais, i^ouslé, de la Luzerne, Halle, Le Fevre, Dehais, Du Bosc et vous
mesme autant que pas un autre. De ceux qui ont eu habitude à IhosteldeRamboiiillet vous pouvés excepter Chandeville * qui n'y a eu que peu d'accès et Sarazin aucun, le premier ayant eu son attache principalle à M"° Paulet et à l'hostel de Glermont et le second à M"" de Scuderi et à M' le cardinal de Relz.
Vous vous estes plus signalé qu'aucun dans rinîerest que vous avés pris en l'honneur de M' le duc de Montauzier et de la maison où il fait profession d'avoir trouvé toute sa satisfaction et toutes ses bonnes fortunes et je me liens heureux, en mon particulier, d'avoir resveillé, après un souime deti'enteannées, l'amitiéqu'il a voit contractée dès sa< jeunesse avec vous, et je vous puis assurer que, depuis l'avoir renouée, comme de vostre costé vous n'avés rien oublié pour vous la conserver, du sien il l'a entretenue très fidellement et avec une constance don! les courtisans ne sont guei'es capables. Tout ce que vous avés fait pour luy et pour M'"" ia duchesse, sa femme, l'y ont fort confirmé, el ce que vous allés publier et addresser à M"'° ia comtesse de Crussol, sa fille, ne le touchera pas moins, n'estant sensible à rien tant qu'à ce qui regarde la gloire de cet unique fruit de son illustre mariage. J'ay leu avec beaucoup d'estime i'epistre de ce recueil et je ne manqueray pas, à l'occasion, d'en rendre le tesmoignage qu'elle mérite.
1 Faiit-il voir là un svnonyme de dédicace? Ou ne s'ag-it-il que d'un envoi? Ce dernier mot, pris dans ce sens, n'a pas été recueilli dans le Dictionnaire de M. Liltré.
* Le 8 du même mois. Chapelain tiansmelà Conringius (f* 1 8 1 v°) une lettre de remerciement de Baluze qui est touché nde la peine que vous vous estes donnée à sa considération, et qui ne se peut lasser de se louer de vostre lionlé et courtoisie''.
^ Nicolas de la Fresnaye, sieur des Yveteaux, naquit en 1567 au château de la Fresnaye (Calvados), château où était aussi né (en i535) son
père, Jean-Vanqueiin de la Fresnaye. Les deux poètes sont trop connus pour que j'en dise autre chose. Mais d'une^anière générale je citeiai sur eux, comme sur la plupart des personnages que Chapelain va énumérer, les ilistnrietles de Talleiîiant des Réaux et les Me'moires de Huet, renvoyant aussi pour certains de ces personnages, tels que Jean-Reguand de Segrais, la I^uzerne, Halle, du Bosc, aux notes dont ils ont été l'objet dans les précédentes lettres de Chapelain.
* Sur Éléaza:' de Brécourt Sarcilly, sieur de Chandeville, neveu de Malherbe, voir une note de M. P. Paris {Historieltes , t. III, p. 80),
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Sur toutes choses il ne faut pas manquer (l'insérer dans ce recueil le ti-aitte' de cbevalierie, si vous juge's que ce soit un ouvrage de rantifpjite', [ainsi] qael'indiquela datte 1277, ce qui sera aisé à juger si le slile en est de ce siècle là et qui n'aura garde à eschapper à voslre sagacité et jugement trop fin pour s'y laisser surprendre. En ce cas, ce sera une très curieuse antiquaille françoise et qui peut servir à autre chose qu'au divertissement.
C'est ce que j'avois à respondre et considérer sur la matière proposée , vous exhortant à la pronte publication de cette pièce pour l'honneur de M°" la comtesse de Crussol et pour le vostre, comme celuv qui s'intéresse à la gloire de tous deux et qui,«n particulier, suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xii octobre 1670.
CCCCLXXI.
À M. REGMEIl DESMARESTS,
SECRETAIRE DE tUMBASSADK DE ROME.
À CRAMMO.M.
Le sonnet italien que vous m'avés envoyé sur la mort de vostre fourbe de fermier qui a eschappé des sergens et s'est sauvé dans le cimetière est si galand et si beau qu'il inauroit consolé de la banqueroute qui!
vous a faitte en mourant , si je neslois pas plus sensible que vous aux malheurs qui vous arrivent. J'y trouve, puisque vous voulés que je vous en die mon sentiment, cette venusté que nostre ami Balzac a introduit en nostre langue et qu'on rencontre (jue rarement ailleurs. Il n'y a que non pin cislo qui m'y semble mis pour la rime et wnpopo stiracchiato. Mais il me le semble peut
estre mal , et je m'en remets à vostre plus fine critique. Je soupçonne que piu debtti chc Christo soit une façon de parler proverbiale; sans cela , je la croirois licencieuse et plus que profane, mais vous estes trop bon chreslienpom' mettre de vostre Christo tu canzone. Tout le reste en est facile, naturel, élégant, et si enjoué qu'on diroit que c'est vous qui avés fait la fdoulerie et non pas à qui Ion l'a faitte. Le principal est que vous ne vous en poi'tés pas plus mal et que vous en avés gardé ïallegretza deV corppo, aussi bien que celle de l'âme. Il n'en est pas de mesme de celle de mon corps qui s'appesantit tous les jours et à qui il ne lient pas que sa pesanteur par contagion ne passe jusqu'à mon âme qui n'estoit pas desja des plus amerillonnées'.
Il s'en faut beaucoup que le sonnet de M' Falconieri le soit autant que le voslro. mais la matera aiizi grave clie si non lo comporta et, dans ce stile sérieux, il remplit assés son caractère pour mériter vos censures et vos corrections'. Voila mes sentiments sur ces deiLx sonnets. A vostre retour nous les examinerons de nouveau à loysir.
\ous m'avés appris que M' l'abbé de Grammont ^ est à Paris. Quoiqu'il y ail mille ans que je ne l'ave veu, je ra'enquerray de sa demeure et , si elle est à ma portée, je le verray et feray l'odice. En tout cas, la lettre que je luy escrivis sur vostre sujet, l'année passée, le doit avoii- informé de vostre mérite et vertu et tenir lieu de tout ce que je luy en pourrois dire encore.
Je traisne tousjours une très désagréable vie, mais telle qu'elle soit, vaille que vaille, elle est toute à vous.
De Paris, ce xxii octobre 1C70*.
' Sic pour émérilionnécs.
- Suivent des citations de ce sonnet et des observalions que je juge inutile de reproduire.
' L'abbé de Grammonl, ou mieux de Grandmont, était alopâ Antoine de Chavaroche, qui
gouverna le célèbre monastère depuis ie mois de janvier i655 jusqu'à sa inort, arrivée le i4 octobre 1677. Voir Gallia Chrisliaita, l. II, Abbatin Grandimontensis , col. 669, n° xxui.
* Le lendemain, Chapelain (f 186 v°) entre-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M' Verjus, nouvellement de retour de Portugal , l'iche et lionnoré , sort de céans. Ce n"a pas este' sans bien parler de vous en tout bien et en tout bonneur.
CCCCLXXIL À M. JEA.N FRÉDÉRIC GROOVIUS,
rROFBSSKlR EN niiTOIRE ET CRITIQUE . À LEÏDE.
Monsieur, jay receu enfin par M' Huyggens la consolation d'une response à mes précédentes avec l'assurance que l'une au moins vous avoit este' rendiie et que linquielude où vous estie's pour vos Plantes et vos Plines estoit calmée par lavis que je vous y donnois quils m'avoienl esté apportés par le libraire Leonnard. Après vous avoir mandé l'agréable réception du Plante et la place que M Colberl luy a assignée bonnorable dans sa flolissante biblioleque, je n'ay rien davantage à vous dire là dessus.
Ce que j'ay à y adjouster qui me semble de plus grande importance, c'est la joye d"apprendi-e qu'encore que vostre santé ne soit pas entièrement restablie, elle l'est pourtant assés pour vous permettre de retourner à vos anciens exennces publics aussi bien que domestiques, sans qu'elle en souffre diminution. Ma joye doit astre com-
mune à tous les gens de lettres qui se peuvent désormais promettre de nouvelles instructions de vous dans les matières du beau sçavoir que personne ne sçauroit mieux manier ni desmesler que vous.
Mais, Monsieur, vous ne m'avés point [fait] sçavoir oii en estoit M' vostre fils de son Polybe sur lequel nouvelles me viennent de tous costés qu'il s'est beureusement appliqué, de quoy [j"ay] esté facilement persuadé . ayant eu une si bonne institution que la vostre et une direction dans cette entreprise assés exacte pour avoir fait le principal bonneur du Macbarite Casaubonqui avoit commencé un commentaire de cet autlieur dont l'essay qui nous en reste fait extrêmement regretter sa mort qui l'empescba de le continuer. C'est une avanture qui estoit réservée à M" vostre fils qui prendra sa place et fera par ses lumières et son érudition qu'on ne s'apercevra plus que ce grand critique nous ait manqué.
On nlavoit dit, il y a plus de deux mois. et M' Tbévenot me l'avoit confirmé, qu'il méditoit un voyage en France; cependant nous l'avons jusqu'ici attendu en vain.
Vos gazettes m'ont appris que nostre ami M"" Heinsius estoit de retour à Stokolm et pas en trop bon estât. Il est lousjours avantageux pour luy d'y estre retourné en vie. medits e fauctbiis Orci ' et Stokolm , tout
tenait Goltellini du comte Piero de Bardi et du poème qu'il avait demandé à son correspondant florenlin: «Je juge par celte rareté que l'ouvrage doit eslre bon et que le débit en a esté grand à n'y en avoir plus d'exemplaire qu'on puisse acheter, et sans cela mesme le nom de cet excellent aulheui si c'est luy de qui j'ay le Groco del celico el la Iraduzzione di Massimo Tirao m'en avoit fait prendre une fort grande opinion. Ces Lettres mémo; ables del sigiî' Giusliniani sont elles estimées pour les matières et pour le stile, et ces posthumes du Tasse recueillies par le sieur Marc Antonio P'oppa sont elles quelques choses {sic) d'assés curieux
CHAPELAI.N. — n.
pour les faire venir?... L'abbé Panciatichi, qui est icy depuis un mois, m'a parlé fort avantageusement de ce sig' Foppa passionné du Tasso et qui a entre les mains mille notices de ses ouvrages et de ses avantures qu'il veut publier et qui sont très curieuses et dignes de la connoissance des honnestes gens. Je suis persuadé que vostre risltetto di segretarii ne l'est pas moins. La France vous est obligée du zèle que vous tesmoignés pour la mémoire de son saint Louis.»
' Allusion à ce vers de Virgile {Enéide, VI, 273;:
Vestibuiurn aiitc ipsum primisque in faucibus Orci.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
barbare qu'il soit, sera un air salutaire et une Tempe en comparaison de ces autres senta situ loca^ d'oijt la raison, l'humanité, la température sont bannies. J'attens désormais des lettres de luy et une relation de son si rude voyage.
Portés vous bien et me croyés tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxui octobre 1670.
CCCCLXXIII.
À M. LAISx^É^
ENTOTÉ DU BOT E^ ASIE , À CONSTANTISOPLE.
Monsieur, j'ay obligation de vostre lettre à M' Chapelle qui m'a fait regarder par vous comme un seur moyen de luy faire tenir vostre rcsponse à la sienne et vous ne vous estes pas trompé, car je lenvoyay aussitost à M. Molière^ pour la luy faire tenir la part où il seroit, à quoy il n'aura pas manqué et je veux croire qu"il vous en aura accusé la l'éception. Depuis vostre embarquement à Tolon\ j'ay appris de vos nouvelles par M' Dernier à qui j'en demanday soigneusement à son arrivée, et par M' Per-
rault qui sçait trop la part que je prens eu vous. Le mesme m'a communiqué vos relations de Grèce et de Constantinople , qui m'ont extrêmement satisfait ^ Continués avec celte exactitude et ce bon sens qui vous fait choisir entre plusieurs choses celles qui méritent d'estre observées et recueillies. 11 est fascheux que M' Vaillant^ n'ait pas un devoument pareil au vostre et' une indilférence poiu" vous appliquer à ce qu'on désù-e de vous.
Puisque vous allés en Egypte ^, je serois d'a\is, si vos instructions vous en laissent la liberté, que vous montassiés le Nil au dessus de Caire, jusqu'auprès des catadupes ' où un missionnaire capucin a pénétré pour le secours des chrostiens champestres cophtes, à mon opinion, et qui en fait une succinle description des antiques structures que les successeurs d'Alexandre ont apparemment fait baslir, lorsqu'ils régnoient en E^jypte, Ptoloniéosouauties. Je vous envoyé l'extrait de sa lettre qui pourra exciter vostre curiosité pour vous porter jusques là et nous en apprendi-e de plus sravantes et plus particulières nouvelles. Mais, comme je dis, il faut que ce voyage soit remis à vostre liberté et discrétion.
Le milieu de la gueule rrOrcus signifie le gouffre do l'enfer.
' Voyez Virgile, Enéide, VI, /i(59.
- Alexandre Lainez, natif de Cliimay (Hainaut), mourut à Paris le 18 avril 1710, âgé do soixante ans. Il était, selon le Moréri de 1709, ffgrand poète, grand humaniste, grand géographe, et, s'il se peut, encore plus grand buveur ".
^ On sait combien Cbapelle et Molière étaient liés.
' L'article, si étendu et si curieux, consacré à Lainez dans le Moréri le montre s'embarquent à Marseille.
' Après avoir visité la Grèce et les îles de l'Archipel , Lainez passa six mois entiers à Constantinople , d'où il gagna l'Asie Mineure , puis la Palestine.
° L'académicien Jean Foi Vaillant, dont il a i';lé déjà question en ce volume.
' Ici trois mots ont été oubliés. Il est évident qu'il Inut lire : et qu'il ait une indifférence, etc.
" Lainez s'arrêta au Caire et de là vint à Malle , puis à Palerme, parcourut toute l'Italie et revint en France par la Suisse.
' M. Liltré donne, dans son Dirtionnaire de la langue française , les deux formes catadoupe cl catadupe, rappelant que Rabelais a parlé des catadupes du Nil et que Fénelon a mentionné les catadoupes ou cataractes du même lleuve. Le Dictionnaire de Trévoux, où l'on peut lire un assez long article sur catadoupe ou caladupe, cite, au sujet de cette dernière forme, une phrase de La Fontaine.
AL Thévenot nous a donné une ample et magnifique inscriplion grecque d'un de ces Roys là tiré d'un manuscrit d'un moine qui l'avoit veiie et extraitte, il y a mille ans, sur les lieux et cette pièce rare monstre de quelle vaste estendiie estoit l'cmpiie de ces monarques conque'rants du costé des Abyssins et à Midi.
En quelque part que vos ordi'es vous facent allei', souvenés vous que vous estes homme de lettres et voyageur judicieux dont les escrits et remarques se doivent sentir de la méthode et du génie de cet ancien qui a fait lePe[ri]ple de la merEuxine^ et, entre les modernes, de ce Pelrus Gillius à qui nous devons le Bosphore et Bizance', et Bellon qui, en mesme temps que luy nous
a donné de si belles notices de l'Asie et de l'Egypte '. Vous avés sans doute le Prosper- Alpinus du mesme pais'' qui se peut joindre à ceux là pour se former un stile digne du grand prince pour qui vous agisses.
C'est ce peu que je vous puis dire sur ces matières pour le présent, après vous avoir conseillé de faire qu'il paroisse par vos relations, que vous avés eu une particulière attention à ménager l'argent du Roy. Ce ne sera pas un petit mérite envers le ministre très sage et très vertueux qui vous employé et de qui désormais dépend vostre fortune. J'y auray part comme celuy qui ay principalement respondu de vos bonnes qualités.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxix octobre 1670^
' Arrien, auleur du Périple de la nier Noire on Pont-Euxin.
- Pierre Gilles, né à Albi en 1690, nioil à Rome en i555, laissa, entre autres curieux ouvrages: De Bosphoro Tliracio libri très (1561, in-i°). Ce traité a été réimprimé par les Elzevicr en i632 (I^oyde, in-24).
^ Pierre Belon, né à la Souiletière (Sartlie) vers i5i7, assassiné dans le bois de Boulo,'Tne en avril i564, publia, en i553 (in-Zi") : Observations de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie et aultres pays étrangers.
'' Prosper Alpini, médecin et botaniste, né à Maroslica (Vénétie) en novembre i553, mort à Padoue, en janvier 1617, a consacré plusieurs de ses ouvrages à l'Egypte, pays où il avait séjourné pendant trois ans. Citons le De medicina JEgyptiorum libri /F (1691, in-4°) : De planlis ^gypti liber (iSga, in-i"); Historiœ naturalis ^gypti libri IV (Le) do, 1785, 2 vol. in-/j").
* Le i3 novembre, Chapelain parle ainsi à Medon (f° 190 v°) de la traduction de la Pacelle par l'abbé Paulet : «11 [M' de HericourtJ m'a apporté le 2' livre de la Pacelle et une partie du 3° de la revision de M*^ Paulet, sans doute meilleur que les précedens, mais il y a encore à retoucher, surtout aux lieux où il se laisse aller à
sou stile diffus qui est plus de la prose que de la poésie. Son malheur est qu'il est le seul eu ses quartiers qui aisl le goust des vers et qu'il n'a personne de qui il puisse prendre avis sur les siens. Si vostre loysir vous permettoit de passer la veue dessus et de luy marquer charitablement les endroits où il a besoin de se rcslraindre et d'éviter les expressions prosaïques, comme je le connois docile et candide, il s'en tiendroit vostre redevable au dernier point. . . M' de Hericouii m'a (ait des civilités bien agréables de la part de M'' Fermât et m'a appris que le Diophanle de M'' son père esloit achevé d'imprimer par ses soins et que les libraires de Tolose en envoyront dans peu de jours en ces quartiers. A la première veiie je vous supplie de l'assurer de mon ressentiment pour son souvenir et de le féliciter en mon nom de cette justice qu'il a faitte à la mémoire de feu W son père et de ce grand regale qu'il donnera au pubHc et aux vrays connoisseurs en ces fines matières là.'i Le même jour, Chapelain cite à l'abbé Paulet (f° 1 9 1 ) le meliora secunda pour l'engager à retoucher sa traduction et il lui demande trune troisième repassade". Le mol repassade manque dans nos dictionnaires, même dans les plus considérables, tels que le Dictionnaire de Trévoux et le dictionnaire de M. Littré.
LETTRES DE JEA?^ CHAPELAIN
CCCCLXXIV.
À M. HEI>SIIS,
KÉSIDEXT POCB LES ESTAIS DE HOLLANDE, \ STOKHOm.
Monsieur, j'apprens parles gazettes d'Amsterdam que vous estes de retour de Moscovie en Suède et non pas par vous, ce qui me confirme ce que la mesme gazette y adjousle, que vous y estes arrive malade. A moins que de Testre beaucoup, vous n'auriés pas manque de me donner avis d'une reversion ' si souhaittée de nous aussi bien que de vous. Cela ne me tient pas en une petite peine et jattens avec impatience que vous men éclaircissiés. Je vous quite pour la première fois de tout borsmis de l'assurance de vostre convalescence et du temps que nous pourrons vous revoir chés vous.
Après cela, vous me ferés, s'il vous plaist , une relation succincte de ce que vous aurés lemarqué de curieux pour les choses natm'elles ou politiques de ces contrées affreuses et que la nature semble avoir bannies du monde pour n'estre habitées que des animaux, car tous ceux qui reviennent de là ne content pas presque les habilans au nombre des hommes. Je me promets de NOS récits beaucoup de choses singulières (jui auront eschappé à Sigismond Eberstein\ à Paule Jove^ et à Possevius * el, du moins , escriltes , si ce sont les mesmes, d'un slile tout autrement beau que le leur.
Nous avons icy M' Grotius envoyé pour de grandes affaires. Dieu veuille qu'il les
ajuste utilement pour l'un et l'autre Estât qui ne devroient jamais avoir rien à desmesler ensemble, l'union en estant naturelle et les interests pareils.
Je suis avec ma passion ordinaire. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce x\ novembre 1670.
CCCCLXXV.
À M. WAGHENSEIL,
PBOFESSECB EX OUOII ET ES BÉEREU , À ALTDORP, PRbS ^CREUBERG.
Monsieur, votre lettre du 10 octobre m'a tiré de la peine où j'estois depuis assés longtemps de vostre sintt; et de vos estudes et m'a appris vostre heureux voyage de Bohème et vostre heureux retour à Nurbemberg. Vos observations des merveilles de la nature, que vous avés veûes dans ce royaume forestier, m'ont fort pieu et j'ay esté bien aise que ces nouvelles lumières se soient adjoustées aux anciennes que vous aviés si abondantes sur les matières philologiques et politiques que NOS grands voyages vous ont acquises pI dont vous faites si bien vostre profil.
Je me resjouis aussi que ce peu que j'ay contribué à vosire dessein sur le sujet des monnoyes [vous ait plu] et que vous pensiés vous en servir ulilemenl.
Le narré de vos diligences jusqu'icy peu heureuses pour avancer celuy que vous avés formé de publier les connnentaires de saint Athanase sur le Psautier m'a donné de la
' lîei'ersioit , pour retour, n'a été employé, même du temps de Chapelain, que par les auteurs de livres de jurispruilcnce.
- On doit à Sigismond , baron de Herberstein , né à Vippach en 1/18C, mort en niai-s 1.Ô66, et qui fut ambassadeur d'Aulrithe en Russie et à Constanlinople, les Rerum Moicoviticarum comwentarii (Bàle, i5.56, in-fol.).
^ Moscovia,in qua sitns regionis nntiqtiis incognitiis , religio gentix, viores, eic.fdelisstme referuntur, dans Pauli Jovii âescnplimes quotquot extant région um alqueîocornm iBà\e, lô/i, in-8°).
* Sic pour Possevinus. Il s'agit là du jésuite Antoine Possevin, né en i.ô.3i à Mantoue, mort en 1611 à Ferrare, auteur de : Moscovia, seu de rébus Moscoviticis,e\.c. (Vicence, i586, in-8°).
peine ', et d'autant plus qu'entre les entreprises que vous pouvés faire, il me semble que celle là estoit la moins propre à lesraoigner au Roy le ressentiment que vous avés de ses grâces et que c'eust esté un présent à faire plustost à un prince théologien qu'à un guerrier comme le nostre.
D'ailleurs, n'ayant pas la chose complelte, je ne sçay s'il seroit séant de ne luy dédier qu'une statue sans teste et sans pieds , comme vous me mandés qu'est celle-là encore et dont il n'a tesmoigné aucune curiosité et pour attendre à la donner parfaitte que vous en ayés recouvert les supplémens, il iroit tant de temps que, lorsqu'ils seroient retrouvés, elle viendroil à tort et auroit perdu la grâce de sa nouveauté. Je serois mesnie ombarassé comment je pourrois donner le change des autres propositions plus plausibles que vous m'avés fait faire à nostre Mécène à celle-cy qu'il prendroit plustost pour une eschappatoire que pour une offrande digne de son Auguste outre que ce que vous vous estes figuré de si facile pour obtenir vostre désir par la voye de la biblioteque Laurentienne de Florence et par mon crédit l'est bien moins que vous ne pensés. M' l'abbé MaruceUi, le résident de Toscane en cette cour, qui m'honnoroit de ses visites lorsqu'il y estoit, s'en est retourné, il y a près de trois ans, et la charge de secretah-e d'Estat qu'on luy a donnée pour récompense de ses services, l'occupe si fort que je n'ay que rarement de ses nouvelles, et que je n'oserois bien es-
pérer qu'il voulust se charger d'un soin qui emporte du temps, de la peine et de la despense, quand mesme on seroit assuré de trouver dans cette Cour là des scribes assés inlelligens pour lire bien le manuscrit grec et pour on copier fidellement les choses qui vous manquent, car si vous ne l'avés pas reconnu lorsque vous y esliés, je vous diray que par la propre confession des plus beaux esprits, ils n'ont plus de Paccius - ni de Victorius^ en ce pais là et qu'on peut dire ce que nos anciens pedans disoient des passages d'Aristote ou de Platon insérés dans les ouvrages latins : Grœcum est, non legilur. Comme néantmoins vostre souhait est honneste et qu'il peut servir au public en luy procurant l'édition d'un excellent ouvrage, je ne refuse pas de tascher à vous faire avoir ce contentement par le biais que j'y jugera y le plus pi'opre sans vous respondre du succès. Le biais le plus réussible ' et je n'en prendrois point d'autre, si j'estois en vostre place, seroit de prendre l'occasion du voyage d'Italie de quelque seigneur de vos amis allemands et d'engager les gens de lettres desquels il pourroit esfre accompagné , durant leur séjour à Florence, de demander l'entrée dans sa fameuse biblioteque et communication de ces manuscrits pour en extraii-e ce qui défaut aux deux vostres. Les gardiens sont humains et en donneront la liberté de bonne grâce. Vous pourries mesme pour plus de facilité dans l'instruction que porleroient ces gens de lettres pour ce qu'ils auroient à faire à adjouster qu'ils s'addres-
^ On ne voit pas que Wagenseil ait jamais réalisé le projet dont il avait entretenu Chapelain.
^ Jules Pacio, né à Vicence en i55o, mort à Valence en i635, fut non seulement un savant jurisconsulte, mais un savant humaniste. Ses traductions latines d'Aristote eurent une grande réputation. Il a aussi donné une édition grecque-
latine des œuvres complètes de ce philosophe (1597, 2 vol. in-8°).
^ Pietro Veltori, né en 1/199 " Florence, mourut dans cette ville en 1 .585; Voir sur ce commentateur d'Aristote les Mélanges historiques de 1878 (p. /(65, note 2).
* Rcussihle n'a elé admis dans aucun de nos dictionnaires.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sassent al signor Magliabecchi de ma part. C'est le plus civil des letlre's de cette cour là et le plus universel et je le croy asse's de nies amis pour lem- y procurer rintroduction nécessaire.
Voilà, Monsieiu*, ce que je vous puis dire sur cet article qu'il vous plaira de prendre comme un sincère [tesmoignage] de ma cordiale aflTection, laquelle ne me permet pas de vous desguiser mes veiies ni de vous dénier mes conseils aux importantes occasions.
M"^ de La Piquetière est encore à la campagne et l'autonne n'est pas fini pour luy. A sou retour, nous vous tiendrons sur le tapis et vous croyés bien que ce ne sera pas à vostre désavantage. Cejiendant j'attendray plus souvent de vos nouvelles par la voye de ce jeune gentilhomme par qui j'en ay desja receu et qui s'offre de bonne grâce à vous faire tenir les miennes, tant qu'il sera en cette Cour. Il est fort bien né et par l'accueil qu'il recevra de nioy, il s'appercevra que voslre recommandation ne luy aura pas esté inutile auprès, Monsieur, de vostre, etc. De Paris, ce xxiii novembre 1670.
CCCCLXXVI.
À. M. BOECLER,
rnoFEssEin en histoibe et éioqlence.
À STUASBOirîG.
Monsieur, je croy que W Dirktheiu vous aura mandé, il y a long temps, la réception du paquet de [Lambecius] et des lettres posthumes de Reinesius et de Bongarsius'. Le mal à quoy je suis sujet et qu'il y a un mois qui me travaille m'a empesché de vous en faire plustost nioy niesme le reraerciment que je vous en dois. Ce sont pièces curieuses et où. dans une grande diversité de choses.
il y en a beaucoup d'instructives et de divertissantes. J'attendois tout ce quejay trouvé des lettres de ces deux derniers excellents hommes. Mais, pour le premier, je ne le croyois pas si profond en littérature et sm-tout dans la science des manuscrits. Cette lumière me fait désirer qu'il continiie son grand ouvrage de la Biblioleque impériale oià le bon y passe le mauvais. Il seroit seulement à souhaiter qu'il eust le stile un peu moins laxe ' qui néanlmoins, en récompense, n'en est que plus clair.
Pour les lettres de Bongars et de Longesheimius, elles en sont d'autant moins agréables qu'elles ont esté chastiées en beaucoup d'endroits par celuy qui les a fournies à vostre impression de Strasbourg. Elles le sont pomtant beaucoup et font grand honneur à ceiLx qui les ont escrittes et je vous suis fort obligé de me les avoir communiquées.
Je n'entens point ce que vous me dites du Polybe du jeune Gronovius inqirimé à Francford. 11 me semble que ce devoit estre en Hollande et il Teust esté plus correctement et plus élégamment. Mandés moy, je vous prie, le jugement sincère que vous en faites, car, selon cela , je chercherois occasion de me le faire venir de là. Faites moy aussi la faveur de m'approndre si vous laurés trouvée de faire tenir ma lettre à M' son père, et comme je vous en suppliois par ma dernière.
Au reste , Monsieur, vous aurés enfin esté deschargé de ces manuscrits qui nous ont cousté à tous deux tant de peine pour faire plaisir à nos amis, car le courier qui les doit prendre de vos mains est parti, il y a desja quelques jours, avec les papiers nécessaires pour les luy faire consigner sem-ement selon les ordres pris entre nous que vous prendrés ou aurés pris le soin de suyvre
' On lit dans le manuscrit : Bor(rasiuf pas recueilli nos lexicographes.
Laxe, pour relàchr, iàche. Encore un mol que n'ont
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
et faire suyvre de point en point. Pour l'envoy de rautographe de la i''"' partie, il viendra quand M' Berneg-gerus le trouvera à propos. Cependant je continueray à faire auprès de M' le duc de Montauzier les ofires nécessaires pour luy en rendre le présent plus considérable.
J'ay pris d'ailleurs le soin que vous désirés tous deux de sonder auprès de nos plus forts libraires s'ils voudroient entendre à l'achapt des 900 exemplaires de cette 1"' partie qui sont demeurés sur les bras des héritiers du défunt soit pour six cent livres françaises, soit pour eschanger ces livres en autres de leurs éditions de France. Tous généralement ont refusé la conclilion, disant qu'elle seroit encore onéreuse, l'ouvrage, bien qu'excellent, estant tombé, quoyqu'en puisse estre la cause, outre que le négoce de livres friget admodum en France dans un siècle de guerre, qui'oste à nos marchands le moyen de rien entreprendre de tant soit peu relevé. Un d'eux néantmoins y ayant mieux pensé, et aux raisons plausibles par lesquelles je le portois à accepter le parti si avantageux pour luy, s'est enlîn comme résolu à ccluy de l'eschange de livres de son impression avec les 900 exemplaires de la 1'" partie des suppléments imprimés, et nous en sommes demeurés qu'il feroit faire un catalogue exact de ses sortes qu'il vous envoyeroit avec le prix pour choisir entre tous ceux qui luy seront les plus commodes jusqu'à la concurrence des 600 livres, prix mis aux 900 exemplaires. Par celte voye M' Holstius pourra sortir de son embarras avec satisfaction, s'il convient de l'estimation des livres du libraire dont je vous ay parlé. C'est l'un des pins accommodés et des plus fameux de Paris avec lequel il n'y a pas le moindre soupçon de dol ni de tromperie. Il n'est pas que vous ne le connoissiés point de réputation. Son nom est Frideric Leon-
nard et sa demeure est à la rue Saint-Jacques, vers Saint-Yves. Vous communiquerés cet avis à M' Berneggeret prendrés ensemble là dessus vos mesures pour luy faire sçavoir à sa demeure, vos résolutions, lorsqu'il vous aura envoyé son catalogue.
Voilà, Monsieur, ce qui s'est pu faire pour la satisfaction de M' Holstius et la vostre. Assurés les tous deux de mon service et croyés tousjours bien que je suis passionnément à vous. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxv novembre 1670.
CGCCLXXVII.
À M. OTTAVIO FERRARI
l'REMIER PnOFESSEUn EN HISTOinE ET ÉLOQUENCE ,
nello studio di Padoa.
Monsieur, depuis vostre dernière lettie du [ ] May, n'ayant eu aucune nouvelle de vous, je n'ay pu attendre plus long temps à vous respondre dans l'incertitude oh je suis si vous aurés eu occasion de m'envoyer ces Progijmnnames du Cornelio et vostre response au livre De lato clavo de feu Rubens que j'ai appris qui estoit enfin imprimé. Je ne ferois pas assés de cas de vostre beau sçavoir et de vostre noble amitié si la lenteur de sa veimc me la faisoit souffrir avec patience et tranquillité. Il y aura trop de bonnes choses à apprendre pour n'en désirer pas la communication. Cela soit dit néantmoins sans prétendre que vous faciès aucun extraordinaire effort pour m'en honnorer, mais seulement de ne pas négliger les occurenees par lesquelles vous me puissiés donner cette satisfaction. Si M' Richk, ce gentilhomme hollandois qui passa à Padoue pour vous seulement pt à qui vous en listes présent d'un exemplaire et de celuy Délie lucernc pretese ineslinguibili vous eust trouvé en revenant de Venise, il s'en fust volontiers chargé et eust fait l'office à souhait. Quelque autre se rencontrera.
Voslre censure du libelle de linsigoe fourbe Prioleau est digne de vous et je me doutois bien que vous n'aurie's besoin que de le voir pour en faire le jugement scusé que vous en avés fait. Il est en aboniinalion à ceux qu'il a si long temps amuse's et abuse's et rejette de tout le monde s'en est enfin allé mourir sur un fumier en un coin du Royaume ' où les esprits nestoient pas asse's subtils pour prendre amorce à son mauvais feu , et présentement on nen parle plus que comme d'un personnage impudent et audacieux dont le monde candide est heureusement délivré pour jamais. Si le coui"s de vostre histoire doit aller jusqu'au temps de sa satire, je croy qu'il n'y aura aucun des autres bruits populaires plus digne d'estre réfuté que ces mahgnités affectées dont son pot pourri est rempli. Mais vcus navés pas besoin d'avis sur cet article.
Je sçaurois volontiers quel jugement vous aurcs fait du panégyrique italien du signor Carlo Dati qui est venu après le voslre et ne vous abstenés pas, s'il vous plaist. par modestie, à cause de la concurrence. Marqués m'en, s'il vous plaist, ce que vous y aurés trouvé de bien et de mal, comme n'y ayant aucun interest avec ces justes mesures de l'art que vous possédés si bien et qui reluisent si fort dans toutes les parties de vostre excellent ouvrage, et faites le en pleine confiance et avec liberté sans crain-
dre qu'aucun autre (pie moy en ait jamais de connoissance.
Le livre des Origines italiennes dont on vous avoit parlé a paru icy ' et s'il est allé aussi bien à Padoïie qu'aux autres villes de là les Monts, vous aurés bien veu qu'il ne vous doit pas faire peur et que le monde sçavant pourra encore apprendre de vous bien des choses sur cette matière avec toute mie autre solidité. Ceax de delà les Monts qui ont veu [cet ouvrage] en escrivent dans ces termes, non sans raillerie de la vanité et témérité de son rapsode ' si mal ambitieiLX.
Je ne pense pas que l'histoire de Viliotto vous ait fort satisfait pour le slile et pour la latinité. C'est un extrait assés fidèle de nos gazettes qui n'oublie guère des principaux éveneraens et est tousjouis du parti du Roy contre le monstre de la Fronde, mais qui donne tout le mérite de la conduite de ses interests à la reyne comme si c'eust esté une autre Catherine de Médicis, encore qu'elle n'y eust ni y voulust avoir aucime part, et qui y parle [peu] du cardinal Mazarin, qui a esté tant d'années le premier mobile de celle giande machine et le prét'^xle apparent des mutins, pour luy faire quiler le poste qu'ils vouloient pour eux. Cela ne vous aura pas eschappé et je suis assuré qu'en cette narration vous luy conserverés le mérite que sa vertu et sa constance luy ont aquis sans que force ni arti-
' Ceci est métaphorique. Priolo, se "endanl à Venise avec une mission secrète de M' de Lionne, mourut d'apoplexie à Lyon. Bayle s'accuse ainsi d'avoir inexactement parlé de son décès dans la première édition du Dictionnaire antique (t. XII, 1820, p. 827) : -J'avois avancé sur un ouï-dire qu'il était mort à l'hôpital, mais je corlige celte fausseté dans cette seconde édition, et je puis protester sincèrement que je u'avois déhilc cela que selon l'esprit de ceux qui me l'a-
voient dit à Genève; gens que j'avais lieu de croire bien informés. ..-
^ Le livre de Ménage dont il a été déjà souvent question dans celle correspondance et dont Chapelain reparlera encore avec infiniment peu de bienveillance.
^ -M. Liltré ne mentionne pas, dans son Dictionnaire de la langue française, le mot rhapsode pris dans le sens d'auteur d'un ramas de mauvaises choses.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
fice luy ayent jamais fait perdre jugement pendant l'orage ou fait abandonner le timon qui luy avoit este commis. Mais c'en est trop pour cette fois.
Je suis avec ma passion et mon estime accoustumëe, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce i" décembre 1670.
CCCCLXXVllL À M. HERMA.>NUS COINRINGIUS,
PBOFESSECn BU MÉDECINE, ETC. , À HELMSTADT.
Monsieur, incontinent après avoir receu vos lettres sur la question de ce concile et les avoir communiquées à M' Balzac, il y fit response et j'accompagnay son remerciraent d'un billet que M' Beck receut de bonne grâce et promit de vous faire tenir fort seurement. Depuis je ne vous ay point escrit, n'ayant rien de nouveau à vous mander ni là dessus ni sur l'autre chef de ConcU[{uni\. Mais comme ce dernier vous lient à l'esprit et que peut eslre ma despesche ne vous aura pas esté portée, je vous récapiluleray icy ce que je vous en avois expliqué plus amplement. L'escrit de vostre ami , lorsque j'eus pris le soin de le faire copier d'un caractère plus élégant et plus lisible, fut présenté au Mécène que j'avois préparé là dessus et receu favorablement. J'eus charge à quelque temps de là de tesmoigner à son autheur qu'on estimoit sa personne et que son zèle avoit fort plu. Ce lut tout ce que j'en eus et il n'y eut pas heu de sonder davantage l'abysme du secret impénétrable des veiies et des résolutions du sanctuaire. Ce profond silence ne signifie rien de mal pour l'escrit. C'est une sage pratique de ceux qui y sont admis pour ministres de ne se donner point à entendre de leurs inclinations à qui que ce soit qu'à ceux qu'ils jugent nécessaires pour l'avancement de leurs desseins et qu'ils ont recherchés et
CHAPELAIN. II
appelles pour cela. Je suis de beaucoup plus proche que vostre ami de ces ténèbres inaccessibles et je vous puis saintement jurer que mes yeux n'y percent pas plus avant que luy, et , de plus , que je ferois fort mal ma cour si j'en faisois paroistre la moindre curiosité du monde. 11 fera donc prudemment, s'il m'en croit, de s'en tenir là et d'attendre d'estre requis de semblables esclaircissemens pour exercer sa grande capacité et son affection si louable. De mon costé, je ne manqueray pas de les faire valoir à l'occasion et de favertir, s'il y a lieu , de luy fournir de matière d'y desployer sa vertu.
Pour ce qui vous regarde , Monsieur, je ne voy rien qui vous puisse faire appréhender de la diminution dans les grâces anciennes du Roy et je tiendray la main , selon la petite estendiie de mon pouvoir, qu'elles se maintiennent en Testât oii elles ont d'abord esté mises. Mais, pour les faire accroistre, quoyque vous le meritassiés extrêmement par tant de rares qualités qui vous sépaient si fort du commun des hommes, cela passe mes forces et je ne le pourrois tenter sans péril en un temps qu'il s'en est fait des retranchemens entiers de nos propres François à leur grande mortification, sans qu'aucun s'en ose plaindre parceque la libéralité du Roy en ce genre a esté toute libre et .sans obligation à la continuer. Le bon M' Waghenseil , qui avoit mesme servi la France utilement n'en a jouy que deux seules fois et ne laisse pas de s'en loiier. Je vous déclare cecy avec ma candeur ordinaire afin de ne vous laisser pas prendre d'autre route en Irailtant avec nos M" que celle que j'y prens pour ma conservation propre , et que quand vous aurés quelque dessein auprès d'eux vous sachiés y employer les moyens les plus conformes à leur goust et qui soient les plus réussi blés.
J'ay depuis receu vostre présent des Her-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ni[étiques] Egyptiaques' et vous en rends un million de grâces comme d'une vrayo pierre pliilosophale. Cela est admirable qu'il n'y a point de discipline dont vous ne tiriés également bien le plus exquis et le plus fin. Dieu veuille destourner les menaces des planètes malignes et que nous puissions tousjours vivre dans les mesnies interests! Je suis dans les vostres autant que vous et vous m'esprouverés tousjours sincèrement, Mon-
De Paris, ce iif décembre 1670.
CCCCLXXIX.