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À M. OTTAVIO FERRARI
PROFESSEUR . ETC. , À PADOI E.
Monsieur, par vostre lettre du i" juin je voy le trouble que vous a causé l'ëclaircissèment de ma manière dont il m'est permis de trailter avec M^' Golbert et de l'estonnement oii il me paroist que vous estes que je n'agisse pas avec luy comme je ferois avec mon ami familier. Il m'bonnore à la vérité de sa bienveillance, mais c'est avec une si grande distance de luy à moy qu'elle est presque infinie et que, si je me conserve dans son esprit, c'est par une retenue et un respect qui luy oste tout soupçon que je présume trop de ses bontés et que je fusse capable de m'émanciper en me iiùsant de feste auprès de luy ' et en me promettant qu'il ne Irouveroit pas mauvais que j'en usasse avec une liberté de personnes égales. Ceux que Dieu et leur fortune a élevés au grade où il est demandent, sans le demander, qu'on pèse auprès deux toutes ses paroles et qu'on ne face ni ne die jamais rien à leur égard qui leur puisse faire imaginer qu'on voudroit s'apprivoiser avec eux. Vous l'aviés conceu, Monsieur, autrement et, nos mœurs ne vous estant pas conniies comme à moy, vous avés donné dans un panneau qui pouvoit vous nuire et à moy aussi, et c'est un grand
dans la distribution des cxeniplain-s de sa nouvelle trajjédic : «Je l'ay fait tomber d'accord [W Pouff, un des ofliciers employés à la cour de France par le duc de Modène et chargé de la distribution de divers exemplaires du Cromrvell] que dans vislre Nota, ayant oublié un de nos Secrétaires d'Estal, M' de la Vrilbère, grand connoisseur de la langue italienne et le plus ancien de ces M" les secrétaires des comniandemens, il en prendroil un surles a^... pour l'offrir de vostre part à M"^ de la Vrillièrc . , . ?> Chapelain ajoute: « Je vous supplie de faire voir par vos gens habiles
bonbeur pour [vous] et pour moy que vostre procédé innocent n'ait point eu de mauvaise suite. Il a donc receu les livres comme luy estant envoyés et, à ce que vous me mandés, s'en est mesme tenu obligé. C'est de quoy je n'ay eu aucune connoissance non plus que son bibliotecaire ', à qui ces livres ne sont point venus pour estre rangés en la place qui leur est deiie. Seroient-ils demem-és à Saint- Germain dans son cabinet d'affaires? Mais n'importe pourveu qu'ils ayent fait l'elTet que vous estes persuadé qu'ils ont fait et qu'il n'ait point trouvé mauvais qu'on liiy eust addressé des livres dédiés à un autre qu'à luy. Sa vertu est au dessus de ces délicatesses qui cboqueroient tout autre que luy et j'en rens grâces à Dieu de tout mon cœur.
Pour moy auprès de qui vous employés tant dexcuses du parti que vous aviés pris, je vous conjure de ne vous en point mettre en peine, car cela ne m'en a fait qu'à cause de vous , et vostre interest estant à couvert , le mien rie m'est en rien considérable, et j'ay l'ame assez pbilosopbique pour faire qu'elle n'en sente point esbranler sa tranquillité. . .
Je suis bien aise que vous ayés recouvré un autre exemplaire dos Progynmasmes du Tom. Corneiio et que vous vous disposiés de m'envoyerim autre exemplaire entier de vostre response à Rubens et de vos lampes prétendiies inextinguibles reliés et rangés selon
chés vos libraires s'ils n'y trouveroient point parmi leurs livres négligés un poëme latin De immorlalilate d'Aonius Palearius, un des doctes du siècle passé. Il est imprimé in-S" et, s'il se trouve, de me le faire acheter. n
' M. Littré explique ainsi celte locution : r? faire comme si on était d'une fête, s'entremettre de quelque affaire sans y avoir été appelé, i et il cite diverses phrases de Corneille, de Scarron , de Saint-Simon et de Voltaire.
' Nous avons déjà vu que c'était alors le savant Etienne Baluze.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vostre intention avec les figures, n'importe comment reliés et il suffira que ce soit en parchemin. Je les ay leus avec plaisir et profit et me suis resjouy de rhoniieur qu'ils vous feront parmi les véritables gens de lettres et vous rens de nouvelles grâces très humbles de la gloire qui en reviendra. Monsieur, à vostre, etc.
De Paris, ce xxjuin 1G71.