‹ Lettres. PubliéesChapitre 199 sur 309 · HISTORIOGRAPHE DB HOLLANDE · texte numérisé non relu

HISTORIOGRAPHE DB HOLLANDE

À LONDIiES.

Monsieur, il y a long temps que je souhaitois de vos nouvelles et par vostre lettre sans datte , mais fort fraische, j'en ay appris qui m'aflligent fort en m'inslruisant de l'ingratitude dont ce seigueui' Anglois use envers vostre famille après en avoir esté si généreusement secouru dans sa ne'cessitë et

par des sommes si considérables. Encores si ce conte estoit un moine, je le trouverois moins estrange et vous en consolerois par mon exemple , estant en la mesme peine que vous pour avoir sottement pris confiance en un bomtne de cette qualité dont je me devois garder sur toutes choses ^ ! Il est vray que ma perte, causée par son infidélité et sa mauvaise foy, n'approche point de la vostre et je vous dispense de m'en plaindre, comme je vous plains de celle dont vous estes menacé. Je seray bien aise de sçavoù* le succès de vostre pom*suitte et pour combien vous croyés en estre quite à la (in. M'intéressant en vous comme je fais, il y va de mon repos aussi bien que du vostre.

Je suis ravi que la magnanimité de nostre Prince ait en partie adouci vostre amertume

' M. Clémeal a publié, dans le tome V de son recueil (p. 6/16), une lettre de Chapelain à laquelle il attribue la date du /i avril 1671. On trouvera plus loin cette lettre, qui est en réalité au II avril 167 a. Le 6 avril 1671, Chapelain parle ainsi de radaire Horbius à Boeder (f° 127 v°) : f M' Horbius, voslre ami, a souhaitlé de moy un otfice que je suis marri de ne luy pouvoir rendre par plusieurs raisons expliquées dans une longue despcsche, lesquelles, à mou avis, s'il vous les roraniuni([ue, vous trouvères solides. Je suis affligé qu'un si vertueux et si sravant homme soit persécuté au point qu'il me mande et qu'il y ait si peu de moyen de le soulager, car le biais qu'il avoil imaginé pour se tirer de celle mauvaise affaire n'estoil aucunement praliquable. n Le 8 avril. Chapelain, écrivant à Heinsius (C 3i8), traite de graves questions politiques: «Les mauvaises satisfactions réciproques survenues entre le Roy el M" les Estais, ses anciens amis, ne produiront à mon avis aucune rupture entre eux. Je suis au moins certain que S. ^I. ne songe à autre chose qu'à rendre profitables à ses sujets les moyens que Dieu lui a donnés, sanspréjudicier à ses voysins en aucune chose ni traverser odieusement leur industrie ni leurs intercsls. Et quand il arme par mer et par terre, il n'a autre veiie

que de se mettre en estât do se défendre puissamment, si par des ligues désobligeantes on l'attaque et s'oppose à ses innocens desseins. On a pu voir par la restitution de la Franchc-Conté que toutes les forces de l'Europe no luy eussent pu arracher, combien il estoit fidèle on ses paroles et le peu d'inclination que sa magnauimilé a à envahir et retenir le bien d'autt uy. Quand il aura rangé le duc de Lorraine à son devoir, on ne verra pas moins qu'il n'a pas occupé sa terre pour se la rendre propre, mais seulement pour se faire garder le respect que l'on luy doit. . . M' de Viquefort nous a donné l'Oscarius d'une version franroise exacte et élégante. Je m'en liendray donc à luy pour la vérité des choses que son autheur a cscrites en sa langue, désormais que j'en ay voslre alleslalion. Les révoltes des Moscovites ont esté favorables pour le succès des alfaires qui vous y avoicnt mené, et vous devés avoir receu beaucoup de caresses el d'honneurs de la Suède d'avoir rendu ses ennemis raisonnables. . . Je vous rens grâces du détail dos troubles de Moscovie dont en peu de paroles vous m'avés instruit. ..1 - C'était un certain abbé Descroisettes, prieur de Nolre-Dame-dc-Granchamp, comme nous l'apprend une lettre adressée, le 16 avril 11)71, par Chapelain à cet infidèle débiteur (l" 223).

et vous ait, encore cette année, au milieu des embarras oii ses jaloux l'ont jette , fait connoistre la différence qu'il y a entre la noblesse de son âme et la caresse de la pluspart de celles du commun des Puissans'. Son procédé, à la vérité, a tant de grandeur, qu'on pardonne à ceux qui ne se sentent pas assés de force pour l'imiter et, en quelque sorte, iuy estre semblables; mais d'agir directement au contraire, il n'y a point de pareille infamie.

Je m'estois persuadé que l'embrasement de Londres" avoil esté principalement funeste aux livres, dont on nous avoit assuré qu'il avoit fait un furieux dégast. Mais, à ce que je voy, le mal n'a pas esté si grand, puisque vous y en trouvés encore assés pour vous divertir et assoupir le cbagrin si juste qui vous dévore.

Ce que vous me mandés du Diclionaire portugais de 1660 que vous m'aviés inutilement cberché en Hollande m'a fort plu, et, pourveu qu'il soit de cette datte, vous me ferés un singulier plaisir de m'en recouvrer un exemplaire et de me l'envoyer par quelque occasion d'ami, si vous mesme ne venés pas si tost en France, avec le prix qu'y aura mis le marchand, afin qu'à l'instant mesme j'y satisface. D'autres livres, je n'en désire point, sinon la 3' partie de l'Histoire navale de Rivius, s'il y en a une du mesme autheur, comme on me l'a fait entendi'e.

Je rendray vos lettres à leur addresse et celle pour M' Golbert quand il sera de retom- de Rochefort sur la Charente oii il est

allé, depuis huit jours, pour voir Testât où est le niagazin basti pour le commerce ".

À M. GROrsOVIUS,

PBEMIBR PliOFESSEUB, ETC., À LEYDE.

Monsieur, ne vous excusés point de vostre inquiétude sur le retardement de la gratification du Roy, ou vous m'obligerés à m'excuser de ce que je puis vous avoir escrit trop librement, quoyque candidement sur cette matière '. Le principal est qu'elle est enfin venue et que vous n'avés pas esté oublié, et il y a apparence qu'encore que S. M. ne se soit point engagée à continuer ses grâces et n'y soit en aucune façon obligé, elles ne laisseront pas de suivre à l'ordinaire , pourveu que ses émules et les jaloux de sa prospérité ne la forcent point à se servir de ses trésors pour sa défense propre. L'expérience du passé a bien monstre sa persévérance dans ses libéralités volontaires et de tant de gratifiés elle n'en a retranché jusqu'icy que ceux qui content ses faveurs comme une rente et ne se sont point mis en peine de les mériter par leurs travaux et n'ont point servi le Public par leurs veilles. Vos ouvrages derniers vous ont bien distingué de ces paresseurs (sic) là et si je ne vous ay pas mandé l'agréable manière dont ils ont esté receus par M' Colbert et par nos sçavans , j'ay eu tort, car ça esté avec toute l'approbation dont ils sont dignes.

M' vostre fils ne pouvoit mieux faire que

' Vossius, ff professeur en l'académie de Leyde, 75 fut gratifié de 1,200 francs en 1G70 et en 1671.

^ Cet incendie, qui commença le i3 septembre 1666, consuma, dans l'espace de trois jours, 1 3,2 00 maisons de particuliers, 89 églises, et un nombre considérable d'autres édifices publics. {Art de vérifier les dates.)

* La formule de salutation et la date manquent à cette lettre, qui, placée entre deux documents du 8 avril 1671, semble bien avoir été écrite le même jour.

* Gronovius, r premier professeur d'éloquence en l'université de Leyde,n reçut 1,200 livres en 1670 et 1G71.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

de vous dédier son essay sur Polybe , vous devant . aussi bien que la vie , sa bonne institution et sa capacité. Quand il viendra icy, nous le recevrons à bras ouverts et le servirons selon nostre puissance.

Vous m'avés bien resjouy de m'assurer de vosti'e convalescence. C'est un retour de la mort à la vie dont Dieu soit loué. Je rendray vos remerciments à ceux à qui vous les addressés avec soin et punctualité.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce viii avril 1671.

CCCCXCII.

À M" COLBERT

MIMSTRK D'ESIiT, À SAINT-GERMAIS '.

Monseigneur, les lettres que vous trouvères dans ce paquet sont des remerciemens que vous font quelques uns des gens de lettres estrangers à qui vostre bonté a procuré les bienfaits du Roy et qui les ressentent jusqu'au fond du cœur avec toute la reconnoissance possible. W Vossius, qui est l'un de ceux-là. m'en escrit des choses qui montrent bien à quel point il en est touché, et que ce qu'il en doit avoir mis dans les actions de grâces qu'il vous eu rend n'est pas un compliment simple.

M' Gronovius, qui a porté sa gratitude jusqu'à Sa Majesté, ne m'en marque pas moins pour vous, qu'il regarde tousjours comme l'auteur du bien que depuis quelques années il reçoit d'Elle; et ce que vous trouvères pour vous de M' Heinsius est la lettre qu'il vousafaitte l'année passée, lorsqu'il trouva à Stockholm , a son retour de Moscovie , la libérahté royale et le billet dont vous l'aviés accompagné. Ayant appris de moy (jue cette lettre estoit périe par les chemins, il

m'en a envoyé la copie qui est dans ce paquet, pour vous estre présentée, atîn de ne vous paroistre pas ingrat. J'attends le nouveau tesmoignage de son ressentiment pour vos derniers bienfaits , qui ne tarde à venir que par l'éloignement des lieux où son employ de Résident l'attache.

Le mesme éloignement empesche que ceux de Florence, de Modène, de Padoiie et de Dantzick ne soient pas encore arrivés. M' Le Ménestrel, qui a receu celuy de M' Bœclerus, vous l'aura sans doute fait tenir. Ce dernier gratifié, dans l'avis qu'il m'a donné de la réception de la grâce, ne trouve point d'assez fortes paroles pour exprimer combien il s'en sent obligé. Tousse montrent encouragés au travail pour le (sic) mieux mériter et n'en paroistre pas indignes.

C'est, Monseigneur', ce quej'avois à vous dire sur leur sujet et sur le soin que jay de les maintenir dans cette disposition où vous les avés mis d' estre utiles par leurs ouvrages au Public, afin que vostre bonté ait sujet d'estresatisfailte de l'eflet des faveurs qu'elle leur a faittes. J'ay quelque peine de vous en entretenir si long tenjps et de vous dostourner par cette longue lecture des occupations importantes qui vous désirent tout entier. El c'est ce qui me retient de vous importuner souvent de mes billets, remettant à M' Perrault de vous rendre conte de mon assiduité à nos assemblées de chés vous.

Je suis. Monseigneur, vostre, etc.

De Paris, ce x' avril 1671.

ccccxcin.

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