‹ Lettres. PubliéesChapitre 198 sur 309 · À STRASBOURG · texte numérisé non relu

À STRASBOURG

Monsieur, je suis marri que ]a première espreuve oii vous ave's mis ce qu'il y avoit de commencé d'amitié entre nous ait esté d'une nature à m'empescher à vous y eslre utile. Je fais profession d'aimer les lettres et les lettrés, et c'est en cela seulement que se renferme ma sphère daclivité. Hors cela , je suis l'homme du monde le plus inepte.

Par vostre lettre j'ay reconnu que vous estes tombé dans un accident déplorable d'eslre accusé en justice par un ingrat disciple de. la mauvaise administration de son bien et de suggestion de testament qui sont autant de crimes, et ce que vous m'escrivés de vostre innocence m'en persuade entièrement , mais je suis assuré qu'il n'en persua-

dera pasvos jugesquine prononcentenfaveur de personne sur de simples complimens , mais sévèrement, secundnm allegata el probata. De sorte que pour se purger d'une imputation pareille, en vain, à mon avis, la (sic, le) pense-t-on faire par procureur et il est besoin de le faire de vive voix , après l'interrogatoire et la confrontation et la veiie des pièces justificatives, lorsqu'on a les parties animées et présentes qui remplissent l'esprit des juges de suppositions odieuses etqu'on [n'jy est pas pour en monslrer la fausseté. Il est aisé aux vostres de les avoir prévenus contre vous dont la retrailte en Allemagne est sans doute expliquée comme une fuite et une crainte d'en estre convaincu et emprisonné.

Je tiens donc vostre malheur d'autant plus grand qu'il seroit nécessaire que vous fussiés icy pour vous défendre et qu'il seroit dangereux pour vous d'y estre, n'estant pas assuré de ne vous y trouver pas opprimé. Car

mariage (f 2 1 3 ) : « J'apprens. . . avec peine que ce parti qu'on vous a obligé île prendre vous a forcé à entrer en ménage, ce que j'ay tousjours regardé comme un grand obstacle à la tranquillité et au commerce innocent avec les Muses qui ne souffre guère d'eslre traversé par les soins domestiques pour l'avoir agréable et pour en profiter avantageusement. Je veux croire que le choix que vous avés fait est digne de vostre prudence et veux croire que vous y trouvères du soulagement. Mais qui peut respondre des suilles infaillibles de celte condition, qui sont du moins embarrassantes, si elles ne sont mauvaises, quand ia Forlune en fait avoir meilleur marché? Vous sçavés ce que nous en avons aulrcsfois dit et de quelle manière je confirmois mon opinion par ma pratique propre, dont je ne me suis jamais repenti et où j'ay liouvé le principal repos de ma vie. Esclaircissésmoy confidemment de Testai où vous en estes, et si vous estes de ces heureux qui sont si rares en ce genre là, afin que je m'en réjouisse si cela est comme je le désire, et s'il ne l'est pas, que je cherche de quoy vous en consoler. n Le 9.5 mars. Chapelain entrelient Bœclerus (TaiSy") de /«

Pucelle, de l'édition de Paris de 16O6 et de l'édition de Hollande, qui, déclare-l-il , «est très vilaine el incorrectes. Le 2 avril, il s'adresse en ces termes à Vorslius (P 2i5) : «Je vous plains de vos travaux domestiques lesquels servent de rcmore à la course ardente qui vous porte à l'immortalité par les hauts desseins que vous avés pour l'avancement des bonnes lettres. Il faut espérer qu'ils cesseront et que vous serés en liberté de mériter celle couronne el je le souhaille plus que vous. Celle nouvelle édition du Nouveau- Testament avec des notes aidées du manuscrit qui vous en est venu d'Orient n'y contribuera pas pou et le monde chreslien ne vous en aura pas une obligation médiocre. J'ay fait voir à M' Ménage, qui s'appelle Gilles el non pas Claude, l'article qui le regarde dans vostre lettre. Il m'a respondu qu'il n'a jamais pensé à Valere Maxime pour le secourir par sa critique et qu'il s'estonne qu'on ail fait courir ce bruit là. Il a publié ses poésies grecques et latines, italiennes, françoises. un volume d'Origines de nostre langue en noslie langue, un autre d'origines italiennes en italien et d'amples notes sur Diogene Laerce en latin. 1

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de vous imaginer que par vostre mérite dans les lettres ou par mon crédit imaginaire les juges passassent par dessus leurs formes, ce seroit une vision indigne d'un homme de sens comme vous, La i'" chose qu'ils demandent, c'est que l'accusé se mette en estât, c'est à dire soit présent pour l'examiner et entendre ses défenses. Quand vous estiés à Paris et que l'action fut intentée, vous mistes procureiu", et luy donnastes sans doute vos pièces qui justiOoient vostre intégrité et le tort que l'on vous faisoit. Avant que l'affaire fut décidée, vous vous en allastes chés vous. Vos parties se doivent estre prévalues de vostre absence et par leui"s contredits avoir peut -estre obtenu sentence contre vous, sans que vostre procureur s'y soit peu opposer on Tait voulu mesme par sa malice ou par le peu d'ordre que vous laissastes en partant, à l'obliger par de l'argent à solliciter vostre affaire, car ces sortes de canailles ne se meinent que par là. Vous auriés raison de vous en plaindre comme philosophe, mais non pas comme homme qui sçait le monde. Et de vous addresser à moy pour vous pourvoir d'un autre procureur qui agisse pour vous en cela, j'ay premièrement à vous dire que toute cette nation mest inconniie et que je ne vous pourrois pas respondre, quand je la connoistrois, que celuy que j'emploierois fust plus soigneux que celuy que vous avés desja choisi; de plus, que, quand on trouveroil quelqu'un en qui l'on se pust fier, il ne s'en voudroit pas charger sans avoir une procuration signée de vous et de notaires de vos quartiers et sans avoir en main vos pièces justificatives, lesquelles il faudi-oit, pour cela , retirer de celuy qui en doit estre saisi, ce que l'on ne pourroit pas, d'autre costé, sans le désavoiier par un acte public et le payer à son mot ou le plaider luymesme.

Vous voyés, d'ailleurs, qu'outre le fon-

dement que vous faisiés sur mon faux pouvoir, celuy que vous faites sur la lettre que vous avés escritte à IVP l'Advocat du Roy est aussi foible pour vous faire obtenir un jugement à vostre profit ou un renvoy à plaider de là le Rhin, car il n'est pas juge et, quand il le seroit, il auroit encore vingt huit autres juges, ses confrères, à persuader et solliciter aussi bien que luy, qui ne sont non plus de vostre connoissance que luy. Ce seroit la mer à boire dont il ne se donneroit jamais la peine, n'y estant convié ny obligé par aucune considération de service important que vous luy eussiés rendu ni qu'il attendist de vous et n'y ayant point d'apparence qu'il se voulust faire une obligation envers eux pour une personne comme vous qui luy est inconniie. Je vous conseille donc, en cet embarras, de continuer à vous servir de vostre procureur, si vostre présence n'est pas nécessaire, en le faisant voir par quelqu'un de vos amis , banquiers , marchands ou autres , et l'engageant à faire son devoir par quelque présent d'argent et à vous rendre conte exact de vostre affaire et des moyens qu'il a pris pour la faire bien réussir, sans vous attendre ni à l'Advocat Général que de bonne sorte, quand vous ordonneriés qu'on luy rendist vostre compliment, et encore moins à moy, dont le grand aage, rinfuniilé, et l'interest que prend en vos parties un homme de considération de mes anciens amis que vous sçavés, me rendent incapable de vous assister en cela.

Pardonnes à mon infirmité, qui va tousjours en empirant , si celte longue légende n'est pas de ma main et que je me sois contenté de la dicter du lict où je suis pour vous éclaircir de mes sentimens, et ne croyés point que la liberté avec laquelle je vous les ay déclarés soit par manque d'affection pour vostre vertu et vostre mérite , mais seidement par l'ingénuité dont je fais profession et la persuasion que j'ay qu'en les suyvant vous

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évileiéâ au moius le dernier malheur dont la malignilé de voslre ingiat et de ses supposts vous menace. Je vous en souhaitte une meilleure fortune et suis, Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce iv avril 1671'.

CCGCXC.

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