AU R. P. LE BOSSU
DK Lt OONCRÉGATIOn DE SllNTE-GENEVIÈVE , À CUAHTRKS.
Mon R. p., ce ne m'est pas une petite joye que la liberté avec laquelle je me suis expliqué avec vous de mes sentimeus sur les deux derniers ouvrages que vous me laissastes pour les examiner, à noslre dernière veiie, ne vous ail pas choqué et que vous vous soyés résolu à y faire réflexion, lorsque vostre loysir vous pei-nieltra de les
revoir et de leur donner la dernière forme. Le biais mesme que vous me dites que vous prendrés pour y employer vostre opinion et la mienne m'a semblé aussi modeste que judicieux et j'y donne mon approbation entière. Tout autre dont vous vous sériés servi eust réussi malaisément à vostre gloire autant que je suis capable d'en juger et que je connois le génie de nos meilleurs critiques, de quelque subtile et délicate manière que vous auriés traitté la question. Groyés moy, mon R. P. , cet endroit est peut estre le principal qui avoit besoin d'estre retouché par Virgile et où, aussi bien qu'Homère en quelques lieux, il s'est endormi'. Mais il n'en est pas moins le plus excellent de tous les poètes et le plus digne de l'autel que Scaliger le père luy a dressé". Quand vous aurés mis ces ouvrages au point où vous les voulés mettre, je les verray très volontiers et tout ce que vous ferés jamais en ce genre, car je suis très avantageusement miprimé de vostre sens et de vostre érudition^ jusqu'à admirer tous les jours que, dans vostre solitude et proprio Marte, vous ayés pénétré ces matières poétiques et défriché ces espines aristotéliques * «pu ont accroché et arresté les plus suilisans de leurs scholiastes. N'abandonnés j)as vos beaux desseins et m'(Mi comptés tousjours |)0ur fauteur constant à les maintenir de tout mon petit crédit et avec lafleclion que vous a vouée, mou R. P.. vostre. etc.
De Paris, ce xxxi juillet 1C71'.
' Quandoqiie bonus dot-mitat Hottieriis.
(HoRAT. Ad Pisoiies, vers SSg.)
- Voir dans la Poétique {Poetices Uhri VII ; Lyon , 1 56 1 , in-fol.) ce que Jiiles-César Sraliger dit de Vii'gile, le roi des poêles, le seul hotmne digne du nom df poète.
' Ce sens du mot imprimer n'est pas indiqué dans le Dictionnaire de M. Litfro.
* Le P. Le Bossu ne s'était pas occupé seule-
ment de la Poétique d'Aristole, mais aussi do sa philosophie. On a do lui un Parallèle de la philosophie de Descartes et d'Arislole, qui paiiil quelques mois avant le Traité du poème épique.
* Le 8 août, Chapelain entretient Bœkler (1^ a5i) du fils do Gronovins : frll n'est pas peu avantageux au jeune Gronovius que vous on ayés une si bonne (opinion) de ses jeunes eflorls sur Poiybe et je luy feray un second regale presque
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN