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À M«" COLBERT
SECRÉTAIBE DES C.0MMA5DEMBNS ET SilMSTHE D'ESTiT,
À tolr>ay'.
Monseigneur, après avoir iouë Dieu de la parfailte santé qu'il vous a rendiie et qui estoit notablement altérée par les grands et nécessaires voyages que le service du Roy avoit exigés de vostre zèle, et dont vos fidèles serviteurs n avoient pas eu de légères inquiétudes, j'ay rendu grâce à Dieu de Theureux retour de M"" le marquis de Seignelay auprès de vous.
J'ay cru vous devoir préparer à recevoir favorablement un nouvel ouvrage du comte Girolamo Graziani, auquel il y a plus de six ans qu'il s'est appliqué, et qui sera sans doute le plus considérable qu'il ayt encore fait, dans la veûe d'en faire une offrande
profonde connoissance des antiquités hébraïques et celle que vous avés acquise des mœurs et de la géographie de foute l'Europe par les voyages heureux que vous y avés faits, sans les autres qualités dont vostre belle et noble nature s'est ornée ne tiennent à mon égard que le second lieu pour attirer mon amitié, quoy qu'elles me charment plus que je ne sçaurois vous dire... Le conte que vous me rendes de vostre establissement dans voslre condition présente me calme voyant qu'il respond à vostre vertu et que ni l'honneur ni le profit n'y manque... Vous ne m'avés point mandé si M° vostre femme ne vous avoit point donné d'enfans. (î'est une marchandise douteuse, et je ne liens pas trop malheureux ceux à qui Dieu n'a pas permis d'en avoir, veu qu'ils sont tousjours à charge et peu sujets à service et consolation, regardant leurs pères comme leui-s fermiers et leurs pourvoyeurs...?! Chapehiin ajoute: tfJ'ay peine à croire ce que dit M' Dochard de ce chien des Saints Innocens, car je n'en ay jamais ouy parler, quoyque je sois fort persuadé de l'affection morale de ces animaux pour leurs nourrissiers et pour leurs maislres... 11 faut aller
à Sa Majesté, son bienfacteur, et à vous, Monseigneur, son protecteur et son Mécène. Ayant envisagé le funeste événement de la mort du feu roy d" Angleterre et la Irop heureuse tyrannie de Gromwel comme un véritable sujet de tragédie, propre à astre traitté avec tous les ornemens que cette sorte de poésie désire, et où les louanges du Roy pouvoient naturellement entrer à cause de la feiie reyne d'Angleterre, cette généreuse héroïne, tante de Sa Majesté, il l'a entrepris et enfin accomply de manière à passer avec beaucoup de louange à la plus reculée [)osterité. 11 l'a mesme mis curieusement sous la presse et l'envoyé, par une seure occasion, à vostre bonté, pour luy servir d'inti'oducteur auprès du Ray, et pour vous en donner le divertissement à vous-mesme. Elle est en diemin et je l'attens tous les jours, selon
fort bride en main en ces matières et j'admire l'allégation affirmative de AF Bochard, homme fort sensé et qui ne devoit guères croire de semblables miracles que sous bons gages . . . •: Le 27 du même mois. Chapelain entrelient Bceclerus (f 2^7) de divers livres : « . . . W Pafin le père m'a envoyé trois exemplaires reliés de vos notes sur Poiybe et trois ou quatre en blanc. Apparemment ils sont venas dans le ballot de son fds, car ils n'estoient pas empaquetés... Si vous me faites la grâce de me communiquer le 3' tome de la Bibliot-eque impériale de Lambecius, je vous prie de prendre bien vos précautions pour empescher que la niesme chose ne leur arrive [c'est-à-dire qu'ils ne se perdent en chemin comme les livres envoyés par Multz]. Il faut que le livre soit peu espais ou que Lambecius soit un escrivain bien laborieux et bien rapide. Je le trouve fort diftus et toutes fois partout utile. Je pense vous avoir prié de faire voir chés un libraire s'ils avoient Aor>ius Palearius De immorlalitate aiiiince in-S" et si l'on me le pourroit recouvrer, n
' Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. 6/16).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
l'avis qu'il m'en a doiinë, par la poste, avec la liste des personnes principales de la Cour à qui il a creu que la distribution en devroit eslre faille.
Sans vous prétendre pre'venir, Monseigneur, sur la beauté de la pièce, que vous connoistrés mieux que moy, si vos accablemens vous permettent de la parcourir, je suis obligé de vous dire que les Grecs, les Latins ni les Italiens, dont j'ay examiné toutes les productions en ce genre, n'ont rien fait d'approchant. Car je Tay eiie en confidence à mesure qu'il la coraposoil, et il en a voulu avoir mes senlimens pour ne point y pécher contre les règles et pour la rendre agréable mesme dans son horreur. Je l'ay attentivement considérée en toutes ses parties, et je suis demeure' aussy satisfait du succès de son travail qu'il m'a tesraoigné l'eslre de mes avis sincères.
Vous luy ferés. Monseigneur, la grâce et l'honneur, s'il vous plaist, de la recevoir bénignement comme une marque de son respect et de sa reconnoissance, et de prendre le temps propre pour en faire la présentation à Sa Majesté, comme l'un des fruits de sa munificence. Je n'ay pas besoin de vous faire souvenir qu'il en est l'un des plus dignes objets et pour son mérite personnel et pour le rang quil tient auprès de Son Altesse de iModène en qualité de son seul secrétaire dEstat, depuis plusieurs années. Vous l'avés sans doute en la mémoire. Je vous conlirmeray seulement que vous n'avés de tous les gratifiés aucun qui ressente plus vos faveurs que luy et qui se tinst plus heureux s'il pouvoit vous le bien prouver par quelque imposant service, si ce n'est peut-estre
moy, qui suis plus incomparablement que tous, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xsviii juin 1671 '.