‹ Lettres. PubliéesChapitre 210 sur 309 · DX · texte numérisé non relu

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À M. REGMER GRAFF,

Monsieur, ces jours passés, \inlchés moy un bomme de vos (juartiersqui, ne m'ayant pas trouvé, laissa à mes gens un paquet non cacbeté où il y avoit un exemplaire du livre que vous m'avés l'ail l'honneur de me dédier et une lettre addressante à M' de Monnior el

' Le 98 du même mois. Chapelain félicito ainsi rinfaligable polygraphe Conringius (f a55 v") : frVous m'avés, au reste. Monsieur, bien resjouy en m'apprenant le nouveau travail que vous avés publié : De Piscinis elles antres ouvrages politi- (jues que vous donnerés ensuite. Vostre esprit est une source inespuisablc de sçavoir en tout genre de disciplines, et l'abondance que vous en avés desja laissé voir donne de Tadmiralion et du désespoir do vous y pouvoir égaler aux pins habiles. J'attens impatienimenl celle nouvelle production pour la dévorer comme j'ay fait toutes les autios et pour la faire valoir selon mon petit crédit au-

dit qu'il me reviendroit voir. Huit jours se sont cependant passés sans qu'il en ait pris la peine et je suis encore incertain de ce qu'il entend que je fasse de ce livre, lequel n'a aucune marque de vostre main qui enseigne que vous le destinés à ce pauvre Monsieur, ni que j'aye receu aucun billet de vous qui m'apprenne ce que j'en dois faire.

Il y a apparence que la lettre à M' de -Monraor éclaircit tout cela, mais estant cachetée, elle m'esl sacrée et j'en demeure dans l'obscurité. Que si ma conjecture est vraye, qu'il soit pour ce jiauvre seigneur, vostre présent s'est voulu faire sous une mauvaise estoile, faute d'estre informé du mauvais estât où ses malheurs l'onl réduit . car vous sçaurés que de Doyen des Maisires (les Requestes et riche de plus de 1 00.000 livides de rente, sa maison et ses affaires se sont, depuis deux ans, trouvées renversées par la mauvaise conduite de son fils aisné qui lui a consumé le plus beau de son bien et qui est dans le dernier désordre, en telle sorte que le père a esté contraint de vendre sa charge et a eu une si grande commotion de cerveau qu'il en est tombé comme on démence ou au moins en un désespoir à vouloir mourir et à avoir esté des huit jours entiers à ne souffrir que par force de prendre quelques bouillons pour conserver sa vie et avoir besoin que l'Archevesque de Paris* le

près de nos sravans. Il m'a esté fort doux d'apprendre que M' Verjus se soit abbouché avec vous el qu'il vous ait pieu. C'est un de mes anciens amis dès sa tendre jeunesse. Il a de la doctrine el de l'agrément dans l'esprit. Mais la fortune l'a tourné principalement à la politique poui en faire un excellent négoliateur. On peut se conGer en sa probité et en sa parole. Je suis bien aise do la liai.son qu'il a prise avec vous el vous n'y risquerés rien.i

^ François de Harlay de Champvallon avait succédé sur le siège archiépiscopal de Paris à Hardouin de Beaumonl de Perefixe , en janvier 1 67 1 .

vini fiiljurei-, de la part de Dieu , de se laisser Iraitter et gouverner par les médecins et j)aises proches. Il y a un au qu il est en cet estât d'abbatement d'esprit et de cœur, ne vivant que de lait et ne se meslanl en aucune manière de ses intercsls domestiques, non plus que l'ecevanl visite ni conversation de qui que ce soit tant parce (|ue ni luy ni sa femme' ni ses proches ne le permettent, comme s'il esloit dépourveu de toute connoissance et des|)oiiillé de toutes les choses du monde et d'amour des lettres qui faisoit autresfois sa principale passion, en sorte que sa biblioteque nombi'euse demeure [fermée] et la clef entre les mains de M"' sa femme, sans qu'il puisse ouïr parler de livres, de quelque mérite qu'ils soient. C'est un accident d'une extrême compassion et un exemple terrible de la révolution des choses humaines'.

Vous voyés. Monsieur, que voslre lettre est venue à la malheure et le livre aussi, s'il estoit pour luy, car quand je les envoyerois chés luy ou que je les y portasse mesme, les siens ne luy en diroient rien , ou les recevroient et que ce seroit autant de perdu, si bien que, lorsque cet honneste homme me verra, je suis résolu de les luy remettre entre les mains pour vous les renvoyer ou reporter, si ce n'est qu'en l'attendant je n'ay point d'oidre de vous de disposer du livi-e en faveur de quelque aulre de vos amis ou des miens qui vous en sçache gré et en qui il soit bien employé. Si vous m'eussiés escrit un mot, j'eusse appiis si volis aviés receu ma dernière par laquelle

je vous rendois grâces de l'exemplaire latin que vous m'aviés envoyé, faute dequoy jeu suis encore en doute, quoyque j'eusse observé vostre ordre pour l'addresse de mon jiaquet à vous.

J'en estois là lorsque M' l'iompli est entré dans ma chambre et m"a rendu la lettre que vous lui aviés donnée avec \oslre beau livre pour mov et qui, par quelque malheur, ne scstoit point trouvé avec ce livre, mais seulement celle qui saddresse à .M' de Monmor. Il m'a expliqué vos intentions, que le livie estoit pour moy et qu'il en avoit un pareil pour .\r de Monmor, lequel il luy porteroit avec sa lettre, si jamais il revient en estât de la recevoir. Attendant cela, il les gardera et vous en rendra conte... Je vous rens de nouveau très humbles grâces de vostre beau et bon livre traduit en latin du suc pancréatique et m'en tiens très honnoré. Ce nest pas sans impatience que j'attens la publication de vostre autre ouvrage des parties génitales des femmes qui devra estre un complément parfait de cette partie de ranatoiiiie imparfaittement traittée jusqu'icy. Il faut tousjours travailler en des matières semblables de vostre profession, alin que si voslre mérite n'est pas récompensé par la fortune, il le soit au moins par la réputation qui est un bien solide et éternel et sur lequr-l rarlitice ni la vioNnice n'ont point ilo puissance.

Je vous demande un compliment en mon nom à Vr Fuy Van Voorkout et suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxviu aoust 1671'.

' Nous avons déjà vu que Henri-Louis Haberl , sieur de Montmor, avait éponsé M"° de Biiadc.

'^ On tiiercherait vainement ailleurs ces curieux détails sur la vieillesse do l'ancien prolecteur de Gassendi, notamment dans la notice de l^eilisson {Hintoire de l'Académie française, l. 1", iH58, p. 25(j-a()9).

^ Le 7 septembre suivant, Chapelain s'adres.se en ces termes à Heinsius(r' ab-j v°): (rDieu soit loiié de vostre arrivée en Hollande, sinon en pait'ailte santé, nu moins on espérance de la recouvrer bienlost tonte entière! L'est beaucoup de n'estre pas moii dt; vostre voyajre de Afosrovie et du iontj séjour (pie vous y avés fait, infirnne

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

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